Théorie économique

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Une théorie économique est un ensemble d'idées ou de concepts qui donnent sens à des mécanismes économiques. Les théories économiques forment ensuite une école de pensée économique.

Concept[modifier | modifier le code]

Théorie économique générale[modifier | modifier le code]

L'économiste français Raymond Barre définissait la théorie économique comme la seconde étape de la mise en œuvre de cette discipline. Après l'observation économique, qui se propose de « décrire les faits et les méthodes », les économistes doivent « organiser les faits de manière à faire paraître les uniformités et les régularités qui caractérisent les comportements humains ». Dès lors, « Il appartient à la théorie ou à l'analyse économiques d'élaborer des concepts, de rechercher les déterminants, les effets des phénomènes, de mettre à jour les relations générales et stables qui s'établissent entre eux, d'abstraire de la réalité une explication simplifiée du fonctionnement de l'économie »[1].

La théorie économique n'est donc pas une doctrine économique. Selon John Maynard Keynes, une théorie économique, en effet, « ne fournit aucun ensemble constitué des conclusions immédiatement utilisables pour définir les politiques ». Une théorie économique est plutôt « une série d’outils intellectuels qui aident leurs détenteurs à tirer des conclusions correctes »[2].

Domaines d'application[modifier | modifier le code]

La science économique est souvent représentée selon la summa divisio entre la microéconomie et la macroéconomie. La première se concentre sur les agents économiques et les mécanismes de formation des prix, là où la macroéconomie se focalise sur l'ensemble du système économique, en tentant de trouver des réponses à des phénomènes plus globaux à partir de données agrégées.

Une théorie économique peut porter sur de très nombreux champs. Par exemple, il existe l'économie du travail, l'économie d'entreprise, l'économie sociale, l'économie publique, l'économie internationale, l'économie environnementale, l'économie de la drogue, etc. Il est également possible de bâtir des théories en matière d'intelligence économique.

Diversité des théories économiques[modifier | modifier le code]

Cumulativité[modifier | modifier le code]

Le statut de l'économie en tant que discipline académique scientifique fait toujours l'objet de débats. Thomas Samuel Kuhn soutient qu'une science ne peut permettre une coexistence de théories aux conclusions contraires, là où Pierre Duhem relève que la science a toujours progressé par accumulation de théories jusqu'à ce que l'une, un jour, réussisse à supplanter les autres[3].

Ainsi, les théories économiques ont été très nombreuses dans le temps, et restent diverses aujourd'hui. Le mode épistémologique de sélection des théories les meilleures en économie est telle qu'elles se cumulent entre elles, et, avec le temps, celles qui sont le moins explicatives sont délaissées.

L'idée selon laquelle les théories économiques sont souvent opposées entre elles relève plus du champ normatif que du champ positif des théories économiques. En effet, le volet normatif des théories économiques amène à des propositions, et ce sont ces propositions qui font débat (et engendrent de fréquentes oppositions). Le champ positif de la théorie économique est lui soumis aux débats scientifiques, courants en sciences.

Révolution de crédibilité[modifier | modifier le code]

La science économique a connu, à partir des années 1990, une révolution épistémologique et méthodologique souvent appelée « révolution de crédibilité ». Ce tournant est caractérisé par une augmentation du nombre d'articles liés à l'économie expérimentale et à l'utilisation de données et de tests statistiques sur celles-ci. Le développement d'articles empiriques a progressivement chassé les articles purement théoriques, qui sont passés d'environ 51% des articles académiques en 1963, à 20% en 2011[4].

Normativité[modifier | modifier le code]

La plupart des courants de pensée estiment que l'économie est directement liée à la question politique, par le biais du normatif. De nombreux débats politiques, comme la controverse récurrente sur le poids que doivent ou non prendre les pouvoirs publics dans l'économie, et sur l'efficacité respective des marchés et de l'appareil d'État en ce domaine (notions d'économie politique, etc.), sont fournis en arguments par la théorie économique. La théorie des choix publics est ainsi présentée par E. Universalis comme « la tentative la plus aboutie d'unifier théorie politique et théorie économique »[5].

En soi, la théorie elle-même ne développe pas d'avis ou d'opinion. Toutefois, le fait que les économistes, en tant qu'êtres humains, en ont, peut faire tendre à un amalgame entre les recommandations de l'économie normative et les prises de positions politiques de certains économistes (comme Joseph Stiglitz ou Friedrich von Hayek). Finalement, l'économie normative ne fait que proposer pour le champ politique, mais ne dit pas quelles propositions doivent être préférées à d'autres. L'arbitrage est politique, non économique.[réf. nécessaire]

Lois de l'économie[modifier | modifier le code]

La théorie économique cherche à trouver un ordre au sein du réel, c'est-à-dire à trouver des mécanismes et des uniformités de caractère général. Ces mécanismes doivent permettre d'identifier des relations de succession et des similitudes entre des phénomènes, que certains présentent comme ayant valeur de loi économique. Ce concept de loi économique est consacré, au XVIIIe siècle, par les physiocrates. Il est repris par les classiques, et Jean-Baptiste Say peut affirmer, dans son Cours d'économie politique, que « c'est la connaissance de ces lois naturelles et constantes, sans lesquelles les sociétés humaines ne sauraient subsister, qui constitue cette nouvelle science que l'on a désignée sous le nom d'économie politique »[6].

La notion de loi de l'économie est toutefois débattue. Les économistes de l'école historique allemande, à partir des années 1870, soutiennent que dans le cas où des lois économiques existeraient, elles ne sauraient être considérées que provisoires et contingentes à l'intérieur d'une limite temporelle. Le néoclassique Alfred Marshall ne voit dans l'économie politique que « des lois assez floues qui sont sans rapport avec les lois de la gravitation ou les lois de la conservation de l'énergie en physique »[7].

Exemples de théories économiques[modifier | modifier le code]

  • La firme (l'entreprise) a intérêt à produire jusqu'à ce que le coût de la dernière unité produite (dit coût marginal) sera égal à son prix de vente (dit recette marginale)[8].
  • Le consommateur augmente (baisse) ses achats quand le prix des produits achetés est bas (élevé)[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Économie Politique, Tome 1 Thémis Paris 1966.
  2. Patrick Artus, Agnès Bénassy-Quéré, Laurent Braquet et David Mourey, Economie: Principes fondamentaux, De Boeck Supérieur, (ISBN 978-2-8073-2380-3, lire en ligne)
  3. Duhem, Pierre, 1861-1916, La théorie physique : son objet et sa structure, Chevalier & Rivière, Éditeurs, (OCLC 1079980777, lire en ligne)
  4. (en) Daniel S Hamermesh, « Six Decades of Top Economics Publishing: Who and How? », Journal of Economic Literature, vol. 51, no 1,‎ , p. 162–172 (ISSN 0022-0515, DOI 10.1257/jel.51.1.162, lire en ligne, consulté le )
  5. Encyclopædia Universalis, « CHOIX PUBLICS ÉCOLE DES ou PUBLIC CHOICE SCHOOL », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  6. Journal des économistes, Guillaumin, (lire en ligne)
  7. André Piatier, Statistique: Statistique descriptive et initiation à l'analyse, Presses Universitaires de France, (lire en ligne)
  8. a et b George J. Stigler, La théorie des prix, Paris, Dunod, 1983 (nouveau tirage), 330 p. (ISBN 2-04-010942-0), p. 6

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]