Ange gardien

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Ange gardien, par Pietro da Cortona (1656).

Un ange gardien est une forme d'esprit tutélaire.

Il s'agit d'un ange assigné à la protection du salut d'un ou plusieurs individus. Ce concept, dont les origines remontent à l'Antiquité, a été développé au sein de la théologie chrétienne principalement à partir de son étude au XIIe siècle par Honoré d'Autun[1] notamment à partir du passage des Évangiles « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 18, 10). C'est une doctrine officielle de l'Église catholique[2],[3],[4],[5] qui a institué une « fête des saints anges gardiens » le 2 octobre[6] en plus de la « fête des saints archanges », le 29 septembre.

Histoire[modifier | modifier le code]

La foi envers les anges gardiens peut être tracée depuis l'Antiquité. Le concept des anges protecteurs et leur hiérarchie s'est massivement développé dans le christianisme durant le Ve siècle à la suite de Pseudo-Denys l'Aréopagite. Le développement de la dévotion à l'humanité du Christ et l'effondrement du sens théophanique de l'ange conduisent à l’affaiblissement de la figure angélique dans sa fonction de médiateur et de messager au profit de celle de protecteur, individuel ou collectif, et d'escorte lumineuse de Dieu[7]. Ainsi, le culte des anges gardiens collectifs (patrons de villes, de corps de métiers et de corporations) se développe dans la Couronne d'Aragon à la fin du XIVe siècle, en partie sous l'influence du franciscain Francesc Eiximenis et du dominicain Vincent Ferrier, tandis que le pape Paul V institue la fête des anges gardiens personnels en 1608[8].

Célébration[modifier | modifier le code]

  • La fête des saints anges gardiens, célébrée localement depuis le XVe siècle devient universelle en 1608, quand Paul V la rend obligatoire dans le Saint-Empire romain germanique et facultative ailleurs. Clément IX la transfère du 2 octobre au premier dimanche de septembre, mais Clément X la remet au 2 octobre et la rend obligatoire universellement[9].
  • Dans l'Église orthodoxe, la fête de tous les anges (Synaxe des Archistratèges de la Milice Céleste, Michel et Gabriel, et des autres Puissances célestes et incorporelles) a lieu le 8 novembre[10].

Interaction avec des anges gardiens[modifier | modifier le code]

Les mystiques chrétiens ont rapporté des interactions et conversations avec leurs anges gardiens, durant de nombreuses années. La sainte Gemma Galgani est un exemple, puisqu'elle aurait eu des visions de Jésus et [11] Gemma Galgani explique qu'elle a eu une conversation avec son ange gardien. Elle explique que son ange gardien lui sert de guide[12].

E. Lasfargues, ptre S.V. explique le rôle des anges gardiens dans le Catéchisme de 1924 des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa (d'avant le Concile Vatican II, évidemment) dans les Questions suivantes :

  • Q.35 : Il demande si les anges se préoccupent de nous, et il explique que les anges nous ont souvent été envoyés comme messagers, et qu'ils nous sont aussi donnés comme gardiens et protecteurs.
  • Q.36 : Il demande si Dieu a donné à chacun un ange gardien. Il affirme que Dieu en donne un à chacun de nous et que c'est pour aider à nous préserver du mal et à être bons chrétiens. Et il précise que nous préserver du mal consiste principalement à nous préserver du péché, le plus grand de tous les maux, ajoute-t-il, mais aussi des maladies et des accidents. [13]

Le Pape François a expliqué que « nous avons tous, selon la tradition de l’Église, un ange qui nous protège et nous fait sentir les choses ». L'ange gardien « n'est pas une doctrine un peu fantaisiste, c'est une réalité », chacun a « à ses côtés » un ange « qui le conduit », tel un « compagnon de voyage ». Le pape a encouragé à « l'écouter et suivre ses conseils » car l'ange gardien « conduit l'homme jusqu'à la fin de sa vie ».« Moi, aujourd’hui, je me poserais cette question : quel rapport j’entretiens avec mon ange gardien ? Est-ce que je l’écoute ? Est-ce que je lui dis bonjour le matin ? Est-ce que je lui dis : “Protège-moi pendant mon sommeil ?” Est-ce que je parle avec lui ? Je lui demande des conseils ? Il est à mes côtés. Cette question, chacun de nous peut y répondre aujourd’hui : “Comment est ma relation avec cet ange que le Seigneur a envoyé pour me garder et m’accompagner en chemin, et qui voit toujours le visage du Père qui est aux cieux”[14]. »

Interdiction dans le culte catholique de nommer les anges gardiens[modifier | modifier le code]

Dans l’épître aux Colossiens, saint Paul met en garde contre le culte des anges qui ne serait pas en union avec le Christ qui domine toute chose.

« La réalité, c'est le Christ. Ne vous laissez pas frustrer de votre récompense par quelqu'un qui veut vous humilier dans un culte des anges, qui s'évade dans des visions, qui se gonfle d'orgueil pour rien dans sa mentalité purement humaine. Un tel homme n'est pas en union avec la tête, par laquelle tout le corps, de par Dieu, poursuit sa croissance grâce aux connexions internes et aux articulations qui maintiennent sa cohésion. »

— Col 2, 17-19

Le nom des anges se réfère à leur mission et les nommer dans un culte des anges conduirait plutôt à invoquer des esprits mauvais[15]. L’Église catholique ne spécifie que les noms propres des archanges inscrits explicitement dans la Bible :

« Dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint ; elle invoque leur assistance (ainsi dans In Paradisum deducant te angeli... de la Liturgie des défunts, ou encore dans l’« Hymne chérubinique » de la Liturgie byzantine (Liturgie de S. Jean Chrysostome), elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S. Gabriel, S. Raphaël, les anges gardiens). »

— CEC[Quoi ?] §335

Le concile de Laodicée, en 364, rappela que les anges ne se nomment pas et demeurent dans l’anonymat afin de ne pas nous tenter à tomber dans un culte idolâtre. Elle condamna cette attitude dans son canon 35. Cette condamnation fut réitérée au 16e chapitre d’un concile en 789, sous le pontificat d’Adrien Ier (772-795), à Aix-la-Chapelle, capitale de l’empire carolingien, interdisant d’utiliser d’autres noms d’anges que ceux des trois archanges cités dans les Saintes Écritures. En 2001, L’Église réitère cette interdiction :

« Il faut aussi réprouver l’usage de donner aux Anges des noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël. »

— Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, op. cit., chap. 6, §217, p. 180.

Prières chrétiennes[modifier | modifier le code]

Ange gardien sur une carte postale allemande de 1900.

Il existe une prière catholique traditionnelle adressée aux anges gardiens, Angele Dei.

Ange de Dieu,
qui es mon gardien,
et à qui j’ai été confié par la Bonté divine,
éclaire-moi, défends-moi,
conduis-moi et dirige-moi.
Amen.[16]

Il existe également une version propre à l'église orthodoxe.

Saint patron[modifier | modifier le code]

L'ange gardien est patron de Fondachelli-Fantina en Sicile, où il est fêté le 2 octobre ainsi que le deuxième dimanche de juillet, par des processions dans les rues du village[17].

La culture populaire se transforme au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Dans les dernières décennies, les anges gardiens ont gagné en popularité. La thématique des anges n'a pourtant rien de nouveau car elle est présente dans le folklore et la littérature, selon les propos d'Alain Pronkin[18], chercheur au Centre d'Informations sur les nouvelles religions (CINR)[19] : elle a été développée dans les trois religions abrahamiques que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam ; de plus, le zoroastrisme a créé sa propre conception des anges. Néanmoins, une mutation notoire s'est produite au cours du XXe siècle dans la culture populaire, où s'est développé un concept d'ange qui se rapproche davantage du courant de pensée du nouvel âge.

Festival d'été de l'Ange Gardien à Fondachelli-Fantina, Sicile.

Des enquêtes récentes montrent cet engouement pour les anges : dans un sondage Gallup de 2004, 78 % des Américains ont indiqué croire aux anges[20] ; selon R. Lesage, c'est le cas de 75 % des Québécois[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dale C. Allison, Matthew: A Shorter Commentary, T&T Clark International, 2004, p.300.
  2. http://www.eglise.catholique.fr/glossaire/ange-gardien/ http://www.liberius.net/livres/Catechisme_de_la_doctrine_chretienne_000000426.pdf page 29 : "nous devons avoir une dévotion particulière envers notre ange gardien".
  3. catéchisme du Concile de Trente 4e partie §Notre Père:"pour mettre plus en lumière cette vigilance paternelle de Dieu sur tous les hommes, et pour la rendre plus sensible, il nous semble qu’il y a lieu de dire ici quelque chose des Anges Gardiens qui sont donnés à chacun de nous" "Dieu notre Père nous a confiés à la garde d'un ange" etc.
  4. https://books.google.fr/books?id=x8zIZj0-bMIC&pg=PA575&lpg=PA575&dq=concile+de+trente+anges+gardiens&source=bl&ots=x24u8SFcTO&sig=MAWQ7GXAB4nRMHymWI7bBQSnvLY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj6yY3UmobMAhXBWhoKHZ3MAogQ6AEILzAF#v=onepage&q=concile%20de%20trente%20anges%20gardiens&f=false.
  5. https://books.google.fr/books?id=788UAAAAQAAJ&pg=PA51&lpg=PA51&dq=concile+de+trente+anges+gardiens&source=bl&ots=8aQxJhleUQ&sig=GXZvOCxAjaXdmNnuLos8qHcU_EE&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj6yY3UmobMAhXBWhoKHZ3MAogQ6AEIMjAG#v=onepage&q=concile%20de%20trente%20anges%20gardiens&f=false.
  6. http://www.liturgiecatholique.fr/Le-29-septembre-et-le-2-octobre.html.
  7. Philippe Faure, « Les cieux ouverts - les anges et leurs images dans le christianisme médiéval (xie-xiiie siècles) », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, no 13,‎ , p. 25 (DOI 10.4000/ccrh.2699).
  8. Augustin Redondo, Les Parentés fictives en Espagne, XVIe-XVIIe siècles, Publications de la Sorbonne, , p. 109-110.
  9. Missel : Saints Anges gardiens.
  10. Calendrier orthodoxe : Novembre.
  11. MarieMichael Freze, 1989 They Bore the Wounds of Christ OSV Press (ISBN 0-87973-422-1) page 272.
  12. Rudolph M. Bell, 2003 The Voices of Gemma Galgani: the Life and Afterlife of a Modern Saint University of Chicago Press (ISBN 978-0-226-04196-4) pages 47 and 185.
  13. Lasfargues. E., ptre S.V.(des Frères de Saint Vincent de Paul) Catéchisme de 1924 des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa (Explications littéraires et sommaire) 696e mille, p. 17 (selon l'édition officielle publiées depuis 1924).
  14. http://paroisseshautecornouaille.catholique.fr/pape-francois-notre-ange-gardien-existe-ecoutons-ses-conseils/
  15. Ange gardien : faut-il connaître son nom ?.
  16. Compendium du catéchisme de l’Église catholique. Vatican, .
  17. « Fondachelli-Fantina - Angelo Custode - Santini di Sicilia », sur www.santinidisicilia.com (consulté le 3 janvier 2016).
  18. « Elle parle aux anges », sur tvanouvelles.ca, (consulté le 15 juillet 2015).
  19. « Centre d'Informations sur les nouvelles religions », sur cinr.qc.ca, (consulté le 15 juillet 2015).
  20. a et b « La société Française croit-elle aux anges », sur angesgardiens.net, (consulté le 15 juillet 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

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