Corneliu Zelea Codreanu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Corneliu Zelea Codreanu

Corneliu Zelea Codreanu (né Kornelius Zieliński le 13 septembre 189930 novembre 1938) est un homme politique roumain, créateur charismatique de la « Légion de l'Archange Michel », renommée Garde de fer, organisation nationaliste et antisémite de la Roumanie de l'entre-deux-guerres.

Appelé « Căpitanul » (« Le Capitaine ») par ses camarades, les références le citent en général comme Corneliu Codreanu (même si « Zelea » est son nom de famille officiel).

Il est assassiné sur ordre du gouvernement d'Armand Călinescu.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est issu d'une famille polonaise installée en Bucovine.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Kornelius Zieliński est né le 13 septembre 1899, dans une modeste mais vieille famille polonaise de la région roumaine de Bucovine, en Moldavie, plus précisément du pays du Strășineț (aujourd'hui Storojinetz en Ukraine). Son vrai nom : Kornelius Zieliński, vient du mot za ou zale (mailles), roumanisé en Zelea, comme son prénom Corneliu. Codreanu est un simple nom d'usage adopté dans les années 1920. Son grand-père maternel, Adolf Brunner, était d'origine bavaroise et le nom de sa mère était Elisabeth (Eliza) Brunner. Durant son enfance, alors que la Bucovine était sous régime austro-hongrois, il est témoin de la prospérité des germanophones, allemands ou juifs, essentiellement citadins, et de la misère de la majorité roumaine, majoritairement rurale. Il a 18 ans lorsque la Bucovine devient roumaine.

Études et participation à la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sa famille l'envoie à l'école primaire en Roumanie, à Iași et Huși, et entre les années 1912-1916 il est inscrit au lycée militaire du Monastère Dealu.

En 1916 il termine ses études à l'École Militaire de Bacău et n'a que 16 ans quand la Roumanie entre activement dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l'Entente cette même année. Même s'il n'avait pas l'âge minimum nécessaire à l'incorporation, il réussit à s'enrôler. Entre 1917 et 1918 il suit les cours de L'École Militaire d'Infanterie de Botoșani. Durant cette période, alors que l'armée russe et l'armée roumaine combattent côte à côte, il est témoin des évènements de Moldavie et de Bessarabie: les bolchéviks poussent l'armée russe à se débander (l'Allemagne avait financé le retour de Lénine en Russie précisément pour cela). Les soldats russes se mutinent par divisions entières et se mettent à piller et incendier les villages roumains, contraignant la Roumanie à demander l'armistice (mars 1918) et à accepter l'humiliant traité de Bucarest de 1918.

Corneliu Codreanu acquiert alors la conviction, conforme au Droit du sang, qu’une nation forme une sorte d’organisme vivant qui doit être défendu contre les agressions extérieures, dont les minorités peuvent être les vecteurs, et qui sont le "bolchévisme, le cosmopolitisme, l’affairisme". Pour lui, l’identité de cet organisme qu’est le peuple roumain, passe par le travail, la religion chrétienne orthodoxe et le retour à ses racines rurales, à l’encontre du "melting pot" des villes. Lui-même, d’origine polono-allemande et catholique, décide de s’intégrer totalement au peuple roumain en roumanisant son nom et en adoptant la forme orthodoxe du christianisme[1].

Admis à l’université de Iași à la faculté de droit, il devient président de la Société des étudiants de Droit, organisation qu’il dissout pour fonder en 1922 l’« Association des étudiants chrétiens ». C'est une période d’intenses réformes en Roumanie : passage à la démocratie parlementaire (qui instaure le "régime des partis" politiques) et au droit du sol qui accorde inconditionnellement la nationalité roumaine aux minorités, indépendamment de leurs langues, religions et origines (1923). Dans cette ambiance, Corneliu Codreanu se fait remarquer en se barricadant à l’intérieur de l’Université, pour protester contre la décision de ses dirigeants d’entamer la nouvelle année académique sans la traditionnelle messe. Il y voit alors l’« influence néfaste des cosmopolites athées, franc-maçons et juifs qui font fi de l’identité, de l’âme, des droits et des intérêts du peuple roumain ». Et réclame déjà un « Numérus clausus » pour limiter le nombre des minoritaires à l’Université (à part les Roms, les minorités avaient en général un meilleur niveau d’éducation et de vie que les ruraux roumains, notamment dans les régions anciennement austro-hongroises et russes) et pour réserver un maximum de places aux « Roumains de souche », à l’encontre de la nouvelle Constitution de 1923 qui interdit ce type de discriminations.

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Après la victoire de 1918 et les violentes répressions à Bucarest, la présence bolchévique s'est beaucoup estompée en Roumanie, mais elle ne s'est pas affaiblie en Bessarabie, région dont le parlement (Sfatul Țării) avait proclamé l’union avec la Roumanie, mais où les minorités (un quart de la population) étaient divisées sur la conduite à tenir, une partie des russes, des ukrainiens et des juifs pensant que la Russie soviétique naissante leur ferait peut-être un sort meilleur que celui qu’ils pouvaient espérer de la monarchie roumaine. Durant cette période, Codreanu a suivi la voie de son père en développant un antisémitisme radical, associé avec son anticommunisme, en raison des origines juives de la plupart des leaders bolcheviks[1].

G.C.N. et les grèves de Iași[modifier | modifier le code]

Au cours de ses études de Droit à Iași il devient proche du politicien de droite et universitaire Alexandru C. Cuza, comme son père. Il devient membre de la « Garde de la conscience nationale » ((ro) Garda Conștiinței Naționale) en 1919, motivé par le caractère anticommuniste de cette organisation fondée par Constantin Pancu (électricien de profession) qui voulait raviver la loyauté du prolétariat à la nation, en offrant une alternative au communisme.

Comme beaucoup de groupes réactionnaires de l’époque, celui-ci reçut le soutien tacite du général Alexandru Averescu et de son puissant parti conservateur : le Parti populaire ((ro) Partidul Popular), avec lequel Cuza s'associera. Cependant, l’ascension au pouvoir d’Averescu en 1920 provoque de nouveaux troubles socialistes dans les grandes régions urbaines.

En 1920 Codreanu prend part aux bagarres contre les syndicalistes socialistes dans les Ateliers Nicolina, travaillant pour les Chemins de Fer Roumains (Căile Ferate Române ou CFR). Il est alors un « briseur de grèves » puis, envoyé en stage d’études de quelques mois à Berlin et Iéna, il y rencontre les antispartakistes allemands. Il fait également un voyage en France, séjournant notamment en Savoie, où il découvre Gobineau et Maurras.

La Ligue de défense nationale chrétienne[modifier | modifier le code]

Il fonde en 1923, avec Alexandru C. Cuza, une organisation appelée La Ligue de défense nationale chrétienne ((ro) Liga Apărării Național Creștine). En 1924, alors que la police réprimait une manifestation de cette organisation, il assassine par balle, devant le tribunal, le préfet de police Manciu, mais est acquitté, l’instance constatant un cas de légitime défense.

À la suite des dissensions apparues dans le cadre de la L.A.N.C., il quitte le mouvement et fonde, aux côtés de Ion Mota, Corneliu Georgescu, Ilie Gârneață et Radu Mironovici, la Légion de l’archange Michel ((ro) Legiunea Arhanghelului Mihail). C’est la naissance de la "Garde de Fer", dénomination provenant de son emblème qui représentait six faisceaux noirs (trois verticaux et trois horizontaux) sur fond vert, et fut appelé "La grille en fer" par dérision ((ro) Zgarda de fier). Codreanu sut répliquer en transformant ce sobriquet en Garde de Fer ((ro) Garda de fier), nom qui finit par désigner le mouvement. Ses membres prirent le nom de « Légionnaires » car l’autre auto-désignation du mouvement était Mouvement légionnaire ((ro) Mișcarea Legionară).

Au cours des années qui vont suivre, vont prendre place différentes grandes manifestations contre la démocratie parlementaire, les juifs, les communistes, les franc-maçons ainsi que contre des artistes jugés décadents, mais surtout pour soutenir la religion chrétienne et le nationalisme roumain.

Codreanu et son parti voulaient instaurer en Roumanie un régime totalitaire et antisémite. La lutte contre les juifs est au premier plan de son programme politique ; mais, pour y parvenir, Codreanu préconise les mots d'ordre chrétiens. Le christianisme distingue foncièrement le mouvement politique de Codreanu du national-socialisme allemand. Dans son livre Pour les Légionnaires ((ro) Pentru Legionari), Codreanu explique sa vision de la démocratie et présente son danger : « la démocratie détruit l’unité du peuple roumain, l’exposant ainsi affaibli devant le bloc uni de la puissance juive. ». Comme il le dit lui-même, « la Légion de l’archange Michel sera plus une école et une troupe, une armée plutôt qu’un simple parti politique. »

Codreanu deviendra pour la première fois parlementaire comme député du județ de Neamț, en obtenant en 1931, conformément aux données de l’époque, 11 300 voix. En 1932, il devient pour la deuxième fois parlementaire, cette fois comme candidat du district de Tutova, après une lutte électorale serrée qu’il gagne avec 5 600 voix en sa faveur.

Le 10 décembre 1933, le premier ministre libéral roumain Ion Duca annule les élections prévues en décembre 1933 qui risquent de lui être défavorables et interdit la Garde de fer. Ses membres se vengent en assassinant Duca le 29 décembre 1933 dans la gare de Sinaia.

Codreanu fonde le parti Tout Pour le Pays ((ro) Totul Pentru Țară), expression politique du Mouvement Légionnaire, présidé par l’ingénieur Gheorghe Clime.

Ses procès et son assassinat[modifier | modifier le code]

Nicolae Iorga, historien et homme politique avait accusé le Mouvement Légionnaire d'être la « honte de la Roumanie moderne, une meute de brutes assoiffées de haine et de violence »; Codreanu réplique en le tutoyant : « dans ton esprit, tu es mauvais », et il est envoyé en justice pour attaque verbale contre un haut dignitaire dans l’exercice de sa fonction. Il est condamné à 6 mois de détention.

En décembre 1937, un accord est conclu entre Codreanu et Iuliu Maniu, chef du parti national-paysan. La coalition emporte la majorité aux élections.

Faute d'une majorité le soutenant, le 13 février 1938, le roi Charles II de Roumanie, annule les élections, suspend la Constitution et instaure une dictature personnelle. Les pleins pouvoirs sont confiés au ministre de l'intérieur, Armand Călinescu.

Au mois de mai 1938, Călinescu fait arrêter Codreanu pour sédition qui est condamné cette fois à 10 ans de travaux forcés. Les Légionnaires commettent alors de plus en plus d’attentats (contre des dignitaires, des banquiers, des journalistes, des salles de réunion des partis au pouvoir, des temples maçonniques, des synagogues...), la police en abat plusieurs, et une ambiance de guerre civile s’installe dans le pays. Du point de vue géopolitique, la Roumanie, membre de la Petite entente et alliée de la Grande-Bretagne et de la France, s'oppose aux revendications et aux exigences de l'Allemagne et de ses satellites la Hongrie et la Bulgarie : la "Garde de Fer" apparaît alors comme une cinquième colonne allemande et c'est bien ainsi que la presse acquise à la monarchie la présente.

Dans ce contexte, dans la nuit du 29 au 30 novembre 1938, Codreanu est fusillé, avec d'autres Légionnaires, sur ordre du roi, par les gendarmes qui le transportaient à la prison de Jilava, officiellement pour avoir tenté de s'évader.

Son assassinat déclenche, de la part des Légionnaires désormais dirigés par Horia Sima, une nouvelle vague d'attentats en réponse. Les légionnaires membres de son mouvement tueront Armand Călinescu, Nicolae Iorga, considérés comme responsables de la mort de Codreanu ainsi que des ex-ministres (V. Madgearu, G. Marinescu, Iamandi, etc...).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Corneliu Zelea-Codreanu, Pentru Legionari (Pour les légionnaires), Bucarest 1936.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]