Doukki Gel

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Doukki Gel
Image illustrative de l’article Doukki Gel
Vue de la Deffufa, le temple de Kerma
Localisation
Pays Drapeau du Soudan Soudan
Coordonnées 19° 38′ 28″ nord, 30° 25′ 02″ est

Géolocalisation sur la carte : Soudan

(Voir situation sur carte : Soudan)
Doukki Gel
Doukki Gel

Doukki Gel, qui signifie dans un dialecte nubien la « colline rouge », est un site archéologique important du Soudan qui abrite les ruines de deux antiques cités de la Nubie antique :

  • Kerma, capitale du royaume éponyme, qui se développe et contrôle à partir du troisième millénaire avant notre ère toute la Basse Nubie au sud de l'Égypte et représentera longtemps une menace pour le pouvoir pharaonique, en raison notamment de la proximité des gisements aurifères du désert oriental.
  • Pnoubs, cité égyptienne qui s'élève à proximité de l'ancienne Kerma à partir du Nouvel Empire. Siège d'un culte au dieu Amon, elle reste une ville d'importance tout au long de l'histoire du royaume de Koush, qui reprend son indépendance à la suite de la chute de la XXe dynastie.

Kerma capitale royale de Koush[modifier | modifier le code]

Ce site du cours moyen du Nil soudanais occupait une vaste plaine propice à l'agriculture et favorable à la sédentarisation de populations qui migrèrent dans la région dès le Mésolithique. Peu à peu, les peuples de la région se regroupent autour de bourgades qui s'agrandissent à mesure que les échanges commerciaux s'accentuent dans la région. L’agglomération de Kerma se développe au quatrième millénaire avant notre ère. Au milieu du troisième millénaire, la cité de Kerma est déjà très étendue.

La ville s’est d’abord développée autour des résidences des chefs du clan puissants qui contrôlaient la région et son commerce. Vers -2400, la ville est centrée autour d’un monumental édifice cultuel bâti en briques crues[1], nommé la Deffufa.

D’un plan rectangulaire de cinquante mètres de côté sur trente, pour une hauteur de plus de vingt mètres encore aujourd’hui, il se trouve au centre d’une vaste enceinte également en brique, qui délimite un espace de plus de vingt hectares dans lequel plusieurs enclos contenaient d’autres structures : des habitats spacieux, des chapelles secondaires, des greniers, des ateliers et autres édifices caractéristiques d’une société organisée et hiérarchisée.

Les sépultures de l'époque ont livré un grand nombre d'objets manufacturés attestant le développement de la métallurgie du cuivre mais aussi du bronze, de l'artisanat en ébénisterie et en ivoire. Enfin, la production d'une céramique caractéristique de la région a permis d’établir plusieurs phases de datation du développement de Kerma et de sa civilisation.

À la fin du troisième millénaire, les architectes remplacent peu à peu les matériaux organiques qui constituent les bâtiments officiels par de la brique, conservant par tradition les formes et proportions du plan initial. Des structures palatiales sont construites et le temple de la ville s'étend.

Les sépultures royales, beaucoup plus imposantes[2], comportent outre un riche mobilier funéraire, des tombes subsidiaires destinées à l'aristocratie d'alors. Ces tombes révèlent également que l'entourage immédiat du roi est « sacrifié » le jour de ses funérailles. Par cette pratique rituelle, il reçoit donc le « privilège » d'accompagner son souverain dans l'au-delà[3].

Vue des ruines de la cité de Kerma

Le site de Kerma est alors en plein essor et de nombreuses constructions attestent l'existence d'une élite organisée autour de la monarchie. Kerma finit de soumettre l'ensemble de la région. Dès lors le royaume nubien et sa capitale représentent un danger pour les expéditions commerciales égyptiennes. Déjà à la fin de l’Ancien Empire, les expéditions menées par les nomarques d’Assouan font état de ces risques qu’il y avait à vouloir traverser la région sans compter avec les populations nubiennes[4].

Cette situation engendra au Moyen Empire de fréquents conflits et l'extension du domaine égyptien au-delà de la seconde cataracte. Ils verrouillent leur position par de puissantes forteresses qui s'édifièrent le long du parcours du Nil en amont d'Assouan. En réaction, on assiste à Kerma à l'édification de puissantes murailles en briques protégeant la cité. Fossés, tours, poternes, tout l'arsenal des défenses fortifiées démontrent que le royaume entendait défendre sa place face à l'appétit grandissant de son voisin du nord.

Signe des temps, les sépultures contemporaines ont livré tout un arsenal qui accompagnait les défunts dans leur mort[5].

Pendant un temps l'équilibre des forces semble garantir à la capitale nubienne une certaine impunité et prospérité. À l'issue du Moyen Empire, il est d'ailleurs attesté que le royaume de Kerma a poussé son avantage jusqu'en Haute-Égypte, allant même jusqu'à passer une alliance avec les Hyksôs qui contrôlaient le delta du Nil. On a retrouvé un grand nombre d'objets d'origine égyptienne dans les fouilles de la cité, reliques probables de pillages que les troupes nubiennes ont ramenées dans leur capitale.

Cette alliance de la dernière chance ne suffit pas toutefois à éviter la réaction du royaume de Thèbes qui peu à peu gagne en puissance. Il parvient à repousser les coalisés et à reconquérir le terrain perdu au nord comme au sud inaugurant les grandes conquêtes de la XVIIIe dynastie. Dès les premiers règnes, les efforts sont alors concentrés sur la Nubie et les troupes de Pharaon mettent à sac toute la région.

Thoutmôsis Ier met le siège devant la capitale nubienne, qui cède à la pression. Les Égyptiens rasent ses fortifications, incendient ses maisons et pillent le palais royal et les temples de la cité. La cité et son royaume ne s’en relèveront pas.

Pnoubs ville sainte d'Amon[modifier | modifier le code]

Un kilomètre au nord de Kerma, les Égyptiens bâtissent alors une nouvelle cité et fondent un nouveau centre religieux dédié au dieu Amon de Pnoubs, une des formes du dieu en Nubie dont le culte se répand jusqu’à Napata. Cette implantation égyptienne en plein cœur de la Nubie est caractéristique de la politique de prise en main de la région. Une puissante enceinte en brique crue est construite pour abriter le temple du dieu et les greniers dans lesquels sont conservées les denrées alimentaires offertes en offrande ou provenant des terres allouées à l’entretien du culte.

La cité qui s’étend tout autour vit alors le rythme des règnes égyptiens de la XVIIIe dynastie. Le temple lui-même subit ainsi les aléas de l’histoire égyptienne, agrandi et embelli par les Thoutmôsides, remanié et transformé en temple du disque par Akhenaton, puis à nouveau consacré au dieu Amon sous les Ramessides.

Avec la fin du Nouvel Empire la région s’affranchit de la tutelle pharaonique. D’abord gérée par le fils royal de Koush, elle se retrouve au début de la Troisième Période intermédiaire sous le contrôle de plusieurs principautés locales, fortement égyptianisées.

Le renouveau vient, cette fois, de Napata où une puissante monarchie s’est constituée. Se réclamant du grand dieu Amon, elle absorbe dans son orbite l’ensemble des principautés qui se divisent le territoire. La XXVe dynastie en sera issue et Doukki Gel deviendra un centre cultuel important de ce nouveau royaume, qui règne pendant un demi-siècle sur toute la vallée du Nil soudanais et égyptien.

Pnoubs fait alors partie d'un ensemble de villes saintes que les monarques de Koush visitent à l'occasion de leur couronnement. Le temple, agrandi et embelli, est orné de colosses à l'effigie des différents souverains qui convoitent le trône d'Horus.

Cet empire prendra fin à la seconde moitié du VIIe siècle avec la conquête de l'Égypte par les Assyriens. Le royaume qui conserve Napata comme capitale retrouve alors ses frontières originelles et, vers -591, le pharaon saïte Psammétique II envoie une expédition militaire, réduisant à néant leurs ambitions sur l'Égypte. La rencontre des deux armées se déroule à proximité de Pnoubs et les troupes nubiennes subissent une cuisante défaite[6].

À cette occasion, Pnoubs est prise et les statues royales sont dépouillées de leurs ornements, décapitées puis renversées et brisées.

Les troupes égyptiennes se retirent, laissant derrière elles un pays dévasté. Les rois de Napata reprennent alors le terrain conquis peu après et restaurent les cités saccagées. Pnoubs retrouve son rôle de ville sainte pendant toute la période méroïtique qui suivra et son temple reconstruit est, une fois de plus, agrandi.

Une Ânkh en or brut a été subtilisée par des pillards au cours de la mission américaine de 1910 sur ce site, il s'agit d'un trésor incomparable dont personne ne possède de représentations, mais dont on sait qu'elle ne circule plus sur le marché illégal de l'or ou des antiquités depuis au moins 1914.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C’est de cette éminence en ruine de couleur rouge que le nom du site actuel tire ses origines.
  2. Les tumuli royaux à cette époque dépassent alors un diamètre honorable de quarante à soixante mètres.
  3. De telles cérémonies ont déjà été observées dans des civilisations contemporaines comme en Mésopotamie par exemple.
  4. On citera les bibliographies des gouverneurs Ouni et Hirkhouf qui à la VIe dynastie comportent de tels rapports.
  5. La réputation des soldats nubiens était telle, que l'armée égyptienne n'hésitera pas à en recruter comme mercenaires dans ses rangs à diverses époques.
  6. Cf. S. Sauneron & J. Yoyotte, p. 161-168.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]