Réfutations sophistiques
| Titre original |
(grc) Σοφιστικοὶ Ἔλεγχοι |
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Les Réfutations sophistiques sont le sixième des traités logiques d’Aristote, rassemblés sous le titre d’Organon, donc le dernier selon la classification moderne (les médiévaux ajoutaient à l'Organon la Poétique et la Rhétorique). Les Réfutations traitent des sophismes, qui sont des raisonnements fallacieux avec l'apparence du vrai, dont les amphibologies ou les équivocations sont des exemples. Aristote y réfute notamment le paradoxe du menteur.
Contenu
[modifier | modifier le code]Dans cette œuvre, Aristote analyse et classe les différents types de raisonnements fallacieux qu’emploient des personnes qui réfutent leurs interlocuteurs dans un échange dialectique.
Il les classe en deux groupes : ceux « dans le langage » (in dictione) et ceux « hors du langage » (extra dictionem)[1],[2],[3].
Ces types de raisonnements fallacieux sont récapitulés dans les tableaux suivants. On parle de paralogisme quand le raisonnement fallacieux est involontaire, et de sophisme quand celui-ci est volontaire, c'est-à-dire utilisé pour tromper.
- Sophismata in dictione (dans le langage) :
| # | Latin | Français | Grec | Définition | Exemple |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Aequivocatio | équivoque[4] | ἡ ὁμωνυμία | Utiliser le même mot dans plusieurs sens différents au cours du même raisonnement[4]. | " Quelle est la plus haute forme de vie animale ? — La girafe. "[4] |
| 2 | Amphibolia | amphibologie | ἡ ἀμφιβολία | Énoncer une phrase qui a plusieurs sens différents (indécidabilité). | "Elle est sortie en pleurant du café. " |
| 3 | Compositio | composition | ἡ σύνθεσις | Généraliser à un tout une propriété de l'une de ses parties. | "Tous les joueurs de l'équipe sont les meilleurs à leur poste, donc l'équipe est la meilleure[5]. " |
| 4 | Divisio | division | ἡ διαίρεσις | Attribuer à l'une de ses parties une propriété d'un tout. | "Le vélo roule, il a des freins, donc ses freins roulent. " |
| 5 | Accentus | accentuation[6] | ἡ προσῳδία | Énoncer un mot ou une phrase de manière ambiguë (sur un ton suggestif, moqueur, ironique ou sarcastique)[4] | "C'est un bon journaliste" (sous-entendu : mais pas un bon médecin)[4]
"Tu sais, nous n'avons pas à dire toute la vérité. " (OK pour les demi-vérités)[4] |
| 6 | Figura dictionis | forme de l'expression[6] | τὸ σχήμα τῆς λέξεως | Utiliser un mot qui a deux sens (homonymie). | "Grand homme" signifie à la fois "homme respectable" et "homme de grande taille". |
- Sophismata extra dictionem (hors du langage) :
| # | Latin | Français | Grec | Définition | Exemple |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Accidens | Sophisme de l’accident[7],[8] | συμβεβηκός | Appliquer une généralité à l'une de ses exceptions. | "Les hommes sont capables de voir, donc les hommes aveugles sont capables de voir. " |
| 2 | Secundum quid et simpliciter | Confusion du relatif et de l’absolu | Faire du cherry picking de cas particuliers pour en tirer une généralité. | "Tous les compositeurs meurent jeunes. Voyez par vous-mêmes : Mendelssohn avait 38 ans, Mozart 35 et Schubert 31. " | |
| 3 | Ignoratio elenchi | Ignorance de la réfutation[9] | Prouver autre chose que ce qui est en cause. | "Le candidat suivant est un si gentil garçon. Il mérite vraiment de gagner. " | |
| 4 | Non causa pro causa | Fausse cause | Ne pas identifier correctement une cause. | "Chaque fois que je m'endors, le soleil se couche, donc mon coucher fait que le soleil se couche. " | |
| 5 | Petitio principii | Pétition de principe | Supposer dans les prémisses de la proposition ce que l'on doit prouver. | "Nous ouvrons aujourd'hui le procès d'un ignoble meurtrier[10]. " | |
| 6 | Circulus in probando | Raisonnement circulaire | Recycler la prémisse dans la conclusion. | "J'ai toujours raison parce que je n'ai jamais eu tort[11]. " | |
| 7 | Plurium interrogationum | Sophisme de la question complexe[12] | Tenir un élément non prouvé pour acquis tout en posant une question sur un second élément. | "Avez-vous cessé de battre votre chien ?[13]" |
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Aristote, De sophisticis elenchis, in *Aristotelis Opera*, éd. I. Bekker, Berlin, Reimer, 1831, I, p. 164b–167a.
- ↑ Aristote, Réfutations sophistiques, trad. Jacques Brunschwig, Paris, GF-Flammarion, 1967.
- ↑ Boèce, De sophisticis elenchis, traductio latina, dans : Jacques Brunschwig, Aristote : Topiques VIII et Réfutations sophistiques, Paris, Les Belles Lettres, 1967, p. XXV-XXVIII (pour les termes latins traditionnels).
- Laurent Dv, « Apprendre à raisonner (20) : Les erreurs de langage (erreurs informelles, 1) », sur Par la foi, (consulté le )
- ↑ « Erreur de composition ou Sophisme de composition - Guillaume GUERARD », (consulté le )
- « Quand les Sophistes proposaient le règne des jargonneurs », sur www.mauvaisenouvelle.fr (consulté le )
- ↑ (en) Morton L. Schagrin, « fallacy », sur Britannica, (consulté le )
- ↑ « Accident | Dictionnaire de l'argumentation 2021 », (consulté le )
- ↑ Alain Van Kerckhoven, « Les Raisonnements fallacieux » [PDF], (consulté le )
- ↑ Le CorteX, « Pétition de principe », sur Le Cortecs, (consulté le )
- ↑ « Mr. S. - ECGs - Circulus in Probando », sur www.samsaraspag.com (consulté le )
- ↑ « Le sophisme des nombreuses questions : une forme de manipulation ? », sur Nos Pensées, (consulté le )
- ↑ « Mr. S. - ECGs - The Loaded Question », sur www.samsaraspag.com (consulté le )
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Pierre Pellegrin (dir.) et Myriam Hecquet-Devienne (trad. du grec ancien), Aristote : Œuvres complètes, Paris, Éditions Flammarion, , 2923 p. (ISBN 978-2-08-127316-0), « Réfutations sophistiques », p. 453-506.
