Nominalisme

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Le nominalisme est une doctrine philosophique qui considère qu'il n'existe que des étants réels singuliers, et pas d'êtres généraux réellement existant auxquels renverraient les mots ou signes. Par exemple, le terme « homme » ne signifie pas une quelconque essence de l'homme en général. Formulé par Roscelin, le nominalisme est né dans la scolastique médiévale en tant que réponse possible au problème des universaux : les mots renvoient-ils à des étants généraux doués d'une existence ontologique réelle ? Le nominalisme soutient que les noms ne sont que des instruments permettant de parler commodément du réel.

Le nominalisme a des points communs avec le conceptualisme de Pierre Abélard, avec lequel il est parfois confondu. Le conceptualisme postule des étants généraux abstraits à partir d'une réalité singulière : les concepts. Cette définition des étants généraux comme abstractions le rapproche du nominalisme. Mais le conceptualisme s'éloigne du nominalisme au sens où les concepts ne pas de simples noms : ils sont des formes réelles, des opérations propres de la pensée. La théorie de la connaissance de Thomas d'Aquin, elle aussi rapprochée du nominalisme, tient pour beaucoup du conceptualisme.

Le nominalisme est parfois nommé occamisme, du nom de Guillaume d'Ockham, principal représentant de cette école dans la scolastique tardive. Il a inspiré des auteurs variés comme Thomas Hobbes, George Berkeley, William James, David Hilbert, Ludwig Wittgenstein, Rudolf Carnap ou encore Nelson Goodman.

La nature des universaux[modifier | modifier le code]

Le problème qui donne naissance au nominalisme est celui de la nature des universaux dans les syllogismes d'Aristote (par exemple, dans : tous les hommes sont mortels, quelle est la nature de homme ?). Pierre Abélard tente une synthèse qui donne une importance primordiale au sujet par rapport à l'objet. Les nominalistes rejettent la conception idéaliste platonicienne (nommée aussi réalisme dans la thèse : universalia sunt realia ante rem) selon laquelle ils ont une existence immanente a priori, et lui oppose que ces universaux sont définis essentiellement par leurs noms (« nomina »). Autrement dit, les nominalistes n’accordent aucune universalité aux concepts mentaux en dehors de l’esprit qui les observe.

En ce sens, les systèmes philosophiques d’Épicure, de Guillaume d'Ockham, de George Berkeley, de David Hume, de John Stuart Mill peuvent être qualifiés de nominalistes du fait qu’ils n'attribuent pas d’universalité à des catégories transcendantes, mais simplement à ce qui est construit par l'observateur, comme le fait également l’analyse linguistique contemporaine. Pour eux, le particulier existe, et le général n'est qu'invention humaine établie pour notre commodité de réflexion.

Paul Valéry fera remarquer[réf. nécessaire] bien plus tard, dans le même esprit, que la nature ne connaît pas l'expression et caetera, et que celle-ci est propre à l'esprit humain, qui répugne à la répétition. La classification automatique et le data mining enseigneront dans les années 1990 aux machines à construire l'équivalent de leurs propres universaux.

Le tenant principal du « réalisme » contre le nominalisme est Guillaume de Champeaux.

Bertrand Russell observe[réf. nécessaire] qu'aujourd'hui nous permuterions volontiers ces deux appellations, puisque les « réalistes » s'avèrent manier in fine surtout des mots, tandis que les « nominalistes » ne veulent les utiliser qu'en se référant au réel.

Le nominalisme trouve également de nombreux relais dans la philosophie analytique contemporaine. Nelson Goodman s'est ainsi efforcé d'élaborer un langage nominaliste ne recourant qu'à des entités individuelles.

Formes du nominalisme[modifier | modifier le code]

Dans sa forme maximaliste, pratiquement équivalente au solipsisme, le nominalisme pose que n'existe rien que ce qu'un individu désigne (pense). L'ensemble des pensées d'un individu forme un tout cohérent, qu'il lui est impossible de réellement tester.

Dans une forme plus modérée, il reconnaît une existence indépendante à au moins certains objets, mais considère que cette existence est dépourvue d'effet pratique tant que le sujet n'arrive pas à en intégrer consciemment la pensée. Ainsi et par exemple n'existent pour l'homme que les animaux qu'il a nommés lors de la création, et tant que le concept et le mot de microbe lui étaient étrangers, il restait confronté à bien des mystères, mystères toutefois résolus non par le fait d'avoir nommé ces "mystères" en "microbes" mais bien après avoir démontré l'imputabilité d'un phénomène à une catégorie tangible du vivant, qui a pu être nommée.

Le nominalisme scientifique s'interroge sur la valeur des connaissances scientifiques : s'agit-il de vérités (découvertes) ou de conventions arbitraires (construites). Ce qui donnerait à la connaissance scientifique la même valeur que le langage (voir Le cru et le cuit).

Le défi du nominalisme[modifier | modifier le code]

Martin Heidegger est le philosophe qui à l'époque moderne a le plus contesté le nominalisme, l'accusant tout à la fois de conduire à l'« oubli de l'être » et à promouvoir le « Nihilisme » estime Jean Grondin[1].

Représentants de l'école nominaliste[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Grondin 2008, p. 243

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études
  • Jean Largeault, Enquête sur le nominalisme, Paris, Publications de la faculté des lettres et sciences humaines de Paris-Sorbonne, série « Recherches », tome 65 ; éditions Nauwelaerts, 1971. Ouvrage retraçant la diversité des pensées de type nominaliste, de la philosophie antique grecque à la logique mathématique du 20e siècle.
  • Alain de Libera, La querelle des universaux, Seuil, 1998 (ISBN 9782020247566) .
  • Cyrille Michon, Nominalisme. La théorie de la signification d'Occam,Paris, Vrin, « Sic et non », 2002 (ISBN 9782711612031).
  • Claude Panaccio, Textes clés du nominalisme. Ontologie, langage et connaissance, Paris, Vrin, 2012.
  • Lefebvre Saint-Ogan, Mémoire sur Roscelin de Compiègne et le nominalisme, présenté à la Société historique de Compiègne, A. Mennecier, 1882.
  • Jacques Verger, Nominalisme in Dictionnaire encyclopédique du Moyen âge p. 1081, Cerf, 1997 (ISBN 2204058661)
  • Paul Vignaux, Nominalisme au XIVe siècle, Librairie Philosophique Vrin, 2004 (ISBN 9782711620319)
Nominalismes modernes
  • Dominique Berlioz, Berkeley. Un nominalisme réaliste, Paris, Vrin, 2002.
  • Thierry de Duve, Nominalisme pictural. Marcel Duchamp, la peinture et la modernité, Paris, Minuit, 1984.
  • (en) Nelson Goodman et W. V. Quine, « Steps Toward a Constructive Nominalism », The Journal of Symbolic Logic, vol. 12, n°4, décembre 1947, p. 105-122.
  • Jean Grondin, « Heidegger et le défi du nominalisme », dans Les Temps modernes (revue) : Heidegger. Qu'appelle-t-on le lieu?, Claude Lanzmann, , 320 p., chap. 650, p. 234-247.
  • Ian Hacking, Le plus pur nominalisme. L'énigme de Goodman : « vleu » et usages de « vleu », Paris, L'éclat, 1993.

Articles connexes[modifier | modifier le code]