Girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali

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Le Passage de la girafe près d'Arnay-le-Duc, tableau de Jacques Raymond Brascassat (1827). Musée des beaux-arts de Beaune[1].
La Girafe donnée en présent au Roi de France, par le pacha d'Égypte, et arrivée à Paris, le 30 juin 1827. Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée[2].
Lithographie de Joseph Langlumé illustrant un article d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire dans les Annales des sciences naturelles (1827)[3].
La girafe empaillée au Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle (2013).
Assiette commémorative.

La girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali (appelée Zarafa a posteriori) est une girafe qui vécut pendant 18 ans, de 1827 à 1845, dans la ménagerie du Jardin des plantes à Paris. Elle fut la première girafe à entrer en France. Elle faisait partie d'un groupe de trois girafes envoyées en Europe, où l'on n'avait pas vu de girafe depuis la girafe Médicis, acquise par Laurent de Médicis à Florence en 1486.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le vice-roi en Égypte ottomane, Méhémet Ali, offrit une girafe à chacun des trois plus puissants souverains de l'époque, François Ier (empereur d'Autriche, dernier empereur du Saint-Empire romain), George IV (roi du Royaume-Uni) et Charles X (roi de France).

L'idée d'offrir une girafe à la France a été donnée à Méhémet Ali par Bernardino Drovetti, consul de France en Égypte, afin d'encourager Charles X a retirer son soutien à la Grèce dans la Guerre d'indépendance grecque contre Mahmoud II, le sultan de l'Empire ottoman, dont Méhémet Ali était le vassal[4]. Méhémet Ali avait lui-même reçu cette girafe en cadeau de Mouker Bey, un seigneur du Soudan.

Née début 1825 d'après les calculs de l'époque[5], elle arriva à Marseille le 14 novembre 1826 et fut conduite à Paris à pied à partir du 20 mai 1827[6]. Au cours de ce voyage, elle était accompagnée par Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du Jardin des plantes, ainsi que par trois vaches dont elle buvait le lait et qu'elle suivait[7], une escorte de gendarmes à cheval, et un chariot à bagages. Arrivée le 30 juin, elle fut pendant trois ans une des principales attractions de la capitale (au cours de l'été 1827 elle reçut 600 000 visiteurs).

Elle est à l'origine de nombreuses illustrations et objets au décor dit « à la girafe »[8],[9]. Elle a également inspiré un couple de personnages typiques du Carnaval de Paris : La girafe et son cornac[10]. Narcisse-Achille de Salvandy lui a donné fictivement la parole en juillet et août 1827 dans deux pamphlets politiques intitulés Lettre de la girafe au pacha d'Égypte[11]. En septembre 1827 est publié le Discours de la girafe au chef des six Osages, imprimé par Honoré de Balzac et possiblement son œuvre, et la même année Dame Girafe à Paris : Aventures et voyage de cette illustre étrangère racontés par elle-même de Charles-François Bertu[12]. Plus tard, en 1842, Charles Nodier lui donne à nouveau la parole dans les Tablettes de la girafe du Jardin des plantes, qui fait partie du recueil Scènes de la vie privée et publique des animaux.

Après sa mort le 12 janvier 1845 de tuberculose bovine due à l'ingestion quotidienne de lait de vache[7], elle a été naturalisée, et fait désormais partie de la collection zoologique du Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle[13].

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1888, dans son ouvrage Les Mœurs et la caricature en France, John Grand-Carteret qualifie l'année 1827 d'« année de la girafe »[14] bien que d'autres événements politiques et artistiques d'importance se soient produits cette année-là[15].

Le relevé de discordances entre le spécimen de La Rochelle et des dessins de 1827[16] perpétue les rumeurs d'origine patriotique apparues après la Première Guerre mondiale, selon lesquelles le corps de la girafe, transféré au musée de Verdun, aurait inspiré aux militaires français l'idée de le brandir dans les tranchées pour effrayer l'ennemi, ou aurait fini sous les ruines du musée, après un bombardement qui n'en aurait laissé subsister que le cou[17]. Ces histoires reposeraient elles-mêmes sur une confusion, la girafe du musée de Verdun ne pouvant être que celle dite « de Daubenton », montée en 1820 avec la première peau de girafe reçue par le muséum de Paris[18].

La girafe offerte à Charles X est aujourd'hui couramment appelée Zarafa, mais ce nom n'est pas attesté du vivant de l'animal, et il semble dû à Gabriel Dardaud en 1985 dans son livre Une girafe pour le roi[19]. Ce nom est repris en 1998 dans le livre de Michael Allin, qui le présente comme la transcription d'un mot arabe signifiant à la fois « girafe » et « charmante » (en fait, deux mots distincts mais se transcrivant de la même manière[20], respectivement زرافة et ظرافة).

L'animal n'avait pas de nom de son vivant, et était désigné, selon de Saint-Hilaire, « le bel animal du roi »[21] ; il n'est pas impossible que son premier propriétaire l'ait présentée comme la « belle », la « charmante », en langue arabe.

Un film d'animation très librement inspiré de l'histoire de cette girafe, Zarafa, réalisé par Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie, est sorti en février 2012. Spécialiste français de la première girafe de France, Olivier Lebleu a collaboré à la promotion de sortie. Le film a réalisé 1,4 million d'entrées cinéma en France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no 000PE029572, base Joconde, ministère français de la Culture.
  2. Notice no 5002E002353, base Joconde, ministère français de la Culture.
  3. Geoffroy Saint-Hilaire 1827.
  4. Georges Poisson, « Histoire de la girafe », Le Courrier de l'Unesco, vol. 39, no 3,‎ , p. 7–9 (lire en ligne).
  5. Geoffroy Saint-Hilaire 1827, p. 211 : « On a varié sur son âge compté en nombre de lunes ; cependant on est parvenu à concilier quelques renseignemens contradictoires et à établir qu'elle avait pris vingt-deux mois en novembre 1826. »
  6. Jacques Rigoulet, « Histoire de Zarafa, la girafe de Charles X », Bulletin de l'Académie vétérinaire de France, vol. 165, no 2,‎ , p. 169–176 (DOI 10.4267/2042/48205).
  7. a et b Éric Baratay, « Les animaux en cage : sous le regard des hommes », émission Concordance des temps, sur France Culture, 18 février 2012.
  8. (en) Michele Majer, « La Mode à la girafe: Fashion, Culture, and Politics in Bourbon Restoration France », Studies in the Decorative Arts, vol. 17, no 1,‎ automne-hiver 2009-2010, p. 123–161 (ISSN 1069-8825, DOI 10.1086/652666).
  9. finipe, « Zarafa, la première girafe de France », sur Le Lion & le Rat, .
  10. Le Carnaval de Paris : planche gravée vers 1830, consultable notamment au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France, côte : M 29-330 Pd202.
  11. Lettre de la girafe au pacha d'Égypte pour lui rendre compte de son voyage à Saint-Cloud et envoyer les rognures de la censure de France au journal qui s'établit à Alexandrie en Afrique, 12 juillet 1827, 45 p., et Seconde lettre de la girafe au pacha d'Égypte, en lui envoyant son album enrichi des dernières noirceurs de la censure, 8 août 1827, 32 p., Paris, A. Sautelet et Cie.
  12. Charles-François Bertu, Dame Girafe à Paris : Aventures et voyage de cette illustre étrangère racontés par elle-même, Paris, Librairie française et étrangère, (lire en ligne).
  13. (en) Stephen Bann, « The Return to Curiosity: Shifting Paradigms in Contemporary Museum Display », dans Andrew McClellan (dir.), Art and Its Publics : Museum Studies at the Millenium, Malden, Blackwell Publishing, , 213 p. (ISBN 0-631-23046-7 et 0-631-23047-5), p. 119.
  14. John Grand-Carteret, Les Mœurs et la caricature en France, Paris, À la librairie illustrée, (lire en ligne), p. 187–188.
  15. Jacqueline Sarment, Le spectacle et la fête au temps de Balzac (exposition, ville de Paris, Maison de Balzac, 23 novembre 1978-25 février 1979), Paris, Maison de Balzac, (notice BnF no FRBNF34613905), p. 171.
  16. Audrey Chauvet, « Zarafa, la girafe qui fait polémique », 20 minutes,‎ (lire en ligne).
  17. (en) Lynn Sherr, Tall Blondes : A Book About Giraffes, Andrews McMeel Publishing, , 176 p. (ISBN 978-0-8362-2769-7), p. 109.
  18. Lebleu, op. cit., p. 184-186.
  19. (en) Philip McCouat, « The art of giraffe diplomacy: How an African giraffe walked across France and became a pawn in an international power struggle », sur Journal of Art in Society, .
  20. (en) Denys Johnson-Davies, « Journey of a giraffe », Al-Ahram Weekly, no 429,‎ 13-19 mai 1999 (lire en ligne).
  21. Geoffroy Saint-Hilaire 1827, p. 213.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Littérature jeunesse
  • (en) Miche Wynants, The Giraffe of King Charles X, New York, McGraw-Hill, , 54 p.
    • Miche Wynants, La Girafe du roi Charles X, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Albums du petit berger », , 55 p.
  • (en) Nancy Milton (ill. Roger Roth), The Giraffe That Walked to Paris, New York, Crown, , 32 p. (ISBN 0-517-58132-9 et 0-517-58133-7)
  • Bruno Bonhoure (ill. Marie-Ève Herpin), Zarafa 1845, Paris, Destination 2055, coll. « Laïka 1957 », , 28 p. (ISBN 2-916116-25-7)
  • (en) Judith St. George (ill. Britt Spencer), Zarafa: The Giraffe Who Walked to the King, New York, Philomel Books, , 40 p. (ISBN 978-0-399-25049-1)
  • (de) Adam Jaromir (ill. Pawel Pawlak), Zarafa, Hanovre, Gimpel Verlag, , 48 p. (ISBN 978-3-9811300-3-4)
  • (en) Mary Tavener Holmes et John Harris (ill. Jon Cannell), Giraffe Goes to Paris, Tarrytown (New York), Marshall Cavendish Children, , 32 p. (ISBN 0-7614-5595-7)

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]