Innéisme

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L'innéisme est une doctrine philosophique selon laquelle certaines idées ou structures mentales sont innées, c'est-à-dire présentes dans l'esprit humain sans être le résultat d'un apprentissage[1],[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Platon[modifier | modifier le code]

L'innéisme de Platon est présent dans les doctrines de l'immortalité de l'âme et de la réminiscence, tels que décrits dans le Ménon, le Phédon et le Phèdre. Dans la cosmologie platonicienne, l'âme a accès à la connaissance de la vérité lorsqu'elle se trouve dans un état non incarné dans le monde des Idées. Au moment de rejoindre un corps et de lui donner vie, elle oublie tout ce qu'elle a pu connaître dans le monde des Idées, et doit ainsi réapprendre. C'est à travers la méditation philosophique que l'esprit humain peut accéder à la réminiscence et ainsi à la forme la plus pure de connaissance qu'il lui soit possible de concevoir.

Le caractère innéiste de la théorie de la réminiscence chez Platon est contesté[3]. D'une, les Idées n'existent comme telles que dans le monde des Idées. Elles ne sont ainsi accessibles à la conscience humaine qu'à travers la partie de l'âme qui est reliée au corps. Elles sont ainsi préexistantes à l'expérience, critère nécessaire pour qu'elle puissent être qualifiées d'innées. Les Idées sont ainsi accessibles à l'esprit humain que de manière partielle et non dans leur pureté, ni dans leur éternité[4]. Les idées innées, au contraire sont données à la naissance, alors que les idées chez Platon, ne sont pas données. Elles sont rendues accessibles par le biais de la philosophie. Il faut donc bien distinguer les idées comme forme et les idées innées qui sont en quelque sorte des idées primitives à partir desquelles notre esprit va connaître les choses.

Descartes[modifier | modifier le code]

L'idée innée de Dieu chez René Descartes, permet de garantir l'existence du monde extérieur[5]. Les idées innées sont claires et distinctes, comme l'idée d'extension pour les corps. Un corps se définit par sa longueur et sa largeur, ainsi que son mouvement. Les idées innées sont des fondements pour la connaissance et elles ne peuvent dériver de l'expérience sensible.

Il ne faut donc pas confondre les idées ou formes chez Platon qui cherchait à répondre au problème de la connaissance sensible, c'est-à-dire que le sensible ne peut fournir aucune connaissance et donc aucune science, et les idées innées cartésiennes qui sont le moyen de connaître les choses extérieures.

John Locke s'opposera aux idées innées cartésiennes, précisément parce que chez Descartes la connaissance du monde ne peut être que par l'activité de l'esprit qui découvre les propriétés du monde en travaillant sur ses idées, alors que pour Locke, l'âme (ou esprit, mind) est une tabula rasa, et que toute idée dérive par conséquent de l'expérience sensible. Autrement dit, les choses dans le monde recèlent des propriétés qui se communiquent dans nos impressions sensibles. Les idées sont des copies de ces impressions et sont, par conséquent, moins vivaces que les impressions originelles. Ces idées sont exposées dans l'Essai sur l'entendement humain.

Leibniz[modifier | modifier le code]

Gottfried Wilhelm Leibniz critiquera l'ouvrage de Locke dans ses Nouveaux Essais sur l'entendement humain (rédigés en 1703-1704 mais publiés seulement de manière posthume en 1765 à la suite de la mort de Locke).

Dans d'autres disciplines[modifier | modifier le code]

Innéisme linguistique[modifier | modifier le code]

En linguistique historique, le linguiste américain William Dwight Whitney (né et mort au XIXe siècle) distingue une capacité innée (faculté anthropologique) d'un produit acquis (maîtrise d'une langue). Il évoque ainsi une faculté innée du discours, qu'il différencie du produit élaboré qu'est la langue. Il opère une analogie : les facultés innées des êtres humains pour l'art, la conception d'objets ou les mathématiques ne font pas de chaque personne un artiste, ingénieur ou mathématicien. Cette distinction faite, Whitney considère la langue comme un produit, qu'il nomme « institution »[6].

En linguistique contemporaine, la grammaire universelle de Chomsky est une reprise de cette position philosophique[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopædia Universalis, « INNÉISME », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  2. « L’innéité, approche philosophique », sur Psychologue, psychothérapeute Crêts en Belledonne (consulté le )
  3. Guillaume Pilote, La réminiscence chez Platon : théorie de la connaissance, anthropologie, éthique, Ottawa, , p. 8
  4. Voir le Phédon de Platon, 75c-76a, traduction M. Dixsaut.
  5. (Voir les Méditations métaphysiques, méditation VI)
  6. Georges-Elia Sarfati, Linguistique, initiation aux grandes théories, Armand Colin, p. 42
  7. Pratiques discursives et acquisition des langues étrangères: Colloque international "Acquisition d'une langue étrangère : perspectives et recherches", Besançon, 19-21 sept. 1996; Presses Univ. Franche-Comté, 1998, Bettina Derville et Henri Portine p.38

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]