Relations entre la Moldavie et la Roumanie

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Relations entre la Moldavie et la Roumanie
Drapeau de la Moldavie
Drapeau de la Roumanie
Moldavie et Roumanie
Moldavie Roumanie
Frontière
Frontière entre la Moldavie et la Roumanie
  Longueur 681 km

Les relations entre la Moldavie et la Roumanie sont des relations internationales s’exerçant entre deux États d’Europe de l'Est, la République de Moldavie et la République de Roumanie. La Moldavie a une ambassade à Bucarest tandis que la Roumanie a une ambassade à Chișinău ainsi que deux consulats à Bălți et Cahul. Leur frontière commune, longue de 681,4 km, est fixée sur le talweg de la rivière Prut[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, en 1812, le traité de Bucarest sépare une première fois en deux la Principauté de Moldavie de part et d’autre de la rivière Prut, et cette séparation dure 105 ans jusqu'en 1917 lorsque la première République démocratique moldave, après s’être déclarée indépendante de l’Empire russe, s’unit au royaume de Roumanie. Cette réunification ne dure que 22 ans car en 1940, conformément au pacte germano-soviétique, la rivière Prut redevient frontière entre l’URSS à l’est (rive gauche) et la Roumanie à l’ouest (rive droite).

Visite du président roumain Nicolae Ceaușescu et de son épouse à Chișinău en août 1975, accueillis par le dirigeant de la Moldavie soviétique Ivan Bodiul (lunettes)
Le Prut entre le județ de Botoșani en Roumanie (Union européenne) et le raion de Glodeni, en Moldavie (CEI).

La partie de la Moldavie restée en Roumanie forme désormais la Moldavie occidentale tandis que l’autre partie, située en URSS et dite aussi Bessarabie (bien que ce terme ancien ne corresponde pas exactement à la Moldavie soviétique), forme la Moldavie orientale, soit l’actuelle république de Moldavie depuis la dislocation de l'URSS en 1991.

Jusqu’en 1975, les relations entre les deux parties de la Moldavie étaient très réduites et jusqu’en 1989 n'y avait que trois points de passage, deux ferroviaires (Iași-Ungheni et Galați-Giurgiulești) et un seul routier (Albița-Leușeni). Les trains internationaux Bucarest-Moscou s'arrêtaient à la frontière pour les contrôles et les changements de bogies, mais pas en Moldavie orientale, et les contacts étaient réservés aux sphères dirigeantes ; les Moldaves citoyens soviétiques avaient l’obligation, à l’étranger ou face à des ressortissants étrangers, de s'exprimer en russe, officiellement « langue de communication interethnique ». Ce fut par exemple le cas lors de la visite du président roumain Nicolae Ceaușescu et de son épouse Elena à Chișinău en août 1975. En décembre 1976, le dirigeant soviétique de la Moldavie orientale, Ivan Bodiul et son épouse Claudia furent les premiers visiteurs moldaves importants en Roumanie durant la période communiste[2].

Pour les populations moldaves des deux côtés du Prut, tout contact reste impossible jusqu’à ce que Mikhaïl Gorbatchev mette en place la perestroïka (« réforme ») et la glasnost (« transparence ») qui ont pour effet d’entrouvrir la frontière et, en 1989, de rendre à la langue « moldave » (nom soviétique du roumain parlé en URSS) son alphabet latin (sauf en Transnistrie) et le statut de langue officielle à côté du russe.

En 1990 et 1991, pendant la dislocation de l'URSS et lors de l’indépendance de la république de Moldavie (que la Roumanie fut le premier État à reconnaître, dès le ), les Moldaves des deux rives du Prut, citoyens roumains ou soviétiques, vînrent en masse sur les ponts frontaliers se retrouver, se saluer et s’embrasser : ces manifestations populaires furent applées « ponts de fleurs »[3]. Plus d'un million de Moldaves y participèrent[4]. Elles furent suivies par une facilitation de la circulation des personnes (cinq nouveaux points de passage furent ouverts et les visas ne furent plus nécessaires durant les périodes où la Moldavie orientale fut gouvernée par des pro-européens) et surtout des marchandises, la Roumanie devenant par moments le deuxième partenaire commercial de la Moldavie après la Russie.

La séparation entre les deux États et donc la frontière sur le Prut restèrent cependant en place, car même si les deux pays partagent de forts liens historiques, culturels et linguistiques, en Moldavie orientale désormais indépendante les minorités représentent un tiers de la population (contre 11 % en Roumanie) et elles ont de forts liens historiques, culturels et linguistiques avec la Russie. Ces minorités en majorité russophones, ainsi qu’une fraction des Moldaves ex-soviétiques, ont donné aux communistes et socialistes la moitié et parfois plus des sièges au parlement de Moldavie (par exemple, 47 sièges sur 101 aux élections de 2014).

Timbre célébrant l'accord d'association entre la Moldavie et l'UE.

C’est pourquoi, depuis près de 80 ans (en 2018) les deux pays sont séparés et appartiennent aujourd’hui à des sphères géopolitiques différentes, pro-atlantique et européenne pour la Roumanie, pro-russe pour la Moldavie, membre de la CEI issue de l’URSS[5]. La frontière commune des deux pays sur la rivière Prut est donc aussi une frontière entre deux zones d’influence majeures entre superpuissances, celle de l’UE et de l’OTAN sur sa rive droite occidentale, et celle de la CEI et de la Russie sur sa rive gauche orientale. Les huit points de passage ainsi que le cours de la rivière (navigable sur 716 km pour de petites embarcations) entre ces points sont, par conséquent, particulièrement surveillés, par la section roumaine de la Frontex et par les garde-frontières moldaves[6].

La Moldavie a rejoint le partenariat pour la paix de l’OTAN le 16 mars 1994 et le Partenariat oriental de l’UE en 2009[7] avant de signer un accord d'association avec l'UE le 1er juillet 2016. Mais c’est la Roumanie qui, depuis 1990, permet aux citoyens moldaves d’entrer dans l’UE, ce qui a donné lieu en 2010 à une controverse avec l’Allemagne[8] et en 2014 au projet de l’oligarque moldo-russe Renato Usatyi (ru), millionnaire en euros et chef du parti pro-russe RPP (en), de construire « une nouvelle muraille de Chine entre la Moldavie et la Roumanie »[9].

Si le rapprochement de la Moldavie avec l'Union Européenne a pu avoir lieu sans provoquer de réaction armée russe (comme en 1992 et depuis 2014 en Ukraine voisine)[10], en revanche le rapprochement politique et institutionnel avec la Roumanie, revendiqué par le mouvement unioniste roumanophone et incarné par l’« union symbolique des communes moldaves à la Roumanie une par une » (130 communes sur 914 en mars 2018)[11], n’est pas à l’ordre du jour, car les autorités pro-russes de la Moldavie dénient à ce mouvement toute légitimité et soulignent son illégalité, affirmant qu’il ne s’agit que d’une « manifestation de l’impérialisme roumain, lui-même marionnette de l’impérialisme de l’OTAN »[12].

Un partenariat moins polémique a pu se mettre en place légalement depuis 2005 : c’est l’Eurorégion « Siret-Prut-Nistre » (en roumain Euroregiunea Siret-Prut-Nistru, en gagaouze Evrobölgä Siret–Prut–Nistru), l’une des eurorégions à cheval sur les frontières de l’UE, d’une superficie d’environ 34 000 km2 avec environ 3,7 millions d’habitants[13], qui recouvre 40 % du territoire de la Moldavie historique et dont font partie :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Peut-être en bon souvenir de leurs fous-rires scolaires ou autres (par exemple [1]) les auteurs francophones aiment orthographier Prout le nom de cette rivière, dont la forme roumaine/moldave est Prut et la forme russe et ukrainienne Прут, translittéré Prut en transcription directe mais Prout en transcription phonétique.
  2. Moore, Patrick, « Romanian-Moldavian SSR Relations », Radio Free Europe, (consulté le 12 décembre 2010)
  3. Les <Ponts de Fleurs (1990 - 1991)
  4. „Souvenir du Pont des Fleurs”
  5. Nicolae Timofti l-a desemnat prin decret pe Chiril Gaburici la funcția de premier, [2] et Valentin Krylov sur (en) « „Ce que propose Dodon n'est pas un partenariat avec la Russie, mais une soumission à celle-ci” », Ziarul de Gardă
  6. Michel Foucher, « L’Union européenne au défi de ses frontières : Un espace politique à géométrie variable », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  7. « Partenariat oriental », sur le site du Service européen pour l'action extérieure
  8. Le l’hebdomadaire allemand Der Spiegel titre : « La Roumanie fait entrer les Moldaves dans l’UE par la porte de derrière », accusant la Roumanie de s'offrir la main-d’œuvre la moins chère d’Europe (Der Spiegel, MDS sur [3], sur Romanian Passports For Moldovans - Entering the EU Through the Back Door et sur [4], consultés le 2010-07-19). Entre 200 000 et 230 000 Moldaves travaillent en Roumanie : 180 000 d'entre eux ont demandé la citoyenneté roumaine et 140 000 l'ont obtenue. La citoyenneté roumaine est accordée aux citoyens moldaves qui le demandent, pourvu qu'ils soient roumanophones (ce qui est le cas de deux-tiers d'entre eux) et qu'ils aient au moins un grand-parent ayant été citoyen roumain par le passé (ce qui est le cas des trois-quarts d'entre eux : rgnpress.ro du 14 juillet 2010 [5], consulté le 2010-07-19). Le lendemain, le président roumain Băsescu déclara, via un communiqué de presse du ministère roumain des Affaires étrangères, que la position du Spiegel n'était rien moins que raciste, puisque l’hebdomadaire reprochait à la Roumanie une politique que l’Allemagne elle-même pratique depuis bien avant 1990 : l’article 116 de la Constitution allemande stipule en effet que « les anciens citoyens allemands ayant perdu leur citoyenneté entre le et le pour des motifs politiques, ethniques ou religieux, ainsi que leur descendance, peuvent demander et obtenir la nationalité allemande » (réaction roumaine rapportée les 16 et 18 juillet 2010 par Răzvan Iorga sur karadeniz-press.ro [6] et par Laurențiu Nistorescu sur renasterea.ro [7], consultés le 2010-07-19): en vertu de cet article, ce sont 18 millions d’Allemands qui sont « entrés dans l'UE par la porte de derrière », alors que les roumanophones de Moldavie ne sont que 3 millions : voir sur rgnpress.ro du 14 juillet 2010 : Le berger allemand grogne contre les sous-hommes roumains sur : [8], consulté le 2010-07-19
  9. Usatyi veut financer une nouvelle "muraille de Chine" entre la Moldavie et la Roumanie", site du journal Adevărul Moldova consulté le 14 octobre 2014.
  10. Jean Nouzille, La Moldavie : histoire tragique d'une région européenne, Huningue, Éditions Bieler, , 440 p. (ISBN 978-2-952-00121-2 et 978-2-951-83030-1, OCLC 491831496).
  11. Viorel Dolha, L'union symbolique des communes à la Roumanie une par une : état des lieux, 24 février 2018 sur [invatatori.ro@groups.facebook.com] - [9] ; voir aussi [10], et le 25 mars 2018 sur [11].
  12. [12]
  13. [13]
  14. L'adhésion de la Gagaouzie à l'eurorégion « Siret-Prut-Nistre » montre clairement que les avantages commerciaux de cette formule-là ont l'assentiment des gouvernements moldaves pro-russes Voronine et Dodon ainsi que de la puissance tutélaire de la CEI, la Russie, car cette région autonome a toujours été un bastion pro-russe, sécessionniste de 1991 à 1994 (Jean-Baptiste Naudet : URSS, le rêve turc des Gagaouzes, « Le Monde », 28 mars 1991), gouverné par la communiste Irina Vlah, votant à 90 % pour le PC moldave et menaçant, à chaque tentative moldave de se rapprocher de la Roumanie, de se détacher de la Moldavie pour se rattacher à la Novorussie (Florent Parmentier, « La Gagaouzie et les Gagaouzes : portrait d’une minorité turcophone », sur Portail francophone de la Moldavie (consulté le 2 mars 2014)).

Liens externes[modifier | modifier le code]