Isra et Miraj

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Une miniature persane du XVIe siècle célébrant l'ascension de Mahomet aux cieux.

L'isrâ' (en arabe إسراء « voyage nocturne », venant du verbe سرى [sara'a], « voyager la nuit ») est, pour les musulmans, le voyage nocturne que leur prophète Mahomet avait fait de La Mecque à Jérusalem. Il est suivi par le mi`râj (معراج, « échelle, ascension ») quand Mahomet était monté aux cieux puis descendu aux enfers en compagnie de l'ange Gabriel sur une monture appelée Bouraq (بُرَاق) après être allé sur le mur du temple à Jérusalem. La tradition situe cet évènement en l'an 2 avant l'Hégire, vers l'an 620 de notre ère[1].

Origines[modifier | modifier le code]

Ce voyage nocturne est très souvent évoqué dans le verset 1 de la sourate XVII du même nom :

« Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur , de la mosquée al-Haram à la Mosquée Al-Aqsa[2] dont Nous avons béni l’alentours, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. C’est Lui, vraiment, qui est l’Audient, le Clairvoyant »

— traduction de Muhammad Hamidullah, texte intégral sur Wikisource

Cette traduction est interprétative. Kazimirski traduit ainsi :

« Gloire à celui qui a transporté, pendant la nuit, son serviteur du temple sacré de la Mecque au temple éloigné de Jérusalem, dont nous avons béni l’enceinte, pour lui faire voir nos miracles. Dieu entend et voit tout. »

— traduction de Kazimirski, « Le Voyage nocturne », XVII, 1

Dans le Coran, la destination du voyage nocturne n'est pas mentionnée comme étant Jérusalem, la Mosquée Al-Aqsa est d'édification ultérieure et est rattachée à cette sourate au VIIIe siècle. D'autre part, le thème de l'ascension y est considéré (« Le Bétail », VI, 35) comme un rêve impossible[3].

Ce voyage est commémoré, chaque année, au soir du vingt-septième jour du rajab, lors de la « nuit de l'ascension » (Lailat al-Miraj) et les détails de ce voyage sont rapportés dans la tradition prophétique.

Description du voyage[modifier | modifier le code]

Mahomet fit ce voyage nocturne bien avant l’hégire. Il le fit éveillé et non en rêve. De La Mecque à Jérusalem, il prit pour monture le Bouraq, une créature décrite comme surnaturelle. Elle était très rapide (d'où son nom "Al-Buraq" qui signifie l'éclair) et pouvait poser ses sabots là où son regard s'arrêtait. Arrivé sur les lieux, il attacha sa monture devant la porte de la mosquée[2] où il entra accomplir deux rak’a, génuflexions, inclinaisons dans une prière dite de salut.

Ensuite, il fit une ascension (le mi`raj) à travers les cieux en compagnie de l'archange Gabriel. Il parvint au ciel inférieur où il rencontra Adam, au second, il rencontra Jésus ('Issa) et Jean le Baptiste (Yahya). Au troisième il vit Joseph fils de Jacob (Yusuf), au quatrième, Hénoch (Idris), au cinquième, Aaron (Haroun), au sixième, Moïse (Moussa) et enfin, au septième ciel, c'est au tour d'Abraham (Ibrahim). Il atteignit ensuite un niveau où il entendit un bruit de plumes, celles qui inscrivent ce qui est prédestiné pour tout ce qui existe. Puis il parvint jusqu'au Lotus des confins, Sidrat al-Muntaha, frontière du septième ciel où Gabriel apparut dans sa vraie forme avec ses six cents ailes. Il vit un rebord vert faisant barrage le long de l’horizon. Le prophète aperçut la Maison peuplé (bayt al mamour) à laquelle s’adossait Ibrahim (le patriarche Abraham), celui qui fut le constructeur de la Maison terrestre c'est-à-dire la Kaaba. Dans la Maison peuplée, il entre chaque jour soixante-dix mille anges[4] pour adorer Allah pour ne plus y retourner et ce jusqu’au jour de la résurrection. Mahomet eut aussi l'occasion de voir le paradis et l’enfer. C’est au cours de cette nuit que Dieu lui prescrivit cinquante prières obligatoires. C'est alors que Mahomet demanda à Allah de réduire le nombre de prières par jour car cela serait trop difficile pour sa communauté. Lorsqu'elles furent finalement allégées à cinq, Mahomet eut honte de continuer à demander et Allah décréta cinq prières par jour par miséricorde et indulgence pour les adorateurs de Dieu, mais qu'elles en vaudraient dix chacune (ce qui revient aux cinquante prières demandées par Allah au début). Mahomet descendit ensuite avec les prophètes à la mosquée Al-Aqsa où il dirigea une prière en tant qu'imam à laquelle ils se joignirent. Enfin, il sortit de la mosquée Al-Aqsa et chevaucha à nouveau le Bouraq pour retourner à la Mecque durant cette même nuit.

La date de cette nuit au cours de laquelle a eu lieu le voyage nocturne et l’ascension n’a pas été spécifiée précisément dans les hadiths authentiques, que ce soit au cours du mois de Rajab ou un autre. Et tout ce qui a été rapporté concernant la date précise de cette nuit ne remonte pas authentiquement à Mahomet, d’après les savants du hadith.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Le rattachement de ce voyage à Jérusalem et au Dôme du Rocher apparaît assez tôt, dès le VIIIe siècle, dans les textes, mais c'est seulement vers le XIIe et XIIIe siècles que les sources islamiques mentionnent réellement le Dôme du Rocher comme point de départ du miraj. Cet amalgame n'existait probablement pas au temps de la construction du Dôme (en 692), quoiqu'il ait pu être ancré bien plus tôt dans les récits populaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mohamed Talbi, "L'islam n'est pas voile, il est culte, Editions cartaginoiseries, p.325
  2. a et b La Mosquée Al-Aqsa, dont les historiens de l'art affirment que durant la période chrétienne, le lieu fut laissé à l'abandon[réf. nécessaire], se prononce en arabe al-masjid al-Aqsa (arabe : المسجد الاقصى). Du vivant de Mahomet, elle n'existait évidemment pas encore. Dans ce cas de figure, Mosquée (masjid, même racine que soujoud qui signifie prosternation et qui prend les lettres sa ja da) signifie lieu de prosternation sous-entendue « sacré » Aqsa signifiant « lointain », une traduction plus précise eut été « la mosquée lointaine » ou « la mosquée éloignée », plus tard associée avec celle de Jérusalem. En arabe, tout le site de l'esplanade des mosquée est appelée al-Haram ash-Sharif qui signifie « le noble sanctuaire», en référence au temple de Salomon détruit par deux fois.
  3. Jacqueline Chabbi, Le Seigneur des tribus : L'islam de Mahomet, Paris, CNRS éditions,‎ 2010, 730 p. (ISBN 978-2-271-06711-1), p. 517 note 235
  4. Muslim, 239