Daniel Cohen (économiste)

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Daniel Cohen

Naissance 16 juin 1953 (61 ans)
Tunis
Nationalité Français
Profession
Formation

Daniel Cohen est un économiste français né le 16 juin 1953 à Tunis[1]. Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (1973-1976), c'est un spécialiste de la dette souveraine[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Daniel Cohen est professeur d'économie à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (section mathématiques), vice-président de l'École d'économie de Paris, dont il a été l'un des membres fondateurs, et directeur du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP). Il est notamment membre du Conseil d’analyse économique (CAE) auprès du Premier ministre. Il est professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Daniel Cohen se définit comme un « économiste pragmatique[3]. »

Spécialiste de la dette souveraine, il est également conseiller à la banque Lazard[4],[5], avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Geórgios Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de leur dette internationale.

Il a également participé, avec la Banque mondiale, à l' « initiative de réduction de la dette des Pays Pauvres Très Endettés » (initiative PPTE).

Il est par ailleurs éditorialiste au Monde et membre du conseil de surveillance de ce journal[6]. Il est président du conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès. Il a présenté sur France 2 le 11 janvier 2011, avec Erik Orsenna et Pierre Arditi, Fric, krach et gueule de bois : le roman de la crise, un magazine résumant l'histoire économique depuis les années 1970.

Sur le plateau de LCP, il reconnaît, en décembre 2011, être l'un des soutiens et des conseillers économiques de François Hollande.

Ses ouvrages ont tous été traduits en anglais (ils ont été édités par MIT Press aux États-Unis) et dans une dizaine d’autres langues. La revue Choice Magazine a désigné Globalization and Its Enemies comme l’Outstanding Academic Title de l’année 2006[7].

Lors de l'élection présidentielle française de 2012, il signe l'appel des économistes en soutien du candidat François Hollande[8].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Au fil de ses ouvrages, Daniel Cohen analyse les transformations du capitalisme contemporain sous différents aspects, mêlant analyses historiques et économiques.

  • Richesse du monde, pauvretés des nations (1997) examine la montée des inégalités, en soulignant le rôle accru de l'endogamie sociale à travers le concept « d'appariements sélectifs ». Denis Clerc, d'Alternatives Economiques résume ainsi la thèse centrale de ce livre : « La troisième révolution industrielle est en cours. Et cette troisième révolution fonctionne selon le mécanisme des appariements : les bons vont avec les bons, les autres tentent de se débrouiller et se retrouvent souvent sur le côté du chemin »[9]
  • Nos temps modernes (2000) analyse pourquoi « le stress devient le mode de régulation de la société post-fordiste » et oppose aux théories de la fin du travail l'idée de travail sans fin[10]. Ce livre a reçu le Prix du livre d'économie.
  • La mondialisation et ses ennemis (2004) reprend l'opposition entre les théories économiques de la division du travail et les théories historiques de Fernand Braudel fondées sur l'opposition centre-périphérie. En faveur des thèses braudéliennes, Daniel Cohen montre que "les pauvres sont moins exploités qu'oubliés et marginalisés"[11]. Mais il donne également à voir comment les nouvelles technologies de l'information tendent à créer un horizon d'attente partagé, qui ne tient pas ses promesses et aiguise les frustrations.
  • Trois leçons sur la société post-industrielle (2006) résume ses précédentes analyses, en soulignant les enjeux sociaux de la sortie de la société industrielle : « A l'image de la société féodale, la société industrielle du XXe siècle lie un mode de production et un mode de protection. Elle scelle l'unité de la question économique et de la question sociale...». Pour Daniel Cohen, nous vivons aujourd'hui « la fin de la solidarité qui était inscrite au cœur de la firme industrielle ».
  • Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux (2012) précise le fonctionnement du Paradoxe d'Easterlin. Daniel Cohen plaide, dans cet ouvrage, pour un rééquilibrage de la coopération sur la compétition[13]. Ce livre a également reçu le Prix du livre d'économie.
  • Chroniques d'un krach annoncé (2003) est un recueil d'articles publiés par Daniel Cohen dans Le Monde, dont le titre reprend celui d'un éditorial publié en juin 2000. Dans ces articles, Daniel Cohen indique que le krach de la bulle internet était inéluctable[14].

Avec Philippe Askenazy, Daniel Cohen a par ailleurs coordonné plusieurs ouvrages offrant la publication des travaux des chercheurs du CEPREMAP[15], tels que Vingt-sept questions d'économie contemporaine (2008), Quinze nouvelles questions d'économie contemporaine (2010), Cinq crises (2013).

Études[modifier | modifier le code]

Prix et décorations[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Sa fonction au sein de la Banque Lazard lui est parfois reprochée comme présentant un risque de potentiel conflit d'intérêts[17],[18] et lui rapporterait, selon Médiapart, entre un et deux millions d'euros par an. Il a répondu, dans le Nouvel Observateur, que cette affirmation était surévaluée « dans un gros rapport de un à dix avec la réalité »[19]. Il a par ailleurs déclaré : « Mes recherches portent depuis toujours sur la dette internationale. Je prends comme un antidote à l'académisme d'être au contact des problèmes réels »[20].

Daniel Cohen est l'une des personnalités critiquées par le film documentaire français sorti en janvier 2012 Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l'essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997, qui explore les collusions entre les médias français et le pouvoir politique et économique français. Le film montre notamment un extrait de l'émission Face à Minc présentée par Alain Minc sur la chaîne Direct 8 le 7 juin 2008, où Daniel Cohen déclare que « La crise financière est à priori passée. Le risque que la crise financière dérape en crise systémique où les banques tomberaient comme des dominos, ça, ça semble écarté ». Pour l'économiste Frédéric Lordon, « C'est le propre de tout ce qu'il s'est passé avec cette crise. [...] Elle a pris à revers. [...] C'est la démonstration à grand spectacle d'une colossale erreur ».

L'association française de critique des médias Acrimed a publié, depuis 2006, plusieurs articles critiques à l'encontre de Daniel Cohen[21]. Le dernier date de 2011.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Daniel Cohen montre que la prospérité et l'éducation ne suffisent pas à pacifier le monde, comme en témoigne l'histoire européenne, et met en garde contre l'idée que la mondialisation suffirait aujourd'hui à pacifier les relations internationales.
  • Avec Olivier jean Blanchard, Macroéconomie, Pearson Education, 4ème édition, 2010
  • 16 nouvelles questions d'économie contemporaine (tome 2), sous la direction de Philippe Askenazy et Daniel Cohen, Albin Michel, Paris, 2010
  • Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, Albin Michel, Paris, 2012, 280 p. (ISBN 978-2226240293) (Prix du livre d'économie 2012)
  • 5 crises - 11 nouvelles questions d'économie contemporaine, sous la direction de Philippe Askenazy et Daniel Cohen. Albin Michel, 2013

Citation[modifier | modifier le code]

« La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait ainsi l'unité de la question économique et de la question sociale. La « société post-industrielle », elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle[22] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Echos.
  2. Le Dauphiné, « Daniel Cohen: "La crise ne m'inquiète pas" », 7 avril 2013.
  3. « A priori, je suis catalogué parmi les économistes dits néoclassiques, héritiers des théoriciens de l'équilibre général à la Walras. Je me définirais plutôt comme un économiste pragmatique. », interview, juillet 2004
  4. « Crise grecque : Jean-Pierre Jouyet balance un scud à Daniel Cohen », Marianne2, 14 septembre 2011
  5. « Lazard Frères dopé par la Grèce », Le Figaro, 4 juillet 2011.
  6. http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/11/03/le-monde-a-conclu-sa-recapitalisation_1434736_3236.html
  7. « Globalization and Its Enemies is one of the most original and incisive inquiries into the subject I have seen », John Gray, The New York Review of Books
  8. Philippe Aghion et al., « Nous, économistes, soutenons Hollande », Le Monde,‎ 17 avril 2012 (lire en ligne)
  9. http://www.alternatives-economiques.fr/richesse-du-monde--pauvrete-des-nations-daniel-cohen_fr_art_222_25322.html
  10. http://www.alternatives-economiques.fr/nos-temps-modernes-daniel-cohen_fr_art_133_13605.html
  11. http://www.nybooks.com/articles/archives/2006/apr/27/the-global-delusion/
  12. http://www.timeshighereducation.co.uk/books/the-prosperity-of-vice-a-worried-view-of-economics/420183.article
  13. http://www.alternatives-economiques.fr/homo-economicus--animal-triste_fr_art_1172_61098.html
  14. http://www.alternatives-economiques.fr/chroniques-d-un-krach-annonce-par-daniel-cohen_fr_art_176_19387.html
  15. http://www.cepremap.fr/
  16. « Décret du 29 mars 2013 portant promotion et nomination », sur Légifrance
  17. Arrêt sur images, « D. Cohen, économiste en conflit d'intérêt ? », 27 septembre 2011.
  18. Le Monde Diplomatique, « Les économistes à gages sur la sellette », mars 2012.
  19. Le nouvel obs, [1].
  20. http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20120401.OBS5185/les-economistes-sont-ils-des-imposteurs.html
  21. Daniel Cohen sur Acrimed Acrimed
  22. Trois leçons sur la société post-industrielle, Éditions du Seuil, Paris, 2006, quatrième de couverture.

Liens externes[modifier | modifier le code]