Franz Schreker

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Franz Schreker

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En 1912

Nom de naissance Franz Schrecker
Naissance 23 mars 1878
Monte-Carlo, Drapeau de Monaco Monaco
Décès 21 mars 1934 (à 55 ans)
Berlin, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Activité principale Compositeur
Style Impressionnisme, Romantisme, Expressionnisme
Enseignement Conservatoire de Vienne
Élèves Arnold Rosé, Ernst Křenek, Hermann Graedener

Franz Schreker, de son vrai nom Franz Schrecker, est un compositeur autrichien, né le 23 mars 1878 à Monte-Carlo et mort le 21 mars 1934 à Berlin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Le père de Franz Schreker, Isak Schrecker, est originaire d'une petite ville de Bohême, Golčův Jeníkov. Il naît le 6 mars 1834 dans une famille d'artisans juifs germanophones[P 1]. Porté par une vocation d'artiste, il tente d'abord une carrière de dessinateur. Pour des raisons pécuniaires, il se tourne finalement vers la photographie. Il parvient progressivement à s'attacher une clientèle bourgeoise et aristocratique et ouvre un studio renommé à Budapest[P 2]. En 1876, Isak entreprend une correspondance avec Eleonore von Clossman. Née en Styrie du sud, cette aristocrate a fui le milieu familial après le remariage de son père, le commandant August von Clossmann. Récemment installée à Vienne, elle occupe une place de gouvernante. Quelques mois après ces premiers échanges, Isak et Eleonore se marient en Hongrie. À cette occasion, Isak se convertit au protestantisme et prend le nom d'Ignaz[P 3].

Le jeune couple quitte rapidement l'Autriche-Hongrie pour Monaco. En 1877, Eleonore donne naissance à un enfant qui disparaît prématurément. L'année suivante, Franz August Julius Schrecker vient au monde[P 4]. Le futur compositeur est assez marqué par le cadre méditerranéen de sa petite enfance. Cette installation monégasque ne dure pas. Dès 1880, Ignaz reprend sa carrière de photographe itinérant, emmenant sa famille à Paris, Bruxelles, Pola, Vienne ou Linz… Il se trouve en Haute-Autriche, à Ungenach, lorsqu'il décède soudainement de la tuberculose le 22 janvier 1888[P 5].

Ignaz ne lègue que des dettes. La famille Schrecker sombre dans la précarité. Eleonore emménage à Döbling, dans la périphérie de Vienne. Elle vit de travaux artisanaux et des subsides de sa marraine, la princesse Alexandrine von Windischgrätz[P 6]. Fréquentant l'école primaire de Döbling, Franz suit les cours de piano, d'orgue, de violon et de théorie musicale de Karl Pfleger. C'est dans ce contexte qu'il compose sa toute première œuvre, une Ode à la mémoire de Napoléon[P 7].

N'ayant pas les moyens de poursuivre des études secondaires, Franz se cultive en autodidacte. À 14 ans, il commence à donner des cours d'allemand et d'arithmétique. La paroisse de Dôbling l'emploie occasionnellement comme organiste[P 8]. Multipliant les engagements sans lendemain, il accompagne un jour la cantatrice Berta Ehn. Surprise par sa précocité, elle utilise son influence pour lui ouvrir les portes du Conservatoire de Vienne. Parce qu'il ne peut payer les cours, l'administration lui assigne d'abord la classe de hautbois. Grâce au soutien financier de la princesse von Windischgrätz, il parvient finalement à intégrer la classe de violon d'Arnold Rosé[P 9]. Il semble avoir été un élève médiocre — un carnet de note de la fin de l'année 1893 fait état d'un travail insuffisant. Il brille par contre dans les cours théoriques : aussi bien la classe d'harmonie de Robert Fuchs que celle de contrepoint d'Hermann Graedener soulignent continûment son excellence[P 10]. En 1895, il fonde une association étudiante, la Verein der Musikfreunde, qui réunit plusieurs célébrités en devenir telles que le violoniste Fritz Kreisler, ou le compositeur Franz Schmidt. Elle est rapidement interdite par le Conservatoire dont le règlement proscrit les organisations parallèles[P 11].

Progressivement, Schreker délaisse l'interprétation au profit de la composition. En 1896, l'une de ses œuvres est pour la première fois représentée. De passage à Londres, l'Orchestre de l'Opéra de Budapest crée sa Love song. Faute de pouvoir se payer le déplacement, il ne peut assister à cette première création[P 12]. L'année suivante, il abandonne la classe de violon d'Arnold Rosé pour se recentrer sur la classe d'harmonie de Robert Fuchs. Il écrit une cinquantaine de Lieder dans le style de Brahms et de Hugo Wolf. Diplômé en 1900, il se fait connaître en représentant deux œuvres d'envergure : un Psaume n°116 et une Symphonie en la majeur[P 13]. Repris en 1901 par Ferdinand Loewe à la Gesellschaft der Musikfreunde, le Psaume est vivement salué par le critique Eduard Hanslick[P 14].

Le rénovateur de l'opéra allemand (1908-1920)[modifier | modifier le code]

Schreker obtient son premier succès en 1908 avec une suite chorégraphique inspirée par la nouvelle d'Oscar Wilde Die Geburtstag der Infantin (L’anniversaire de l’infante). Le même sujet l’inspirera à nouveau dix ans plus tard, à l’opéra cette fois, dans Die Gezeichneten (Les Stigmatisés). En 1912, le succès phénoménal de son opéra Der Ferne Klang (Le son lointain), salué par une critique européenne unanime, le rend célèbre du jour au lendemain ; la même année, on lui confie la succession de Fuchs au Conservatoire de Vienne. Ses opéras Die Gezeichneten et Der Schatzgräber (Le chercheur de trésor), représentés en 1918 et en 1920, imposeront son leadership sur les scènes allemandes au début de la République de Weimar, aux côtés de Richard Strauss.

Le directeur du conservatoire de Berlin (1920-1932)[modifier | modifier le code]

En 1920, il est nommé par le gouvernement social-démocrate allemand directeur du Conservatoire de Berlin, occupant ainsi, jusqu’à son éviction en 1932, le poste pédagogique le plus important de la jeune République. Sous sa direction, le Conservatoire de Berlin deviendra un centre majeur de la vie musicale européenne, comptant dans son corps enseignant des personnalités comme Paul Hindemith, Artur Schnabel, Arnold Schoenberg, Fischer, Sachs, von Hornbostel, et contribuant à la formation de musiciens comme Jascha Horenstein, Ernst Krenek ou Alois Haba. Au même moment, les orchestres de la ville sont dirigés par Erich Kleiber, Fritz Busch, Bruno Walter, Wilhelm Furtwängler ou encore Otto Klemperer. Ce dernier dirigera la première de Irrelohe en 1924 ; l’ouvrage est salué par le public, mais reçoit un accueil mitigé de la part de la critique. Il en sera de même pour Der Singende Teufel (Le diable chantant) en 1928 et Der Schmied von Gent (Le forgeron de Gand) en 1932, dont l’insuccès sera en grande partie provoqué par l’opposition de plus en plus farouche des nationaux-socialistes à un compositeur juif nommé à un poste officiel par un gouvernement social-démocrate. Les nazis empêcheront la création de Christophorus, composé entre 1925 et 1929, ouvrage qui ne sera finalement représenté qu'en 1978.

Mis à l’écart de toute position pédagogique par le nouveau régime en 1933, qui ne manque aucune occasion de le « stigmatiser » comme « artiste dégénéré », Franz Schreker décède dans une indifférence quasi générale à près de 56 ans.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres vocales[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

Œuvres chorales[modifier | modifier le code]

  • Auf dem Gottesacker, motet (avant 1899)
  • Der Holdestein pour soprano, basse, chœur mixte et orchestre (ou piano) (avant 1899)
  • Schlehenblüte pour chœur d'hommes, sur un texte de Rudolf Baumbach (avant 1899)
  • Versunken pour chœur d'hommes, sur un texte de Rudolf Baumbach (avant 1899)
  • Der 116. Psalm, op.6 (Psaume 116) pour chœur de femmes à 3 voix, orgue et orchestre (1900)
  • Gesang der Armen im Winter pour chœur mixte (1902)
  • Schwanengesang, op.11 pour chœur mixte et orchestre (1902)

Mélodies[modifier | modifier le code]

  • Zwei Lieder auf den Tod eines Kindes, op. 5, d'après Mia Holm (1895)
  • Lied der Fiorina (1896)
  • Zwei Liebeslieder (1897)
  • Vier Lieder, d'après Mia Holm (1898)
  • Drei Lieder von Vincenz Zusner (1899)
  • Acht Lieder, op. 7 (1898-1900)
  • Ave Maria pour chant et orgue (1902)
  • Ave Maria II pour chant et orgue (1902)
  • Fünf Lieder op. 3, d'après Paul Heyse (1902)
  • Zwei Lieder, op. 2 (1904)
  • Fünf Lieder, op. 4 (1904)
  • Vergangenheit, d'après Nikolaus Lenau (1906)
  • Das feurige Männlein, d'après Alfons Petzold (1915)
  • Fünf Gesänge für tiefe oder mittlere Stimme mit Begleitung eines kleinen Orchesters (Cinq chants pour voix grave ou moyenne avec accompagnement de petit orchestre) textes d'Edith Ronsperger, d'après Les 1001 Nuits (1909, orchestrés en 1922)
  • Vom ewigen Leben pour soprano et orchestre, d'après Walt Whitman (1923-1927)

Œuvres orchestrales[modifier | modifier le code]

  • Love Song pour harpe et orchestre à cordes (1895, perdu)
  • Scherzo (1899, inédit)
  • Symphonie en la mineur op. 1 pour grand orchestre (1899, incomplète: dernier mouvement perdu)
  • Intermezzo op. 8 pour orchestre à cordes (1900, inclus ultérieurement dans la Romantische Suite)
  • Scherzo (1900)
  • Ekkehard Ouverture symphonique pour grand orchestre et orgue op.12 (1902-1903)
  • Romantische Suite pour grand orchestre (1903)
  • Fantastische Ouvertüre pour grand orchestre (1904)
  • Nachtstück tiré de l'opéra Der ferne Klang (1906-1907)
  • Valse lente pour orchestre (1908)
  • Festwalzer und Walzerintermezzo pour grand orchestre (1908)
  • Der Geburtstag der Infantin (L'Anniversaire de l'Infante) Pantomime, d'après Oscar Wilde pour orchestre de chambre (1908-1910)
  • Rokoko Jeu dansé pour grand orchestre (après 1908)
  • Kammersymphonie (symphonie de chambre) pour 23 instruments solistes (1917)
  • Interlude Symphonique tiré de l'opéra Der Schatzgräber (1922)
  • Kleine Suite für Kammerorchester (Petite suite pour orchestre de chambre) (1928)
  • Vier kleine stücke für grosses Orchester (Quatre petites pièces pour grand orchestre) (1931)
  • Vier Stücke für Filmmusik (Quatre pièces pour une musique de film) (instrumentées par John Heller) (1931)
  • Das Weib des Intaphernes Mélodrame pour récitant et orchestre, texte d'Eduard Stucken (1932-1933)
  • Vorspiel zu einer grossen Oper (Memnon) (Prélude à un grand opéra) pour grand orchestre (1933)

Musique de chambre[modifier | modifier le code]

  • Sonate pour violon et piano (1897)
  • Der Wind pour clarinette, cor, violon, violoncelle et piano (1909)

Musique pour piano[modifier | modifier le code]

  • Adagio (1902)
  • Melodie (1902)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Franz Schreker (en allemand) par Gösta Neuwirth, Éditions Bergland Verlag Wien, Vienne, 1959
  • Franz Schreker par Alain Perroux, Éditions Papillon, Genève, 2001

Discographie[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

  • « Flammen » Ulrich Windfuhr (direction), enregistré en 2001, CD CPO, N° CPO 999 824-2 (2001)
  • « Flammen » (arrangé pour petit orchestre par Hans Peter Mohr), Frank Strobel (direction), enregistré en 1989, CD Marco Polo, N° 8.223422 (1993)
  • « Der Ferne Klang » Michael Halász (direction), 2 CDs Marco Polo, N° 8.223270-271 (2000)
  • « Der Ferne Klang » Michael Halász (direction), 2 CDs Naxos, N° 8.660074 (réédition de la version Marco Polo)
  • « Der Ferne Klang » Dirk Kaftan (direction), 2 SACDs Ars Produktion, N° ARS 38 080 (2011)
  • « Das Spielwerk und die Prinzessin » Ulrich Windfuhr (direction), enregistré en 2003, 2 CDs CPO, N° 999 958-2 (2003)
  • « Die Gezeichneten » Edo De Waart (direction), 3 CDs Marco Polo, N° 8.223328-330 (1991)
  • « Die Gezeichneten » Lothar Zagrosek (direction), 2 CDs Decca, enregistré en 1993-94, N° 444 442-2 (1995)
  • « Die Gezeichneten » Gerd Albrecht (direction), 2 CDs Orfeo, N° C 584 022 (2002)
  • « Der Schatzgräber » Gerd Albrecht (direction), 2 CDs Capriccio, N° 60 010-2 (2000)
  • « Irrelohe » Peter Gülke (direction), 2 CDs Sony, N° S2K 66850 (1995)
  • « Irrelohe » Stefan Blunier (direction), 3 SACDs MDG, N° 937 1687-6 (2011)
  • « Christophorus, oder Die Vision einer Oper » Ulrich Windfuhr (direction), enregistré en 2003, 2 CDs CPO, N° 999 903-2 (2005)
  • « Der Schmied von Gent » Frank Beermann (direction), enregistré en 2010, 2 CDs CPO, N° (2012)

Autres[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

  • « Die Gezeichneten », enregistré au Festival de Salzbourg en 2005, Nikolaus Lehnhoff (mise en scène), Kent Nagano (direction), DVD EuroArts (2006)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Alain Perroux, Franz Schreker, Genève, Éditions Papillon,‎ 2001, 176 p. (ISBN 2-940310-14-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  1. p. 9
  2. p. 9
  3. p. 11
  4. p. 12
  5. p. 12
  6. p. 12
  7. p. 13
  8. p. 14
  9. p. 14
  10. p. 14
  11. p. 15
  12. p. 15
  13. p. 16
  14. p. 17

Liens externes[modifier | modifier le code]