Marie-Christine d'Autriche (1742-1798)

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Portrait de Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (1765) exposé au château de Schönbrunn

Marie, Christine, Jeanne, Josèphe, Antoinette (Maria Christina Johanna Josepha Antonia) de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d'Autriche, duchesse de Saxe, gouvernante des Pays-Bas, (née à Vienne le 13 mai 1742, morte le 24 juin 1798).

Marie-Christine est la cinquième enfant de l'empereur François Ier de Lorraine et de l'impératrice d'Autriche Marie-Thérèse.

L'affection d'Isabelle[modifier | modifier le code]

Marie-Christine, surnommée Mimi dans sa famille, naquit le même jour que sa mère (13 mai) et après la naissance si attendue de l'héritier du trône, le futur Joseph II en mars 1741, était l'enfant favori de sa mère. La préférence dont l'impératrice faisait montre à son égard lui valut la jalousie de ses frères et sœurs, particulièrement de l'empereur Joseph II, dont la première épouse, Isabelle de Parme, semblait elle aussi préférer la compagnie de Marie-Christine à celle de son mari. Les lettres écrites par Isabelle à Marie-Christine sont d'un ton extrêmement passionné, et sont le témoignage de véritables sentiments amoureux d'Isabelle envers sa belle-sœur. Il est toutefois difficile de leur donner une signification précise selon les conceptions actuelles de l'homosexualité. Le XVIIIe siècle n'a pas du tout la même vision de l'homosexualité féminine qu'aujourd'hui, héritage du XIXe siècle. Les expressions de tendresse exaltées qu'on trouve dans cette correspondance sont tout à fait conformes à la mode de l'époque (telles qu'elles abondent, par exemple, dans la correspondance -littéraire- entre Julie et Claire de la Nouvelle Héloïse, ou dans celle -authentique- entre la duchesse de Devonshire et Lady Foster).

Face à l'exaltation amoureuse d'Isabelle, Marie-Christine semble avoir montré une attitude plus compassée, s'efforçant en vain de remettre Isabelle dans un état d'esprit plus raisonnable (les lettres de Marie-Christine n'ont jamais été retrouvées, mais on déduit leur contenu des réponses d'Isabelle, qui souffre de la non-réciprocité de ses sentiments)[1].

Au surplus, précisément à cette époque, Marie-Christine était amoureuse du duc Louis de Wurtemberg, et s'était même fiancée secrètement avec lui. Le mariage n'eut pas lieu car le prince, cadet d'une petite famille régnante, ne fut pas considéré comme un parti suffisant par l'Impératrice. Marie-Christine, face aux effusions croissantes d'Isabelle, finit par se résoudre à éviter soigneusement de se trouver seule avec elle, ne la rencontrant plus qu'en public dans les cérémonies de la Cour[2]. Enfin, elle choisit de s'éloigner définitivement en s'établissant à Prague. De cette époque datent les lettres les plus désespérées d'Isabelle, qui se livre alors avec Marie-Christine à un véritable chantage au suicide. À quoi Marie-Christine répondit froidement (une de ses rares lettres subsistantes) : "Votre désir de mort est une chose entièrement mauvaise, et qui témoigne de votre égoïsme ou d'une prétention aux résolutions héroïques".

Au demeurant, "Isabelle était déchirée entre ses sentiments pour sa belle-sœur, son devoir envers son mari, et sa foi catholique ardente. Elle se sentait mourir de honte et de culpabilité ("Dieu connaît mon désir de fuir une vie par laquelle je L'offense chaque jour", écrit-elle ailleurs). Son sentiment de faute est impressionnant. Marie-Thérèse semble ne s'être jamais aperçue de rien."[3]

Après la mort d'Isabelle, dont Joseph II fut désespéré, Marie-Christine elle-même offrit à son frère, pour le consoler par un souvenir de sa femme, l'ensemble des lettres qu'elle avait reçues de la défunte, après quoi le propre mari de Marie-Christine les conserva soigneusement dans ses propres papiers - ce qui montre ce qu'une interprétation de cette correspondance selon une grille de lecture contemporaine peut avoir d'inadapté.

Habile et intelligente[modifier | modifier le code]

Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d'Autriche, duchesse de Teschen, gouvernante des Pays-Bas. Tableau de Johann Zoffany, 1776.

Marie-Christine était une femme très intelligente qui, avec les conseils de sa belle-sœur Isabelle de Bourbon-Parme avait toujours su très habilement gérer ses relations avec ses parents, particulièrement sa mère. La mort inopinée de son père, l'empereur François Ier, ayant plongé l'impératrice Marie-Thérèse dans une dépression profonde, Marie-Christine profita de cette faiblesse momentanée pour arracher à sa mère l'autorisation de se marier par amour plutôt que par raison d'État. Elle était en effet amoureuse du prince Albert de Saxe depuis un certain temps, et cette union avait d'abord été rejetée par l'impératrice, comme peu prestigieuse et par l'empereur qui voulait marier Marie-Christine au fils de sa sœur défunte Charles-Maurice de Savoie, comte de Chablais. Marie-Christine finit ainsi par parvenir à ses fins, et elle épousa Albert dès 1766. Marie-Thérèse titra son gendre duc de Teschen. Les deux époux furent nommés conjointement gouverneurs des Pays-Bas autrichiens à la mort de leur oncle le prince Charles-Alexandre de Lorraine en 1780.

Marie-Antoinette[modifier | modifier le code]

Marie-Christine fut probablement celle de ses sœurs avec qui Marie-Antoinette, de treize années sa cadette, s'entendit le moins. La préférence trop accusée de sa mère ne fut jamais pardonnée. En outre, Marie-Christine étant gouvernante générale des Pays-Bas, où paraissaient la majorité des pamphlets satiriques dirigés contre elle, la reine de France était persuadée que sa sœur envoyait à leur mère tous les ragots à son propos imprimés à Bruxelles. Ainsi, lorsque Marie-Thérèse écrivit à Marie-Antoinette pour lui reprocher une dépense exorbitante consacrée à l'achat de bracelets de diamants, Marie-Antoinette écrivit aussitôt à l'ambassadeur Florimond de Mercy-Argenteau son opinion sur la façon dont Marie-Thérèse avait eu vent de cette affaire. « C'est sûrement encore la Marie [Christine], c'est de la jalousie, c'est bien dans son goût… »

Lorsque Marie-Christine et son mari vinrent visiter le roi et la reine à Versailles, Marie-Antoinette prévint Mercy très nettement qu'elle n'avait pas envie de supporter la présence de sa sœur au quotidien et qu'il avait à s'arranger pour prévoir un emploi du temps qui la débarrasserait de Marie-Christine le plus souvent possible. De fait, si Louis XVI et son beau-frère s'entendirent très bien (rappelons qu'Albert était le dernier frère de Marie-Josèphe de Saxe, la propre mère de Louis XVI), les rapports entre Marie-Christine et Marie-Antoinette furent d'une froideur glaciale, et Marie-Antoinette, contrairement à l'usage, ne fit organiser pour sa sœur ni réception à Trianon, ni aucune soirée de gala particulière.

En revanche, Marie-Thérèse, la fille de Marie-Antoinette, sera très proche de sa tante pendant son exil à Vienne jusqu'au décès de cette dernière en 1798[4]

Un couple d'artistes[modifier | modifier le code]

L'union d'Albert et Marie-Christine fut parfaitement heureuse, les deux époux partageant entre autres la même passion pour le dessin. Albert réunit une des plus belles collections de dessins au monde, aujourd'hui conservée dans le célèbre musée viennois qui porte son nom, l'Albertina. Marie-Christine peignait de son côté en amateur des aquarelles et des gouaches conservées aujourd'hui à Schoenbrunn, qui nous permettent de contempler la famille impériale dans l'intimité. On citera entre autres son autoportrait, une représentation de l'accouchement de sa belle-sœur Isabelle, et une représentation d'un matin de la Saint Nicolas au coin du feu, l'empereur François Ier lisant son journal, Marie-Thérèse préparant le café tandis que les plus jeunes enfants impériaux découvrent leurs cadeaux dans leurs souliers (une poupée pour Marie-Antoinette, mais un fouet pour Ferdinand en pleurs, qui regrette sûrement de ne pas avoir été sage…). À Bruxelles, Marie-Christine et Albert bâtirent en 1782-1784 le château de Laeken (l'actuelle résidence de la famille royale de Belgique), œuvre de l'architecte Louis Montoyer et des meilleurs artistes européens, sculpteurs, décorateurs, paysagistes, etc.

Adoption de l'archiduc[modifier | modifier le code]

La seule déception de ce mariage fut dans sa postérité, Albert et Marie-Christine n'eurent en effet qu'une fille, qui mourut le lendemain de sa naissance, le 17 mai 1767, la princesse Marie-Thérèse de Saxe-Teschen (rappelons que Marie-Thérèse avait décidé qu'elle serait la marraine de la fille aînée de chacun de ses enfants, qui tous devraient donner à leur fille aînée le prénom de leur grand-mère). Marie-Christine ne pouvant plus avoir d'autres enfants, le couple adopta un neveu de Marie-Christine, l'archiduc Charles-Louis.

Chassée de ses États[modifier | modifier le code]

Le couple eut à lutter contre la révolte de leurs états causée par les maladroites réformes de l'empereur Joseph II, frère de Marie-Christine. C'est la Révolution brabançonne qui, en 1789, donna naissance aux Etats-Belgiques-Unis.

Après une tentative de l'Autriche de se réinstaller -qui ne dura guère- en 1793 Marie-Christine et Albert, chassés par les armées de la Révolution française, se retirèrent dans la capitale Autrichienne.

Morte du typhus en 1798, Marie-Christine est inhumée à Vienne, dans la crypte impériale de l'église des Capucins, habituelle nécropole des Habsbourg. Mais en outre, dans l'église des Augustins, paroisse de la famille impériale, son mari lui fit élever un beau monument par le grand sculpteur italien Canova, avec une simple inscription : « Uxori optimae. Albertus » (« À la meilleure des épouses. Albert »).

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simone Bertière, Marie-Antoinette, l'Insoumise, Paris, Éditions de Fallois, 2002 ISBN 28 77 06442 5
  2. Edgarda Ferri, Maria Teresa. Una Donna al Potere, Milano, Mondadori, 2008. ISBN 88-04-42449-4
  3. Edgarda Ferri, Op. cit.
  4. Hélène Baecquet, Marie-Thérèse de France, l'orpheline du Temple, Perrin 2012, p.188-189

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liste des gouverneurs des Pays-Bas espagnols et autrichiens

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Friedrich Wassensteiner, Die Töchter Maria-Theresias, Bergisch Gladbach, 1996.
  • Richard Reifenscheid, Die Habsburger in Lebensbildern, Diederichs, 2000.
  • Simone Bertière Marie-Antoinette, l'Insoumise, Paris, Éditions de Fallois, 2002.
  • Antonia Fraser, Marie-Antoinette, Flammarion, 2006.
  • Edgarda Ferri, Maria Teresa. Una Donna al Potere, Milano, Mondadori, 2008.