Cannibal Holocaust

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Cannibal Holocaust

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Une scène du film.

Titre québécois L'Enfer des Cannibales
Titre original Cannibal Holocaust
Réalisation Ruggero Deodato
Scénario Gianfranco Clerici (en)
Ruggero Deodato
Acteurs principaux

Robert Kerman
Carl Gabriel Yorke
Francesca Ciardi
Salvatore Basile

Sociétés de production F.D. Cinematografica
Pays d’origine Drapeau de l'Italie Italie
Drapeau de la Colombie Colombie
Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Horreur
Sortie 1980
Durée 98 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Cannibal Holocaust est un film d'horreur italo-colombien réalisé en 1980 par Ruggero Deodato sur un scénario de Gianfranco Clerici (en). Tourné dans la forêt amazonienne, le film met en scène une expédition de secours partie à la recherche de quatre reporters disparus deux mois auparavant dans la jungle.

Très controversé dès sa sortie, le film est saisi par un magistrat italien après sa première en Italie tandis que Deodato est arrêté pour délit d'obscénité. Il est également accusé d'avoir réalisé un snuff movie en raison de rumeurs grandissantes de meurtres d'acteurs devant la caméra, pour les besoins du tournage. Deodato sera disculpé de ces accusations.

Le film a été interdit dans une soixantaine de pays dont l'Italie, le Royaume-Uni et l'Australie, pour l'extrême violence de ses images (sadisme, viols et tortures filmés de manière très réaliste) et parce que six animaux ont réellement été tués pendant sa réalisation.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le film est divisé en deux parties qui ne se suivent pas chronologiquement. La première accompagne l'expédition de Monroe partie à la recherche des reporters américains disparus. La seconde, la plus importante, consiste dans la visualisation des pellicules appartenant aux reporters. Retrouvées par Monroe, elles retracent leur périple et élucident le mystère de leur sort. Le procédé utilisé place par ailleurs Cannibal Holocaust parmi les authentiques ancêtres, dans le genre horrifique, du found footage.

L'histoire commence par la diffusion à la télévision d'un reportage sur une équipe de cinéastes disparue en Amazonie alors qu'elle tournait un documentaire sur des tribus anthropophages. L'équipe se compose d'Alan Yates, le réalisateur, de Faye Daniels, sa compagne et la scripte, et de leurs deux amis Jack Anders et Mark Tomaso, tous deux caméramans. Le professeur Harold Monroe, anthropologue à l'université de New York accepte de partir à la recherche des disparus. Il s'envole pour l'Amazonie et rencontre sur place Chaco et Miguel, deux guides qui vont l'assister dans son entreprise. L'expédition emmène un otage, un indien Yacumo, capturé par des militaires, et qui doit faciliter les relations et les échanges avec les populations autochtones. Après un long voyage dans la jungle et moult péripéties, le groupe assiste de loin à un rituel dans lequel un indien Yacumo punit sa femme coupable d'adultère : il la viole à l'aide d'un bout de bois oblong dont il se servira par la suite pour la tuer. Les aventuriers suivent le Yacumo jusqu'à une vaste clairière où sont embusqués des guerriers. Miguel négocie avec eux la libération de l'otage en contrepartie de l'autorisation de les laisser pénétrer dans leur village où ils sont accueillis avec des marques de franche hostilité. Ils ne tardent pas à comprendre que les derniers hommes blancs venus visiter la tribu sont les membres de l'équipe disparue et qu'ils se sont comportés de manière inadmissible.

Miguel parvient à calmer les appréhensions du chef de la tribu et à nouer des relations amicales avec lui en lui offrant un couteau. Le jour suivant, les Yacumos emmènent le groupe jusqu'à la limite de leur territoire, dans une région où deux féroces tribus cannibales, les Yanomamos et les Shamataris se livrent une guerre sans fin. Monroe et ses compagnons suivent une troupe de guerriers Shamatoris jusqu'au bord d'une rivière et se portent au secours d'un petit groupe de Yanomamos qui aurait succombé sous le nombre de leurs ennemis, sans cette intervention. Reconnaissants, les Yanomamos invitent les trois hommes à les suivre dans leur village, où là encore, ils sont reçus avec hostilité. Afin de gagner la confiance des habitants, Monroe se baigne nu dans une rivière, à la plus grande joie de femmes Yanomamos qui l'emmènent après jusqu'à un sanctuaire composé d'ossements et de pellicules de films. Cette macabre découverte confirme ses pires craintes. Monroe échange les pellicules contre un magnétophone, puis le soir, il est invité ainsi que ses compagnons à un banquet cannibale.

De retour à New York, Monroe est contacté par les dirigeants de la Pan American Broadcast Company, la société de production pour laquelle travaillaient les quatre reporters, afin d'animer les séances de projection publique du documentaire retrouvé. Monroe subordonne son accord à la vision préalable des bobines. Ses interlocuteurs donnent leur accord et pour le familiariser avec les travaux et le style d'Alan Yates, ils lui projettent un extrait de l'un de ses documentaires tourné en Afrique, « The last road to hell » (La dernière route pour l'enfer). À l'issue de la projection, l'une des dirigeantes lui explique que Yates avait l'habitude de mettre en scène ses documentaires afin d'en augmenter l'impact sur le public. Perplexe, Monroe regarde le film tourné en Amazonie.

La première bobine commence par le début du voyage. Les reporters et leur guide, Felipe, s'enfoncent dans la forêt en direction du village des Yacumo, dressent un bivouac la nuit venant et tuent une tortue pour se nourrir. Le lendemain, Felipe est mordu au pied par un serpent venimeux. Jack lui coupe la jambe avec une machette pour empêcher le poison de se répandre dans le corps, mais Felipe décède. Après l'avoir enterré, l'équipe décide de poursuivre l'aventure. Les reporters aperçoivent des Yacumos dans une clairière. Jack blesse l'un d'eux à la jambe d'un coup de fusil afin que lui-même et ses équipiers soient en mesure de le suivre vers son village.

Comme le projectionniste passe à la seconde bobine, Monroe exprime clairement aux dirigeants de la Pan American Broadcast Company son désaccord avec les méthodes employées par les reporters et souligne qu'il y avait tout de même d'autres moyens d'entrer en contact avec les Yacumos. La projection des rushs reprend. Le groupe est arrivé au village. Les reporters forcent la quasi-totalité de ses habitants à pénétrer dans une grande hutte à laquelle ils mettent le feu, mettant ainsi en scène un soi-disant massacre de Yacumos par les Yanomamos. Monroe est scandalisé à la fois par l'horrible traitement infligé aux Yacumos et le manque d'éthique professionnelle des reporters, mais ses protestations sont ignorées des producteurs. Le lendemain, le documentaire révèle une nouvelle abomination : l'équipe filme la ritualisation d'une fausse-couche à l'issue de laquelle le bébé mort-né est enterré dans la boue et la jeune femme tuée. Alan qualifie cet acte de « chirurgie sociale ».

Dans le studio, Monroe s'indigne de la volonté persistante des producteurs à vouloir diffuser publiquement le documentaire. Afin de leur faire changer d'avis, il les invite à regarder les deux dernières bobines qu'il est le seul à avoir vues avec les monteurs. Les spectateurs assistent alors au viol d'une jeune fille Yanomano par les reporters, malgré l'opposition de Faye. La dernière bobine débute par l'arrivée du groupe dans un endroit où la jeune fille qu'ils ont violée est empalée sur une perche. Alan affirme que les indiens l'ont tuée pour satisfaire un « rite sexuel obscur », en lien avec la perte de sa virginité. Le groupe poursuit sa route et est attaqué par les Yanomanos qui veulent venger le viol de la fille. Jack est transpercé par une lance et Alan lui tire une balle dans la tête afin de lui éviter les souffrances que les Yanomanos comptent lui infliger. Mark filme l'émasculation de son cadavre et son démembrement par les cannibales qui le dévorent. Les trois survivants tentent alors de fuir, mais Faye est rattrapée et capturée. Alan essaie de persuader Mark de l'aider à la sauver mais ce dernier préfère filmer d'une cachette le viol collectif de Faye puis sa décapitation. Alan et Mark sont ensuite localisés par les cannibales. La caméra tombe sur le sol et la dernière prise de vue montre la tête sanguinolente d'Alan qui tombe devant l'objectif. Dans la salle de projection, c'est le silence. Puis les producteurs donnent l'ordre de brûler les pellicules tandis que Monroe quitte le studio.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

La production commence en 1979, lorsque Deodato est contacté par un producteur allemand pour réaliser un film dans le genre du Dernier Monde cannibale (Ultimo mondo cannibale), tourné par le cinéaste en 1977. Il accepte et contacte son ami Francesco Palaggi pour en assurer la production. Ils partent tous deux en Colombie pour effectuer des repérages et choisissent la ville de Leticia comme base de tournage, sur les conseils d'un documentariste colombien rencontré à l'aéroport de Bogota. D'autres sites ont été envisagés, notamment celui où a été tourné Queimada par Gillo Pontecorvo, mais ils ont été écartés parce qu'il n'y avait pas assez de forêt vierge aux alentours[2]. Leticia n'est accessible que par avion et de là, toute l'équipe du film doit prendre le bateau pour rejoindre les lieux du tournage[3],[4]. Les conditions locales posent de nombreux problèmes à la production, en particulier la chaleur et surtout les pluies torrentielles soudaines qui empêchent les prises de vue et entraînent des retards[3],[5].

Le tournage commence le 4 juin 1979, mais il est brièvement interrompu dans l'attente de l'arrivée de Yorke[6]. Les premières scènes tournées sont celles qui concernent l'équipe de reporters. Des caméras de 16mm portées à l'épaule sont utilisées, dans un style de cinéma vérité, afin de renforcer l'impression de véritable documentaire. Cette partie du film terminée, Kerman est arrivé pour tourner ses scènes dans la forêt vierge, puis toute la production s'est rendue à New-York pour filmer les scènes d'extérieur se déroulant dans cette ville. Les scènes d'intérieur ont été réalisées en studio à Rome[7],[8]

Réception[modifier | modifier le code]

À la sortie du film sur les écrans, le réalisateur fut amené devant les tribunaux car de nombreuses personnes crurent que les acteurs s'étaient fait réellement manger[9]. Le réalisateur fut arrêté et dut prouver que les bandes vidéo étaient fausses, que les acteurs étaient toujours en vie et que l'actrice dans la scène de l'empalement était toujours vivante[9]. Le réalisateur ne sera pas poursuivi pour meurtre mais sera tout de même condamné pour cruauté envers les animaux. Le film sera censuré, voire interdit, dans de très nombreux pays.

De nombreuses personnes se sont interrogées sur les raisons qui avaient pu motiver la réalisation d'un film aussi violent[10]. D'après le réalisateur, il voulait réaliser un film évoquant la déontologie du journalisme moderne. Le réalisateur posera d'ailleurs cette question dans ce film. Mais en voulant dénoncer la violence et les médias, le réalisateur réalise un film très violent, qui, pour ses détracteurs, n'arrive pas à se justifier.

Controverse[modifier | modifier le code]

Le film provoqua un grand scandale à sa sortie. En Italie, le réalisateur Ruggero Deodato eut des ennuis avec la censure. Une rumeur circulait, faisant croire que les acteurs avaient vraiment été mangés vivants durant le tournage. Le réalisateur décida de passer avec eux à la télévision pour montrer qu'ils n'avaient pas été tués.

Le film contient des images crues (simulacre d'une découpe de carcasse humaine, castration, amputation) ou encore de pornographie (viol d'une indigène). Par contre, des animaux ont effectivement été tués durant le tournage. Interrogé à ce sujet, le réalisateur répondit simplement que « les quotas de chasse avaient été respectés ». Ce dernier point entraîna pourtant sa censure en Italie. Deodato indiqua plus tard regretter la mort des animaux.

Le film a été censuré en Allemagne de l'Ouest, en Australie, en Finlande, en Irlande, et en Norvège. Il a également été classé X, interdit aux moins de seize ou dix-huit ans dans de nombreux pays. Interdit aux moins de seize ans en France pour sa version censurée lors de sa sortie en salles à l'époque et récemment interdit aux moins de 18 ans pour sa version intégrale et inédite en France.

Malgré sa réputation sulfureuse, certains critiques voient dans Cannibal Holocaust une charge féroce à l'encontre de la société dite civilisée[11].

Scènes choquantes[modifier | modifier le code]

Parmi les scènes les plus marquantes :

  • la scène de la tortue : une tortue de rivière est capturée, décapitée puis décortiquée, avant d'être cuite puis mangée ;
  • la scène de la punition d'un adultère : une femme est torturée par son mari qui lui enfonce notamment une boule de terre piquée de morceaux de bois pointus dans le vagin ;
  • le piquet : une femme est empalée sur un pieu vertical ;
  • les scènes de viol, où rien n'est caché dans la version non censurée ;
  • la scène où le bébé est arraché du ventre de sa mère puis enterré vivant ;
  • l'émasculation de Jack ;
  • la scène de la rivière : les journalistes filment une femme souffrante et se refusent à l'aider.

Dans le film, la sensation de malaise est entretenue par la forme documentaire de la seconde partie. L'effet de la caméra renforce le réalisme des mises à mort et nombreuses tueries.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Deodato déclara avoir décidé de tourner ce film après avoir vu son fils confronté à la violence des médias télévisés, souhaitant montrer à quel point les journalistes cultivaient le sensationnalisme.
  • La scène où un singe se fait trancher la tête a été tournée deux fois. Deux singes ont par conséquent été sacrifiés, ainsi que la tortue, scène visible dans la version intégrale.
  • Deodato déclara regretter avoir tourné ce film, notamment en raison des animaux sacrifiés. Une suite, sans animaux réels, était prévue pour 2009 : Cannibals, qu'il devait diriger lui-même. Le projet n'a finalement pas vu le jour.
  • Le film Cannibal Holocaust 2 (1988) n'a aucun rapport avec celui-ci et n'a fait qu'en exploiter la notoriété.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les informations relatives au générique du film consultables sur Internet, par exemple sur AlloCiné.fr, peuvent contenir des informations qui ne correspondent pas aux sources fiables et datant de l'époque de la sortie du film. Les ajouts à cette section doivent donc être sourcées de manière vérifiable et fiable. 27 juillet 2011.
  2. Deodato, Ruggero (interviewee). (2003). In the Jungle: The Making of Cannibal Holocaust [Documentary]. Italy: Alan Young Pictures.
  3. a et b Gelend, Antonio (interviewee). (2003). In the Jungle: The Making of Cannibal Holocaust [Documentary]. Italy: Alan Young Pictures.
  4. Interview de Carl Gabriel Yorke par Sage Stallone. .Cannibal Holocaust DVD Extras. Palo Alto, California. 2005-05-12.
  5. D'Offizi, Sergio (interviewee). (2003). In the Jungle: The Making of Cannibal Holocaust [Documentary]. Italy: Alan Young Pictures.
  6. (en) « Business Data for Cannibal Holocaust », Internet Movie Database (consulté le 2006-11-18)
  7. {{{last}}}. Interview par Sage Stallone; Bob Murawski (en). Cannibal Holocaust DVD Extras. 2000-11-12.
  8. {{{last}}}. Interview par Sage Stallone; Bob Murawski (en). Cannibal Holocaust DVD Commentary. 2000-11-12.
  9. a et b « Les réactions et le passage en justice »
  10. « Les motivations du réalisateur »
  11. (en) Mark Goodall, Sweet and Savage: The World Through the Shockumentary Film Lens, Londres, UK, Headpress,‎ 2006, poche (ISBN 978-1-900486-49-1)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]