Construction en bois massif empilé

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Maison en rondins empilés, Bavière
Grenier en rondins empilés, construit au Moyen Âge (1193), Rollag, Norvège
Maison en rondins empilés, Japon

La construction en bois massif empilé est un système constructif en bois, faisant usage de troncs, rondins ou madriers de bois massifs. Ce système constructif emploie des grumes écorcées et ajustées les unes aux autres, dont le diamètre fait généralement entre 25 et 35 cm[1]. C'est selon Eugène Viollet-le-Duc, avec la charpente l'autre manière principale de construire en bois[2]. On peut distinguer plusieurs manières de construire traditionnelles principales:

  • avec des troncs d'arbres, rondins entaillés et entrelacés à leurs extrémités. La technique la plus élémentaire n'emploie que la hache comme outil (cabane en rondins);
  • avec des madriers ou poutres empilés entrelacés à leurs extrémités selon des assemblages savants: mi-bois, queue d’aronde. Dans l'Azekura-zukuri japonais, les poutres sont de section triangulaire;
  • avec des poteaux rainurés entre lesquels des éléments de poutre tenonnés sont insérés pour former les murs (Pièce-sur-pièce à coulisse).

La technique moderne permet d'usiner les pièces en des profils sophistiqués dans lesquels on pourra encore reconnaître les différents types originaux.

Dénominations[modifier | modifier le code]

Pour la technique rudimentaire à rondins empilés et entrelacés:

Pour les techniques à madriers ou à poutres empilés et entrelacés:

  • Français: maison de madriers[3]; construction à empilage;
  • anglais: plank house.

Pour la technique à poteaux rainurés et planches tenonnées:

  • Français: pièce sur pièce[3]; pièce sur pièce poteaux et pièce coulissante; pièce sur pièce en coulisse; poteaux et pièce coulissante; pièces sur pièces, poiteau cannale[4] poteaux sur soles[5];
  • anglais: piece on piece; plank house[3]; section plank wall[6]; corner-post log construction; corner posting technique; corner postin[7]; post cornering; post and log; post and panel; Red River frame; Hudson’s Bay style, Hudson’s Bay corners; Rocky Mountain frame; Manitoba Frame, “Métis” style; “French” style; slotted post construction; grooved post[8]; post and fill[8]; panel construction; section panel; running mortise and tenon (ou tongue); Bole house (Possible traduction du suédois bulhus);
  • allemand (incluant le sud de l'Allemagne, Suisse, et Autriche): blockstanderbau , standerblockbau, ständerbohlenbau, bohlenständerbau , et parfois bohlenwand;
  • polonais: Konstrukcja sumikowo-latkowej, Konstrukcja sumikowo-łątkowa;
  • danois: bulhus (maison de planche);
  • suédois: Skiftesverk
  • norvégien: sleppevegg; lavegg

Extension[modifier | modifier le code]

Schweizerhaus, Klein Glienicke (Berlin) Ferdinand von Arnim, Style Chalet, 1867

Ce type de construction, récemment remis au goût du jour, fut largement utilisé dans les Alpes françaises, autrichiennes, et suisses ainsi que dans le nord de l'Europe.

Le meilleur réservoir de savoir-faire en matière de construction en rondins empilés est l'Estonie et les pays nordiques au sens large (Suède, Finlande, Norvège sans oublier le Canada et l'Alaska), où elle a toujours été pratiquée avec de nombreuses variantes dans les entailles, les modes de calfeutrage, les entourages de fenêtres, etc.

Intérêt écologique[modifier | modifier le code]

Dans la mesure où les essences employées sont locales, où les processus de transformation sont peu voraces en énergie et non polluants, les systèmes de préservation du bois sont inoffensifs pour l'environnement, une construction en rondins de bois est écologique. Toutefois, le système est à lui seul très difficilement capable d'assurer l'isolation thermique (la conductivité thermique du bois=0,15 à 0,20, est des plus moyennes) et l'étanchéité à l'air du bâtiment. Ce qu'on gagne en énergie grise, se perd éventuellement en énergie dépensée pour le chauffage. De plus le bois n'est pas suffisamment assez lourd pour permettre d'avoir une bonne inertie thermique[réf. nécessaire].

Dans les pays ou ce système a été importé, pour s'accorder aux exigences d'isolation et urbanistiques locales, le système est souvent dédoublé par un parement plus mince, ou une peau extérieure en matériaux locaux (brique, etc.) et l'interstice rempli d'isolant[9] (mur creux). Dans l'édification du bâtiment, on ne prend alors en considération que le fait que les matériaux vont se tasser de manière différenciée.

Préfabrication[modifier | modifier le code]

Le système autorise une préfabrication poussée et un montage rapide, éventuellement en autoconstruction.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Détails d'angle[modifier | modifier le code]

Colmatage[modifier | modifier le code]

Profils[modifier | modifier le code]

Les bois d’œuvre sont typiquement des rondins écorcés, bois rond éventuellement équarris auquel cas ils prennent le nom de poutre ou de madrier. A cela s'ajoute une grande variété de profils :

  • profil en forme de D : plat à l'intérieur et rond à l'extérieur ;
  • profils entièrement rond ;
  • profils carrés : usinées avec une gorge qui peut être calfeutrée ;
  • profil scandinave : rainure en demi-lune.

Presque tous les rondins profilés sont assemblés par rainure et languette, ce qui élimine la nécessité du colmatage.

Ancienneté[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Une tradition exogène?[modifier | modifier le code]

Dans Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle[10]:

« On ne saurait donner le nom de pan de bois aux empilages horizontaux de troncs d’arbres équarris; cette sorte de structure n’appartient pas à l’art du charpentier; on ne la voit employée que chez certains peuples, et jamais elle ne fut admise sur le territoire de la France, à dater de l’époque gallo-romaine. Les Gaulois, au dire de César, élevaient quelques constructions, notamment des murs de défense, au moyen de longrines de bois alternées avec des pierres et des traverses ; mais il ne paraît pas que cette méthode ait été employée pendant le Moyen Âge, et elle n’a aucun rapport avec ce que nous appelons un pan de bois. »

Tradition du Lot-et-Garonne et de la Dordogne[modifier | modifier le code]

Il existe, aux confins du Lot-et-Garonne et de la Dordogne, un isolat de maisons bâties par empilage, sur la tranche, d'épais madriers sciés. Ces maisons sont de petits rectangles sans étage, à façade en gouttereau sous toit surbaissé de tuiles-canal ou toit aigu en tuiles plates. Leur origine reste incertaine (maisons de défricheurs du XVIIe siècle, maisons plus tardives de bûcherons ou de scieurs de long ?)[11].

Tradition des Hautes-Alpes[modifier | modifier le code]

Construction en rondins de bois (Fusto) à Saint-Véran, Hautes-Alpes, France

Les maisons anciennes à Saint-Véran dans les Hautes-Alpes ont un plan particulier adapté à la vie montagnarde. Le rez-de-chaussée, en partie enterré, est construit en murs de pierre de 50 à 70 cm d'épaisseur tandis que la partie supérieure, à usage de grange, dite la fusto, est faite de longs troncs de mélèze empilés croisés aux angles, le tout sous un toit de bardeaux en mélèze. La fusto comprend deux volumes séparés par une cloison de même nature, et une série de balcons superposés destinés au séchage des récoltes. La charpente de la fusto se réduit à des pannes encastrées dans les murs pignons et sur lesquelles viennent se fixer les planches de mélèze d'une portée de 2 mètres. La pente des deux versants supérieurs est de l'ordre de 35 degrés[12]. À partir des années 1990, le terme français de « fuste » a été appliqué par un couple d'artisans charpentiers, Marie-France et Thierry Houdart, à la maison en rondins empilés dont ils proposaient la construction[13],[14].

En Russie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Isba.

En Pologne[modifier | modifier le code]

En Scandinavie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : no:Loft et Stabbur.
Stabbur « Loft » en Norvège

En Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Lower Swedish Cabin (en), Drexel Hill, Pennsylvanie. L'une des plus anciennes cabanes en rondins aux États-Unis.
Maison natale d'Abraham Lincoln dans le Kentucky aux États-Unis

En Amérique du Nord, la technique par empilement de tronc équarris suivant un plan rectangulaire rudimentaire et simple a été utilisée couramment par les colons qui avaient apporté cette technique d'Europe. Une autre technique qui emploie des troncs d'arbres empilés, leurs extrémités entaillées et entrelacées s'est développée début XVIIIe siècle, importée par les colons suédois. Une technique présente au Canada, emploie des poteaux rainurés entre lesquels des madriers horizontaux tenonnés forment les murs.

En 1960, Richard W. Hale dans son ouvrage The French Side of the ‘Log Cabin Myth’[15] décrit et documente une tradition française de la construction en rondin de bois en Amérique du Nord. Il qualifie la technique qui fait usage de poteaux rainurés et de bois horizontaux tenonnés (grooved post with horizontal tenoned wall logs) de « poteaux sur soles », ainsi que la technique à extrémités entaillées et entrecroisés (interlocking notched corners) qu'il qualifie de « pièce sur pièce ». L'objectif de Hale est de soutenir l'affirmation d'Harold Shurtleff dans son ouvrage The Log Cabin Myth[16]) selon laquelle la méthode de constructions en rondin (log building methods) n'est pas américaines mais a des origines européennes; Hale ajoute une composante française au débat lancé par Shurtleff sur l'importance des Suédois du Delaware dans la genèse du modèle à partir du XVIIIe siècle seulement. Il ne fut en effet pas employé par les Hollandais en Nouvelle-Néerlande, ni par les Français au Canada et il était inconnu des Indiens. La cabane en rondins (log cabin) est dit-il une forme de construction supérieure pour une société de pionniers. Elles ne présente pas de difficultés particulière, et elle peut-être construite rapidement par un cercle de voisins, hors de quelques troncs de pins ou de pruche qui sont légion dans le Nord. Elle ne requiert pas d'autre outils qu'une hache. Toutefois, c'est ce que veut démontrer Shurtleff, elle était malheureusement inconnue des premiers colons qui construisirent des prisons en troncs équarris (Log huwn square, soit des madriers), entrelacés à leurs extrémités par de savants assemblages à mi-bois (Lap joint) ou à queue d'aronde (Dovetail joint), ce qui exige en matière d'outillage, plus qu’une simple hache. La cabane de rondin aurait donc été introduite par les Suédois lorsqu'ils s'implantèrent dans le Dalaware en 1638. Cette manière de construire aurait été communiquée aux colons allemands, quoique cette technique ne devait pas leur être inconnue puisque présente à cette époque dans certaines régions d'Allemagne et de Suisse. Ce sont les Scotch-Irish Americans (en) qui popularisent son usage dans la communauté anglo-saxonne car venu de pays où la manière d'habiter est plus rudimentaire, ils se satisfirent de cette construction. Ce sont eux qui en firent un symbole de l'American pioneer (en). La log cabine devient un argument de campagne du président William Henry Harrison lorsque son adversaire affirme qu'il ne mérite pas la Maison-Blanche ce qui achève de forger le mythe. La log cabin est alors associées à toutes les valeurs de la société américaine[17].

La cabane en rondin est présente dans la littérature, elle est le support au récit de Laura Ingalls Wilder, dans La petite maison dans les grands bois (1932) suivi de La Petite Maison dans la prairie (1935). Elle est poussée dans l'arène, attaquée par les sioux dans le Buffalo Bill's Wild West (1882-1913) de William Frederick Cody[18].

Culture du Midland (Pennsylvanie)[modifier | modifier le code]

La Culture du Midland possède des caractéristiques particulières dont la multiplicité dénote une solide phase pionnière[19]:

  • Utilisation de bois ronds ou taillés recto-verso avec arrondi supérieur et bas gauche. Les bois taillés fournissent un plus grand espace intérieur que les bois ronds;
  • les bois demi-ronds;
  • les planches de bois taillées allant de modéré à mince;
  • l'espace entre les bûches (chink) rempli ou non d'une variété de matériaux (appelés chinking);Il n'y a pas de chink dans les bâtiments de bûches britanniques comme les blockhaus et les maisons de garnison;
  • types d'entailles (manières dont les bois sont entrelacés aux angles); selle, V, demi-queue d'aronde, pleine queue d'aronde, carré, demi-encoche et diamant. Le poteau d'angle, bien que n'étant pas une encoche, est utilisé dans la culture du Midland;
  • le gable couvert ou non par des rondins;
  • la grange de la Pennsylvanie (en) (grange de talus, bank barn (en));
  • la grange à double corps (en); passage à ciel ouvert.

Les structures en rondins sont perdues à un taux estimé à 1/3 du nombre total restant tous les 25 à 30 ans. Elles ont meilleure chance de survie lorsqu'elles ont une utilité pour le propriétaire - comme une maison, une grange, un entrepôt ou une autre fonction ou valeur d'héritage familial.

Au Japon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Azekura-zukuri.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Construire avec le bois, Collection « techniques de conception », Le Moniteur, Paris 1999.
  2. Viollet 1877, p. 27.
  3. a, b et c David Hackett Fischer. Champlain's Dream. Simon and Schuster, 6 oct. 2009
  4. Brumbaugh, G. Edwin. “Colonial Architecture of the Pennsylvania Germans”, Pennsylvania German Society, Vol. 41. sur huntingdonhistoryresearchnetwork.net
  5. Hale, Richard W., Jr. “The French Side of the ‘Log Cabin Myth,’” Proceedings of the Massachusetts Historical Society, Vol. 72 (1957-1960), pp. 118-125.
  6. Utilisé par des chercheurs notables comme Harold Robert Shurtleff et Sigurd Emanuel Erixon
  7. Jordan, Terry G. American Log Buildings: An Old World Heritage. Chapel Hill: University of North Carolina, 1985. Biblio. Index.
  8. a et b Rempel, John I. Building with Wood and other aspects of nineteenth-century building in Central Canada. Toronto: University of Toronto. Rev. Ed., 1980.
  9. Jean-Pierre Oliva, L'isolation écologique, Terre vivante, Mens, 2001.
  10. Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, BANCE — MOREL, 1854 à 1868 ([[s:Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle|lire sur Wikisource]]), p. 37 (pan de bois)
  11. Comité du Pastourais, « Construction en empilage dans le Nord Agenais », in Bulletin du Pastourais, No 7, 1979.
  12. Henri Raulin, volume Dauphiné du Corpus de l'architecture rurale française, Berger-Levrault, 1977, pp. 51-52.
  13. www.segalart.fr, « La fuste - Fédération des Artisans Fustiers - constructeurs de fuste », sur www.federation-artisans-fustiers.fr (consulté le 13 juillet 2017)
  14. M.-F. et T. Houdart, L'art de la fuste, (ISBN 2-9509925-3-6).
  15. Hale, Richard W., Jr. « The French Side of the ‘Log Cabin Myth’ », Proceedings of the Massachusetts Historical Society, Vol. 72 (1957-1960), p. 118-125. huntingdonhistoryresearchnetwork.net
  16. Harold R. Shurtleff. The Log Cabin Myth: A Study of the Early Dwellings of the English Colonists in North America. P. Smith, 1939 - 243 pages. Cité sur huntingdonhistoryresearchnetwork.net
  17. Hugh Morrison. Early American Architecture: From the First Colonial Settlements to the National Period. Courier Corporation, 1952 - 619 pages. Lire en ligne
  18. Vandyk, E. Buffalo Bill's Wild West Show sur digital.denverlibrary.org
  19. Thomas M. Brandon. Log House Study. Log structures in western and central pennsylvania, sur huntingdonhistoryresearchnetwork.net

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Clémens, « Géographie historique de la maison à empilage en Agenais », dans Géographie historique du village et de la maison rurale, Actes du colloque de Bazas des 19-21 octobre 1978, Éd. du CNRS, 1980, p. 161-167.
  • Eugène Viollet-le-Duc, L'art russe : ses origines, ses éléments constitutifs, son apogée, son avenir., Vve A. Morel (Paris), (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]