Union des organisations islamiques de France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Union des organisations islamiques en France
Création 1983
Siège 20 rue de la Prévôté
93120 La Courneuve
Langue Français
Dirigeant Amar Lasfar
Personnes clés Abdallah Ben Mansour
Mahmoud Zouheir
Lhaj Thami Breze
Fouad Alaoui
Latifa Ghazi
Amar Lasfar
Fatima Ayach
Nazir Hakim
Hassan Safoui,
Site web uoif-online

L’Union des organisations islamiques de France (UOIF) est une fédération musulmane française.

Parmi les organisations liées avec l'UOIF on trouve l'Association des musulmans de Lorraine, l'Association cultuelle lyonnaise ou encore l’Association des musulmans des Alpes-Maritimes (AMAM).

Membre du Conseil français du culte musulman, depuis les élections de 2003, l'UOIF détient une vice-présidence et la présidence de onze des vingt-cinq conseils régionaux du culte musulman (CRCM).

Comme toutes les structures liées aux Frères musulmans, elle est inscrite en novembre 2014 sur la liste des groupes terroristes publiée par les Émirats arabes unis avec 81 autres organisations dans le monde entier dont plusieurs actives légalement au sein de l'Union européenne[1],[2],[3].

Origine[modifier | modifier le code]

L’UOIF a été créée à Nancy en Meurthe-et-Moselle en juin 1983 par Abdallah ben Mansour, un étudiant tunisien, et par Mahmoud Zouhair, un ingénieur irakien[4], puis par le rassemblement de quatre associations du nord et de l'est de la France[5].

En 1990, l’Union des organisations islamiques en France, se rebaptise l’Union des organisations islamiques de France. Cette francisation s'étend à sa direction, alors composée d'un noyau dur de Tunisiens, proches du mouvement Ennahdha, qui bascule au profit de Marocains ayant acquis la nationalité française[4].

Gilles Kepel considère qu'à partir de 2005 l'UOIF perd de son influence sur les musulmans français. Il en veut pour preuve la fatwa condamnant les incendies de voitures lors des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises qui ne sera suivie d'aucun effet. Il explique, en partie, cette perte de contrôle sur la communauté musulmane par le fait que les cadres de l'UOIF sont des étrangers (des bledards) alors que ceux qui possèdent le pouvoir sont des enfants d'immigrés pronant un islam salafiste qui ne réclame pas davantage d'intégration, mais au contraire qui rejettent la communauté nationale[6].

Organisation[modifier | modifier le code]

Ahmed Jaballah[7], qui succède à Fouad Alaoui, démissionnaire le 4 juin 2011 le jour même des élections du CFCM[8]. Fouad Alaoui avait lui-même succédé à Lhaj Thami Breze lors de l'assemblée générale de l'organisation en 2009[9].

Actuellement, l’UOIF est la fédération d’associations musulmanes la plus puissante de France. Elle tire sa force de son réseau d’associations.

En aval, l'UOIF regroupe plus de 250 associations musulmanes directement affiliées [5]. En 2002, l'UOIF déclare être propriétaire d’une trentaine de lieux de culte dans la plupart des grandes villes françaises et en contrôle environ 200, c'est-à-dire autant que la Mosquée de Paris[4]. En 2003, l'UOIF a fait l'acquisition d'une dizaine de nouveaux lieux de culte. Son influence ne cesse de s’étendre à l’ensemble du territoire français qu’elle a découpé en huit grandes régions, à la tête desquelles un délégué supervise les associations et lieux de culte.

En amont, l’UOIF dépend de l’UOIE qui est assistée d’un Conseil européen pour la fatwa et la recherche, composé de 29 oulémas et présidé par Youssef al-Qaradawi, un théologien proche des Frères Musulmans et réfugié au Qatar depuis son expulsion d’Egypte en 2014.[10] Al-Qaradawi a été interdit de séjour en France en 2012.[11] Ce conseil est chargé d’émettre des avis juridiques (fatwas) sur les questions liées au statut des musulmans en Europe, ce qu’il désigne sous l'appellation de « jurisprudence de minorité »[4].

L'UOIF ne reçoit officiellement l'aide financière d'aucun État. Son auto-financement supérieur à 80 % est assuré en grande partie par ses membres. Une part de son financement (12 %) provient de donateurs physiques du Moyen-Orient.[réf. nécessaire]

Équipe de direction[modifier | modifier le code]

L'équipe de direction de l’UOIF est composée de 19 membres[12] :

Associations spécialisées[modifier | modifier le code]

L'UOIF a mis en place plusieurs associations spécialisées dont[13] :

En plus des établissements scolaires privés à Lyon, Lille, Marseille et en Île-de-France.

Financement[modifier | modifier le code]

L’UOIF affirme que seuls 30% de ses fonds proviennent de sources étrangères. Cependant, la politologue Fiammetta Venner constate dans son ouvrage « OPA sur l'islam de France. Les ambitions secrètes de l'UOIF », publié en 2005, qu’une grande partie des fonds dits d’origine française proviennent en réalité des grands mécènes du Golfe persique.[14]

Ainsi, les donateurs qataris versent une grande partie des fonds dédiés par l’UOIF à leurs acquisitions immobilières, comme le décrit le chercheur et maître de conférences en sciences politiques Haoues Seniguer dans un entretien accordé au quotidien Libération :

« Il est avéré que des membres de l’UOIF se rendent dans le Golfe pour lever des fonds. L’argent transite sous la forme de liquidités ou d’investissements dans des murs ou projets en lien étroit avec la vision islamique de l’émirat. Il peut s’agir de mécènes qataris évoluant autour des cercles dirigeants du Qatar, dans la mesure où le régime qatari est de type néopatrimonial, oligarchique, où le privé et le public sont donc imbriqués. »[15]

Récemment, le Qatar a financé la construction de la mosquée Assalam de Nantes, gérée par l’association islamique de l’Ouest de la France (AIOF), un satellite régional de l’UOIF. La mosquée de Mulhouse, administrée par l’Association des musulmans d'Alsace, a elle aussi été érigée en grande partie grâce à un don de 2 millions d’euros de la part de la Qatar Charity.[16]

Relations avec la FOIE[modifier | modifier le code]

L'UOIF est membre de la Fédération des organisations islamiques en Europe. La FOIE était dirigée depuis Londres par Ahmed al-Rawi. Aujourd'hui elle est dirigée par Chakib ben Makhlouf, récemment élu pour un mandat de quatre ans, qui est assisté par un conseil d'administration composé par des représentants des grandes fédérations de différents pays d'Europe.

La FOIE est l'initiateur direct du fort développement en France de l'UOIF et de ses nombreuses associations satellites, ainsi que de l'ouverture en 1990, de l'Institut européen des sciences humaines, sis à Château-Chinon, et spécialisé dans la formation d'imams et dans l'enseignement de la langue arabe. Cet institut aurait formé entre 1990 et 2004 plus de trois cents imams[réf. nécessaire]. La FOIE a été à l'origine de la création du Conseil européen de la recherche et de la fatwa, dont la fonction est d'étudier et d'émettre des fatwas collectives qui répondent aux musulmans d'Europe et résolvent leurs problèmes, conformément aux règles et objectifs de la charia musulmane ».

Idéologie[modifier | modifier le code]

Selon Frank Frégosi, chercheur au CNRS, « L'UOIF est incontestablement le représentant des Frères musulmans en France. Elle incarne le canal historique de cette mouvance, même si, aujourd'hui, ses dirigeants veulent faire oublier cette filiation embarrassante. »[17].

À plusieurs reprises, des dirigeants de l'UOIF ont repris publiquement la devise des Frères musulmans : «Le Coran est notre Constitution»[17].

Stratégie[modifier | modifier le code]

Selon une prise de position d'Ahmed Jaballah, cofondateur de l'UOIF, qui siège toujours dans l'appareil directeur : « L'UOIF est une fusée à deux étages. Le premier étage est démocratique, le second mettra en orbite une société islamique »[17].

Double-discours[modifier | modifier le code]

Dans un essai publié en 2005, Fiammetta Venner dit avoir repéré la nature « intégriste » de l’UOIF derrière son double-discours sur la laïcité, l'antisémitisme, etc, et reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir institutionnalisé cette organisation au sein du Conseil français du culte musulman[18].

En septembre 2004, Fouad Alaoui, secrétaire général de l'UOIF, rencontre les dirigeants du CRIF et déclare, après un débat « franc et serein » que « les deux communautés [doivent] participer à un effort en faveur de la paix sociale. Notre condamnation de l'antisémitisme est totale, de même que nous sommes inquiets de la montée du racisme et de l'islamophobie »[19]. Le 26 mai 2014, l'UOIF dénonce l'attentat antisémite à Bruxelles, qui a fait quatre morts[réf. nécessaire]. Elle dénonce aussi les crimes de l'organisation État islamique[3].

Néanmoins, début 2015, le Premier ministre Manuel Valls déclare s'inquiéter de son « influence » et affirme vouloir « combattre son discours »[1].

Autonomie financière[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de sa stratégie, l'UOIF a engagé un processus d'autonomisation financière. Elle a investi le marché du halal à effet de générer du cash flow tant sur le marché français qu'à l'export. Officieusement, ce marché représenterait un chiffre d'affaires de 5 milliards d'euros par an. Elle détiendrait un monopole de fait pour l'exportation vers les pays du Golfe[4].

Activités[modifier | modifier le code]

Les rencontres des musulmans de France[modifier | modifier le code]

Depuis 1984, l'UOIF organise chaque année la Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF), appelée aussi le congrès du Bourget en référence à la fois au lieu où se déroule cette manifestation et au fait que se tient habituellement aussi le congrès de l'organisation. Ce rassemblement est devenu le plus grand rassemblement musulman en France avec une participation de plus de trente mille personnes chaque année[5] (cent mille avancée par l'organisation en 2005 et cent cinquante mille en 2009[20]). Selon l'UOIF, la trentième session (celle de 2013) a rassemblé 170 000 personnes[21], en faisant le premier rassemblement musulman en Occident[3].

En pleine bataille sur la loi sur le voile islamique, l'assistance avait émis des sifflets lorsqu'il fut rappelé que la loi française oblige les femmes à être photographiées tête nue sur les papiers d'identité.

Parmi les thèmes débattus lors des rencontres de mai 2006 : la vie et la pratique musulmanes au quotidien et l'investissement des musulmans dans la politique. Parmi les conférenciers Hani Ramadan et Hassan Iquioussen. Les rencontres ont accueilli la député UMP des Yvelines, Christine Boutin pour participer à un débat intitulé « Vivre ensemble : obstacles et aspirations ».

Critiques[modifier | modifier le code]

L'UOIF est souvent considérée proche de l'idéologie des Frères musulmans et est parfois accusée par certains de soutenir des positions extrémistes.

La secrétaire nationale du PRG et présidente de l'Observatoire de la laïcité du Val d'Oise Laurence Marchand-Taillade dans Le Figaro dénonce également la présence, lors du congrès de l'UOIF à Lille en février 2016, de personnalités ayant appelé au djihadisme en Syrie, condamné la coalition arabo-occidentale contre l'État islamique ou encore soutenant le Hamas[22]. Parmi les figures les plus controversées, l’on peut citer Nabil Ennasri, spécialiste du Qatar très proche de Yousself Al-Qaradawi[23], Mohamad Ratib Al-Nabulsi, islamologue syrien prônant la peine de mort pour les apostats, et Abouzaïd Almoqri al-Idrissi, un professeur à l'université de Casablanca soutenant la destruction de l'État d'Israël.[24]

Les personnalités invitées aux Congrès annuels de l’UOIF ont souvent été l’objet de polémiques par le passé. Ainsi, en 2012, le Ministre de l’Intérieur Claude Guéant avait interdit la participation de six personnalités controversées au rassemblement.[25]

Demandes de dissolution[modifier | modifier le code]

À la suite de la désignation de l'UOIF comme organisation terroriste par les Émirats arabes unis en novembre 2014, le Front national demande sa dissolution aux pouvoirs publics français[26]. Dans le même esprit, le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Christian Estrosi, envisage la dissolution de l'UOIF : « C'est l'occasion peut-être pour l'UOIF de prendre enfin des positions claires. De deux choses l'une : soit ils sont décidés à dénoncer définitivement toute forme de djihadisme et à le combattre dans leur propos, dans leur comportement, dans leur organisation, soit ils sont décidés à se reconnaître dans toutes les valeurs de la République, soit il faudra que le gouvernement en tire toutes les conséquences jusqu'à aller à sa dissolution. »[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Mauvaise passe pour les Frères musulmans en France », sur 20minutes.fr (consulté le 17 novembre 2015)
  2. (en) « UAE blacklists 82 groups as ‘terrorist’ »,‎
  3. a, b et c « L'UOIF classée «organisation terroriste» par les Emirats arabes unis », AFP et Libération,‎
  4. a, b, c, d et e Fabrice Maulion. Sous la direction de Xavier Raufer., L'organisation des frères musulmans : évolution historique, cartographie et éléments d'une typologie, t. 1, Paris, Université Panthéon-Assas - Paris II - Département de Recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines, , 264 p. (lire en ligne), p. 43, 44 et 47
  5. a, b et c Bernard Godard et Sylvie Taussig, Les Musulmans en France, Paris, Hachette, (ISBN 978-2-01-279446-7)
  6. « La géopolitique de la guerre civile », entretien avec Gilles Kepel, Conflits, no9, avril - mai - juin 2016
  7. La Croix Carnet : Ahmed Jaballah, nouveau président de l’UOIF, La Croix, 6 juin 2011
  8. Fouad Alaoui : « Ma démission n’a rien à voir avec le CFCM », saphirnews.com, 7 juin 2011
  9. Élections UOIF : Fouad Alaoui élu président, saphirnews.com, 2 novembre 2009
  10. La-Croix.com, « L’imam al-Qaradawi adresse une lettre à François Hollande », sur La Croix (consulté le 26 avril 2016)
  11. « Qui est le cheikh Qaradawi, interdit de séjour en France? », sur LExpress.fr (consulté le 26 avril 2016)
  12. Équipe de direction de l’UOIF, UOIF
  13. Nos Associations, UOIF
  14. « La face cachée de l'UOIF », sur LExpress.fr (consulté le 26 avril 2016)
  15. «L’émirat aimerait exercer une espèce de magistère moral», Libération, 26 avril 2013
  16. « Les musulmans dans la mire du Qatar », sur Libération.fr (consulté le 26 avril 2016)
  17. a, b et c « La face cachée de l'UOIF », sur L'Express
  18. La face cachée de l'UOIF (entretien avec Fiammetta Venner), lexpress.fr, 2 mai 2005
  19. Le Monde, 11 septembre 2004.
  20. Les musulmans de France se sont retrouvés au Bourget, La Croix, 14 avril 2009
  21. http://www.saphirnews.com/30e-RAMF-170-000-visiteurs-selon-l-UOIF_a16534.html
  22. Congrès de l'UOIF à Lille : des intégristes qui prêchent la haine de la France invités, lefigaro.fr, 29 janvier 2016
  23. « Ramadan, VRP de luxe. » Libération, 26 avril 2013.
  24. (fr) « 7 février : un « doigt d’honneur » de l’UOIF à la République ? | Le Club de Mediapart », sur Club de Mediapart (consulté le 26 avril 2016)
  25. « UOIF : la face cachée de la polémique », sur Libération.fr (consulté le 26 avril 2016)
  26. « Islamisme : Il est urgent de dissoudre l’UOIF parrainée par Nicolas Sarkozy », sur FN - Front National (consulté le 3 février 2016)
  27. Louis Hausalter, « Christian Estrosi envisage la dissolution de l'UOIF », sur Marianne (consulté le 19 avril 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mohamed Louizi, Pourquoi j'ai quitté les Frères musulmans : Retour éclairé vers un islam apolitique, Michalon, , 330 p. (ISBN 978-2841868186)
  • Livre « Qu'est-ce que l'UOIF ? », paru aux éditions de l'Archipel, Collection l'information citoyenne dirigée par Claude Perrotin, Paris, 2006.
  • Samir Amghar, L'Europe, terre d'influence des Frères musulmans paru dans la revue Politique étrangère, juin 2009.
  • Samir Amghar, "Les mutations de l'islamisme: portrait de l'Union des organisations islamiques de France", paru dans la Vie des idées, juin 2007.
  • Fiammetta Venner, "OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF", Calmann-Lévy, 2005.