Evguénia Guinzbourg

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Evguénia Sémionovna Guinzbourg
Naissance
Moscou
Décès (à 72 ans)
Moscou
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Russe

Evguénia Sémionovna Guinzbourg (en russe : Евгения Семёновна Гинзбург, née le à Moscou et morte le est une écrivaine soviétique, principalement connue pour avoir raconté son expérience des prisons du NKVD et des camps du Goulag.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Moscou en 1904 dans une famille juive qui quitte la ville en 1909 pour s'installer à Kazan, capitale de la province du Tatarstan. Elle obtient un diplôme de l'université de Kazan, avant de soutenir une thèse de doctorat en histoire à Léningrad.

Elle a donné des cours à l'université de Kazan où elle rencontre en 1932 son futur mari Pavel Axionov. Elle a aussi dirigé le département culturel du journal Tatarie rouge et a participé à la rédaction de l'ouvrage historique L'Histoire de la Tatarie. Son mari était membre du bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique et elle-même fut membre du secrétariat régional du parti communiste de Tatarie et du comité exécutif central des Soviets. Ensemble, ils eurent deux enfants, Aliocha et l'écrivain Vassili Axionov.

Les Grandes Purges, destinées à éliminer tous ceux qui auraient pu menacer ou seulement faire de l'ombre à Staline, les rattrapent au milieu des années 1930.

Inquiétée dès 1935, chassée de son poste à l'université puis exclue du Parti, elle est arrêtée le . Après de longs mois d'instruction dans les prisons de Kazan et de Moscou, elle est condamnée en août 1937 à 10 ans de réclusion en cellule d'isolement pour « activité trotskiste contre-révolutionnaire ». Elle effectue les deux premières années de sa peine dans la prison politique de Iaroslavl ; en 1939, sa condamnation est commuée en dix ans de travaux forcés à la Kolyma, au camp d'Elguen. Envoyée au Goulag, elle sera libérée en 1947. Elle doit cependant attendre jusqu'en 1955 pour être réhabilitée, à la faveur du relatif « dégel » suivant la mort de Staline.

Elle écrit ses mémoires à partir de 1959. Le premier livre, intitulé Le Vertige et sous-titré Chroniques des temps du culte de la personnalité, relate le début de son calvaire jusqu'à son arrivée à la Kolyma. La suite est racontée dans le second tome, Le Ciel de la Kolyma. C'est grâce au samizdat que ses écrits ont été diffusés clandestinement en URSS, avant d'être publiés en Occident à la fin des années 1960.

Elle est la mère de l'écrivain Vassili Aksionov.

Le Vertige[modifier | modifier le code]

Le premier tome de son autobiographie retrace sa vie depuis 1935 à 1940, à travers les différentes étapes de son arrestation.

Diplômée d'histoire à l'université de Kazan, elle participe à la création du journal Tatarie rouge et à l'écriture de L'Histoire de la Tatarie. En 1935, après l'arrestation d'un de ses collègues, le professeur Elvov, elle est accusée de ne pas avoir signalé une de ses erreurs dans ces textes. Cet homme étant rapidement considéré comme un « contrebandier trotskyste », Evguénia est bientôt vue comme sa complice au sein de l'université et se voit infliger un blâme. Elle est ensuite démise de ses fonctions, avec interdiction d'enseigner, même après être allée plaider sa cause à Moscou, faisant valoir sa fidélité au parti. Emelian Iaroslavski l'accuse de connivence avec les ennemis du peuple et « activité contre-révolutionnaire » et l'exclut du parti communiste.

Arrêtée le 15 février 1937, elle est enfermée au sous-sol de la Direction régionale du NKVD, rue du Lac Noir, où elle reste durant 3 mois. Sa compagne de cellule, Lydia Chepel dite « Liama », est une kavejedinka de la Chine orientale. En avril 1937, elle est transportée à la Boutyrka de Moscou, puis la prison de Lefortovo en attente de son procès. Celui-ci a lieu en août 1937, et la condamne à 10 ans de détention en cellule d'isolement, avec retrait des droits civiques pendant cinq ans. Son isolement durera en fait deux ans à Iaroslav, où l'y rejoindra quelques mois plus tard son amie Ioulia Karepova (l'efficacité des Grandes Purges staliniennes instaurées par Nicolaï Iejov oblige les prisons à admettre deux prisonniers dans chaque cellule d'isolement). En mai 1939, après la disparition de Iejov et son remplacement par Beria, alors que l'intensité des purges diminue fortement, sa peine est commuée en dix ans de travaux forcés. Elle voyage pendant un mois dans un wagon à bestiaux avec 77 autres détenues pour arriver le au camp de transit de Souzdal à Vladivostok, en attente de la Kolyma.

Evguénia embarque sur le Djourma[1] pour la Kolyma en 1939. L'hiver 1939-40 étant particulièrement rude, elle effectue des travaux de bonification à une température de -40 ° C. En 1940, la « réparatrice » Véra, pour la récompenser d'un don, lui donne un travail à l'hôtel Magadan pendant un mois. Ensuite, elle est envoyée comme plongeuse au réfectoire masculin, au service du chef Achmet. Evguénia fait la rencontre d'un sourd allemand, Helmut.

En compagnie d'autres personnes poursuivies pour le même chef d'accusation, elle est envoyée dans le sovkhoze d'Elguen, dans la taïga, dont le nom signifie « mort » en iakoute. Les prisonnières arrivent le . Avec une certaine Galia, elle abat des arbres à longueur de journée.

À la fin du livre, le chirurgien Vassili Ionovich Pétouchov de Léningrad lui apprend qu'il a vu son fils Aliocha deux ans auparavant. Elle est ensuite assignée comme infirmière au « combinat pour enfants «, donc sauvée dans un premier temps.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Djourma était l'un des navires chargés de transporter les détenus vers Magadan.

Édition en français[modifier | modifier le code]

  • Evguénia Sémionovna Guinzbourg (trad. du russe par Geneviève Johannet), Le Vertige [« Крутой маршрут »], t. 2 : Le ciel de la Kolyma, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points »,‎ , 512 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]