Théorie économique

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Selon l'économiste français Raymond Barre[1], la théorie économique est l'une des composantes des sciences économiques). Elle correspond à la seconde étape de la mise en œuvre de cette discipline.
La science économique implique en effet une démarche rigoureuse qui s'organise en 4 stades successifs :

  • « L'observation économique se propose en premier lieu de décrire les faits et les méthodes relatifs à l'administration des ressources rares et qui se manifestent dans le temps et dans l'espace : il s'agit là d'observer et de classer les enseignements de l'expérience. »
  • « En second lieu, il s'agit d'organiser les faits de manière à faire paraître les uniformités et les régularités qui caractérisent les comportements humains. Il appartient à la théorie ou à l'analyse économiques d'élaborer des concepts, de rechercher les déterminants, les effets des phénomènes, de mettre à jour les relations générales et stables qui s'établissent entre eux, d'abstraire de la réalité une explication simplifiée du fonctionnement de l'économie. »
  • « En troisième lieu, la science économique contribue à l'orientation de la politique économique. Elle ne propose pas les objectifs politiques ou sociaux. MAIS, pour des objectifs politiques et sociaux donnés, elle définit la cohérence de la politique économique. On entend par là qu'elle indique :
    • d'une part si les objectifs à atteindre sont compatibles entre eux et économiquement réalisables ;
    • d'autre part si les moyens choisis pour réaliser ces objectifs sont convenablement adaptés aux objectifs et s'ils constituent la meilleure manière de les atteindre. Ainsi la science économique met en relief les implications diverses d'une politique. Elle en marque les limites ou le prix qu'il faut payer pour les franchir. »
  • « La science économique élabore enfin en fonction de certains objectifs et pour des conditions empiriques données, les règles d'utilisation optimales des ressources économiques et les modalités de réalisation du Bien-Être (Welfare). »

Définition de la théorie économique[modifier | modifier le code]

Raymond Barre fait mention de ce qu'il appelle une heureuse expression de Keynes :
« La théorie économique ne fournit aucun ensemble constitué des conclusions immédiatement utilisables pour définir les politiques. Il s’agit d’une méthode plutôt que d’une doctrine, d’une série d’outils intellectuels qui aident leurs détenteurs à tirer des conclusions correctes. »[2]

Théorie et « Loi économique »[modifier | modifier le code]

La controverse à propos des « Lois économiques »[modifier | modifier le code]

La théorie économique s'efforce de parvenir à des uniformités de caractère général, définissant des relations de succession et de similitude entre phénomènes économiques, que certains présentent — à l'instar des disciplines scientifiques — comme ayant valeur de « Loi économique ».

  • Le XVIIIe siècle consacre la notion de « Loi » en économie.
    Pour les physiocrates, c'est la Loi naturelle.
    L'économiste classique Jean-Baptiste Say affirme dans son cours d'Économie Politique : « C'est la connaissance de ces lois naturelles et constantes, sans lesquelles les sociétés humaines ne sauraient subsister, qui constitue cette nouvelle science que l'on a désignée sous le nom d'économie politique »
  • Les économistes de l'École Historique allemande (après 1870) sont plus sceptiques : Si loi économique il y a, celle-ci ne saurait être considérée que provisoire et contingente, à l'intérieur d'une limite de temps.
  • Alfred Marshall ne voit dans l'économie politique que « des lois assez floues qui sont sans rapport avec les lois de la gravitation ou les lois de la conservation de l'énergie en physique »
  • Des auteurs comme Louis Baudin[3] soutiennent au contraire que les lois économiques ont « un degré de permanence et de certitude » qui n'est pas différent de celui des lois physiques.

Pour une définition précise et nuancée[4][modifier | modifier le code]

Domaines[modifier | modifier le code]

Il existe deux grands domaines d'étude pour la théorie économique :

  • l'une microéconomique se concentre sur les agents économiques
    Elle s'intéresse par exemple aux mécanismes de formation des prix : quel est le juste prix du billet de train entre A et B ?
  • l'autre macroéconomique se focalise sur l'ensemble du système économique.
    À ce titre, elle tente de trouver des réponses à des phénomènes plus globaux comme les crises économiques : comment faire reculer la pauvreté ?

Une théorie économique peut porter sur de très nombreux champs. Par exemple, il existe l'économie du travail, l'économie d'entreprise, l'économie sociale, l'économie publique, l'économie internationale, l'économie environnementale, l'économie de la drogue, etc.

Il est également possible de bâtir des théories en matière d'intelligence économique.

Les diverses théories économiques[modifier | modifier le code]

Les théories économiques ont été très nombreuses, et sont aujourd'hui incluses dans un mode épistémologique de sélection : elles se cumulent entre elles, et les moins explicatives sont délaissées. L'idée selon laquelle les théories économiques sont souvent opposées entre elles relève plus du champ normatif que du champ positif des théories économiques. En effet, le volet normatif des théories économiques amène à des propositions, et ce sont ces propositions qui font débat (et engendrent de fréquentes oppositions). Le champ positif de la théorie économique est lui soumis aux débat scientifiques, courant en sciences.

Les chercheurs d'autres disciplines reprochent aux économistes en général d'être la discipline « scientifique » qui publie le plus tout en vérifiant le moins (source : en:Scientific American). Le développement de l'économie expérimentale pallie en partie cette critique, sans résoudre complètement le fait que le in vitro ne peut refléter qu'imparfaitement le in vivo. L'économie, même très mathématisée, reste largement, comme d'autres sciences sociales, basée sur des historiques ou des photographies de situation résultant d'évolutions passées, alors que le futur ne colle jamais entièrement au passé. Mais il n'est pas certain :

  1. que les résultats des théories positives économiques soient nécessairement faux ;
  2. que la science économique cherche systématiquement à prédire l'avenir.

Son objectif est plutôt une sorte d'anticipation au jour le jour, réactualisée dès que le besoin s'en fait sentir.

Par ailleurs, sauf exception, la plupart des courants de pensée estiment que l'économie est liée à la question politique, par le biais du champ normatif. Ainsi, de nombreux débats politiques, comme la controverse récurrente sur le poids que doivent ou non prendre les pouvoirs publics dans l'économie, et sur l'efficacité respective des marchés et de l'appareil d'État en ce domaine (notions d'économie politique, théorie du choix public, etc.), sont fournis en arguments par la théorie économique. En soi, la théorie elle-même ne développe pas d'avis, mais le fait que les économistes, en tant qu'êtres humains, en ont, peut faire tendre à un amalgame entre les recommandations de l'économie normative et les prises de positions politiques de certains économistes (comme Joseph Stiglitz ou Friedrich von Hayek).

Finalement, l'économie normative ne fait que proposer pour le champ politique, mais ne dit pas quelles propositions doivent être préférées à d'autres. L'arbitrage est politique, non économique.

Finance[modifier | modifier le code]

Dans un marché complet il existe un unique prix pour chaque bien. De plus le retour sur investissement est le même pour tous les produits (voir Risk-neutral measure (en)).

Modèles issus d'autres disciplines scientifiques[modifier | modifier le code]

La monnaie et les agents économiques comme propriété d'un système de physique statistique[5].

Le pouvoir et les entreprises comme nœuds et flux d'un réseau[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Économie Politique, Tome 1 Thémis Paris 1966.
  2. Citation rapportée également dans l'épilogue de l'ouvrage de Gregory Mankiw), Macroéconomie (trad. de la 5e édition, 3e édition en français)).
  3. Louis Baudin, « La Loi économique », in Revue d'Économie Politique (1924).
  4. R. Barre, op. cit.
  5. (en) Victor M. Yakovenko et J. Barkley Rosser, Jr., « Colloquium : Statistical mechanics of money, wealth, and income », Reviews of Modern Physics, American Physical Society, vol. 81, no 4,‎ , p. 1703-1725 (ISSN 1539-0756 et 0034-6861, DOI 10.1103/RevModPhys.81.1703, résumé).
  6. (en) Stefania Vitali, James B. Glattfelder, Stefano Battiston, « The Network of Global Corporate Control », plosone.org, 26 octobre 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]