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Enclos paroissial

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L'enclos paroissial de Straßwalchen (Autriche)

Un enclos paroissial est, dans le christianisme, un espace clos, le placître, entourant une église paroissiale. Il contient fréquemment un cimetière. Il existe différents enclos avec des particularités locales : aître, enclos breton, pogost.

Les cimetières de la religion chrétienne sont nés d'un mélange des pratiques romaines et juives. Les romains enterraient leurs morts en dehors de la cité. Ils considéraient également le lieu du repos des morts comme sacré. Les israélites, quant à eux, pratiquaient exclusivement l'inhumation, interdisant la crémation[1]. Ces cimetières extra-muros sont qualifiés de champs funéraires ou de nécropole[2]. À partir du IVe siècle les pratiques chrétiennes innovent et les morts sont enterrés ad sancto, c'est-à-dire à proximité des saints, dans les églises. Il faut aussi noter que nombre de saints sont enterrés dans les champs des morts, et que le lieu de culte y est construit ensuite par dessus la tombe. Pour des raisons de place dans l'église, les cimetières se développeront autours de l'église. Cette proximité du cimetière et de l'église à conduit au développement d'une communauté autour de cet ensemble. Ce regroupement, en un même espace du lieu de culte, d'une communauté et de ses morts conduit à la naissance de la paroisse[2]. Ce processus de concentration de l'espace funéraire autour de l'église se retrouve tant dans l'espace rural que dans l'espace urbain. Dès lors, il existe au sein de la zone urbaine un ensemble regroupant l'église et le cimetière. Le cimetière devient un vaste espace non-bâti dans la ville, qui est utilisé pour des activités profanes (marché, foires, justice, exécutions ...) et est considéré comme une zone franche[1],[3]. À partir du IXe siècle, pour les plus anciens, une délimitation stricte de l'espace sacré se développe par la constitution de fossés et de murets[2]. C'est donc à partir de cet époque que se développe l'enclos paroissial dans le monde chrétien. Cet espace sacré inclut donc le cimetière et l'église, est géré par les clerc, mais reste un lieu où se déroule des activités profanes.

Si les gens sont essentiellement enterrés dans le cimetière, les religieux ou les nobles pouvaient se faire enterrer directement dans l'église. Les plus pauvres étaient enterrés dans des fosses communes dans l'enclos[4]. En Bretagne, où au XVIe siècle tout le monde était enterré dans l'église, les enclos étaient dépourvu de cimetière. Les éléments architecturaux de l'enclos ont alors été fortement développé aux XIe – XIIe siècles pour donner les enclos paroissiaux bretons[5]. Chez les anglicans, tous les morts étaient enterrés dans l'enclos, les plus riches bénéficiant d'une sépulture individuelle[4].

À partir du XVIIIe siècle, pour des raisons hygiéniques, de nombreux cimetières ont été déplacés à l'extérieur des villes, causant la destruction des enclos paroissiaux[4].

Terminologie

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En France, l'espace où sont enterrés les morts est dénommé le cimetière depuis le Xe siècle[2]. La délimitation d'un espace sacré qui inclus l'église paroissial donne l'enclos paroissial. Dans le nord et le nord-ouest de la France, le cimetière accolé à l'église est dénommé aitre en normand, et âtre en picard, d'après atrium qui a précédé le terme cimetière. Les termes germaniques montrent la liaison qu'il existe entre l'église et le cimetière, dont la traduction littérale est "cour d'église" : en anglais : churchyard, en allemand : Kirchof, en suédois : Kyrkogard[1].

Différents types

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De nos jours, il est possible d'identifier différents types d'enclos paroissiaux. Le plus courant est l'espace simplement clôt autour de l'église. Un cimetière peut se trouver autour de l'église, sur le placître, s'il n'a pas été déplacé à l'extérieur de la ville. Une croix de cimetière et un ossuaire peuvent également avoir été mis sur le placître[6]. En Basse-Bretagne, les enclos bretons ont été fortement développés durant la riche période économique, culturelle et cultuelle du XVIe siècle. Dès lors, les enclos les plus développés possèdent une église avec un haut clocher, un porche méridional sculpté, une sacristie bien ouvragée, et un riche mobilier intérieur. L'enclos s'ouvre alors par une porte triomphale, et possède un ou plusieurs ossuaires ainsi qu'un calvaire pouvant inclure des dizaines de personnages sculptés[7]. L'aître désigne un cimetière généralement entourée d'une galerie couverte servant de charnier. En Europe de l'Est, l'enclos paroissial est le pogost[8].

Notes et références

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  1. a b et c Daniel Ligou, « L'Evolution des cimetières », Archives de Sciences Sociales des Religions, vol. 39, no 1,‎ , p. 61–77 (DOI 10.3406/assr.1975.2767, lire en ligne, consulté le )
  2. a b c et d Michel Lauwers, « Le cimetière au village ou le village au cimetière ? : Spatialisation et communautarisation des rapports sociaux dans l’Occident médiéval », dans Le cimetière au village dans l’Europe médiévale et moderne, Presses universitaires du Midi, coll. « Flaran », , 41–60 p. (ISBN 978-2-8107-0907-6, lire en ligne)
  3. Séverine Fargette-Vissière, « Au cimetière, il fait bon vivre ! » Accès payant, sur Historia, (consulté le )
  4. a b et c Tristan Portier, « Construire la cité des morts : étude de cas sur la réforme du système funéraire dans la ville victorienne », Séminaire de jeunes chercheurs ”Définir ce qu’il reste”,‎ (lire en ligne [PDF]).
  5. Georges Provost, « Les usages du cimetière dans les « enclos paroissiaux » bretons (XVIe – XVIIIe siècle) », dans Le cimetière au village dans l’Europe médiévale et moderne, Presses universitaires du Midi, coll. « Flaran », , 125–142 p. (ISBN 978-2-8107-0907-6, lire en ligne).
  6. Association des Acteurs du Patrimoine de la Manche, « Église communale et enclos paroissial », sur lespatrimoinesdelamanche.fr.
  7. François de Beaulieu, Enclos Paroissiaux de Bretagne, Éditions Ouest-France, , 120 p. (ISBN 978-2-7373-9143-9).
  8. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Kizhi Pogost », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial (consulté le ).