Yanomami

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Indien Yanomami

Les Yanomami sont un des peuples indigènes parmi les plus nombreux des forêts d’Amérique du Sud, à la fois au Brésil et au Venezuela. Ils constituent un ensemble linguistique et culturel divisé en quatre sous-groupes parlant des langues mutuellement intelligibles. Leur population est estimée à 27 000 personnes, dans laquelle les Yanomami occidentaux représentent près de 50 % de l’ethnie. Bien que chaque communauté se considère comme autonome sur les plans politique et économique, elles entretiennent un vaste réseau social qui émaille de part en part tout le territoire Yanomami.

Leur vie et leur culture[modifier | modifier le code]

Lieu de vie géographique[modifier | modifier le code]

Les Yanomami sont parmi les plus nombreux habitants des forêts tropicales profondes d’Amérique du Sud avec environ 27 000 individus répartis en 188 villages et maisons collectives (chiffre 2003) de part et d'autre de l'Orénoque. Vus d'avion, leurs villages affectent la forme d'un immense abat-jour posé sur le sol. Cet auvent collectif, doté d'une place centrale, se nomme le shabono, ce qui correspond simultanément au pourrissement des bois de charpente, à l'épuisement des jardins — où ils cultivent la banane plantain, le maïs, le manioc, la canne à sucre, la papaye, le tabac et certaines plantes magiques — et aussi à l'appauvrissement des zones de chasse, qui s'étendent sur un rayon de 10 km environ autour de la grande maison. Leur territoire est situé au cœur de la forêt tropicale humide couvrant les monts qui bordent la frontière entre le Brésil et le Venezuela sur près de 240 000 km2. La démarcation des terres a été définitivement homologuée en 1992, au Brésil. Elles s’étendent sur 96 650 km2, et sont considérées comme une région prioritaire en matière de protection de la biodiversité amazonienne.

Le nom Yanomami a été créé par les anthropologues qui ont travaillé avec ce groupe au Venezuela. Dans la langue yanomami occidentale yanomami tëpë signifie « êtres humains ». Cette catégorie s’oppose à yaropë qui désigne le gibier et à yai thepë : ce qui est non humain (esprits chamaniques, les entités maléfiques et aux revenants). Elle s’oppose dans un autre contexte à napëpë, qui se rapporte aux étrangers et aux ennemis. Les Yanomami étaient appelés auparavant Guaharibos[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Il n'est pas possible de dire avec certitude depuis combien de temps ils occupent ce territoire mais il est probable qu'ils y sont depuis les débuts du peuplement de l'Amérique du Sud, vieux peut-être de cinquante mille ans. On les a aussi nommés Sanima, Shiriana ou Waika. Les Yanomami orientaux attribuent leur origine à la copulation du démiurge Omama avec la fille d’un monstre aquatique ""Tëpërësiki"", le maître des plantes cultivées. Ils prêtent à Omama l’origine des règles sociales et culturelles en usages, ainsi que la tutelle des esprits chamaniques.

Génétique et vulnérabilité[modifier | modifier le code]

Pandémie de 1967 : venant de Manaus, la fille d'un missionnaire âgée de 2 ans arrive avec la rougeole dans un village brésilien proche de la frontière vénézuélienne, sur les rives du Tootonobi, village comme beaucoup d'autres de la région, peuplé avant tout de Yanomamis (qui pour la première fois rencontrent le virus de la rougeole). Sur les 150 Indiens présents dans le village, la quasi-totalité contracte la rougeole avec 17 décès ! Un tel taux de mortalité serait, a-t-on[Qui ?] prétendu, lié au chagrin et au désespoir... La grande vulnérabilité des Indiens aux microbes et virus étrangers pour raisons génétiques les inciterait à prendre au sérieux l'existence de ce que les Européens et Asiatiques appellent un peu rapidement pandémies : voir l'épisode, en [2009], du virus H1N1 (Mexique, Bolivie). Outre l'absence d'immunité acquise, les habitants des Amériques (Nouveau Monde) posséderaient un système immunitaire plus restreint que celui des habitants de l'Ancien Monde (Européen moyen, Africain, à l'exception notable de certains peuples isolés de Sibérie). Il s'agirait d'un caprice de l'histoire : si les archéologues sont divisés sur la date et les circonstances de l'entrée des « Indiens » en Amérique, la grande majorité des chercheurs s'accorde à penser que leur nombre initial serait modeste. La quasi-totalité des Indiens d'Amérique du Sud seraient de groupe sanguin O et les types de HLA sont aussi moins nombreux.

Du point de vue de l'évolution, cette homogénéité génétique ne serait ni bonne ni mauvaise en elle-même :

  • bonne si l'on considère qu'avant Colomb, les Amériques auraient été à l'abri de la fibrose kystique, de la chorée d'Huntington, de l'anémie du nouveau-né, de la schizophrénie, de l'asthme et (sans doute) du diabète sucré de l'enfant. Leur homogénéité génétique aurait épargné aux Amérindiens de grandes souffrances avant Colomb…
  • mauvaise : ces « Indiens » dans leur ensemble n'auraient qu'un spectre de réactions très limité au vaccin étudié (rougeole) et cela pour une raison génétique (groupe tissulaire HLA).

Habitat[modifier | modifier le code]

Shabono yanomami

Chaque communauté yanomami vit dans une très grande maison collective (shabono) fabriquée en bois et couverte de palmes d'arbre qui peut abriter jusqu'à 400 personnes, bien qu'ils soient en général moins nombreux. Cette maison à la forme d'un grand anneau dont le centre, où ont lieu les danses et les cérémonies, est à ciel ouvert, construites dans des clairières de la forêt tropicale.

Chaque famille conjugale possède dans la partie couverte, périphérique, son propre foyer autour duquel ses membres dorment dans des hamacs.

Après quelques années, quand la charpente commence à pourrir, que le gibier commence à manquer sur le territoire et que les jardins s'épuisent ou sont envahis par les mauvaises herbes, le village déménage.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Les Yanomami se nourrissent du produit de leur chasse, de leur pêche, de leur cueillette (pécari, boas, anacondas, singes hurleurs ou tapirs etc. sur une zone d'environ 10 km autour de leur maison, et aussi des plantes cultivées dans des jardins implantés dans des zones défrichées de la forêt : banane plantain, maïs, manioc, cacahuètes, canne à sucre, papaye, tabac et plantes psychotropes magiques etc ... 60 espèces environ poussent dans les jardins dont une vingtaine utilisées dans l'alimentation, le reste servant à l'artisanat, à la pharmacopée de leur guérisseurs, sorciers chamans ou à la fabrication d'objets utiles et rituels.) Les sols amazoniens n'étant pas très fertiles et vite appauvris, et les zones de chasse s'appauvrissant également, les communautés se déplacent tous les deux ou trois ans. Le gibier est prélevé dans la forêt uniquement par les chasseurs à l'arc pour se nourrir avec respect et remerciements reconnaissants bienveillants à "l'esprit de la forêt". Le résultat de la chasse est toujours échangé entre les voisins et les familles, celui qui a tué ne consomme pas le résultat de sa chasse mais reçoit sa part d'un autre chasseur. Environ 70 % à 75 % des protéines nécessaires à l’alimentation d’un village yanomami proviennent de la pêche, de la cueillette mais surtout de la chasse, activité qui contribuent à fournir une alimentation très diversifiée et équilibrée. La pêche est pratiquée à la ligne ou à la nivrée et concerne plus d’une centaine d’espèces de poissons. La collecte de plantes comestibles concerne plus de 130 espèces végétales (fruits, tubercules, champignons). Sont également collectés 5 crustacés, 10 amphibiens, une trentaine de chenilles et d’insectes et 25 sortes de miels sauvages. La chasse fournit à elle seule 55 % des protéines de l’alimentation Yanomami. Elle est pratiquée par les hommes de l’adolescence à la cinquantaine. C’est une activité hautement valorisée, qui constitue une source de prestige personnel. Les Yanomami chassent environ 35 espèces de mammifères, 90 espèces d’oiseaux, et une quinzaine d’espèces de reptiles (dont 6 sortes de tortues). Les armes de chasse habituelles sont l’arc et les flèches, même si l’on note une certaine pénétration des fusils, souvent obtenus, dans un passé récent, auprès des chercheurs d’or. Le gibier est généralement pisté mais des appeaux, et imitations, sont aussi fréquemment utilisés pour l’attirer. Les Yanomami pratiquent l’agriculture sur brûlis itinérante. Activité essentiellement masculine, elle fournit plus de 75 % des calories de leur diète. Les jardins comptent une centaine de variétés d’une quarantaine d’espèces végétales. Les bananes et les tubercules comestibles occupent une grande majorité de l’espace. Suivent la canne à sucre, les palmiers, le maïs, la papaye, les ignames, le taro et les patates douces, le piment, le coton, le tabac, le rocou ; les cannes à flèches, les calebasses, les poisons de pêche, et les plantes médicinales, magiques et de sorcellerie. Chaque communauté ouvre chaque année entre 3 et 6 hectares de nouvelles cultures qui serviront pendant environ 3 ans, avant être abandonnées à la régénération naturelle. Bien que basée sur le défrichement et le brûlis, l’agriculture yanomami ne produit pas d’effet à long terme sur l’environnement car ses jardins sont de petite taille et très espacés. On observe peu d’érosion et les arbres environnants trouvent là des conditions idéales pour se développer.

Langue[modifier | modifier le code]

Les Yanomami ignorent l'écriture mais possèdent un vocabulaire très riche d’environ 4 000 mots. Ils savent nommer à peu près 400 animaux et plus de 300 plantes. Ils emploient le langage gestuel lors de chasses en forêt : il s'agit de se comprendre entre soi sans effaroucher le gibier.

Spiritualité[modifier | modifier le code]

Les communautés yanomami croient en l'esprit de la forêt qui leur donne tout ce dont ils ont besoin pour vivre et avec laquelle ils essaient de vivre en meilleur harmonie et osmose possible, en ne prélevant que le minimum vital pour ne pas lui nuire et la préserver du mieux possible. Les Yanomami ont des guérisseurs, sorciers chamans pour leur permettre de se soigner et de communiquer avec "l'esprit de la forêt" par l'intermédiaire des plantes psychotropes magiques Le chamanisme est, avec les rites funéraires et guerriers un des piliers culturels de la société Yanomami. Les sessions chamaniques individuelles ou collectives y constituent une activité aussi régulière que spectaculaire. La plupart des maisons collectives comptent plusieurs chamans. On dit qu’un futur chaman est habité depuis l’enfance par des rêves étranges induits par le regard des esprits posés sur lui. Il devra, une fois adulte, apprendre à les voir et à les appeler. L’initiation se déroule sur plusieurs semaines. Jour après jour, ils inhalent un puissant hallucinogène : la poudre yakoana. Durant cette transe, leur corps est dépouillé, mis en pièces, lavé et orné par les esprits xapiripë, avant d’être retourné puis recomposé. Ils apprennent alors sous la conduite des anciens à répondre aux chants des xapiripë, et à les enrôler à titre d’esprit auxiliaire. Ces esprits sont représentés sous la forme d’humanoïdes miniatures, couverts d’ornements cérémoniels colorés et lumineux. Ils sont en majorité des « images » des ancêtres animaux du temps des origines (pas les animaux actuels). Les images-esprits peuvent être aussi des végétaux, des personnages mythologiques (animaux ou non), des entités cosmiques telles que la lune ou le soleil, mais encore aussi des xapiripë domestiques comme le chien ou le feu.

‘Nous, les Yanomami, nous apprenons avec les grands shapiri (esprits chamaniques). Nous apprenons à les connaître, à les voir, à les écouter. Seuls ceux qui connaissent les shapiri peuvent les voir parce qu’ils sont très petits et brillent comme des lumières. Il y en a beaucoup, beaucoup, pas qu’un peu mais des quantités, des milliers comme des étoiles. Ils sont beaux, décorés avec des plumes de perroquet, peints avec du roucou (pâte rouge extraite d’une baie). D’autres ont des pendants d’oreille et sont peints en noir. Ils dansent très bien et chantent différents chants. Les Blancs croient que lorsque nous faisons des séances de chamanisme nous chantons. Mais nous ne chantons pas; nous accompagnons la musique et les chants. Ce sont des chants différents : ceux de l’ara, du perroquet, du tapir, de la tortue, de l’aigle, et ceux des oiseaux, qui ont tous des chants différents. C’est comme ça que sont les shapiri. Il est difficile de les voir.’ ‘Qui que soit le chamane, il doit les accepter, les connaître. Tu dois tout quitter, tu ne peux plus manger ta nourriture, tu ne peux plus boire de l’eau, t’approcher des femmes, de la fumée du feu ou des enfants qui jouent et qui font du bruit – parce que les shapiri veulent vivre en silence. Ils vivent autrement que nous, ce sont d’autres gens. Certains vivent dans le ciel, d’autres sous la terre, d’autres dans les montagnes couvertes de forêts et de fleurs. Certains vivent dans les rivières, dans la mer, dans les étoiles ou dans la lune ou le soleil. Omame (le créateur) les a choisis parce qu’ils sont bons pour le travail, pas le travail dans les jardins mais le travail du chamanisme, de la guérison des maladies des gens. Ils sont beaux mais très difficiles à voir. Les shapiri veillent sur tout, les shapiri veillent sur le monde.’ Davi Yanomami, chamane de la communauté Watoriki-Theri (les gens de la montagne venteuse).

Influence destructrice des chercheurs d'or et aide internationale[modifier | modifier le code]

La publicité donnée à la fin des années 1970 au potentiel minier du territoire yanomami y déclenche au cours des années 1980, un mouvement progressif d’invasion d’orpailleurs, qui finit par prendre la forme, en 1987, d’une véritable ruée vers l’or. Entre 1987 et 1990, quelque 90 pistes d’aviation clandestines ont été ouvertes dans la région du Serra Parima, où de 30 000 à 40 000 chercheurs d’or exploitaient des placers. Leur nombre, dans l'État du Roraima, représentait cinq fois la population yanomami. Cette invasion massive eut un impact épidémiologique et écologique dramatique. Le paludisme, les infections respiratoires causèrent la disparition d’environ 13 % de la population yanomami du Brésil. La destruction et la pollution à grande échelle des rivières entraînèrent des dommages considérables pour le milieu naturel exploité par les indiens.

Les Yanomami auraient la réputation d'être farouches et violents. Il y a une trentaine d'années, les premiers voyageurs (qui les appelaient aussi Samina, Shiriana ou Waika) en faisaient un portrait terrifiant. Le cannibalisme et l'usage du curare n'arrangeaient rien. La peur réciproque des Blancs et des Indiens, fondée sur des malentendus, des fantasmes ordinaires où chacun s'accuse des pires crimes, a souvent été à l'origine des violences. Il n'est pas indifférent de savoir que le nom Yanomami, par lequel ils se désignent eux-mêmes, veut dire être humain, alors que le nom nabe, par lequel ils désignent les non-Yanomami, signifie tout à la fois étranger et ennemi.

Après une très importante et longue campagne de communication et tournée mondiale d'un de leur grand chef chaman Davi Kopenawa, qui avait appris le portugais du Brésil pour demander de l'aide amicale aux hommes blancs amis, et de pression d'associations humanistes internationales, leur territoire fut enfin cadastré en 1992, le Parc yanomami créé et les orpailleurs expulsés.

Mais le Brésil refuse toujours de leur reconnaître la propriété de leurs territoires, malgré le droit international dont ce pays est signataire. Dans la classe dirigeante brésilienne, nombreux sont ceux qui voudraient réduire le territoire yanomami et l'ouvrir aux chercheurs d'or et à la colonisation. L'armée veut aussi maintenir sa présence dans la région et projette de construire de nouveaux camps militaires.

En août 1993, une note décousue parvint au bureau de la FUNAI de Boa Vista, capitale de l'État du Roraima, au nord de l’Amazonie. Écrite par une religieuse missionnaire au village yanomami de Xidéia, elle disait : ‘Les Indiens (de Haximú) sont tous ici... ils ne veulent pas s’en retourner à cause des chercheurs d’or qui sont allés dans une maloca (maison communautaire) voisine, ont tué sept enfants, cinq femmes et deux hommes et détruit la maison.’ Il fallut un mois pour que la nouvelle de la tuerie atteigne le monde extérieur.

L’affaire avait débuté plusieurs mois auparavant, quand les orpailleurs avaient assassiné d’autres Yanomami dont les parents s’étaient vengés par la suite en tuant deux mineurs. C’est alors qu’un groupe d’orpailleurs lourdement armés avait décidé de ‘donner une leçon’ à la communauté de Haximú, à la frontière du [Venezuela]. Il fallut longtemps pour connaître les circonstances de la tuerie. Dès leur arrivée, les orpailleurs ouvrirent le feu sur la maloca où se trouvaient surtout des femmes et des enfants, puis ils entrèrent et l’incendièrent. Des Indiens réussirent à s’enfuir et une poignée de survivants se réfugia dans la forêt. Une vieille femme aveugle resta en arrière, les mineurs la tuèrent à coups de pied. Un bébé dans un hamac qui avait survécu aux coups de feu fut massacré à la machette. Quand ce fut fini et que les orpailleurs furent partis, les survivants rampèrent jusqu’à la maloca et incinérèrent les corps, emportant les cendres de leur parents dans le village voisin. Seize Yanomami trouvèrent la mort au total.

Après des délais qui parurent interminables, l’affaire fut portée devant un tribunal à la fin de 1996 et un juge inculpa cinq orpailleurs de génocide. Quoique des peines de 19 à 20 ans aient été prononcées, deux hommes seulement se retrouvèrent en prison, les autres étant en fuite. C’était la deuxième condamnation au Brésil pour génocide. La précédente, intervenue deux ans auparavant, avait frappé un collecteur de caoutchouc, coupable du ‘crime une tribu disparaissait tous les deux ans durant le XXe siècle suprême’ à la suite de l’assassinat, en 1963, de huit Indiens Oro Uim – principalement des femmes et des enfants. Il avait organisé une attaque du groupe et avait emmené les survivants à sa plantation où ils étaient réduits en esclavage. Dans les années 1990, les Oro Uim n’étaient plus que 55.

Ethnologie et mode de vie[modifier | modifier le code]

En 1965, la photographe anthropologue et humaniste engagée suisse alémanique Barbara Brändli a vécu un long séjour parmi eux et a profondément étudié leur culture et leur mode de vie. Elle a rapporté de superbes photos et films ainsi qu'un témoignage poignant sur ce peuple qui pourrait bien être parmi les derniers peuples non occidentalisés de la planète, ayant su garder un parfait équilibre de vie harmonieux et équilibré entre la nature et eux-mêmes.

Elle expose les résultats de ses recherches partout dans le monde et entre autres à la Fondation Cartier de Paris du 14 mai au 22 octobre 2003 pour faire connaitre la civilisation yanomami à l'humanité.

La photographe Claudia Andujar, présente à cette même exposition, cofondatrice de la CCPY (Commission pour la Création d'un Parc Yanomami), qui participe à la défense de leurs droits depuis le début des années 70, présente en 2009 à la Maison de la Photographie Robert Doisneau de Gentilly l'exposition "Brésil, symphonie humaine", où l'on peut voir ses images des Yanomami, issues d'années de vie partagée avec eux.

Essayerait-on, pour des raisons économiques ou politiques, faute de pouvoir les maîtriser, d'enfermer définitivement les sauvages dans leur sauvagerie ? Horticulteurs, chasseurs, collecteurs et pêcheurs, ils ont été, pendant 2 siècles, en expansion démographique. Hormis les années d'épidémie ou de sécheresse, ce mouvement assez régulier n'a pu s'accomplir que grâce au support agricole : les plantes cultivées représentent 80 % en poids de leur régime alimentaire. Il est donc faux de présenter les Yanomami comme des guerriers nomades qui s'adonnent à la magie, à la drogue et au tabac !

Les Yanomami ont des leaders mais pas de chef. Les dissensions internes sont fréquentes et les guerres continuelles : s'ils sont tranquilles aujourd'hui, c'est qu'ils en ont payé le prix hier.

En 1989, Survival International chargea le porte-parole yanomami, Davi Kopenawa, de recevoir le prestigieux ‘Right Livelihood Award’, connu comme le ‘Prix Nobel alternatif’, en son nom. La visite de Davi en Europe, sa première hors du Brésil, fut très médiatisée et donna une forte impulsion, dans l’arène internationale, à la campagne pour la protection du territoire Yanomami. Ce fut certainement un élément décisif pour obtenir l’accord final du gouvernement à la création du parc yanomami trois ans plus tard.

Danse de l'alliance des enfants de la lune[modifier | modifier le code]

Brandissant leurs armes, des guerriers invités dans un village qu'ils ont combattu pendant des années exécutent une danse de paix. Ils entendent ainsi s'unir avec les ennemis d'hier pour lutter contre ceux de demain. Un groupe de chamans décida de délester la lune qu'ils savaient gorgée de sang. La flèche d'un chaman toucha l'astre qui se mit à saigner. Les gouttes de sang retombèrent sur les têtes des Yanomami, pénétrèrent dans leur corps et les rendirent forts. C'est pourquoi, les Yanomami se prétendent les " fils de la lune ".

Grimpeurs aux pieds nus[modifier | modifier le code]

Cueilleurs infatigables, les Yanomami ont imaginé une technique astucieuse pour atteindre les fruits savoureux du palmier rasha dont le tronc, haut parfois de 30 m, est hérissé de longues épines. Ils utilisent 2 paires de perches croisées, attachées par des lianes, qu'ils propulsent vers le sommet de l'arbre en les coinçant du genou et de leurs pieds nus.

A portée de flèche, la faune des eaux et des bois[modifier | modifier le code]

Entre le Brésil et le Venezuela, le territoire des Yanomami s'étend sur près de 240 000 km2. Couvert d'une épaisse forêt et traversé par d'innombrables cours d'eau, dont le grand fleuve Orénoque, son relief est tourmenté. Des sommets toujours ennuagés, jaillissent des cascades vertigineuses bouillonnant parfois sur 900 m. de dénivelée. Les Yanomami se méfient de l'eau, ils préfèrent les buttes montagneuses boisées. Depuis ces dernières années, cependant, quelques groupes, sous l'influence des missions chrétiennes, se sont approchés des fleuves. Ils troquent gibier ou curare contre des pirogues fabriquées dans des troncs d'arbre et les plus jeunes apprennent même à nager. Ils utilisent l'arc (qu'ils fabriquent eux-mêmes) aussi bien à la pêche qu'à la chasse.

Parures végétales d'un bonheur encore naturel[modifier | modifier le code]

Les femmes Yanomami usent de fines baguettes dont elles se transpercent le nez, la lèvre inférieure, les commissures des lèvres et qui se balancent au moindre mouvement. Souvent, elles fixent à l'extrémité de ces ornements des fleurs de lys sauvage. Elles dessinent sur leur corps, avec de "l'onoto", une teinture végétale rouge, de longues lignes ondulées qui symbolisent les animaux mythologiques du monde aquatique.

Leurs prétendants (on compte 8 femmes pour 10 hommes chez les Yanomami) sont tenus d'approvisionner leurs parents en gibier et en fruits et de porter leurs fardeaux avant de passer aux épousailles. En échange, ils reçoivent de la nourriture et du tabac roulé dans la cendre. Les Yanomami chiquent, qu'ils fassent l'amour ou la guerre ou qu'ils chassent les lucioles pour les appliquer sur leur corps pour le rendre phosphorescent dans l'obscurité.

Paradis artificiels d'un dialogue avec les esprits[modifier | modifier le code]

La drogue communautaire, la "parika" fait partie du quotidien. Au moyen d'un long roseau creux, les Yanomami s'insufflent mutuellement dans les fosses nasales plusieurs doses de cette poudre grise. Sous le choc de cet hallucinogène puissant, le cerveau vacille et apparaissent des visions fantastiques. Ici, les maladies ont toujours une cause magique et résultent de différents sortilèges. Le sorcier s'unit à des énergies surnaturelles. Puis, à l'aide de ses seules mains, il tente d'extirper le mal en profondeur. Ces manipulations sont la forme extrême des attouchements qui font le bonheur des Yanomami des 2 sexes.[réf. nécessaire]

Purée de bananes aux cendres du défunt[modifier | modifier le code]

Une ombre noire qui erre çà et là sur la terre, secoue les hamacs, renverse les arbres, menace les enfants. Cet esprit mauvais cesse ses agissements et devient amical lorsque les cendres du défunt, délayées dans une purée de bananes, sont absorbées par ses proches parents en présence de tout le village.

La maison du Ciel et de la Terre enfin réconciliés[modifier | modifier le code]

Le shabono est la maison collective en bois et feuilles des Yanomami. Elle correspond à la représentation qu'ils se font de l'univers. Au centre, la grande place découverte symbolise le plus haut des cieux. À l'intérieur du shabono, toutes les familles suspendent leurs hamacs confectionnés avec de minces lianes. Les enfants s'y blottissent pour dormir contre leur mère. Ce n'est qu'après le sevrage, dans leur 4e année, qu'ils reçoivent un hamac personnel. La chaleur du corps maternel est remplacée par celle du feu qui brûle toute la nuit sous le grand auvent.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aikhenvald Alexandra, Dixon R.M.W., « La catastrophe des Yanomamis : un aperçu, de 1979 à aujourd'hui », Société de Recherches Américaines au Québec, , vol. 22, n° 4,‎ 1992/1993, pp. 70-104 p.
  • Bruce Albert. Indiens Yanomami et chercheurs d'or au Brésil. Passerelles, Printemps 1993, n° 6, p. 93-99.
  • Bruce Albert. La fumée du métal : Histoire et représentations du contact chez les Yanomami (Brésil). L’Homme, 1988, vol. 28, n° 106, p. 87-119.
  • Bruce Albert. Indiens yanomami et chercheurs d’or au Brésil. Le massacre de Haximu. Journal de la Société des Américanistes, 1994, n° 80, p. 250-257.
  • Catherine Ales Violence et ordre social dans une société amazonienne. Les yanomami du Venezuela. Etudes Rurales, 1984, n° 95-96, p. 89-114.
  • Catherine Ales. Vilencia y Orden social ; Conflictos y Guerra entre los Yanomami de Venezuela. Folklore Americano, 1993, n° 55, p. 75-106.
  • Christine Ales. « Le goût du miel » : le nouvel ordre politique dans l’Amazonie vénézuélienne et la participation yanomami.Journal de la Société des Américanistes, 2007, tome 93, n° 1, mis en ligne le 23 janvier 2008. Disponible sur : http://jsa.revues.org/index7083.html Consulté le 14 mars 2012.
  • Davi Kopenawa et Bruce Albert ; Yanomami : L'esprit de la forêt ; Editions Actes Sud, 2003.
  • Etorre Biocca, Yanoama, le récit d'Elena Valero, enlevée à 12 ans par des Indiens Yanomami, et qui vécut 22 ans à leurs côté. Collection Terre Humaine.
  • Jacques Lizot. Aspects économiques et sociaux du changement culturel chez les Yanomami. L’Homme, 1971, vol. 11, n °1, p. 211-232.
  • Jacques Lizot Population, ressources et guerre chez les Yanomami. Libre, 1977, n° 2, p. 111-145.
  • Luigi Eusebi. A barriga morreu! : o genocídio dos Yanomami. São Paulo : Loyola, 1991. 149 p.
  • Patrick Tierney ; Au nom de la civilisation : Comment anthropologues et journalistes ont ravagé l'Amazonie ; Editions Grasset (Premier chapitre en ligne)
  • Robert Taurines ; Yanomami Fils de la Lune ; Editions du Mont, 2006 http://www.passiondulivre.com/livre-27588-yanomamis-fils-de-la-lune.htm
  • Dépossédés, Les Indiens du Brésil, Ethnies, n°28, printemps 2002.
  • Animal Totem ; Pierre Gemme ; Editions Volpilière, 2009, roman jeunesse dont le héros est un adolescent Yanomami.
  • Jan Reynolds, Au pays des Yanomani, Paris, Circonflexes, coll. Couleurs du monde (documentaire jeunesse),‎ 1985

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Yanomami, fils de la lune - film documentaire (Résumé du film)
  • La Maison et la Forêt, Volkmar Ziegler, 1994.
  • Les Yanomani : la vie au jour le jour, film documentaire de Junichi Ushiyama, Japon, 30' (tourné en 1974)
  • Yanomami : une guerre d'anthropologues - film documentaire de José Padilha, France 2010

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Gheerbrant, Orénoque-Amazone 1948-1950, Gallimard Folio / Essais, 1993 (1re éd. 1952) (ISBN 2-07-032698-5)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]