Giovanna Rincon

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Giovanna Rincon
MARCHE EXISTRANS. ACCEPTESS-T 2011.jpeg
Giovanna Rincon (à gauche) et d’autres militants d’Acceptess-T à la marche Existrans en 2011
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Giovanna Rincon est une militante pour les droits des personnes trans, née à Bogotá et vivant désormais à Paris. Elle est co-porte-parole de la Fédération Trans et Intersexes et du STRASS, directrice de l'association Acceptess-T, et vice-présidente du CoreVIH en Île-de-France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est née en 1969 à Bogotá en Colombie dans une famille qu'elle qualifie de « difficile »[1] et de « très pauvre »[2]. Son père était cordonnier, sa mère femme au foyer[3]. Dans des magazines people, elle découvre les histoires de certaines femmes trans, la brésilienne Roberta Close (en) et l’italienne Eva Robin's[3],[4]. Dans un témoignage vidéo publié à l'occasion de la journée IDAHOT 2018[5], elle explique comment tout a basculé pour elle vers 12 ans, quand elle a commencé à revendiquer son identité féminine[6]. Elle s'administre une hormonothérapie sauvage à base de pilules contraceptives et passe huit mois à la rue[1],[3],[4]. Elle met entre parenthèse sa transition parce que son amoureux ne l'accepte pas en tant que femme. À 15 ans et demi, elle monte son salon de coiffure[4] et se réconcilie avec sa famille, dont elle devient le principal soutien financier[1],[3]. Deux ans plus tard, elle rompt avec son copain, et fait son coming out trans auprès de sa famille, dont elle est violemment rejetée[1],[3].

À 20 ans elle découvre sa séropositivité[4]; elle raconte qu’un homme lui a dit « tu dois continuer à aimer et à te laisser aimer » et qu’à cette époque où il n’existait encore aucun médicament contre le VIH, « ces mots ont été un vaccin »[7]. Elle vend son salon de coiffure et en elle part pour l'Italie, à Rome, où elle subit racisme, transphobie, sérophobie, et violences policières[2]. Elle s'y prostitue et commence à militer auprès des femmes trans prostituées[1],[3],[4],[2]. En 1998, les premiers traitements contre le VIH sont découverts mais ils ne sont pas accessibles aux personnes sans-papiers[3]. Elle rejoint une association pour les droits des personnes prostituées au nord de l’Italie[1],[4]; elle explique: « Ce qui a animé mon militantisme, c’est le manque : le manque d’amour, d’argent et d’un toit »[2].

En , elle amène à Paris une amie d'enfance en phase terminale du SIDA[3] pour la faire soigner à l'Hôpital de la Salpêtrière[4], et rencontre les militantes de l'association PASTT, qu'elle rejoint. Victime du durcissement de la législation italienne à l’encontre des migrants, elle s'installe définitivement à Paris[8].

En , elle prend ses distances avec le PASTT[3], et avec trois autres militantes de cette association, elle crée Acceptess-T, une association d'accompagnement des personnes trans, migrantes, travailleuses du sexe, et séropositives[9]. Le but de l'association est de favoriser l'émancipation des femmes trans en difficulté, en les aidant à apprendre le français[8] (« la langue française, autant que le langage administratif »[3]), à trouver des ressources financières et à faire respecter leurs droits fondamentaux tels que l'accès aux soins[10], à participer à des activités sportives[11],[12],[13]etc. Un an plus tard, l'association compte 180 adhérentes dont 90% de personnes trans[3]. Giovanna Rincon est aujourd'hui salariée à mi-temps de l'association comme directrice.

Hélène Hazera dit de Giovanna Rincon que « ce qui la résume c’est le courage, la ténacité et le sens de l’égalité »[1].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Elle s'implique contre la loi de pénalisation des clients de prostituées, entrée en vigueur en 2016[14], dont elle pense qu'elle mène les travailleuses du sexe vers plus de précarité, plus de risque d’infection au VIH[8], et plus de violences subies[10],[15],[16] (voir l'article Propositions françaises de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution pour plus de détails). Ces violences ont été mortelles pour Vanesa Campos en 2018[17],[18], et Giovanna Rincon dira que la loi « est à 100% responsable de la mort de Vanesa »[19],[20].

Elle est souvent interrogée pour commenter l'actualité liée aux droits des personnes trans, qu'il s'agisse de la dépathologisation des transidentités par l'OMS[21], de l'agression en public d'une personne trans le à Paris[22] et plus généralement de la transphobie dans l'espace public[6], des revendications portées à l'occasion de la manifestation Existrans[23],[24],[25], de la lutte contre le VIH[26],[8],[27]etc.

Elle insiste pour que sur toutes ces questions, la parole des personnes directement concernées soit écoutée[28].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Tribunes remarquées[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Xavier Héraud, « Giovanna Rincon, femme debout », sur Yagg, (consulté le 15 juin 2019)
  2. a b c et d Florian Bardou, « En France, Giovanna Rincon en résistrans », Libération, (consulté le 28 juin 2019)
  3. a b c d e f g h i j et k Hélène Hazera, « Bogota-Paris, portrait d'une présidente Trans » (version du 18 janvier 2014 sur l'Internet Archive) sur le site Minorités.
  4. a b c d e f et g Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (1/4) : Histoire inédite d'une mobilisation », LSD, La Série Documentaire, France Culture,‎ (écouter en ligne) A partir de la minute 35.
  5. Giovanna Rincon: "À l'école, dans la rue, dans ma famille, tout a basculé pour moi quand je suis devenue une femme transgenre".
  6. a b et c Giovanna Rincon: "Pouvoir sortir dans la rue en sécurité, est-ce trop demander pour les femmes trans?".
  7. « VIH : « Beaucoup de séropositifs vivent dans l’isolement affectif le plus total » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 16 juin 2019)
  8. a b c et d Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (4/4) : Libertés, égalité, transidentités », France Culture,‎ (écouter en ligne)
  9. « Du Fhar aux collectifs queers et racisés, 50 ans de mobilisation associative LGBT+ en France », sur KOMITID, (consulté le 1er novembre 2019)
  10. a et b Anaïs Giroux, « Le rôle de la médiation de santé est aujourd’hui mis à l’honneur ! », sur Corevih IDF Nord, (consulté le 15 juin 2019)
  11. « Les personnes transgenres s'émancipent à la piscine », sur Les Inrocks (consulté le 16 juin 2019)
  12. Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (3/4) : Uniques en leur genre », France Culture,‎ (écouter en ligne)
  13. « Reportage: Une piscine pour tout.e.s, qui «ose le genre» », sur Yagg, (consulté le 18 juin 2019)
  14. « Prostitution : le Parlement adopte définitivement la pénalisation des clients », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 16 juin 2019)
  15. (en-US) Sirin Kale et Frankie Mullin, « A Migrant Trans Sex Worker's Murder Has Set Off Protests Around the World », sur Vice, (consulté le 15 juin 2019)
  16. « Loi sur la prostitution: treize associations dénoncent un texte "essentiellement répressif" », France 3 Paris Ile-de-France, (consulté le 16 juin 2019)
  17. « Meurtre de Vanesa Campos : «Ils ont instauré un climat de terreur» », Libération, (consulté le 17 juin 2019)
  18. « Entre douleur et détermination, quelques centaines de personnes ont rendu hommage à Vanesa Campos », sur KOMITID, (consulté le 15 juin 2019)
  19. « Paris : 5 suspects écroués pour le meurtre d'une prostituée transsexuelle », sur FIGARO, (consulté le 15 juin 2019)
  20. Le Point magazine, « Meurtre de Vanesa Campos: les associations dénoncent une "responsabilité" politique », sur Le Point, (consulté le 15 juin 2019)
  21. Brune Du Marais, « Giovanna Rincon : «Il ne faut pas oublier toutes les victimes trans de la pathologisation» », Libération, (consulté le 15 juin 2019)
  22. Clara Robert-Motta, « Il faut briser une fois pour toute cette normalisation de la transphobie », sur Les Inrocks (consulté le 15 juin 2019)
  23. Louise Fessard, « Marche Existrans à Paris: «Lutter contre la transphobie, c’est une démarche qui peut bénéficier à toute la société» », sur Mediapart (consulté le 15 juin 2019)
  24. « Trans et intersexes mobilisés contre les interventions chirurgicales non consenties », Le Parisien, (consulté le 15 juin 2019)
  25. Perrine Kervran, « Les transidentités, racontées par les trans (2/4) : Sous le joug médical : l'invention d'un symptôme », France Culture,‎ (écouter en ligne)
  26. (en) « Giovanna Rincon : « Health is above all a question of rights! » », sur Paris Community Declaration, (consulté le 15 juin 2019)
  27. « «Mon engagement dans la lutte contre le sida est avant tout lié à mon histoire», par Giovanna Rincon », sur Yagg, (consulté le 18 juin 2019)
  28. LE MONDE DE ROSE, « Giovanna Rincon de Acceptess-T - PAROLES D'ENGAGÉS 11 » [vidéo], sur YouTube, (consulté le 16 juin 2019)
  29. « Giovanna Rincon, Prix du Jury des initiatives contre l'homophobie et la transphobie pour son association Acceptess Transgenre » [vidéo], sur Dailymotion (consulté le 15 juin 2019)
  30. « Prix 2015 « Initiatives contre l’homophobie et la transphobie » », sur justice.gouv.fr (consulté le 17 juin 2019)
  31. « Prix du Refuge / Institut Randstadt pour Les Funambules et Acceptess-T, en présence de Christiane Taubira », sur Yagg, (consulté le 18 juin 2019)
  32. a et b « Elle a remporté l'Out d'or du coup de gueule pour son témoignage sur l'insécurité des femmes trans », sur Le Huffington Post, (consulté le 15 juin 2019)
  33. Anaïs Moran, « «Out d’or» 2018 : et les lauréats sont... », Libération, (consulté le 15 juin 2019)