Beylicat de Tunis

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Beylicat de Tunis

بايليك تونس (ar)
Beyliğ-i Tunus (ota)

17051881

Drapeau
Drapeau adopté en 1831[1]
Blason
Armoiries de la Tunisie
Description de l'image Guillaume Delisle Tunis 1707.jpg.
Informations générales
Statut Monarchie, beylicat de l'Empire ottoman
Capitale Tunis
Langue Arabe, turc ottoman, langues berbères
Religion Islam
Histoire et événements
1705 Hussein Ier Bey devient bey de Tunis
1827 Destruction de la flotte corsaire par la France
1861 Adoption d'une Constitution
1869 Déclaration de banqueroute
1878 Congrès de Berlin : la France autorisée à annexer la Tunisie au détriment de l'Italie
Traité du Bardo : officialisation du protectorat
Beys
1705-1735 Hussein Ier Bey
1859-1881 Sadok Bey

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le beylicat de Tunis est le régime politique de facto de la Tunisie du au . Il est instauré par Hussein Ier Bey après sa victoire sur les deys et la fondation de la dynastie des Husseinites.

Bien que faisant nominalement partie de l'Empire ottoman, le beylicat de Tunis jouit d'une quasi-indépendance et les beys règnent en monarques absolus.

Le beylicat prend fin lors de l'instauration d'un protectorat sur la Tunisie par la France en 1881, tandis que la dynastie des Husseinites, qui demeure nominalement à la tête du pays, perdure jusqu'au , date de la proclamation du régime républicain en Tunisie.

Histoire[modifier | modifier le code]

À la suite des révolutions de Tunis qui voient Ibrahim Cherif renverser le pouvoir mouradite, ce dernier devient le premier bey à cumuler cette fonction avec celle de pacha. Emmené à Alger à la suite d'une défaite face au dey d'Alger, et dans l'incapacité de mettre un terme aux troubles qui agite le pays, il est victime, le d'un coup d'État de Hussein Ben Ali, futur Hussein Ier Bey, ancien commadant de cavalerie (agha). Hussein Ier Bey règne ainsi seul sur la Tunisie, établissant une véritable monarchie et devient « Possesseur du Royaume de Tunisie », disposant « alors sur tous ses sujets du droit de haute et basse justice ; ses décrets et ses décisions [ont] force de lois »[2].

Nouvelle armée d'Ahmed Ier Bey (1840)
Délégation tunisienne à Londres en 1781

En 1735, Ali Ier Pacha prend le pouvoir en détrônant son oncle Hussein Ier Bey qui est tué par son petit-neveu Younès en 1740[3]. En 1756, Ali Ier Pacha est à son tour renversé par les deux fils de son prédécesseur qui s'emparent de Tunis avec l'aide du bey de Constantine : Mohamed Rachid Bey (1756-1759) et Ali II Bey (1759-1782). Les incursions algériennes ne prennent fin qu'en 1807[4], par une victoire des Tunisiens conduits par Hammouda Pacha (1782-1814)[4].

Au XIXe siècle, le pays vit de profondes réformes, grâce à l'action réformiste de Kheireddine Pacha et de ses proches conseillers : le ministre de l'Intérieur Rustum, le ministre de l'Instruction Husseïn, le ministre Ibn Abi Dhiaf et les oulémas Mahmoud Kabadou, Salem Bouhageb et Mokhtar Chouikha.

Parmi celles-ci figurent l'abolition de l'esclavage, la fondation de l'École militaire du Bardo en 1840 et du Collège Sadiki en 1875, l'adoption en 1861 d'une constitution[5],[6] — la première du monde arabe —, le pays manquant même de devenir une république indépendante. La Tunisie, alors dotée d’une monnaie propre et d’une armée indépendante, adopte en 1831 son drapeau[7].

Nouvelles institutions et pouvoirs[modifier | modifier le code]

Gabegie financière[modifier | modifier le code]

La Tunisie est moins riche que l'Algérie et les impôts, soit 2,2 millions de francs-or en 1815, rentrent mal. Dans le même temps, le bey convoite la Tripolitaine. En 1848, pour entretenir son armée de 5 000 hommes, le bey alourdit la fiscalité, ce qui provoque une révolte qui est finalement matée. La fiscalité est réduite mais un emprunt de 35 millions de francs or, à un taux de 7 %, est contracté auprès des banquiers français.

Cependant, les dépenses inconsidérées se poursuivent : un palais de style versaillais, la Mohamedia, et un autre à La Goulette, une école polytechnique ainsi qu'un arsenal. Pire, le ministre des Finances et protégé du bey s'enfuit en France avec le trésor. Toutefois, les détournements se poursuivent sous ses successeurs. Cette situation pousse le président du Grand Conseil, Kheireddine Pacha, à donner sa démission et le Grand Conseil à être dissous.

Kheireddine Pacha, grand vizir ministre du bey puis grand vizir de l'Empire ottoman

Au début de l'année 1864, une crise grave éclate du fait d'une mauvaise gestion financière de la part du grand vizir Mustapha Khaznadar : élévation de la dette publique, lourds emprunts à l'étranger contractés dans des conditions catastrophiques (poursuite des détournements de fonds et des pots-de-vin) et doublement de l'impôt personnel aboutissent à une nouvelle révolte des tribus du centre du pays qui refusent de payer cet impôt. Peu après l'émeute dirigée par Ali Ben Ghedhahem, le bey ordonne à ses hommes de s'employer à la collecte de la mejba. Dans le même temps, Haydar Afendi, ministre plénipotentiaire de l'Empire ottoman, arrive avec une aide financière en vue de remédier à la situation et d'aider les indigents qui ne cessent d'ameuter les tribus. La somme offerte est confiée par le bey à Khaznadar. Mais celui-ci la remet au chef de la trésorerie comme s'il s'agissait de ses propres fonds. Par la suite, Khaznadar récupère cette somme pour son usage personnel. Une fois de plus, un emprunt de trente millions de francs or doit être contracté, ce qui provoque l'intervention des puissances européennes (en particulier la France). Dans ce contexte, la constitution est même suspendue le 1er mai 1864[8].

De la mise sous tutelle au protectorat français[modifier | modifier le code]

Ainsi, en raison de la politique ruineuse des beys, de la hausse des impôts[8] et d’interférences étrangères dans l’économie, le pays connaît peu à peu de graves difficultés financières[5]. Tous ces facteurs contraignent le gouvernement à déclarer la banqueroute en 1869 et à créer une commission financière internationale anglo-franco-italienne[9] présidée par l'inspecteur des finances Victor Villet. En 1873, Villet dévoile les détournements de Khaznadar[10] qui est remplacé par Kheireddine. Mais les réformes de ce dernier mécontentent les oligarques qui l'acculent à la démission en 1877. C’est l’occasion pour les grandes puissances européennes — la France, l’Italie et le Royaume-Uni — de s’introduire dans le pays[11]. La Tunisie se dirige à peine vers une réelle indépendance en 1873, avec Kheireddine Pacha[5], qu’elle retombe sous le joug d’une puissance étrangère.

Signature du traité du Bardo au palais de Ksar Saïd le 12 mai 1881

Car la régence apparaît vite comme un enjeu stratégique de première importance de par la situation géographique du pays, à la charnière des bassins occidental et oriental de la Méditerranée[12]. La Tunisie fait donc l’objet des convoitises rivales de la France et de l’Italie : la première souhaite sécuriser les frontières de l’Algérie et éviter que la seconde ne contrarie ses ambitions en Égypte et au Levant en contrôlant l’accès à la Méditerranée orientale.

La seconde, confrontée à une surpopulation, rêve d’une politique coloniale et le territoire tunisien, où la minorité européenne est alors constituée essentiellement d’Italiens, est un objectif prioritaire[12]. Les consuls français et italien tentent de profiter des difficultés financières du bey, la France comptant sur la neutralité de l’Angleterre (peu désireuse de voir l’Italie prendre le contrôle de la route du canal de Suez) et bénéficiant des calculs de Bismarck, qui souhaite la détourner de la question de l’Alsace-Lorraine[12]. Après le congrès de Berlin du 13 juin au , l’Allemagne et l’Angleterre permettent à la France d’annexer la Tunisie[13],[5], et cela au détriment de l’Italie, qui voyait ce pays comme son domaine réservé[14].

Les incursions de « pillards » khroumirs en territoire algérien fournissent un prétexte à Jules Ferry, soutenu par Léon Gambetta face à un parlement hostile, pour souligner la nécessité de s’emparer de la Tunisie[12].

En avril 1881, les troupes françaises y pénètrent sans résistance majeure et parviennent à occuper Tunis[5] en trois semaines, sans combattre[15]. Le , le protectorat est officialisé lorsque Sadok Bey, menacé d’être destitué et remplacé par son frère Taïeb Bey[16],[17], signe le traité du Bardo[18] au palais de Ksar Saïd[19]. Ce qui n’empêche pas, quelques mois plus tard, les troupes françaises de faire face à des révoltes rapidement étouffées dans les régions de Kairouan et Sfax[12].

Apogée de la course[modifier | modifier le code]

Galion ottoman du XVIe siècle selon une estampe européenne

Cette période voit les activités des corsaires connaître leur paroxysme car l’autonomie croissante vis-à-vis du sultan entraîne une baisse de son soutien financier et la régence doit par conséquent accroître le nombre de ses prises en mer afin de survivre.

La course atteint son apogée sous le règne d’Hammouda Pacha (1782-1814), où les navires, partant des ports de Bizerte, La Goulette, Porto Farina, Sfax ou Djerba, s’emparent de vaisseaux espagnols, corses, napolitains, vénitiens[20], etc. Le gouvernement entretient durant cette période de quinze à vingt corsaires, un même nombre d’entre eux étant rattachés à des compagnies ou à des particuliers — parmi lesquels parfois des personnages haut placés comme le garde des sceaux Sidi Mustapha Khodja ou les caïds de Bizerte, Sfax ou Porto Farina — et remettant au gouvernement un pourcentage sur toutes leurs prises, qui comprennent des esclaves chrétiens[20].

Les traités de paix, qui se multiplient au XVIIIe siècle — avec l’Autriche en 1748 et 1784, Venise en 1764-1766 et 1792, l’Espagne en 1791 ou les États-Unis en 1797 —, règlementent la course et en limitent les effets[20]. En premier lieu, ils imposent certaines exigences (possession de passeports aussi bien pour les navires que pour les hommes) et précisent également les conditions des prises en mer (distance par rapport aux côtes), de façon à éviter de possibles abus. Il faut attendre le Congrès de Vienne et la Congrès d’Aix-la-Chapelle pour que les puissances européennes somment les États barbaresques de mettre un terme à la course, ce qui sera effectif et définitif après l’intervention des Français en 1836[20].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le drapeau de la République tunisienne », sur ministeres.tn (consulté le 25 juillet 2008)
  2. Ali Mahjoubi, L’établissement du protectorat français en Tunisie, éd. Université de Tunis, Tunis, 1977, vol. 18, p. 13
  3. Ibn Abi Dhiaf, Présent des hommes de notre temps. Chroniques des rois de Tunis et du pacte fondamental, vol. II, éd. Maison tunisienne de l'édition, Tunis, 1990, p. 142
  4. a et b Ibn Abi Dhiaf, op. cit., vol. III, p. 65
  5. a, b, c, d et e Yves Lacoste et Camille Lacoste-Dujardin [sous la dir. de], L’état du Maghreb, éd. La Découverte, Paris, 1991, p. 54 (ISBN 2707120146)
  6. (ar) [PDF] Original de la constitution tunisienne de 1861 (Archives nationales de Tunisie)
  7. Jean Ganiage, Histoire contemporaine du Maghreb. De 1830 à nos jours, éd. Fayard, Paris, 1994, p. 46 (ISBN 9782213591919)
  8. a et b Noura Borsali, « Tricentenaire de la dynastie husseinite (15 juillet 1705 - 25 juillet 1957) : les beys de Tunis à l’épreuve du temps et de l’Histoire », Réalités, 27 mai 2008
  9. Collectif, L’encyclopédie nomade 2006, p. 708
  10. « Il est impossible de cerner toutes les opérations criminelles dont l'auteur était Mustapha Khaznadar et qu'avait encouragées un pouvoir absolu et despotique qui se prolongea trente ans durant [...] De Tunis au fin fond du Jérid, tout le monde est au courant de ces opérations dont beaucoup en étaient les victimes ».
  11. Collectif, L’encyclopédie nomade 2006, éd. Larousse, Paris, 2005, p. 707 (ISBN 9782035202505)
  12. a, b, c, d et e Philippe Conrad, « Le Maghreb sous domination française (1830-1962) », Clio, janvier 2003
  13. Michel Quitout, Parlons l’arabe tunisien : langue et culture, éd. L’Harmattan, Paris, 2002, p. 12 (ISBN 2747528863)
  14. (en) Article sur la Tunisie (The Columbia Encyclopedia)
  15. Jean-François Martin, Histoire de la Tunisie contemporaine. De Ferry à Bourguiba. 1881-1956, éd. L’Harmattan, Paris, 2003, pp. 41-43 (ISBN 9782747546263)
  16. Hachemi Karoui et Ali Mahjoubi, Quand le Soleil s’est levé à l’ouest, éd. Cérès Productions, Tunis, 1983, p. 86
  17. John P. Entelis (professeur à l’Université Fordham) prétend — sans citer ses sources — que Sadok Bey a été menacé de mort selon Michel Camau et Vincent Geisser, Habib Bourguiba. La trace et l’héritage, éd. Karthala, Paris, 2004, p. 227.
  18. [PDF] Original du traité du Bardo (Archives nationales de Tunisie)
  19. Hédi Saïdi et Janine Ponty, Mémoire de l’immigration et histoire coloniale, éd. L’Harmattan, Paris, 2007, p. 117 (ISBN 9782296024199)
  20. a, b, c et d Maria Ghazali, « La régence de Tunis et l’esclavage en Méditerranée à la fin du XVIIIe siècle d’après les sources consulaires espagnoles », Cahiers de la Méditerranée, vol. 65, 25 juillet 2005

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Béranger et Paul Sebag, La régence de Tunis à la fin du XVIIe siècle, éd. L'Harmattan, Paris, 1993
  • Alain Blondy, Bibliographie du monde méditerranéen. Relations et échanges (1453-1835), éd. Presses de l’université de Paris-Sorbonne, Paris, 2003 (ISBN 2-84050-272-0)
  • Abdelmadjid Bouzidi, Pouvoir et esclavage dans la régence de Tunis : les serviteurs des beys husseinites. XVIIIe-début XIXe siècles, éd. Centre de publication universitaire, Tunis, 2005
  • Khelifa Chater, Dépendance et mutations précoloniales : la régence de Tunis de 1815 à 1857, éd. Université de Tunis, Tunis, 1984