Littérature espérantophone

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Apparue en 1887 avec la publication de l'ouvrage Langue Internationale, la langue équitable espéranto a d'abord été une langue écrite, avant que les contacts physiques ne se développent à partir du premier congrès mondial d'espéranto qui s'est tenu en 1905 à Boulogne-sur-Mer. Ces premières années de pratique écrite ont encouragé le développement d'une littérature d'œuvres originales et d'œuvres traduites.

Aujourd'hui, on compte plus de 30 000 titres en espéranto essentiellement disponibles auprès de librairies gérées par le mouvement espérantophone. L'une des plus importantes librairies espérantophones est le libro-servo de l’association mondiale d'espéranto (UEA) qui compte plus de 6 000 références.

Œuvres traduites[modifier | modifier le code]

C'est par la traduction, la création d'œuvres originales et les échanges épistolaires, que l'espéranto s'est enrichi et adapté aux besoins. Il n'est donc pas « l'œuvre élaborée une fois pour toutes par un seul homme ». Le Dr Zamenhof eut l'intuition de ne donner à cette langue que les éléments et structures indispensables. Il s'est toujours considéré comme l'initiateur de l'espéranto et non comme son créateur. Il s'attela à des traductions aussitôt après avoir établi les principes de base de cette langue : Hamlet, Iphigénie en Tauride, L'Inspecteur général, Les Brigands, George Dandin, les Contes d'Andersen, Marta, l'Ancien Testament et quelques œuvres moins connues. Cette confrontation de la langue aux problèmes que pose l'art de la traduction et ses contraintes fut très bénéfique pour celle-ci. L'exemple le plus concret est la traduction des poésies, pièces de théâtre. L'espéranto montra ainsi ses capacités et sa souplesse en particulier dans le respect des rimes poétiques des œuvres originales.

Ludwik Lejzer Zamenhof fonda la Bibliothèque de la Langue Internationale en 1894 et fut ensuite très vite rejoint par des hommes de grand talent, parmi lesquels Antoni Grabowski, Kazimierz Bein (Kabe), Jozef Wasniewski, dont la créativité et l'apport se révélèrent considérables.

Ingénieur de son état, Grabowski était aussi un amoureux de la poésie et un grand polyglotte (il connaissait une trentaine de langues). À part son épouse, c'est avec lui que le Dr Zamenhof eut sa première conversation en espéranto. Kabe fut le premier littérateur espérantiste et sans doute l'un des plus brillants. Un an seulement après avoir commencé l'étude de l'espéranto, il effectua la traduction d'une œuvre de la littérature polonaise : Le Fin-fond de la misère, de Sieroszewski qui parut en 1904. Il traduisit d'autres œuvres parmi lesquelles Le Pharaon de Boleslaw Prus, - la plus marquante -ainsi que Pères et fils de Tourgueniev.

C'est ainsi qu'au fil de l'histoire de cette langue apparurent des traductions d'une grande variété : Virgile, Homère, Molière, Voltaire, Shakespeare, Goethe, Dante, Tolstoï, Ibsen, Tolkien, Tagore, Omar Khayyam, Jean-Paul Sartre, Albert Camus et bien d'autres. À cela se sont ajoutées des anthologies de la littérature polonaise, slovaque, bulgare, estonienne, danoise, belge, suisse, chinoise, australienne, française (3 volumes), ainsi que des textes philosophiques ((Platon, Descartes, Jean Rostand), religieux (Bible, Coran), ou politiques (Marx, Le petit livre rouge de Mao Zedong), etc.

Parmi les œuvres de la littérature francophone traduites figurent entre autres Andromaque de Racine, Les Fleurs du mal de Baudelaire, les Lettres persanes de Montesquieu, Un Cœur simple de Gustave Flaubert, Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry ou encore L'Étranger d'Albert Camus (Source).

Œuvres originales[modifier | modifier le code]

À côté des traductions, les œuvres originales de Julio Baghy, Kálmán Kalocsay, Ferenc Szilágyi, Sándor Szathmári, Jan Fethke, Edmond Privat, Raymond Schwartz sont devenues des classiques de la littérature en espéranto. L'influence de l'École hongroise est déjà perceptible : les quatre premiers sont hongrois.

Les genres se diversifient avec Marjorie Boulton, John Francis, William Auld, Ivo Lapenna (rhétorique), Tibor Sekelj (récits d'exploration), de même que la situation géographique des auteurs : Miyamoto Masao (Japon-Chine), Edwin de Kock (Afrique du Sud-USA), Sylla Chaves (Brésil), Brendon Clarck et Bertram Potts (Nouvelle-Zélande). Le travail accompli par Gaston Waringhien (essais, grammaire complète, lexicographie, traductions) est prodigieux. Durant ces dernières années, de nouveaux noms se sont imposés : István Nemere (écrivain hongrois qui a commencé à écrire aussi en espéranto), Johán Valano.

La première revue en espéranto, La Revuo, fut éditée par Hachette, à Paris. Elle parut de 1906 jusqu'à la Première Guerre mondiale. Le vide créé par sa disparition se combla grâce à d'autres publications comme Literatura Mondo (Budapest), Norda Prismo (Stockholm), Nica Revuo (Nice), et de nos jours par Fonto (Brésil, 1980-2006), Literatura Foiro (Milan, fondée en 1970) La Karavelo (Portugal, fondée en 2007). et Beletra Almanako (New York, fondée également en 2007).

Poésies[modifier | modifier le code]

La présence de la poésie a toujours été très importante en espéranto. Zamenhof fut d'ailleurs le premier poète espérantiste, puisqu'il s'exerça à cette forme d'expression à l'aide d'une langue encore embryonnaire et rudimentaire, qu'il lui fallait éprouver. Parmi ses poésies célèbres figurent La Espero, devenu l'hymne de la collectivité espérantophone ou encore sa Prière sous le drapeau vert lue lors du congrès universel de Boulogne-sur-Mer en 1905.

De nos jours, l'ouvrage le plus représentatif est l' Antologio de esperantaj poemoj qui, sur les 888 pages de sa seconde édition (1887-1981) présente 706 œuvres écrites par 163 poètes originaires de 35 pays.

Preuve que la poésie a été le genre majeur en espéranto, c'est William Auld, poète écossais qui fut proposé de 1999 à 2006 comme candidat au prix Nobel de littérature par l'association des écrivains espérantophones. Depuis 2007, c'est un autre poète, islandais cette fois, qui est proposé : Baldur Ragnarsson.

Romans[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Le premier roman en espéranto date de 1907, c'est-à-dire vingt ans après les premiers poèmes de Zamenhof. Durant ces vingt ans, les auteurs se sont principalement essayés sur des traductions et, en ce qui concerne la littérature originale, ont produit de la poésie. C’est au docteur Henri Vallienne, un médecin français, que l’on doit le premier roman originellement écrit en espéranto Kastelo De Prelongo (1907) ; il traite des relations entre les membres d’une famille française noble et ses domestiques. L’année suivante, Vallienne, qui dut abandonner sa carrière professionnelle à cause de son état de santé, ecrivit un second roman Ĉu Li? Les deux ouvrages sont intéressants même s’il ne faut pas faire trop attention aux imperfections linguistiques ; Vallienne étant un auteur pionnier à une époque où la pratique de l’espéranto n’en était qu’à ses débuts. Après les romans de Vallienne, ont suivi deux ouvrages de H. August Luyken, Paŭlo Debenham (1911) et Mirinda Amo (1913).

Pendant la Première Guerre mondiale paraît un roman philosophique, Nova Sento de Tagulo (H. Hyams). Il s’agit d’une utopie où l’auteur expose sa philosophie de vie qui relève des idées socialistes et végétariennes.

L'entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Luyken va de nouveau enrichir la littérature espérantophone de deux romans : Stranga Heredaĵo (1922) et Pro Iŝtar (1924). Le néerlandais Hindrik Jan Bulthuis écrit trois romans Idoj de Orfeo (1923), Jozef kaj la Edzino de Potifar (1926) et La Vila Mano (1928). Jean Forge, scénariste polonais livre Abismoj en 1923 et Saltego trans Jarmiloj en 1924 puis Mister Tot aĉetas mil okulojn en 1931. Mais le roman en espéranto le plus important de l’entre-deux guerres est sans doute celui de Julio Baghy, un auteur déjà connu pour ses poésies. Viktimoj (1925) le premier roman de cet acteur dramatique hongrois s’inspire de son expérience de prisonnier de guerre en Sibérie. Ce livre devient particulièrement populaire auprès des espérantophones. Baghy livrera un deuxième roman Hura ! en 1930, d’un style différent puisqu’il le qualifiera lui-même de « grimace ». En 1931 parait son troisième roman Printempo en la Aŭtuno, où il montre tout son romantisme. En 1933, il se montre assez critique vis-à-vis du cliché de l’espérantophone dans Paŭlo Paal (Verdaj Donkiĥotoj). La même année, il livre la suite de Viktimoj dans Sur Sanga Tero qui porte toujours sur son expérience sibérienne.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Le premier roman en espéranto important de l'après-guerre est Kredu Min, Sinjorino! du Suisse Cezaro Rossetti. En partie autobiographique, l’auteur nous livre avec beaucoup d’humour toutes les ficelles du métier d’exposant de foire.

C’est en 1958 que le livre de Sándor Szathmári, Vojaĝo al Kazohinio est édité en espéranto. Une traduction hongroise était déjà parue en 1941. Là encore nous sommes face à l’un des romans les plus importants de la littérature espératophone. Il s’agit d’une contre-utopie sur le modèle des Voyages de Gulliver.

En 1963, c’est Raymond Schwartz, célèbre chansonnier espérantophone qui livre Kiel Akvo De L' Rivero, son second roman (le premier Anni kaj Montmartre (1930) décrit l’expérience d’une jeune Allemande à Paris). Ce livre a pour protagoniste un jeune Lorrain partagé entre la France et l'Allemagne qui s’engage sans cesse un peu plus sur la voie de la guerre.

Les années 1970 et 1980[modifier | modifier le code]

Ces deux décennies sont celles où parurent le plus de romans en espéranto. Avec Claude Piron, Christian Declerck, Corrado Tavanti et István Nemere le roman policier s’impose.

Les années 1990 et 2000[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

L'adoption de cette langue dans la bande dessinée est récente. Si Astérix (5 albums) et Les Aventures de Tintin (4 albums[1]) existent dans des dizaines de langues dont l'espéranto, Nudpieda Gen (Gen d'Hiroshima) n'existe en revanche qu'en japonais et en traductions allemande, anglaise, française et espéranto. On trouve aussi une adaptation BD du Pharaon de Boleslaw Prus, et des traductions de Gaston Lagaffe
Les auteurs de BD originales en espéranto sont assez rares. Parmi les plus prolixes citons Arnau, auteur catalan de plusieurs albums ; Serge Sire (eo), auteur français qu'on retrouve plus ou moins régulièrement dans une dizaine de revues, en particulier à "La KancerKliniko (eo)", revue qui depuis son numéro 1 en 1977, publie régulièrement des bandes dessinées originales.

Notons aussi le magazine Vola Püg' (eo) spécialisé "BD" initialement réservé à l'Internet qui sort en décembre 2004 son premier numéro papier.

Exemple de BD originale de Serge Sire dans Vola Püg' : Dancdromo -

Littérature et associations[modifier | modifier le code]

La contribution de SAT, organisation socio-culturelle à vocation émancipatrice, fut importante surtout entre les deux guerres dans le domaine de l'édition : œuvres traduites de Jack London, Voltaire, œuvres originales de Lanti (Eugène Adam), Barthelmess, Sándor Szathmári; biographies (Rosa Luxembourg), lettres de Zamenhof, ouvrages de vulgarisation scientifique, etc. Après la Seconde Guerre mondiale, les efforts de cette organisation se sont portés essentiellement sur l'édition de dictionnaires d'espéranto, notamment le Plena Ilustrita Vortaro de Esperanto (PIV) qui fait autorité dans le monde entier et de la revue annuelle Sennacieca Revuo.

Depuis 2007 SAT a recréé sa coopérative d'édition (SAT eldona fako kooperativa) et tente une diversification de ses éditions.

Les femmes en littérature[modifier | modifier le code]

Il convient de souligner le rôle des femmes dans le fait que l'espéranto est la seule langue construite qui soit passée de l'état de projet à celui de langue vivante. La plus jeune des filles du Zamenhof Page d'aide sur l'homonymie, Lydia, qui mourut avec sa sœur Sofia dans le camp nazi de Treblinka, traduisit Quo vadis ? de Sienkiewicz. Maria Hankel fut la première femme poète. Simple télégraphiste, l'Estonienne Hilda Dresen devint un grand talent de la poésie par sa description de la nature nordique, alors que l'Anglaise Marjorie Boulton, professeur de littérature anglaise diplômée d'Oxford, excelle tant dans l'histoire de l'espéranto que dans une poésie et une prose non dépourvues d'originalité et d'humour. On peut certes regretter que l'activité et la sensibilité féminines soient encore sous-représentées au sein de l'Académie d'Espéranto.

L'après-Zamenhof[modifier | modifier le code]

Lorsque le Dr Zamenhof mourut, le 14 avril 1917, l'espéranto était déjà suffisamment enraciné pour survivre non seulement à sa disparition, mais aussi à cette longue période de haine dévastatrice dans laquelle l'Europe fut plongée. Depuis, il n'a cessé de s'enrichir. La littérature en espéranto représente aujourd'hui plus de 30 000 ouvrages dont environ un tiers de traductions. Plusieurs nouveaux titres paraissent chaque semaine.

Reconnaissance institutionnelle[modifier | modifier le code]

Après une enquête, l'Esperanta PEN-Centro a été admis en 1993 au sein du PEN-Club International (Poètes, Écrivains, Nouvellistes), la seule organisation d'écrivains admise au sein de l'UNESCO. En août 1998, plusieurs grands quotidiens ont repris une information de la BBC selon laquelle l'écrivain écossais William Auld était proposé pour le prix Nobel.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Janton, L'Espéranto, no 1511 de la collection Que sais-je P.U.F.
  • (eo) Encyklopedio de Esperanto

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.espacedatapresse.com/fil_datapresse/consultation_cp.jsp?ant=reseau_2755813