Vallée-aux-Loups

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Vallée-aux-Loups
La maison de Chateaubriand.jpg
Présentation
Type
Statut patrimonial
Localisation
Pays
Région
Ile-de-France
Département
Hauts-de-Seine
Commune
Adresse
87 rue de Chateaubriand, Châtenay-MalabryVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
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La Vallée-aux-Loups est une propriété sise au 87, rue de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, au cœur du Val d’Aulnay, dans le parc de la Vallée-aux-Loups (Hauts-de-Seine). Elle est occupée par François-René de Chateaubriand de 1807 à 1818 et est protégée au titre des monuments historiques.

Devenue musée départemental sous le nom de Maison de Chateaubriand, elle propose des expositions temporaires, des spectacles, des visites guidées, des conférences ainsi que des rencontres-débats et est dotée d’une bibliothèque consacrée à Chateaubriand, au romantisme et au XIXe siècle français.

Historique[modifier | modifier le code]

La Maison de Chateaubriand photographiée par Eugène Atget en 1901.

La maison est construite à la fin du XVIIIe siècle par un riche brasseur, André-Arnoult Acloque[1].

Le , Chateaubriand fait l'acquisition du domaine de la Vallée-aux-Loups dans le hameau d'Aulnay, moyennant 20 000 francs, probablement grâce à un prêt de la comtesse de Choiseul-Beaupré[1].

Exilé de Paris par Napoléon Ier en raison de l'hostilité au Premier Empire qu'il exprime, à son retour de Terre Sainte en 1807, dans un article incendiaire du Mercure de France contre le despotisme, il se retire à la Vallée-aux-Loups où il rédige plusieurs de ses œuvres, en particulier Les Martyrs, Itinéraire de Paris à Jérusalem, Les Aventures du dernier Abencerage[2] et les Mémoires d'outre-tombe, dans la tour Velléda. Cette tour, construite à la fin du XVIIIe siècle, est nommée ainsi par lui d'après l'héroïne du roman Les Martyrs. L'écrivain y avait aménagé son bureau et sa bibliothèque.

Il fait encore aménager le domaine et crée le parc de la Vallée-aux-Loups sur 14 ha, le plantant, avec son épouse, de cèdres, de catalpas, de tulipiers, de cyprès et autres arbres exotiques[2].

La Tour Velléda, située dans le parc, où Chateaubriand aimait se réfugier pour écrire.

Après avoir perdu son poste de ministre d'État en 1816, Chateaubriand se trouve dans une situation financière catastrophique. Il doit alors vendre le domaine de la Vallée-aux-Loups qui est acheté par le duc de Montmorency, ami et créancier de Chateaubriand.

Le duc de Montmorency y fait construire une aile avec tourelle ainsi qu'une orangerie. En 1826, le domaine passe à sa fille, Élisabeth de Montmorency, mariée avec Sosthène I duc de La Rochefoucauld-Doudeauville, puis à leur fils, Sosthène II (1825-1908) qui y font d'importants aménagements. L'ensemble est vendu en 1910 par le fils de Sosthène II, Armand I duc de La Rochefoucauld-Doudeauville (1870-1963).

À partir de 1914, le domaine devient la propriété du docteur Henri le Savoureux (1881-1961), médecin aliéniste, qui y installe une maison de repos. Il fonde en 1929 la Société Chateaubriand qui y a toujours son siège social. Le docteur et sa femme reçoivent régulièrement à déjeuner de nombreuses personnalités du monde littéraire, artistique et scientifique : Anna de Noailles, Paul Valéry, Paul Léautaud, Julien Benda, l'abbé Mugnier, Jean Paulhan, le professeur Robert Debré (1882-1978) et d'autres[3].

Le , l'écrivain Jacques Rigaut s'y suicide d’une balle tirée en plein cœur[4].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le peintre Jean Fautrier trouve refuge dans la tour Velléda et y peint sa série de toiles des Otages alors qu'il entend les nazis fusiller des otages dans la vallée proche[N 1] au lieu dit L'Orme mort[5].

Paul Léautaud y meurt en 1956. Après la mort du docteur Le Savoureux, sa veuve poursuit son œuvre. En 1967, le domaine de la Vallée-aux-Loups est vendu au département de la Seine puis devient la propriété du conseil départemental des Hauts-de-Seine en 1987[6].

La Maison de Chateaubriand est désormais un musée départemental permettant de découvrir un mobilier d'époque et un fonds de documents sur Chateaubriand. Il y est exposé, en particulier, la méridienne qui a servi de siège à Madame Récamier pour son portrait par Jacques-Louis David en 1800.

Protection[modifier | modifier le code]

L'ensemble — comprenant les façades et toitures (ainsi que l'escalier intérieur et sa rampe), la tour Velléda et le parc — fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Le reste de la propriété — la maison, ainsi que l'aile du duc de Montmorency avec sa tourelle — fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [7].

Environnement[modifier | modifier le code]

À partir de 1986, le conseil général reprend les pépinières Croux situées à côté de la propriété et y aménage l'arboretum de la Vallée-aux-Loups en créant des jardins à thèmes liés à l'histoire ou à la topographie du site. L'arboretum, labellisé « jardin remarquable », présente une collection de plus de 500 espèces d'arbres et d'arbustes et comprend également l'Île Verte, une propriété ouverte au public.

Les expositions[modifier | modifier le code]

La Maison de Chateaubriand est aujourd'hui un musée.

La Maison de Chateaubriand[6] organise depuis 1989 des expositions destinées à mieux faire connaître celui qui fut son hôte illustre ainsi que l'époque à laquelle il vécut et qui a profondément nourri son œuvre. Ces expositions s'accompagnent à chaque fois de catalogues[8].

L'exposition du au [9], Portraits de l'époque romantique – Une passion de collectionneur[10], organisée par l'historien, collectionneur et professeur à la Sorbonne, Norbert de Beaulieu[11], réunit un ensemble important de dessins, de peintures et de miniatures d'artistes représentatifs de la peinture des salons et du goût pictural de l'époque. L'exposition reconstitue également un cabinet de collectionneur, afin de rappeler qu’il était courant à l'époque d’accumuler sur les murs un ensemble important de tableaux de formats et de sujets différents[12].

Une application gratuite pour iPad a également été développée à cette occasion. Elle peut être téléchargée sur itunes.apple.com et propose de découvrir l'exposition enrichie par les commentaires de l'audioguide.

Descriptif[modifier | modifier le code]

L'ensemble de la maison se compose de trois bâtiments.

  1. La maison Acloque, située au centre, date de 1783. Chateaubriand fait orner la façade d'un péristyle néo-classique dont le fronton triangulaire est soutenu par deux colonnes et deux cariatides[13]. Elle comprend au rez-de-chaussée en entrant : le grand vestibule avec l'escalier desservant l'étage, à gauche la salle à manger et à droite le grand salon. À l'étage, la chambre de Mme Récamier avec l'antichambre à gauche sur le palier, et la chambre de Chateaubriand à droite. Chateaubriand n'a connu que ce bâtiment.
  2. L'aile Montmorency, construite en 1818-1820, à droite de la maison Acloque comprend au rez-de-chaussée le salon bleu qui communique avec le grand salon, duquel on passe en allant à droite au salon des Floridiennes et au vestibule Montmorençy construit à l'emplacement d'un ancien petit appentis de Chateaubriand. En poursuivant sur la droite on passe au salon jaune qui communique à droite avec le petit cabinet. De ce bâtiment on peut gagner l'étage par un escalier à vis donnant sur un palier avec à droite la chambre de la nature. En sortant se trouve à gauche le salon Le Savoureux. La tourelle dite troubadour flanque cette aile.
  3. Le pavillon La Rochefoucauld est construit en 1860-1865. Ce bâtiment se situe à gauche de la maison Acloque pour faire le pendant à l'aile Montmorency. Le rez-de-chaussée comprend l'accueil du musée, la boutique et la bibliothèque. L'étage comprend également une partie de la bibliothèque et des bureaux.

Rez-de-chaussée[modifier | modifier le code]

Salle à manger[modifier | modifier le code]

La salle à manger a été le salon au temps de Chateaubriand. Les murs sont garnis d'un papier peint marbré blanc et vert, réplique d'un modèle des années 1810-1820 conservé dans les collections du musée des arts décoratifs de Paris. Cette pièce reçoit la lumière par deux ouvertures dont l'une donne sur le parc et l'autre sur le bois. Un poêle en faïence blanche identique à celui décrit dans l'inventaire de 1818 de Me Denis est placé dans cette pièce . On trouve dans cette pièce une console d'époque Empire. Les cache-pots en porcelaine de Paris sont un cadeau de Marie-Thérèse d'Angoulême à Mathieu de Montmorency en 1815, lorsque celui-ci est nommé par la cour chevalier d'honneur de la duchesse d'Angoulême.

Grand vestibule[modifier | modifier le code]

L'étage de cette maison n'est au départ desservi que par un escalier extérieur. Chateaubriand décida de faire de la pièce centrale de la maison un vestibule avec cet escalier à double branche, provenant d'un brick anglais. Les degrés de pierre sous les marches ont été dessinés par Chateaubriand et sont garnis de plantes verte et de fleurs en permanence. Le reste de la décoration de cette pièce : le fond treillagé de vert, les médaillons à l'antique, le chemin de tapis à feuillage et les vases en fonte style Wedgwood sont de la moitié du XIXe siècle.

Salon de compagnie[modifier | modifier le code]

Ancienne salle à manger de Chateaubriand, elle est tendu d'une toile peinte et glacée, dite de perse, à ramages provenant de la maison Braquenié, identique à celle à celle qui s'y trouvait au XIXe siècle. Le mobilier en érable moucheté est marqueté d'amarante, les objets d'art et le tapis datent de la Restauration. Le secrétaire suporte une pendule en bronze doré de 1830, dont les deux personnages cantonnant le cadran figurent Atala libérant Chactas. Sur le socle une vignette représente le père Aubry, missionnaire qui décide d'unir Atala et Chactas par les liens du mariage. De chaque côté de la fenêtre qui s'avance dans la façade se trouvent des tables-jardinières provenant de l'ancienne collection de la famille de Gramont.

Salon bleu[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Ducis, Les sœurs Allart (vers 1815), Maison de Chateaubriand.

Cette petite pièce, qui a été la cuisine et un petit office du temps de Chateaubriand, a été transformée en salon où l'on peut voir la célèbre méridienne sur laquelle Juliette Récamier a été peinte par David. Elle est encadrée de flambeaux d'époque Empire, ainsi que deux chaises décorées du chiffre de Mathieu de Montmorency. On peut voir également un portrait de Madame de Staël, ainsi que ceux d'Hortense Allart, de sa sœur Sophie de Québriac par Jean-Louis Ducis, Delphine de Custine), Natalie de Noailles et Claire de Duras ainsi que Céleste de Chateaubriand. La statuette en terre cuite représentant Velléda est l'œuvre du sculpteur Hippolyte Maindron.

Véranda ou salon des Floridiennes[modifier | modifier le code]

La véranda se situe dans une partie de l'aile ajoutée Mathieu de Montmorency en 1820. Elle abrite un exemplaire en terre cuite du Buste de Juliette Récamier par Joseph Chinard.

Vestibule Montmorency[modifier | modifier le code]

Les gravures décorant la pièce s'inspirent du roman Atala publié en 1801.

Salon jaune[modifier | modifier le code]

Le docteur Le Savoureux a aménagé son musée dans cette pièce. Le décor évoque par des gravures, dessins, caricatures, le monde politique dans lequel a évolué Chateaubriand. Le mobilier en place a appartenu à Mathieu de Montmorency : table-bureau, fauteuil en acajou à tête de lion, le lustre à quinquets en tôle peinte rouge et or. Le panneau séparant le salon du cabinet est orné de six médaillons en bronze patiné signés de David d'Angers et représentant Antoine-Athanase Royer-Collard, Jean-Jacques Ampère, Emmanuel de Pastoret), le maréchal Claude-Victor Perrin dit Victor, ami de Chateaubriand, Madame Amable Tastu et Félicité Robert de Lamennais.

Cabinet[modifier | modifier le code]

Dans la petite pièce du fond se trouve un billet de loterie manquée, organisée par Chateaubriand, ainsi que l'affiche de la vente publique de 1818.

Premier étage[modifier | modifier le code]

Chambre de la nature[modifier | modifier le code]

Ce nom est celui qui a été donné à cette pièce du temps de Mathieu de Montmorency ; elle sert de salle d'exposition. On peut y voir des lettres autographes de Chateaubriand écrites à la Vallée-aux-Loups et deux de ses plus importantes décorations : l'ordre du Saint-Esprit et l'ordre de Saint-Michel. De nombreuses gravures inspirées de son œuvre et deux assiettes en porcelaine de Sèvres lui ayant appartenu ornent les murs.

Salon Le Savoureux[modifier | modifier le code]

Dans cette véranda sont rassemblés quelques souvenirs du temps du docteur Le Savoureux : son portrait, des photographies prises dans la propriété en compagnie de ses amis dont Paul Léautaud, l'abbé Mugnier, ainsi que des pièces de sa collection.

Chambre de Madame Récamier[modifier | modifier le code]

Cette pièce se compose d'une antichambre et de la chambre qu'occupa Mme Récamier lors de ses nombreux séjours à la Vallée-aux-Loups entre 1818 et 1826. Le mobilier de style Charles X[14] est en érable moucheté. Une mousseline blanche s'étend au dessus du lit. Une pendule surmonté d'un hortensia évoque l'amitié entre Hortense de Beauharnais et Juliette Récamier.

Chambre de Chateaubriand[modifier | modifier le code]

Cette pièce dont le décor a été reconstitué à partir de l'inventaire de 1818 est assez proche de son état d'origine. On y retrouve un mélange de mobilier allant du style Louis XVI au style Empire, ainsi que la bourette de soie qui lui était familière. Le papier peint à fleurs de lys stylisées est un modèle datant des années 1805-1810 qui a été réédité. Le lit provient de la chambre du château de la Roche-Guyon, propriété du duc de la Rochefoucauld. Les gravures sont en références à son œuvre et aux événements politiques de son époque. La pendule de style néo-gothique sur la cheminée ressemble à celle qui a orné la chambre de son domicile, 118, rue du Bac à Paris.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À cent mètres de son atelier, la Gestapo et la carlingue viennent déposer des corps torturés de nuit ou fusiller les résistants (cf. museedelaresistanceenligne.org)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b N. d'Alincourt, « La vallée-aux-Loups, la maison dans les collines de Chateaubriand », Dossier de l'art, no 169, décembre 2009, p. 84-91.
  2. a et b Ernest de Ganay 1938, p. 45
  3. Jean-Paul Clément, La Maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups ([PDF] en ligne).
  4. Romi, Suicides passionnés, historiques, bizarres, littéraires, Éditions Serg, 1964.
  5. [PDF] archives.chatenay-malabry.fr).
  6. a et b Site officiel de la Maison de Chateaubriand.
  7. Notice no PA00088087, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  8. Les expositions de la Maison de Chateaubriand.
  9. Exposition : Portraits de l'époque romantique, une passion de collectionneur, Maison de Chateaubriand.
  10. Vidéo : Portraits de l'époque romantique, une passion de collectionneur, Vallée-culture, portail culturel des Hauts-de-Seine, 23 juillet 2014.
  11. Les histoires de l'art, Marie-Thérèse Hablot, 3 octobre 2014, Radiocourtoisie.fr.
  12. Portraits de l’époque romantique, une passion de collectionneur, L'Officiel des Galeries et Musées.
  13. Ernest de Ganay 1938, p. 44
  14. marcmaison.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest de Ganay, Châteaux et Manoirs de France : Île de France, vol. 1, Paris, Vincent et Fréal,
  • Hélène Rochette, Maisons d'écrivains et d'artistes. Paris et ses alentours, Paris, Parigramme, 2004, p. 136-141 (ISBN 2-84096-227-6).

Liens externes[modifier | modifier le code]