Hôtel particulier

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La façade et la cour de l'hôtel de Soubise, à Paris.

Un hôtel particulier est un type de logement français (que l'on trouve également en Suisse et en Belgique), consistant en une maison luxueuse bâtie au sein d'une ville, conçue pour n'être habitée que par une seule famille (ainsi que son personnel de maison). Paris compterait encore aujourd'hui environ 400 hôtels particuliers sur les 2000 que la ville comptait auparavant[1].

Définition

Un hôtel particulier se caractérise avant tout comme étant une demeure urbaine appartenant et occupée à l'origine par un unique propriétaire. Ce sont là ses deux seules caractéristiques précises et quantifiables. Il se distingue ainsi en zone urbaine de l'hôtel de rapport, construction urbaine généralement luxueuse, mais dont les appartements sont loués ou vendus à plusieurs particuliers, du palais habité par un prince de sang même si les contre-exemples sont nombreux, ainsi que de la maison, qui n'a quant à elle pas le prestige des trois précédents.

Taille de l'hôtel

L'hôtel Pétremand de Vesoul.

Un hôtel particulier est en général plus vaste qu'une habitation ordinaire, puisqu'il peut s'étendre sur plusieurs centaines de mètres carrés. Néanmoins, la taille ne peut être intégrée dans la définition de l'hôtel particulier, car il existe de grandes maisons bourgeoises plus vastes que de petits hôtels particuliers.

Il possède bien souvent une cour intérieure ainsi que suivant les époques un jardin (à l'exemple de l'hôtel d'Évreux).

Prestige du propriétaire

Façade côté cour de l'hôtel de Rohan.

Ces hôtels sont la propriété de personnages éminents. Cela peut être par leur rang social (noblesse sous l'Ancien Régime, grande bourgeoisie à l'époque industrielle, membres éminents du clergé). À l'exemple de l'hôtel de Rohan (Paris, IIIe arrondissement) appartenant à la famille du même nom, une des plus grandes maisons de France. Ou encore l'hôtel de Soubise (actuelles Archives Nationales) qui fut la propriété de plusieurs princes et princesses à l'exemple de Marie de Guise (1615 - 1688), princesse de Joinville. L'hôtel aurait alors du s'appeler palais de Guise eu égard à l'ascendance princière de sa propriétaire. À contrario, le cardinal de Richelieu, peu de temps après avoir fait ériger son hôtel particulier (l'hôtel de Richelieu, actuel Palais-Royal), le fait rebaptiser Palais-Cardinal alors qu'il n'a pas le titre de prince. La définition d'un hôtel particulier suivant l'éminence de son propriétaire trouve ainsi vite une limite au vu du nombre de contre-exemples.

L'hôtel de Villemaré (XVIIIe siècle, Paris, place Vendôme) a quant à lui été durant l'Ancien Régime la propriété de grands financiers du royaume, mais issus de la petite noblesse voire de la bourgeoisie. Il appartient de ce fait à la catégorie des hôtels particuliers propriété de riches personnages, financiers ou commerçants, parfois récemment anoblis. Ces hôtels se multiplient principalement au XVIIIe siècle. À Paris, ce sont principalement de grands financiers qui en sont les maîtres d’œuvre. En province, cela varie selon le statut de la ville. Dans les grandes villes parlementaires (comme Rennes ou Aix-en-Provence), c'est principalement la noblesse de robe qui en est à l'origine quand dans les villes et ports de commerce (comme Bordeaux ou Nantes), ce sont principalement les riches commerçants ou armateurs qui se font édifier ces grandes demeures.

La possession d'un hôtel particulier constitue un signe de richesse évident pour une famille, du fait des fonds importants nécessaires tant pour sa construction (achat de vastes terrains en milieu urbain ou semi-urbain, services d'un architecte, achat de matériaux de construction de grande valeur comme la pierre de taille), que pour son entretien et le paiement du personnel qui y travaille (domestiques, femmes de chambre, cuisiniers, palefreniers, etc.).

Origine du terme

Le terme d'hôtel recouvre très tôt de nombreuses significations. Martin Lister en 1698 écrit qu'il « y a à Paris un grand nombre d'hôtels, c'est-à-dire d'auberges publiques où l'on loue des appartements. [...] Ce nom s'applique aussi aux maisons des seigneurs et des gentilshommes [...] ». Est donc prise en compte dès 1698 la double définition du terme hôtel. À laquelle s'y ajoute une troisième, celle des édifices de prestige d'une ville (hôtel de ville, hôtel-dieu, etc.). On retrouve ici une double ascendance étymologique. Celle de l'auberge tout d'abord, où l'hôtel (ostel) est un lieu d'accueil (hôte, hôtellerie, hospitalité). Celle ensuite de l'édifice à caractère public tel que l'hôtel du roi, hospitium regis, regroupant les officiers chargés du service domestique du souverain[2].

C'est au Moyen Âge que le terme d'hôtel s'impose progressivement pour désigner une résidence princière, par opposition au palais royal et à la maison bourgeoise. L'emploi du mot reste cependant rare et ne désigne alors que les résidences de très grands seigneurs comme l'hôtel de Nesle ou l'hôtel des Tournelles. Il se généralise au XVIIe siècle avec l'émergence d'hôtels propriétés de financiers et de grands bourgeois. Ainsi, à la fin de l'Ancien Régime apparait le terme d'hôtel particulier, devenu nécessaire à la clarté du propos[3].

Histoire

Une des caractéristiques des grandes maisons nobiliaires du Moyen Âge est la possession d'un château (associé à des terres), c'est-à-dire d'un fief. Ce château, par son histoire illustre le haut lignage de la famille. L'époque moderne voit conjointement divers facteurs[note 1] entrainer une reproduction du phénomène dans les zones urbaines. Les grands du royaume se constituent de vastes domaines au sein même de la ville, à l'exemple du Cardinal de Richelieu qui au XVIIe siècle fait ériger en plein cœur de Paris son propre palais, actuellement le Palais-Royal.

Vue d'artiste de l'hôtel Jacques-Cœur dans les années 1890.

L'enrichissement de grands bourgeois et l'arrivée en France des idées de la Renaissance au milieu du XVe siècle initient ce phénomène. L'un des tout premiers hôtels particuliers français de cette époque, l'hôtel Jacques-Cœur (à partir de 1443) à Bourges, en est le meilleur exemple. Son propriétaire, Jacques Cœur, un riche marchand berruyer ayant beaucoup voyagé notamment dans l'Italie de la Renaissance, ramène de ses périples nombres d'innovations architecturales qu'il met en œuvre dans son hôtel. Ainsi, on note ici la présence de vastes baies extérieures alignées tant verticalement qu'horizontalement, innovation architecturale rapportée d'Italie.

Vue de la cour intérieure de l'hôtel d'Assézat.

En 1538 à Toulouse, c'est l'artiste Nicolas Bachelier (vers 1485 - 1566) qui fut l'un des premiers à introduire les modénatures antiques en France sur le portail de l'hôtel de Bagis[4]. Il serait également l'auteur de l'hôtel d'Assézat (1555, propriété de Pierre d'Assézat, riche marchand toulousain) à Toulouse toujours dont la façade[4] n'est pas sans rappeler celle de Pierre Lescot au palais du Louvre.

Façade sur jardin du château de Vaux-le-Vicomte.

Ce phénomène d'innovation lié à cet essor de la bourgeoisie ne se limite pas aux grands centres urbains puisque l'on note également l'achat de terrains ruraux ou de vieux châteaux médiévaux par ces nouveaux nobles ou grands bourgeois afin de les transformer en demeure seigneuriale, symbole de leur ascension sociale. À l'exemple de Gilles Berthelot, trésorier du roi et maire de Tours, qui dans la première moitié du XVIe siècle hérite de son père qui venait de l'acquérir du vieux château d'Azay-le-Rideau, où il engage d'immenses travaux afin d'en faire l'un des tout premiers châteaux de la Renaissance française. Ainsi, l'innovation artistique (ici architecturale) de ce début de l'époque moderne est amenée non pas par les grands nobles du royaume, mais par les marchands et bourgeois, ces personnes qui voyagent et découvrent notamment l'Italie de la Renaissance de laquelle ils vont s'inspirer à leur retour en France. Ce phénomène se poursuivra dans les siècles suivants comme nous l'illustre Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, lorsqu'il fait ériger le château de Vaux-le-Vicomte, qui est l'un des premiers édifices français à présenter une architecture en double-profondeur, un salon dit à l'italienne ainsi que l'absence d'escalier d'honneur.

Cette grande bourgeoisie issue des villes n'a pour sa majeure partie pas les moyens de se faire construire ces immenses complexes que sont les châteaux d'Azay-le-Rideau ou de Vaux-le-Vicomte. Ainsi se développent les hôtels particuliers au sein même (ou en périphérie) des grands centres urbains. La grande période de construction des hôtels particuliers, principalement à Paris, débute au milieu du XVIIe siècle. À cette période, la moitié des immeubles de Paris sont la propriété d'officiers ou de financiers[5]. Comme nous l'illustre le plan de Turgot (certes daté du début du siècle suivant), la ville est dense, mais ses frontières nettement moins éloignées du cœur qu'aujourd'hui. Ainsi, les propriétaires d'hôtel particulier se les font principalement construire en périphérie de la ville, comme l'illustre le plan. Cela permet d'adopter une architecture régulière pour l'édifice, de créer un jardin, et d'aligner l'hôtel sur la rue. Ainsi, on distingue vite deux types d'hôtel. Ceux en périphérie de la ville, très vastes et pourvus très souvent d'un jardin (à l'exemple de l'hôtel du Maine, XVIIIe siècle) et ceux du cœur de ville, plus petits et plus rarement pourvus d'un jardin à l'exemple des hôtels de la place Vendôme (XVIIIe siècle). Il est néanmoins des exceptions, comme l'Hôtel Lambert (XVIIe siècle) où un jardin sur terrasse a été réalisé sur l'Île Saint-Louis. Ces deux catégories d'hôtel présentent d'autres distinctions. Ceux de la périphérie possèdent souvent leur terrain propre, une vaste parcelle au milieu de laquelle se trouve l'édifice alors que les hôtels qui se trouvent au centre de la ville sont le plus souvent collés aux autres édifices, au même titre qu'une maison bourgeoise.

Il est néanmoins un certain nombre de caractéristiques communes. En effet, on trouve la plupart du temps une façade très développée, qu'elle donne sur une cour ou directement sur la rue. Élément clé de l'hôtel, elle atteste de sa richesse à tous les passants, raison pour laquelle elle est particulièrement soignée. On y trouve également la plupart du temps un porche avec porte cochère ouvragée sur rue (souvent en demi-lune) débouchant sur une cour d'honneur pavée. Le logis (dans l'axe ou sur de la porte cochère) dont la façade peut être animée par un avant-corps central mettant en évidence la ou les travée(s) axiale(s), souvent précédé d'un perron.

C'est généralement l'expression en français « hôtel particulier » qui est utilisée dans les autres langues pour désigner ce type d'habitation. De nombreux hôtels particuliers furent transformés durant leur histoire en hôtel de rapport (à l'exemple du Temple du Goût (XVIIIe siècle) sur l'Île Feydeau à Nantes). Ils sont néanmoins toujours considérés comme des hôtels particuliers, principalement pour leur riche architecture.

Notes

  1. Ces phénomènes sont principalement l'arrivée d'un grand nombre de personnes issues de la bourgeoisie (ou de petite noblesse) à des postes de financiers et de ministres du royaume, l'essor des Parlements régionaux, ainsi que le regroupement par le roi de France de sa noblesse autour de sa personne.

Références

  1. Kira Mitrofanoff, « Les hôtels particuliers parisiens », sur Challenge,
  2. Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, Paris, , 327 p. (ISBN 978-2-84096-704-0), p. 8
  3. Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, Paris, , 327 p. (ISBN 978-2-84096-704-0), p. 9
  4. a et b Frédérique Lemerle et Yves Pauwels, L'Architecture à la Renaissance, Paris, Flammarion, , 258 p. (ISBN 978-2-0812-1840-6), p. 201
  5. Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l'Architecture française : de la Renaissance à la Révolution, Paris, Editions Mengès, , p. 225

Voir aussi

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Bibliographie

  • Alexandre Gady, Les Hôtels particuliers de Paris, du Moyen Âge à la Belle Époque, Éditions Parigramme, 2011, 327 p.

Articles connexes

Liens externes