Tête nucléaire aéroportée

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La tête nucléaire aéroportée (TNA) est une ogive thermonucléaire française d'une puissance de 300 kt, portée par le missile de croisière supersonique air-sol moyenne portée amélioré (ASMPA) et d'une portée estimée à 500 kilomètres. Les TNA, conçues et réalisées par la direction des applications militaires du CEA, équipent des forces aériennes stratégiques françaises qui constituent, avec la force océanique stratégique, l'un des deux piliers de la force de dissuasion nucléaire française.

Son emploi éventuel est qualifié de « pré-stratégique » ou d'« ultime avertissement » précédant une frappe massive effectuée par les missiles balistiques M51 installés à bord des SNLE français. Au cours d'une table ronde organisée au Sénat en 2006, le chef d'état-major des armées avait indiqué que l'une des formes possibles de ce dernier avertissement pourrait être le tir d'une TNA à très haute altitude, qui n'engendrerait ni souffle ni retombées radioactives au sol, mais produirait une impulsion électromagnétique détruisant tous les composants informatiques et électroniques dans un rayon considérable[1].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les TNA renferment une charge thermonucléaire (bombe H) d'une puissance de 300 kt (c'est-à-dire environ 20 fois la puissance de la bombe atomique ayant détruit Hiroshima en 1945)[Note 1] et d'une portée estimée à 500 kilomètres[3]. La charge utilisée est dite « robuste » : elle est moins optimisée que celle de la TN81, mais d'une fiabilité et d'une longévité améliorées. Sa technologie a bénéficié de l'ultime campagne d'essais nucléaires réalisée en 1995-96 à Mururoa et sa conception a été in fine validée par la simulation (radiographie éclair Airix, calculateurs TERA-10 et TERA-100) et n'a donc pas nécessité d'essai réel. C'est la première tête nucléaire au monde dont la sûreté et la fiabilité de fonctionnement ont été démontrées par ce moyen[4].

Quantité et déploiement[modifier | modifier le code]

Selon un article publié en 2009[5], la commande initiale aurait porté sur 47 ogives TNA et sur 79 missiles ASMPA leur vecteur, pour une livraison s'étendant de 2009 à 2011, planning qui a été respecté[6].

Dans une conférence de presse tenue le 19 février 2015, le président Hollande a indiqué, qu'à cette date, la France disposait de 54 missiles ASMPA[7],[Note 2].

La décision, annoncée par le président de la République le 21 mars 2008, de réduire d'un tiers la composante aéroportée, conduit à limiter l'équipement de l'Armée de l'air à un escadron de Rafale B F3 à la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson et un escadron de Mirage 2000N K3 à la base aérienne 125 Istres-Le Tubé, après le retrait des derniers Mirage 2000N K3 le 21 juin 2018 et la transformation de l'Escadron de chasse 2/4 La Fayette sur Rafale F3 à partir de 2018[8]. Les ASMPA porteurs de la TNA sont également disponibles pour équiper les Rafale M F3 de la Marine nationale en dotation dans les flottilles 11F, 12F, et 17F depuis le retrait des Super Etendard le 12 juillet 2016[9]

Données classifiées[modifier | modifier le code]

Les données figurant dans cet article ne peuvent qu'être indicatives car, comme le souligne un rapport d'information du Sénat[10], « [les] rapporteurs ont eu accès à la totalité des informations qu'ils ont souhaité obtenir concernant la fabrication, la puissance et les développements de ces têtes nucléaires. Ils ne peuvent en faire état compte tenu des règles de protection de l'information qui entourent ces données. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'effet de la détonation d'une charge TN 81 de 300 kt sur une ville telle que Pékin serait de plus de 700 000 morts immédiats et six millions de blessés en 24h[2].
  2. 54 missiles ASMPA n'impliquent pas nécessairement 54 têtes TNA, la commande initiale de ces dernières semblant ne porter que sur 47 TNA.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sénat, « Table ronde sur la dissuasion nucléaire Française », sur Sénat, (consulté le 5 janvier 2019).
  2. « NUKEMAP by Alex Wellerstein », sur nuclearsecrecy.com (consulté le 21 octobre 2018).
  3. « La modernisation des forces nucléaires françaises », Mer et marine, 5 août 2013.
  4. « Têtes nucléaires », sur CEA DAM, .
  5. Jean-Jacques Mercier, « ASMP-A, un nouveau cavalier de l’apocalypse pour l’armée de l’air », DSI-Technologies, vol. 17,‎ (lire en ligne)
  6. Mer et Marine, « Les derniers ASMPA ont été livrés fin 2011 », sur meretmarine.com, .
  7. Zone militaire, « Le président Hollande dévoile les capacités nucléaires françaises », sur opex360.com, (consulté le 5 janvier 2019).
  8. Ministère des Armées, « #PointPresse - Retrait opérationnel du Mirage 2000N », (consulté le 21 octobre 2018).
  9. « Marine nationale : le dernier vol du Super-Étendard », sur Le marin,
  10. Rapport d'information sur l'avenir des forces nucléaires françaises no 668 du 12 juillet 2012

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]