Kerma

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Kerma
Image illustrative de l'article Kerma
Localisation
Pays Drapeau du Soudan Soudan
Coordonnées 19° 36′ 03″ nord, 30° 24′ 35″ est

Géolocalisation sur la carte : Soudan

(Voir situation sur carte : Soudan)
Kerma
Kerma

Kerma est la capitale du Royaume de Kerma, un ancien royaume couchite qui régna sur la Nubie entre les années -2450 et -1480, soit de l'Ancien Empire égyptien à la deuxième période intermédiaire égyptienne, sur 1 000 km.

Kerma est l'un des plus grands sites archéologiques dans l'ancienne Nubie . Des décennies de fouilles et de recherches approfondies, y on mis au jours des milliers de tombes et ainsi qu'un ensemble de quartiers résidentiels autour de la Deffufa occidentale / basse. En tant que capitale et emplacement des sépultures royales, elle éclaire la structure sociale complexe présente dans cet ancien royaume.

Les populations de Kerma parlaient des langues chamito-sémitiques de la branche couchitique[1],[2].

Archéologie[modifier | modifier le code]

L'ancienne cité de Kerma, identifiée à proximité du site de Doukki Gel, était le centre de ce puissant royaume rival de l'Égypte, dont les textes des anciens Égyptiens signalent qu'il verrouillait l'accès aux routes commerciales permettant d'acheminer vers le royaume pharaonique les produits de l'Afrique.

Les fouilles systématiques pratiquées dans les années 2000 par la mission archéologique de l'Université de Genève au Soudan confirment ce rôle et démontrent que la culture dont elle fut l'origine jeta les bases d'une civilisation proto-urbaine au cœur même du Soudan contemporain[3]. L’égyptologue Charles Bonnet, accompagné de Louis Chaix et Mathieu Honegger y découvre des statues de pharaons de la XXVe dynastie nubienne (qui régna bien plus tard sur l'Égypte) suggérant que les dirigeants napatéens reconnaissaient un lien historique fort entre leur capitale et Kerma. Malgré ses murs de protection, la ville de Kerma n'a pas résisté à l'appétit des pharaons de la XVIIIe dynastie. Au début du -XVe siècle, ils conquièrent toute la Nubie jusqu'au sud de la quatrième cataracte. Une occupation qui permet de contrôler un carrefour entre l'Afrique centrale, la Corne de l'Afrique les côtes de la mer Rouge.

En archéologie le nom de Kerma désigne trois phases de développement de cette culture :

  • Le Kerma ancien qui s'étend du XXVe au XXIe siècles av. J.-C. ;
  • Le Kerma moyen qui suit depuis le XXIe jusqu'au XVIIIe siècles av. J.-C. ;
  • Le Kerma classique, dernière phase de développement précédant la colonisation égyptienne, du XVIIIe au XVIe siècles av. J.-C..

Ces trois phases sont caractérisées par une production de céramique spécifique pour chacune d'entre elles, dont l'étude permet d'établir une chronologie précise des différents sites qu'elles recouvrent, ainsi que l'étendue de l'influence du royaume sur la région et au-delà, pendant toute cette période de la haute Antiquité.

Linguistique[modifier | modifier le code]

Des éléments linguistiques indiquent que les peuples kerma parlaient des langues afro-asiatiques de la branche couchitique[1],[2]. Le nobiin (nubien) contient aujourd'hui un certain nombre de mots clés liés au pastoralisme qui sont d'origine couchitiques orientales. Ceci suggère que les populations du kerma - qui, avec la culture du Groupe C, habitaient la vallée du Nil juste avant l'arrivée des premiers locuteurs nubiens - parlaient des langues chamito-sémitiques[4].

Anthropologie[modifier | modifier le code]

L'analyse craniométrique des fossiles de Kerma a montré qu'ils étaient morphologiquement proches des Égyptiens prédynastiques de Naqada (4000-3200 av. J.-C.) qui eux-même sont étroitement apparentés à d'autres populations afro-asiatiques de la corne de l'Afrique[5]. Les Kermans étant plus éloignés des Égyptiens dynastiques de Gizeh (323 av. J.-C.-330 ap. J.-C.) et des Égyptiens prédynastiques de Badari (4400-4000 av. J.-C.)[6]

Le Royaume de Koush / Kerma[modifier | modifier le code]

Le Royaume de Kerma fut la première civilisation à unir les différentes régions de la Nubie, pays de l'or, et a tôt attisé les convoitises des pharaons, qui y multiplièrent les expéditions militaires et commerciales. Après le réveil de l'Égypte sous le Nouvel Empire, les troupes égyptiennes se sont étendues au sud. Sous le règne de Thoutmôsis Ier, vers -1520, toute la Nubie du nord était annexée.

Sous Thoutmôsis Ier, l'Égypte a fait plusieurs campagnes au sud[7]. Cela a finalement abouti à l'annexion de la Nubie (Kerma / Koush) vers 1504 av. J.-C.. La situation s'inversera bien plus tard avec l'épisode des pharaons nubiens. Après la conquête, la culture Kerma fut de plus en plus « égyptienne », mais les rébellions se poursuivirent pendant 220 ans (jusqu'à environ 1300 av. J.-C.). Pendant le Nouvel Empire, le royaume de Kerma / Koush est devenu une province clé de l'Empire égyptien, économiquement, politiquement et spirituellement. De grandes cérémonies pharaoniques eurent lieu à Gebel Barkal près de Napata[8], et les lignées royales des deux régions semblent s'être mariées. L'étendue de la continuité culturelle et politique entre le royaume de Kerma et le royaume de Koush est difficile à déterminer au plan chronologique . Le royaume de Koush, plus égyptien, émergea, peut-être de Kerma, et retrouva son indépendance de la région vis-à-vis de l'Égypte au cours de la Troisième période intermédiaire (-1085 / -750). Se constitua alors dans le bassin du Nil moyen un « empire koushite » qui allait perdurer durant quelque mille ans. Cette période est traditionnellement divisée en deux époques : celle de Napata, qui a duré de -750 à -300, et celle de Méroé, qui a duré de -300 à 340. Initialement, les rois kouchites continuèrent à utiliser Kerma pour les enterrements royaux et les cérémonies spéciales, ce qui suggère une certaine connexion. De plus, l'aménagement des enceintes funéraires royales de Kerma et de Napata (la capitale de Koush) est conçu de la même manière. Des caches de statues des pharaons de Koush ont également été découvertes à Kerma, suggérant que les dirigeants napatéens reconnaissaient un lien historique fort entre leur capitale et Kerma.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Roger Blench, Kevin MacDonald (ed.) Marianne Bechaus-Gerst, The Origins and Development of African Livestock: Archaeology, Genetics, Linguistics and Ethnography - "Linguistic evidence for the prehistory of livestock in Sudan" (2000), Routledge, (ISBN 1135434166, lire en ligne), p. 453
  2. a et b Peter Behrens, Libya Antiqua: Report and Papers of the Symposium Organized by Unesco in Paris, 16 to 18 January 1984 - "Language and migrations of the early Saharan cattle herders: the formation of the Berber branch", Unesco, (ISBN 9231023764, lire en ligne), p. 30
  3. La ville nubienne de Kerma : une capitale nubienne au sud de l’Égypte, France Culture, 28 avril 2015
  4. Roger Blench, Kevin MacDonald (ed.) Marianne Bechaus-Gerst, The Origins and Development of African Livestock: Archaeology, Genetics, Linguistics and Ethnography - "Linguistic evidence for the prehistory of livestock in Sudan" (2000), Routledge, (ISBN 1135434166, lire en ligne), p. 453
  5. Clines and Clusters Versus "Race": A Test in Ancient Egypt and the Case of a Death on the Nile C. Loring Brace, David P. Tracer, Lucia Allen Yaroch, John Robb, Kari Brandt, and A. Russell Nelson « By the use of the discriminant function procedure, we reinforce the conclusions drawn from an examination of our dendrograms. The Predynastic sample from Upper Egypt differs less from the Somalis to the south than do the Late Dynastic people from Lower Egypt. »
  6. Nikita, Efthymia, David Mattingly, Marta Mirazón Lahr, « Three-dimensional cranial shape analyses and gene flow in North Africa during the Middle to Late Holocene », Journal of Anthropological Archaeology, vol. 31, no 4,‎ , p. 564-572 (lire en ligne) - cf. Table 6
  7. De Mola, Paul J. "Interrelations of Kerma and Pharaonic Egypt". Ancient History Encyclopedia: [1]
  8. « Jebal Barkal: History and Archaeology of Ancient Napata » (consulté le 21 mars 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]