Giovanna Rincon

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Giovanna Rincon
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Giovanna Rincon (à gauche) photographiée par Max K Pelgrims en 2013.
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Giovanna Rincon est une figure majeure des luttes pour les droits des personnes trans en France, née à Bogotá et vivant désormais à Paris. Elle est co-porte-parole de la Fédération Trans et Intersexes et du STRASS, directrice de l'association Acceptess-T, et vice-présidente du CoreVIH en Île-de-France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est née en 1969 à Bogotá en Colombie dans une famille qu'elle qualifie de « difficile »[1] et de « très pauvre »[2]. Son père était cordonnier, sa mère femme au foyer[3]. Dans des magazines people, elle découvre les histoires de certaines femmes trans, la brésilienne Roberta Close (en) et l’italienne Eva Robin's[3],[4]. Dans un témoignage vidéo publié à l'occasion de la journée IDAHOT 2018[5], elle explique comment tout a basculé pour elle vers 12 ans, quand elle a commencé à revendiquer son identité féminine[6],[7]. Elle s'administre une hormonothérapie sauvage à base de pilules contraceptives et passe huit mois à la rue[1],[3],[4]. Elle met entre parenthèses sa transition parce que son amoureux ne l'accepte pas en tant que femme. À 15 ans et demi, elle monte son salon de coiffure[4] et se réconcilie avec sa famille, dont elle devient le principal soutien financier[1],[3]. Deux ans plus tard, elle rompt avec son copain, et fait son coming out trans auprès de sa famille, dont elle est violemment rejetée[1],[3].

À 20 ans elle découvre sa séropositivité[4]; elle raconte qu’un homme lui a dit « tu dois continuer à aimer et à te laisser aimer » et qu’à cette époque où il n’existait encore aucun médicament contre le VIH, « ces mots ont été un vaccin »[8]. Elle vend son salon de coiffure et en elle part pour l'Italie, à Rome, où elle subit racisme, transphobie, sérophobie, et violences policières[2]. Elle s'y prostitue et commence à militer auprès des femmes trans prostituées[1],[3],[4],[2]. En 1998, les premiers traitements contre le VIH sont découverts mais ils ne sont pas accessibles aux personnes sans-papiers[3]. Elle rejoint une association pour les droits des personnes prostituées au nord de l’Italie[1],[4]; elle explique: « Ce qui a animé mon militantisme, c’est le manque : le manque d’amour, d’argent et d’un toit »[2].

En , elle amène à Paris une amie d'enfance en phase terminale du SIDA[3] pour la faire soigner à l'Hôpital de la Salpêtrière[4], et rencontre les militantes de l'association PASTT, qu'elle rejoint. Victime du durcissement de la législation italienne à l’encontre des migrants, elle s'installe définitivement à Paris[9].

Giovanna Rincon (à gauche) et d’autres militants d’Acceptess-T à la marche Existrans en 2011

En , elle prend ses distances avec le PASTT[3], et avec trois autres militantes de cette association, elle crée Acceptess-T[7], une association d'accompagnement des personnes trans, migrantes, travailleuses du sexe, et séropositives[10]. Le but de l'association est de favoriser l'émancipation des femmes trans en difficulté, en les aidant à apprendre le français[9] (« la langue française, autant que le langage administratif »[3]), à trouver des ressources financières et à faire respecter leurs droits fondamentaux tels que l'accès aux soins[11], à participer à des activités sportives[12],[13],[14]etc. Un an plus tard, l'association compte 180 adhérentes dont 90% de personnes trans[3]. Giovanna Rincon est aujourd'hui salariée à mi-temps de l'association comme directrice.

Hélène Hazera dit de Giovanna Rincon que « ce qui la résume c’est le courage, la ténacité et le sens de l’égalité »[1].

Prises de position[modifier | modifier le code]

En 2021, sur le lieu de l'assassinat de Jessyca Sarmiento.

Elle s'implique contre la loi de pénalisation des clients de prostituées, entrée en vigueur en 2016[15], dont elle pense qu'elle mène les travailleuses du sexe vers plus de précarité, plus de risque d’infection au VIH[9], et plus de violences subies[11],[16] (voir l'article Propositions françaises de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution pour plus de détails). Ces violences ont été mortelles pour Vanesa Campos en 2018[17], et Jessyca Sarmiento en 2020[18]; Giovanna Rincon considère que la loi « est à 100% responsable de la mort de Vanesa »[19] mais ni Marlène Schiappa ni le gouvernement ne réagissent aux interpellations sur ce sujet[20].

Elle est souvent interrogée pour commenter l'actualité liée aux droits des personnes trans, qu'il s'agisse de la dépathologisation des transidentités par l'OMS[21], des agressions ou meurtres de personnes trans[22],[23] et plus généralement de la transphobie dans l'espace public[6],[24], des revendications portées à l'occasion de la manifestation Existrans[25],[26],[27], de la lutte contre le VIH[28],[9],[29]etc.

Elle insiste pour que sur toutes ces questions, la parole des personnes directement concernées soit écoutée[30].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Tribunes remarquées[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Xavier Héraud, « Giovanna Rincon, femme debout », sur Yagg, (consulté le 15 juin 2019)
  2. a b c et d Florian Bardou, « En France, Giovanna Rincon en résistrans », Libération, (consulté le 28 juin 2019)
  3. a b c d e f g h i j et k Hélène Hazera, « Bogota-Paris, portrait d'une présidente Trans » (version du 18 janvier 2014 sur l'Internet Archive) sur le site Minorités.
  4. a b c d e f et g Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (1/4) : Histoire inédite d'une mobilisation », LSD, La Série Documentaire, France Culture,‎ (écouter en ligne) À partir de la minute 35.
  5. Giovanna Rincon: "À l'école, dans la rue, dans ma famille, tout a basculé pour moi quand je suis devenue une femme transgenre".
  6. a b et c Giovanna Rincon: "Pouvoir sortir dans la rue en sécurité, est-ce trop demander pour les femmes trans?".
  7. a et b Florent Manelli 2019.
  8. « VIH : « Beaucoup de séropositifs vivent dans l’isolement affectif le plus total » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 16 juin 2019)
  9. a b c et d Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (4/4) : Libertés, égalité, transidentités », France Culture,‎ (écouter en ligne)
  10. « Du Fhar aux collectifs queers et racisés, 50 ans de mobilisation associative LGBT+ en France », sur KOMITID, (consulté le 1er novembre 2019)
  11. a et b Anaïs Giroux, « Le rôle de la médiation de santé est aujourd’hui mis à l’honneur ! », sur Corevih IDF Nord, (consulté le 15 juin 2019)
  12. « Les personnes transgenres s'émancipent à la piscine », sur Les Inrocks (consulté le 16 juin 2019)
  13. Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (3/4) : Uniques en leur genre », France Culture,‎ (écouter en ligne)
  14. « Reportage: Une piscine pour tout.e.s, qui «ose le genre» », sur Yagg, (consulté le 18 juin 2019)
  15. « Prostitution : le Parlement adopte définitivement la pénalisation des clients », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 16 juin 2019)
  16. Effet de la pénalisation de la prostitution sur la précarisation des travailleuses du sexe
  17. Meurtre de Vanesa Campos
  18. Cassandre Leray, « Hommage à Jessyca Sarmiento : «Une mort injuste dans une société transphobe et putophobe» », sur Libération.fr, (consulté le 15 novembre 2020)
  19. Le Point magazine, « Meurtre de Vanesa Campos: les associations dénoncent une "responsabilité" politique », sur Le Point, (consulté le 15 juin 2019)
  20. « Giovanna Rincon : "Marlène Schiappa n'a aucune réponse sur l'assassinat de Jessyca" », sur TÊTU, (consulté le 25 avril 2020)
  21. Brune Du Marais, « Giovanna Rincon : «Il ne faut pas oublier toutes les victimes trans de la pathologisation» », Libération, (consulté le 15 juin 2019)
  22. Clara Robert-Motta, « Il faut briser une fois pour toutes cette normalisation de la transphobie », sur Les Inrocks (consulté le 15 juin 2019)
  23. Cases Rebelles, « Giovanna Rincon : « Jessyca était une très très belle personne. » », sur CASES REBELLES, (consulté le 29 février 2020)
  24. Virginie Ballet, « Transphobie : une violence au quotidien et à tous les niveaux », Libération, (consulté le 1er mars 2020)
  25. Louise Fessard, « Marche Existrans à Paris: «Lutter contre la transphobie, c’est une démarche qui peut bénéficier à toute la société» », sur Mediapart (consulté le 15 juin 2019)
  26. « Trans et intersexes mobilisés contre les interventions chirurgicales non consenties », Le Parisien, (consulté le 15 juin 2019)
  27. Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (2/4) : Sous le joug médical : l'invention d'un symptôme », France Culture,‎ (écouter en ligne)
  28. (en) « Giovanna Rincon : « Health is above all a question of rights! » », sur Paris Community Declaration, (consulté le 15 juin 2019)
  29. « «Mon engagement dans la lutte contre le sida est avant tout lié à mon histoire», par Giovanna Rincon », sur Yagg, (consulté le 18 juin 2019)
  30. LE MONDE DE ROSE, « Giovanna Rincon de Acceptess-T - PAROLES D'ENGAGÉS 11 » [vidéo], sur YouTube, (consulté le 16 juin 2019)
  31. « Giovanna Rincon, Prix du Jury des initiatives contre l'homophobie et la transphobie pour son association Acceptess Transgenre » [vidéo], sur Dailymotion (consulté le 15 juin 2019)
  32. « Prix 2015 « Initiatives contre l’homophobie et la transphobie » », sur justice.gouv.fr (consulté le 17 juin 2019)
  33. « Prix du Refuge / Institut Randstadt pour Les Funambules et Acceptess-T, en présence de Christiane Taubira », sur Yagg, (consulté le 18 juin 2019)
  34. a et b « Elle a remporté l'Out d'or du coup de gueule pour son témoignage sur l'insécurité des femmes trans », sur Le Huffington Post, (consulté le 15 juin 2019)
  35. Anaïs Moran, « «Out d’or» 2018 : et les lauréats sont... », Libération, (consulté le 15 juin 2019)
  36. « 3 questions à Florent Manelli, auteur et illustrateur de « 40 LGBT+ qui ont changé le monde » », sur KOMITID, (consulté le 1er janvier 2021)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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