Gagaouzie

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Gagaouzie
Gagauziya (gag)
Găgăuzia (ro)
Гагаузия (ru)
Armoiries
Armoiries
Drapeau
Drapeau
Image illustrative de l'article Gagaouzie
Administration
Statut politique Région autonome de la Moldavie
Capitale Comrat
46° 19′ N, 28° 40′ E
Gouvernement
- Gouverneur

Irina Vlah (depuis le 15 avril 2015)
Démographie
Population 155 700 hab. (2005)
Densité 85 hab./km2
Langue(s) Gagaouze, roumain, russe
Géographie
Coordonnées 46° 18′ 59″ nord, 28° 39′ 59″ est
Superficie 1 832 km2

La Gagaouzie, en gagaouze : Gagauziya, en roumain : Găgăuzia, en russe : Гагаузия (Gagaouziïa) ou Гагауз-Йери (Gagaouz-Ieri), en turc Gök-Oğuz Yeri (« pays des Oghouzes bleus/célestes »), est une région autonome (Unitate teritorială autonomă, abrégée en roumain UTA) du Sud de la République de Moldavie, près de la frontière avec l'Ukraine.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte de la Gagaouzie avec les trois dolay de Comrat, Ceadîr-Lunga et Vulcănești ; les noms figurent en roumain, gök-oğuz, et russe translittéré en caractères latins.

Le territoire gagaouze, qui s'étend sur 1 830 kilomètres carrés répartis sur quatre territoires non contigus, regroupe une quinzaine de communes regroupées en trois districts (dolay) : Comrat, Ceadîr-Lunga et Vulcănești.

Population[modifier | modifier le code]

La Gagaouzie compte 155 646 habitants dont 133 477 Gagaouzes (82,5 % de la population), 12 702 Moldaves et 7 811 Bulgares (recensement de 2004), orthodoxes à 93 %.

Les Gagaouzes (en turc : Gök-Oğuz « Oghouzes bleus/célestes ») sont une population initialement turcophone, largement russifiée durant les XIXe et XXe siècles et culturellement distincte des Turcs : elle est chrétienne orthodoxe et sa langue est très proche de la langue turque parlée en Anatolie, mais imprégnée de mots bulgares et roumains.

La ville de Comrat est la capitale de la région autonome, avec près de 40 % de la population de la région (75 000 habitants).

Histoire[modifier | modifier le code]

Panneau marquant l'entrée dans le territoire autonome de Gagaouzie.

Jusqu'en 1812, les Gökoğuz (« Oghouzes du ciel bleu » en turc), Гаговцъ (Gagovtsy) en bulgare (et russe), Găgăuți en roumain, vivaient dans la région de Dobroudja au Sud des bouches du Danube, dépendaient religieusement de l'exarchat de Brăila du Patriarcat de Constantinople et utilisaient l'alphabet grec pour transcrire leur langue. Cette année-là, suite à l'annexion par l'Empire russe du Boudjak situé au nord des bouches du Danube (au traité de Bucarest), un échange de populations eut lieu : les Tatars et les Turcs du Boudjak, musulmans, furent expulsés vers la Dobroudja restée ottomane (aujourd'hui partagée entre la Roumanie et la Bulgarie) tandis que des Gagaouzes et des Bulgares de Dobroudja, orthodoxes, vinrent s'installer à leur place dans le Boudjak, dans la nouvelle province russe de Bessarabie (aujourd'hui partagée entre la Moldavie et l'Ukraine)[1].

Là, les Gagaouzes relevaient désormais (et jusqu'à nos jours) du Patriarcat de Moscou. Des écoles en langue russe furent ouvertes pour eux et en 1895, une variante de l'alphabet cyrillique fut créée par Mikhail Tchakir pour leur langue. Petit à petit, la langue turque gök-oğuze a reculé face au russe et au bulgare, sans disparaître pour autant. C'est pourquoi le nombre de Gagaouzes, dans les recensements russes et roumains des XIXe et XXe siècles, fluctue souvent, les Gagaouzes étant parfois comptés comme Bulgares ou comme Russes. En 1918, lorsque la république démocratique moldave nouvellement proclamée s'unit à la Roumanie, les Gagaouzes passèrent à l'alphabet roumain, proche de celui utilisé par le turc, puis à l'alphabet Tchakir latin, pour finalement passer à nouveau, après l'annexion de la région par l'URSS en 1940, à l'alphabet cyrillique (sous divers formes, russe ou moldave).

En 1990, alors que les roumanophones moldaves revendiquent la réunification avec la Roumanie et la fin du communisme soviétique, des émissaires des cercles conservateurs soviétiques convainquent Stepan Topal, le leader de la communauté, de proclamer unilatéralement une République de Gagaouzie dont la revendication essentielle est de rester membre de l'URSS au cas où la Moldavie s'en détacherait (la République gagaouze ne s'étend qu'en Moldavie, alors qu'il y a également des villages à majorité gagaouze en Ukraine, juste de l'autre côté de la frontière). Effectivement, lorsqu'en août 1991, la République de Moldavie proclame son indépendance, Stepan Topal et l'assemblée des soviets ruraux gagaouzes proclament également la leur. Mais entre-temps les dirigeants ex-soviétiques ont renoncé à l'idée de maintenir l'URSS, et alors que la République de Moldavie est internationalement reconnue, même par la Fédération de Russie, la République de Gagaouzie n'est reconnue par personne, et se retrouve isolée. Or, contrairement à la Transnistrie (qui avait suivi la même politique), la Gagaouzie ne disposait d'aucun atout industriel ou stratégique : ni centrale hydroélectrique, ni usines d'armement, ni contrôle des voies de communication vers Odessa. Son seul atout économique était l'exportation de tabac. Aussi, Stepan Topal, contrairement à son homologue transnistrien Igor Smirnov, dut-il renoncer à l'indépendance et accepter un statut d'autonomie au sein de la Moldavie[2].

Les négociations ont abouti et le Parlement moldave a officiellement reconnu l'autonomie de la Gagaouzie en décembre 1994. Les dénominations Gagovtsy (Гаговцъ) devenue péjorative et Gökoğuz jugée trop proche du nationalisme turc, ont alors été remplacées par celle de Gagauzy (Гагау́зы) et de Gagauziya (Гагау́зия) désormais politiquement correctes. Le 25 juillet 2003, la loi no 344-XV a modifié l'article 111 de la Constitution moldave, en élargissant l'autonomie de l'UTAG.

Toutefois, ce compromis reste fragile car chaque tentative de la Moldavie de se rapprocher de l'Union européenne suscite des réactions du Kremlin à travers les dirigeants transnistriens et gagaouzes qui déclarent alors vouloir se rattacher à la Russie ou s'en rapprocher, et organisent des référendums ad hoc donnant toujours les mêmes résultats anti-européens[3]. Le par exemple, en réponse aux négociations de la Moldavie avec l’Union européenne en vue de signer un accord d'association, une forte majorité de Gagaouzes se sont une fois de plus prononcés par référendum contre l'intégration de leur région dans cet accord et pour une adhésion à l'Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan afin d'engager la Gagaouzie dans la voie de l'indépendance face à la Moldavie[4],[5], ce qui n'a pas empêché plus tard la Gagaouzie d'adhérer, plus discrètement, non seulement à l'accord d'association, mais aussi à l'Euro-région Siret-Prut-Nistru (en) à cheval sur la Moldavie et la Roumanie. Depuis, son développement économique en fait une région des plus actives en Moldavie, avec des cultures diversifiées et des échanges commerciaux internationaux intenses, dans l'augmentation desquels les capitaux turcs, via l'Organisation de coopération économique de la mer Noire, jouent un rôle important.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Dates clés dans l'histoire de la Gagaouzie

Politique[modifier | modifier le code]

Depuis l'autonomie acquise en 1994 et les premières élections de l'année suivante dans la nouvelle région autonome, la Gagaouzie est dotée d'un chef de l'exécutif et d'une assemblée législative propre en la personne d'un Gouverneur de Gagaouzie (Bashkan) élu au scrutin universel direct pour un mandat de quatre ans[7] et d'une Assemblée populaire de Gagaouzie de 35 sièges, renouvelée tous les quatre ans au scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans autant de circonscriptions uninominales[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ro) Gidó Attila, Cronologia minorităţilor naţionale din România: Vol. II Macedoneni, polonezi, ruşi lipoveni, ruteni, sârbi, tătari şi turci, Editura Institutului Pentru Studierea Problemelor Minoritatilor Nationale, (ISBN 9786068377216, lire en ligne).
  2. Jean-Baptiste Naudet : URSS, le rêve turc des Gagaouzes, Le Monde, 28 mars 1991.
  3. Béranger Dominici, « Moldavie : la Transnistrie fait un pas de plus vers l’union avec la Russie », sur Le courrier des Balkans, (consulté le 2 février 2014).
  4. (en) « Gagaouzie : Gagauzia Voters Reject Closer EU Ties For Moldova », sur Radio Free Europe avec ITAR-TASS, Pan.md, and Interfax, (consulté le 5 février 2014).
  5. « Référendums en Gagaouzie (Moldavie) », sur Elections en Europe, (consulté le 2 mars 2014).
  6. Florent Parmentier, « La Gagaouzie et les Gagaouzes : portrait d’une minorité turcophone », sur Portail francophone de la Moldavie (consulté le 2 mars 2014).
  7. (en) « Elections of the Governor (Bashkan) of Gagauzia (Gagauz Yeri) », sur E-democracy.
  8. (en) « Elections to the People’s Assembly (Halk Toplusu) of Gagauzia (Gagauz Yeri) », sur E-democracy.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marianne Paul-Boncour et Patrick de Sinety, Voyage au pays des Gagaouzes, Paris, éd. Cartouche, coll. « Voyage au pays des... », , 143 p. (ISBN 978-2-915842-18-0).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]