Fuste (produit)

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Fuste dans la commune de Valberg (Alpes-Maritimes).

Une fuste est, selon Marie-France et Thierry Houdart, « une maison faite de bois bruts ou fûts, empilés et entrecroisés aux angles. »[1]. Leur méthode d'empilage fait appel non pas à la technique de calfatage mais à celle de l'emboîtement des fûts deux à deux en creusant une gorge qui épouse sur ses arêtes la forme du fût qu'elle recouvre[2].

Se revendiquant pionniers de ce mode de construction en France, les Houdart ont réalisé maisons d'habitation et bâtiments publics en mélèze des forêts de haute Corrèze et enseignent « l'art de la fuste » à des artisans et des autoconstructeurs lors de stages[3].

Dénomination[modifier | modifier le code]

Selon le glossaire du volume Dauphiné du Corpus de l'architecture rurale française, publié en 1977, « fuste » est la forme francisée de fusto, désignation en franco-provençal de l'étage en bois de la maison du Queyras (Hautes-Alpes) mais aussi de la grange en bois de l'ensemble du domaine dauphinois[4]. Dans son Vocabulaires et toponymie des pays de montagne, paru en 2006, Robert Luft définit la fuste comme superstructure d'une maison ou grange de montagne composée de poutres superposées[5].

En ancien moyen français, la fuste est une « pièce de bois » ou une « futaie » ; il s'agit d'un féminin à valeur collective tiré du pluriel de fustum « arbre », neutre refait sur le latin classique fustis, « bois coupé, pieu, bâton, trique » et « tige, tronc » en bas-latin[6],[7].

L'art de la fuste[modifier | modifier le code]

Maison moderne en rondins empilés dans le Vercors (2004).

Apparition[modifier | modifier le code]

Le terme « fuste », au sens nouveau de maison en rondins bruts[1], est apparu en 1995 avec la sortie du livre L'Art de la fuste. Apprentissage, de Marie-France et Thierry Houdart, créateurs, en 1980, d'une entreprise artisanale de construction de maisons en bois brut.

En France, les Houdart ont travaillé à la rédaction de cet ouvrage technique composé de plusieurs cahiers pour susciter une génération de « fustiers » et d'autoconstructeurs. L'objet de leur travail et d'apprendre au public ce qu'est une « fuste moderne » et de transmettre ce qu'ils appellent l'« art de la fuste » (c'est-à-dire la technique de la fuste) aux constructeurs de maisons en fûts empilés [8].

Vulgarisation[modifier | modifier le code]

Ces auteurs donnent le nom de « fustier » aux particuliers ayant suivi la formation qu'ils proposent à l'« École de la fuste » en Corrèze pour apprendre à concevoir et à réaliser maisons et mobiliers en rondins. Chaque maison est construite d'abord chez le fustier puis démontée, transportée et remontée chez le client[9]. En 2012, ils étaient une cinquantaine en France[10].

Les artisans fustiers se sont regroupés dans une fédération afin de partager leurs connaissances et de définir l'état de l'art en matière de construction en fuste[11].

Mode constructif[modifier | modifier le code]

La « fuste » relève de la construction en bois massif ou bois empilés, elle fait appel à la technique d’empilage de grumes écorcées mais non calibrées, avec un contre-profil pour assurer l’étanchéité[12].

La « fuste moderne » est considérée par le Centre scientifique et technique du bâtiment comme une construction traditionnelle ne relevant pas de règles codifiées[réf. nécessaire]. Le DTU 31.2 ne s'applique pas à la fuste[13].

Matériau[modifier | modifier le code]

Le matériau mis en œuvre est le fût ou tronc d'arbre simplement écorcé, utilisé dans des longueurs pouvant atteindre 11 mètres et des diamètres de 25 à 40 cm, voire plus[2],[14].

Les essences utilisées sont essentiellement le douglas, le mélèze, l'épicéa des forêts locales. Les résineux sont choisis pour leur aspect rectiligne.

Outillage[modifier | modifier le code]

Le compas à double niveau est l'outil indispensable qui permet d'ajuster la forme du fût du dessus sur celle du fût du dessous[15].

Façonnage[modifier | modifier le code]

Le façonnage est effectué en grande partie à la tronçonneuse[16]. Les joints de butyl ou de caoutchouc assurent l'étanchéité thermique. D'autres isolants écologiques comme la laine de mouton ou le chanvre peuvent être utilisés pour jointer.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'art de la fuste est un avatar moderne de techniques anciennes du travail et de mise en œuvre du bois largement utilisées dans les pays nordiques, la Russie, le Canada et les États-Unis[17],[18],[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « L'art de la fuste », sur boisbrut.free.fr. Site de Marie-France et Thierry Houdart : « Le mot “fuste” désigne traditionnellement les maisons faites de bois bruts ou fûts, empilés et entrecroisés aux angles. »
  2. a et b Thierry Houdart, La sélection du bois dans la construction en bois massif. Technique des fustes en rondins brut ajustés, in C. Alix, H. Guiot (dir.), Au fil du bois : définition des critères de sélection des bois d'œuvre, Cahier des thèmes transversaux ArScan 2001-2002, pp. 164-171.
  3. L'Art de la fuste, op. cit. : « Les auteurs, Thierry et Marie-France Houdart, ont été les pionniers du renouveau de cette technique en France, en créant en Corrèze, en 1980, l'entreprise artisanale de construction de maisons en bois brut “Les Bois de la Combe Noire”. Ils ont une expérience de construction de plus de 30 ans et ont réalisé, dans toute la France, maisons d'habitation et bâtiments publics, construits uniquement en mélèze des forêts de Haute-Corrèze et enseignent ce mode de construction depuis 10 ans. »
  4. « Glossaire des termes utilisés dans le texte », p. 70-72, dans Henri Raulin, volume Dauphiné du Corpus de l'architecture rurale française, Berger-Levrault, 1977, p. 71.
  5. Robert Luft, VOCABULAIRES et TOPONYMIE des pays de MONTAGNE, Nice, Club alpin français de Nice - Mecantour, , 124 p., p. 66.
  6. Rubrique Fuste, CNRTL.
  7. Rubrique Fût, CNRTL.
  8. Marie-France et Thierry Houdart, L'art de la Fuste, Cahier 1, Maiade, , 100 p. (ISBN 978-2-9517987-5-5), p. 6.
  9. Alexandre Merlingeas, « La « fuste » ou maison en rondins », La Vie charentaise, .
  10. « Franck Dubois, fustier par passion », larep.fr, .
  11. « La fédération - Fédération des Artisans Fustiers - constructeurs de fuste », sur www.federation-artisans-fustiers.fr (consulté le ).
  12. Thierry Paradis, Roger Deloison, François Maréchaux, Claude Monnier et Jean-Paul Lego, Le bois dans la construction (lire en ligne), p. 82, section « Les constructions en bois massif ou bois empilés ».
  13. DTU est un sigle formé des initiales de Document technique unifié. Un DTU est un cahier de clauses techniques types qui sont contractuellement applicables aux marchés de travaux du bâtiment.
  14. Fabienne Python, « Château-Gaillard. Il se lance dans la construction de maisons bois en fuste », sur www.leprogres.fr, (consulté le ).
  15. Mylène Baganas et Michel Portier, « Cabanes des Combrailles : qu'est ce qu'une fuste ? », sur France Bleu, (consulté le ).
  16. « Montcuq. Visite d'une maison fuste avec Quercy Energies », sur ladepeche.fr, (consulté le ).
  17. « Definition : FUSTE - Fédération des Artisans Fustiers - constructeurs de fuste », sur www.federation-artisans-fustiers.fr (consulté le ).
  18. Olivier Bouras, « Ecologie. Champagney : un stage pour construire sa maison en rondins », sur www.estrepublicain.fr (consulté le )
  19. Fabien Pont, « Les fustes connaissent un véritable renouveau », sur SudOuest.fr (consulté le ).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-France Houdart et Thierry Houdart, L'Art de la fuste, Bois sacré, (ISBN 2-9509925-3-6).
  • L'art de la fuste, t. 1, Découvrir la construction en bois brut, coll. « Bois brut », Éditions Maïade, 2004, 100 p.
  • L'art de la fuste, t. 2, Apprentissage - Premières entailles, coll. « Bois brut », Éditions Maïade, 104 p.
  • L'art de la fuste, t. 3, Conception et plans, coll. « Bois brut », Éditions Maïade, 2007, 144 p.
  • L'art de la fuste, t. 4, Maîtriser la technique, coll. « Bois brut », Éditions Maïade, 2011, 168 p.
  • André Julien, La maison de bois rond, Éditions de Mortagne, 1985 (ISBN 2-89074-198-2)
  • (en) Bernard Allan Mackie, Building with logs, Firefly Books Ltd, 1997 (ISBN 1-55209-102-3)
  • (fi) Risto Vuolle-Apiala, Hirsitalo, Rakennusalan Kustantajat RAK, 1996 (ISBN 952-9687-85-0)
  • (fi) Risto Vuolle-Apiala, Hirsityöt, Gummerus Kirjapaino Oy, 1999 (ISBN 951-664-026-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]