Jean Fourastié

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Jean Fourastié (15 avril 1907 à Saint-Benin-d'Azy, Nièvre - 25 juillet 1990 à Douelle, Lot) est un économiste français, connu notamment pour avoir été à l'origine de l'expression les Trente Glorieuses désignant la période prospère qu'ont connue la France et la plupart des pays industrialisés de la fin de la Seconde Guerre mondiale au premier choc pétrolier (1947-1973). Ce terme est passé dans le langage courant.

Jean Fourastié est aussi très connu pour ses travaux sur les prix, la productivité et surtout le progrès technique. Selon lui, c'est là que réside la clef des mécanismes fondamentaux de l'économie (évolution des prix et de la rente, explication des crises et du chômage, ressort du commerce extérieur,évolution de la production et de la population active…).

Son optimisme technologique (Le Grand Espoir du XX° Siècle, PUF 1949 ; Machinisme et Bien-Être, Ed Minuit 1951 ; Les 40000 heures, 1965) le conduit à annoncer la semaine de 30 heures et une durée de vie active d'environ 35 années, et à prévoir que la société évolue implacablement vers une civilisation de type tertiaire, dominée par les services mais où cependant le comportement moral des hommes n'aura pas forcément progressé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Fourastié effectue ses études primaires et secondaires au collège de Juilly entre 1915 et 1928. Il devient en 1930 ingénieur des Arts et Manufactures (École Centrale), puis en 1933 diplômé de l'École libre des sciences politiques et en 1936 docteur en Droit. À la suite de ces brillantes études, il entre par concours dans l'administration au Ministère des Finances comme Commissaire contrôleur, puis Commissaire contrôleur général des Assurances, jusqu'à son détachement en 1951.

Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier puis s'évade dès la première journée de captivité. Il est en 1939 chargé du cours d'Assurance au Conservatoire national des arts et métiers.

À partir de la guerre, avec la parution de l'Economie française dans le Monde, puis du Grand Espoir du XXe siècle, sa carrière s'oriente vers l'enseignement et le conseil économique, avec une attache européenne et libérale très forte; il devient l'un des universitaires les plus connus dans le domaine de la prévision et de l'analyse de la société industrielle.

Le conseiller et le planificateur[modifier | modifier le code]

En 1944, Jean Monnet l'appelle au Commissariat au Plan, d'abord comme chef du service économique, puis comme conseiller économique. Président de la Commission de modernisation de la Main-d'œuvre du Commissariat au plan, il le reste pendant quatre plans successifs. En 1961, il est choisi comme membre du « groupe de travail 1985 » du Commissariat général au Plan.

L'expert européen et international[modifier | modifier le code]

Il est en 1950 recruté comme vice-président du Comité des questions scientifiques et techniques à l'Organisation européenne de coopération économique (O.E.C.E), future OCDE. De 1949 à 1955, il est président du groupe de recherches de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A), sur les conditions et les conséquences du progrès technique dans la sidérurgie. En 1958, il est nommé expert des Nations unies auprès du gouvernement mexicain et de la commission économique pour l'Amérique latine.

L'universitaire[modifier | modifier le code]

Nommé en 1947 professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, il devient en 1953 directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études. En 1964, il complète sa charge de cours au Conservatoire national des arts et métiers, par un enseignement à plein temps comme Professeur titulaire de la chaire d'Économie et statistiques industrielles. Il demeure Directeur d'Etudes à l'EPHE , professeur au CNAM et à Sciences-Po jusqu'à sa retraite en 1978.

L'éditorialiste[modifier | modifier le code]

En 1969, il devient éditorialiste au Figaro et le reste pratiquement toute sa vie ; il anime jusqu'en 1970 les « Quarts d'heure » mensuels à la télévision française.

En 1968, il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques, dont il devient président en 1978. En 1981, il est nommé président de la Commission administrative centrale de l'Institut. Jean Fourastié était également membre du conseil d'administration de la Fondation du Crédit agricole - Pays de France, présidé par Philippe Lamour.

Principaux thèmes de recherche[modifier | modifier le code]

Article connexe : Trente Glorieuses.

La comptabilité et le plan comptable général[modifier | modifier le code]

Jean Fourastié a été l’un des principaux acteurs du plan comptable des assurances (ensemble de règles et de terminologies à utiliser pour la comptabilité), puis du premier plan comptable général en France, en 1942. En 1943, il a publié son premier « Que sais-je ? », la Comptabilité où il présente la comptabilité de façon simple, adaptée à tous.

Un principe[modifier | modifier le code]

L'essentiel de sa pensée originale consiste à partir des faits et non des raisonnements. Jean Fourastié regarde le passé, l’histoire économique, les chiffres, les données statistiques, les ordres de grandeur et ce qui se passe dans les autres pays pour connaître l’avenir. Il lance ses collaborateurs dans des recherches sur l'évolution des prix à long terme, les salaires, les revenus...

L’économie[modifier | modifier le code]

Pour lui, le progrès technique joue un rôle prépondérant. Dès 1945, dans l’Économie française dans le Monde, il esquisse sa théorie qu’il complète et actualise toute sa vie :

L’évolution de la population active[modifier | modifier le code]

Les progrès de l’agriculture sont importants depuis la fin du dix-septième siècle : le machinisme, les techniques agricoles, permettent de produire davantage avec moins de travail. Il faut donc moins d’agriculteurs : en 1800, 65 pour cent de la population active française travaillait dans l'agriculture; en 2013, c'est seulement 2,9 pour cent. En 1851, un agriculteur français nourrissait − assez mal, avec beaucoup de féculents, peu de légumes verts, de fruits et de viande − quatre personnes en le comptant. En 1911, il en nourrissait 5,11 ; en 1949 : 7,25 ; en 1974 : 16,6 ; en 2013, il en nourrit − très bien – près de 100. Les « bras » ainsi libérés peuvent contribuer à la production industrielle ; ensuite, sous l’effet du progrès technique, la production industrielle demande de moins en moins de travailleurs, ce qui laisse libre le champ des services. Jean Fourastié espérait que ces mouvements se passeraient de façon peut-être douloureuse (obligation de changer de métier, de résidence…), mais que le temps de travail en diminuant servirait de régulateur : 1 200 heures par an suffiraient. C'est l'origine du titre Les Quarante Mille Heures : 1200 heures pendant près de 35 ans donneraient 40 000 heures par vie.

L'évolution de la production[modifier | modifier le code]

Sous l’influence du progrès des techniques de production, les hommes parviennent donc à produire davantage, ce qui explique les mouvements de la production. La production traditionnelle d’un pays (cela reste vrai pour des pays encore peu développés) était agricole : le blé ou les céréales nécessaires à la survie des habitants. Progressivement, la production agricole augmente et se diversifie. Puis l’industrie naît ; la production industrielle augmente. Progressivement, sans voir diminuer cette production, on voit diminuer la main d’œuvre qui lui est nécessaire ; il y a alors place pour d’innombrables services.

L'évolution de la consommation[modifier | modifier le code]

La consommation suit le même mouvement. L’appétit de consommation de l’homme est illimité. Le « grand espoir du XXe siècle » était pour Jean Fourastié l’espoir que les hommes mangeraient à leur faim et verraient leur confort augmenter, ce qui s’est réellement produit.

L’évolution des prix[modifier | modifier le code]

Toutes ses affirmations sont étayées par des données chiffrées ; l'observation des prix à partir de séries de prix observées a été l'une de ses préoccupations. Jean Fourastié lève la difficulté due aux variations de la monnaie en employant une unité valable en tout temps et en tout lieu : le salaire horaire. Il compare les prix nominaux au salaire horaire (total de base) de la même date et du même lieu, obtenant ce qu’il appelle le prix réel. Les bonnes années, vers 1700, un kilogramme de blé coûtait 3 salaires horaires ; il fallait 3 heures de travail pour produire ou acheter ce blé. En 2013, un kilogramme de pain baguette vaut environ 14 minutes de travail. Le progrès depuis trois cents ans tient dans ces chiffres. Jean Fourastié a réuni des milliers de séries de prix sur longue durée, et prouvé que la plupart des produits ont vu leur prix réel baisser.

La croissance[modifier | modifier le code]

Il se basait sur l’égalité 210 = 1000 pour affirmer que la croissance ne peut être indéfinie ; une croissance de 7% par an (approximativement celle du PIB français pendant les Trente glorieuses) donnerait une multiplication par deux en 10 ans, donc une mutiplication par 1 000 en un siècle, ce qui est impossible. Jean Fourastié pensait que nous étions dans une période transitoire : avant, c’était la vie traditionnelle ; après, ce sera une civilisation technique à haut niveau de vie, mais où la croissance sera faible ou nulle.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • 1937 Le Contrôle de l'État sur les sociétés d'assurances. Paris, Faculté de Droit, 1937, 275 p.
  • 1941 Le Nouveau Régime juridique et technique de l'assurance en France. Paris, L'Argus, 1941, 282 p.
  • 1943 La Comptabilité. Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1943, 128 p.
  • 1944 Comptabilité générale conforme au plan comptable général. Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1944, 271 p.
  • 1945 L'Économie française dans le monde, avec la collaboration de Henri Montet. Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », no 191, 1945, 136 p.
  • 1946 Les Assurances au point de vue économique et social. Paris, Payot, 1946, 132 p. (Bibliothèque économique).
  • 1947 Esquisse d'une théorie générale de l'évolution économique contemporaine, Paris, Presses universitaires de France, 1947, 32 p.
  • 1947 La Civilisation de 1960. Paris, Presses universitaires de France, 1947. 120 p. (coll. « Que sais-je ? » no 279). Ed. remaniée en 1953 sous le titre : La Civilisation de 1975, en 1974, sous le titre : La Civilisation de 1995 et en 1982 sous le titre : La Civilisation de 2001. 11e éd. : 1982.
  • 1948 Note sur la philosophie des sciences, Paris, Presses universitaires de France, 1948, 36 p.
  • 1949 Le Grand Espoir du XXe siècle. Progrès technique, progrès économique, progrès social. Paris, Presses universitaires de France, 1949, 224 p. - Rééd.1989 collection Tel Gallimard
  • 1951-52 Le progrès technique et l'évolution économique, Institut d'Études Politiques de Paris, Paris, les cours de Droit (deux fascicules), 1951-52, 249 p.
  • 1951 Machinisme et bien-être. Paris, Ed. de Minuit, 1951, 256 p. (Coll. l'Homme et la machine, dirigée par Georges Friedmann, no 1)
  • 1952 La Productivité Paris, Presses universitaires de France, 1952, 120 p. (coll. « Que sais-je ? » no 557). (11e éd. : 1987)
  • 1955 La prévision économique et la direction des entreprises. Paris, Presses universitaires de France, 1955, 152 p.
  • 1957 Productivité, prix et salaires, Paris, O.E.C.E., 1957, 115 p.
  • 1959 Pourquoi nous travaillons. Paris, Presses universitaires de France, 1959, 128 p. (coll. « Que sais-je ? » no 818). (8e éd. : 1984). (Traduit en espagnol, japonais, allemand, portugais, grec).
  • 1961 La Grande Métamorphose du XXe siècle. Essais sur quelques problèmes de l'humanité d'aujourd'hui. Paris, Presses universitaires de France, 1961, 224 p.
  • 1963 La Planification économique en France, avec la collaboration de Jean-Paul Courthéoux. Paris, Presses universitaires de France, 1963, 208 p. (coll. L'Organisateur)
  • 1965 Les 40 000 heures. Paris, Gonthier-Laffont, 1965. 247 p. (coll. Inventaire de l'avenir no 1).
  • 1966 Les Conditions de l'esprit scientifique. Paris, Gallimard, 1966, 256 p. (coll. Idées no 96).
  • 1966 Essais de morale prospective. Paris, Gonthier ; 1966, 200 p.
  • 1970 Lettre ouverte à quatre milliards d'hommes. Paris, A. Michel, 1970, 167 p. (coll. Lettre ouverte)
  • 1970 Des Loisirs: pour quoi faire ? , Paris Castermann 1970 , 143 p. ( cool. Mutations Orientations )
  • 1973-74Prévision, futurologie, prospective, Cours de l'Institut d'Études Politiques de Paris. 1973-74. Paris, Les cours de droit, 1974, 113 p. (ronéoté).
  • 1974 L'Église a-t-elle trahi ? Dialogue entre Jean Fourastié et René Laurentin. Paris, Beauchesne, 1974, 192 p.
  • 1977 Pouvoir d'achat, prix et salaires, avec la collaboration de Jacqueline Fourastié. Paris, Gallimard, 1977, 223 p. (coll. Idées no 374).
  • 1978 La réalité économique. Vers la révision des idées dominantes en France, avec la collaboration de Jacqueline Fourastié, Paris, R. Laffont, 1978, 365 p. (Réédité en 1986, Paris, Hachette, 423 p. coll. Pluriel no 8488) .
  • 1979 Les Trente Glorieuses, ou la révolution invisible de 1946 à 1975, Paris, Fayard, 1979, 300 p. (Rééd.Hachette Pluriel no 8363).
  • 1981 Ce que je crois, Paris, Grasset, 1981.
  • 1983 Le Rire, suite, Paris, Denoël-Gonthier, 1983.
  • 1984 Pourquoi les prix baissent, avec la collaboration de Béatrice Bazil, Paris, Hachette, 1984, 320 p. (coll. Pluriel no 8390).
  • 1986 En Quercy, essai d'histoire démographique, Quercy-Recherche, Cahors.
  • 1987 D'une France à une autre, avant et après les Trente Glorieuses, avec la collaboration de Jacqueline Fourastié, Paris, Fayard.
  • 1989 Warum die Preise sinken, Produktivität und Kaufkraft seit dem Mittelalter, avec la collaboration de Jan Schneider, Campus Verlag, Frankfurt, New York.
  • 1994, Jean Fourastié entre deux mondes. Mémoires en forme de dialogues avec sa fille Jacqueline, posthume, avec la collaboration de Jacqueline Fourastié et Béatrice Bazil, Beauchesne éditeur, Paris.

Sur Jean Fourastié[modifier | modifier le code]

  • Régis Boulat, Jean Fourastié, un expert en productivité. La modernisation de la France (années trente – années cinquante), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, « Thesis », 2008, 460 p., 26 €.
  • Textes choisis et présentés par Jean-Louis Harouel, Jean Fourastié, Productivité et richesse des nations, Gallimard, col. « Tel », Gallimard, Paris, 2005.
  • Sous la direction de Jean-Pierre Chamoux, Comment retrouver croissance et emploi, Modernité de Jean Fourastié (préface de Michel Albert, postface de Jean Cluzel, contributions de Régis Boulat, Jean-Marc Daniel, Michel Didier, Isabelle Gaillard, Pierre Jacquet, Raymond Leban, Jacques Mistral, Michel Pebereau, Robert Solow, Claude Vimont), Publisud, Paris, 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]