Saïd Bouteflika

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Saïd Bouteflika

Naissance 1er janvier 1958
Oujda (Maroc)
Nationalité Drapeau de l'Algérie Algérie
Profession
universitaire et homme politique
Autres activités
Professeur

Saïd Bouteflika, né le 1er janvier 1958[1] à Oujda (Maroc), est un universitaire et homme politique algérien. Il est le frère et conseiller spécial d'Abdelaziz Bouteflika, actuel président de la République algérienne démocratique et populaire, sur qui il aurait « une influence considérable »[2].

Enfance[modifier | modifier le code]

Saïd Bouteflika nait en 1957 à Oujda, alors base de la Wilaya V au Maroc, au début de l’ascension de son frère Abdelaziz, alors âgé de vingt ans, auprès de Houari Boumédiène, qui atteint au même moment la tête de la wilaya. Il est le dernier d'une fratrie de neuf[3].

Article détaillé : Clan d'Oujda.

Son père Ahmed meurt alors qu'il a un an ; il est donc élevé par sa mère, sous la tutelle de son frère Abdelaziz, et par là de Houari Boumédiène qui prend le pouvoir par un coup d'État en 1965. Il est élève à l'école Saint-Joseph des pères blancs, puis au lycée tenu par les jésuites, comme de nombreux proches de dirigeants[2].

Exil et retour[modifier | modifier le code]

Il arrive à Paris en 1983. Son frère, évincé de la succession de Boumédiène, le rejoint, persécuté par ses opposants[2].

Saïd Bouteflika est titulaire d'un doctorat de troisième cycle de l'Université Pierre-et-Marie-Curie (Université Paris VI) avec pour spécialité l'intelligence artificielle. Son principal centre d'intérêt est la reconnaissance des formes, domaine dans lequel il soutient sa thèse[4].

En 1987, les Bouteflika peuvent retourner en Algérie, et Saïd suit son frère[2]. Il devient enseignant et militant syndicaliste universitaire. Il épouse une biologiste. À El Biar, il vit à un étage de son frère[3].

Conseiller spécial[modifier | modifier le code]

En 1999, alors que son frère Abdelaziz est élu président, il est nommé conseiller spécial par un décret non publiable ; il s'occupe officiellement du service informatique[2]. Effacé jusque-là face à d'autres membres du cabinet comme Ali Benflis ou Larbi Belkheir, Saïd Bouteflika évince le premier en 2003 et le second en 2005[2]. Il gère les campagnes de réélection de son frère en 2004 et 2008, et commence à être présenté comme un successeur potentiel ; il échoue à se faire nommer vice-président[5].

En 2005, Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé à Paris pour un ulcère, qui le contraint à ralentir ses activités ; l'importance de Saïd croît. D'après un habitué d'El Mouradia interrogé par Jeune Afrique, « il tient l´agenda du chef de l´État, intervient dans les nominations de ministres, de diplomates, de walis [préfets], de patrons d´organismes publics, et influe sur la vie interne du FLN. Devenu incontournable pour accéder au président, le conseiller spécial prend de facto la direction des affaires à El-Mouradia. »[2]

En 2008, il participe à la réélection de son frère, faisant pression sur des hommes d'affaires pour qu'ils financent la campagne, et fait en sorte que des marchés publics soient confiés à des proches[3]. Un câble américain de cette année-là, révélé par Wikileaks, indique que pour Bernard Bajolet, « La corruption, qui remonte jusqu’aux frères de Bouteflika [Saïd et Abdallah], a atteint un nouveau sommet et interfère dans le développement économique »[6]. Peu de temps après, plusieurs scandales de corruption éclatent, où son nom est cité, peut-être à l'instigation du DRS[7].

En 2010, il crée le Rassemblement pour la concorde nationale (RCN), présidé par Sid Ahmed Layachi, que plusieurs observateurs voient comme une préparation de la succession de son frère[réf. nécessaire]. Toutefois, l'avènement des révoltes dans le monde arabe depuis 2011 a vite fait de refroidir ses ambitions à succéder à son frère Abdelaziz.

En 2013, Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé au Val-de-Grace, à Paris. Pour Jeune Afrique, Saïd Bouteflika reste seul au chevet de son frère, filtrant les accès, donnant des instructions sur la gestion de la crise au premier ministre Abdelmalek Sellal, qui doit attendre 46 jours pour voir le président[8],[3]. Le Matin affirme même que Saïd Bouteflika a signé lui-même sept décrets de nomination en lieu et place de son frère, et qu'il bloque les autres nominations[9]. Dans le même temps, il intervient dans la crise qui secoue le FLN afin d'imposer un proche comme secrétaire général, puis dans le remaniement ministériel consécutif[10],[11]. Le journaliste Hichem Aboud, qui révèle la gravité de l'état du président, accuse Saïd Bouteflika de « dirige[r] le pays par procuration », d'avoir « trempé dans beaucoup d’affaires de corruption » et de l'avoir fait persécuter pour le faire taire[12].

En octobre de la même année, les rumeurs de succession entre les frères reprennent[13], alors que les manœuvres qui l'opposent au DRS et à son chef, le général Toufik, se poursuivent[14],[15]. Diminué et paralysé, Abdelaziz Bouteflika se porte finalement candidat à un quatrième mandat lors de l'élection présidentielle algérienne de 2014 et l’emporte, dès le premier tour. Peu de temps après l'élection, alors que son frère est toujours aussi peu visible, des rumeurs de velléités de Saïd de succéder à son frère se font à nouveau jour[16][17]. En novembre, un de ses proches[18], l'homme d'affaires Ali Haddad, est le seul candidat à la tête du Forum des chefs d'entreprises[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de l'Agence de conservation foncière du cadastre et de la cartographie du Maroc, http://www.medias24.com/INTERNATIONAL/11717-Les-biens-oujdis-de-Bouteflika-n-apparaissent-pas-sur-sa-declaration-de-patrimoine.html
  2. a, b, c, d, e, f et g Farid Alilat, « Saïd Bouteflika : Mister mystère », sur jeuneafrique.com,‎ 8 mai 2013 (consulté le 21 octobre 2013)
  3. a, b, c et d Mireille Duteil, « Saïd Bouteflika, l'énigme algérienne », Le Point, 28 mars 2014
  4. Résumé de la thèse de Saïd Bouteflika
  5. Farid Alilat, « Algérie : la diplomatie américaine s'intéresse au frère de Bouteflika », Dernières nouvelles d'Algérie repris par Rue89, 05/09/2011
  6. WikiLeaks. Les frères Bouteflika sont des «rapaces», Gaïd Salah «corrompu» et le Général Toufik qui sait tout sur algerie-focus.com
  7. Marie Verdier, « Mohammed Hachemaoui: «Le service de renseignement détient tous les leviers du pouvoir en Algérie» », La Croix, 01/10/2013
  8. « Algérie : quand Saïd Bouteflika orchestre le silence présidentiel », Jeune Afrique, 20/05/2013
  9. Abubakr Diallo, « Algérie : le frère de Bouteflika soupçonné de signer des décrets », Afrik.com, 08/06/2013
  10. Farid Aillat, Algérie : Bouteflika forever..., Afrik.com, 07/10/2013
  11. « Fin d’un règne mouvementé et incertitudes sur l’avenir politique », challenge.ma, 27 septembre 2013
  12. Alain Jourdan, «Saïd Bouteflika veut me faire taire. Il n’y arrivera pas», La Tribune de Genève, 19/09/2013
  13. Kamel Daoud, « Comment l’Algérie a-t-elle pu devenir une monarchie ? », Algérie-Focus, 19/10/2013
  14. Ihsane El Kadi, « Présidentielle : l’armée algérienne divisée, Bouteflika veut peser sur les choix », Algérie Focus, 28/07/2013
  15. Mohamed-Chérif Lachichi, « Le DRS avait prévenu Bouteflika », Liberté, 04/06/2013
  16. Saïd F. pour Tamurt.info, « Saïd Bouteflika se prépare-t-il à succéder à son frère ? », 7 août 2014 et « Tout est fait pour oublier la maladie de Bouteflika », 5 août 2014
  17. Kamel Daoud, « Guide de l’Algérie pour visiteur étranger : Discussion autour du cheval de l’Emir », 21 octobre 2014
  18. Yacine Omar, « Ali Haddad : “Oui, je suis proche des responsables militaires et civils” », Algérie focus, 14 novembre 2014
  19. Ali Titouche, « Présidence du FCE : Ali Haddad boucle sa campagne », El Watan, 24 novembre 2014

Sources[modifier | modifier le code]