Cercle de l'Union interalliée
| Fondation |
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| Type | |
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| Forme juridique |
Association déclarée |
| Domaine d'activité |
Restauration traditionnelle |
| Siège | |
| Pays | |
| Coordonnées |
| Membres |
3 300 |
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| Site web |
| RNA | |
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| SIREN | |
| OpenCorporates |
Le Cercle de l'Union interalliée est l’un des clubs privés les plus prestigieux et les plus fermés de France. Fondé en 1917 à Paris, il rassemble environ 3 300 membres issus des élites politiques, économiques, diplomatiques, militaires, artistiques et aristocratiques. Installé dans l'hôtel Perrinet de Jars, au 33 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement, il se présente comme un « lieu d’échanges entre les élites françaises et internationales », mais son histoire, ses règles strictes d’admission et son fonctionnement en font un symbole d’exclusivité et de pouvoir discret. Réservé à des membres triés sur le volet, le Cercle incarne une tradition d’entre-soi, de luxe et d’influence, tout en cultivant une image de discrétion et de raffinement.
Histoire : d’un club de guerre à un bastion de l’élite
[modifier | modifier le code]Fondation et contexte (1917 - 1918)
[modifier | modifier le code]Le cercle de l'Union interalliée a été fondé en 1917 lors de la Première Guerre mondiale afin d'accueillir et d'offrir les ressources morales et matérielles aux officiers et personnalités des nations de la Triple-Entente. Grâce aux nombreux soutiens politiques (hommes d'État, maréchaux, ambassadeurs, etc.), le cercle élut domicile dans l'hôtel particulier d'Henri de Rothschild, construit en 1714. Dès sa fondation, le Cercle se distingue par son caractère sélectif, réservé aux officiers et aux personnalités influentes des nations alliées.
L’entre-deux-guerres : un lieu de pouvoir et de culture
[modifier | modifier le code]Après 1918, bien que la guerre fût terminée, il apparut important aux yeux des dirigeants du cercle de poursuivre le travail entrepris concernant la cohésion des peuples. Ainsi, le Cercle ne se dissout pas mais se transforme en un lieu permanent de sociabilité pour les élites.
Nommé président du Cercle en 1920, le Maréchal Foch écrit :
« Par des sacrifices sans précédent, les puissances de l'Entente ont assuré leur juste triomphe dans la plus dure des guerres. Il faut, pendant la paix, que leur union se maintienne, dans un souvenir d'impérissable gloire, pour leur salut commun et pour la sécurité du monde. C'est à cela que travaille l'Union interalliée »[1],[2].
En 1920, l'association acquit l'hôtel particulier pour l'équivalent d'un million d'euros.
En 1928, le peintre Foujita reçoit une commande de huit panneaux, formant un ensemble de plus de douze mètres de long, pour décorer le bar du Cercle[2]. Ces panneaux, intitulés Oiseaux d'eau et Oiseaux de terre sont aujourd'hui placés dans le salon des visiteurs[3],[1].
En 1929-1930, des travaux pour plus de 5 millions de francs sont réalisés pour notamment moderniser et agrandir les salons. À cette date, les membres du cercle peuvent déjeuner, prendre le thé et dîner, avec leur famille et leurs invités. Les femmes sont admises à partir de 9 h 30, mais elles n'ont accès qu'au rez-de-chaussée, au bar et au parc qu'à partir de 15 heures. Les dimanches et jours de fête, elles peuvent toutefois prendre leur repas dans les jardins du cercle. Les hommes peuvent assister aux représentations du lundi de l'Opéra de Paris, dans la loge du cercle. Les membres ont en outre à leur disposition à Compiègne un golf 18 trous, 5 courts de tennis, un cercle nautique sur les bords de l'Oise, un country club avec des chambres[4].
Durant l'entre-deux-guerres, le Cercle s'impose comme un lieu de référence de la vie culturelle et littéraire parisienne. Il accueille des personnalités éminentes telles que Paul Valéry, André Gide, Jean Giraudoux ou la duchesse Edmée de La Rochefoucauld, et Louise de Vilmorin, qui marquera les années 1950 par sa présence. Par ailleurs, le Cercle Interallié est un lieu de représentation théâtrale régulière, notamment pour des pièces de Sacha Guitry, et de nombreux récitals de musique, impulsés par Nadia Boulanger[5].
La réquisition des lieux pendant la Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]Sous l’occupation allemande, le cercle est réquisitionné par l'armée allemande sert comme mess des officiers et du gouverneur militaire du « Grand Paris »[6].
L’après-guerre : modernisation et perpétuation de l’élitisme
[modifier | modifier le code]Après la Seconde Guerre mondiale, le Cercle renoue avec sa tradition d’excellence et s’impose à nouveau comme un lieu de rencontre privilégié pour les élites économiques et politiques, jouant un rôle discret mais central dans la reconstruction de la France ; le général de Gaulle, reconnaissant son influence, le surnommait d’ailleurs « l’Ambassade de France à Paris »[1].
En 1973, le président du Cercle, le Prince Jean-Louis de Faucigny-Lucinge, décide de l'aménagement d'une piscine de 25 mètres ainsi qu'un ensemble sportif contemporain (restaurant, sauna, hammam, salles de gym et de squash), sous la direction de l'architecte Jean-Georges Cleret[7]. Une œuvre du sculpteur Marc Bankowsky est installée au plafond de la piscine, qui donne sur les jardins.
Le soir du second tour de l'élection présidentielle de 1974, Valéry Giscard d'Estaing, entouré de sa famille, attend les résultats dans l'un des salons du Cercle[8].
Depuis 1979, le 33 rue du Faubourg-Saint-Honoré, siège du Cercle de l'Union interalliée, accueille également le Nouveau Cercle de l'Union, dont il est totalement indépendant[9].
Depuis 2014, Le Siècle organise ses dîners mensuels au sein du Cercle de l'Union Interalliée[10].
Le 14 juillet 2015, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, est reçu au Cercle après avoir assisté au défilé du 14-Juillet[11].
Un lieu d'exception : architecture, équipements et évènements
[modifier | modifier le code]Un cadre prestigieux
[modifier | modifier le code]Situé au 33 rue du Faubourg-Saint-Honoré, le Cercle est situé entre l’ambassade du Royaume-Uni et la résidence de l’ambassadeur du Japon, à proximité immédiate de la place de la Concorde et du palais de l’Élysée. Il occupe un hôtel particulier du XVIIIe siècle, entouré d’un parc arboré de 4 500 m²[12]. Ses installations comprennent :
- Plusieurs salles à manger et salons de réception
- Un bar, des salles de lecture, une bibliothèque, une salle de billard et un fumoir
- Un ensemble sportif (piscine, sauna, hammam, salles de gym et de squash)
En 2016, une rénovation des salons du Cercle est mise en œuvre, sous la direction de l'architecte Juan Pablo Molyneux[13].
Evènements et traditions
[modifier | modifier le code]Le Cercle a établi un code vestimentaire en vigueur dans ses salons et jardins, à l'exception de l'ensemble sportif. Il s'applique à tous les membres et invités. Le port de blue-jeans est interdit, et les hommes sont tenus de porter une veste et une cravate[12],[3].
Chaque année, au début de l'été, une soirée de gala y est organisée, ponctuée par un feu d'artifice dans les jardins, afin de rendre hommage à une nation invitée[14].
Des conférences et expositions sont régulièrement organisées dans les salons du Cercle. En 1920, lors de l'exposition « Les Cents Portraits », le portrait de Proust par Jacques-Émile Blanche y fut présenté pour la première fois au public. En 2018, le journaliste Jean-Claude Narcy a présenté une exposition de cent photographies pour célébrer le centenaire de la Première Guerre mondiale[15].
En 2016 est créé le « Cercle des lettres », qui regroupe, lors déjeuners mensuels et de soirées dédicaces des écrivains[16].
Une admission ultra sélective
[modifier | modifier le code]Parrainage et processus de sélection
[modifier | modifier le code]Pour devenir membre, les candidats doivent :
- Être présentés par deux parrains (ou deux marraines pour les femmes), dont l’un doit être de la même nationalité qu’eux.
- Passer un entretien devant une commission d’admission, suivi d’un vote.
- Payer des droits d’admission et des cotisations annuelles dont les montants ne sont pas divulgués au public[16].
Dans les années 2010, le président du Cercle, Denis de Kergorlay, a négocié avec le général Jean-Louis Georgelin des tarifs privilégiés pour les militaires de haut rang, afin de renouer avec la fonction originelle d’accueil des militaires, perdue au fil des décennies[16].
Un club qui suscite des débats
[modifier | modifier le code]Le Cercle reçoit comme conférencier en novembre 2021 Éric Zemmour, alors que ce dernier n'avait pu adhérer au club deux ans auparavant. Pour le quotidien Le Monde, cet évènement illustre une « étrange bienveillance » des milieux économiques et intellectuels à son égard[17]. Après une nouvelle tentative, la candidature de celui-ci est rejetée en 2022[18],[16].
Gouvernance : des fondateurs aux présidents
[modifier | modifier le code]Fondateurs de l'Union interalliée
[modifier | modifier le code]Les fondateurs du club étaient[19] :
- Le comte Marc Bonnin de la Bonninière de Beaumont, principal fondateur et animateur, vice-président délégué jusqu'à son décès en février 1931, président de la Société immobilière de l'Union interalliée, administrateur de sociétés[20]
- Le marquis de Bryas
- Monsieur Paul Dupuy, patron du quotidien Le Petit Parisien
- Monsieur Arthur Meyer, patron du quotidien Le Gaulois
- Monsieur Jean de Sillac, conseiller d'ambassade
- Le comte Charles d'Andigné
- Monsieur S. Barbac
- Monsieur du Breuil de Saint-Germain
- Monsieur André Citroën
- Monsieur Léon Dumontet, trésorier du Cercle
- Le comte Edmond de Fels
- Vice-amiral François Ernest Fournier
- Monsieur Fernand Heusghem.
Présidents depuis 1917
[modifier | modifier le code]- 1917-1919 : le vice-amiral François Ernest Fournier
- 1920-1928 : le maréchal Ferdinand Foch
- 1929-1935 : l'ambassadeur de France Jules Cambon
- 1936-1937 : le président Gaston Doumergue
- 1938-1942 : le prince Charles-Louis de Beauvau-Craon
- 1943-1945 : l'amiral Lucien Lacaze, vice-président délégué
- 1946-1959 : le comte Stanislas de Castellane
- 1960-1975 : le prince Jean-Louis de Faucigny-Lucinge
- 1975-1999 : le comte Jean de Beaumont
- 1999-2009 : le sénateur-maire Pierre-Christian Taittinger
- depuis 2009 : le comte Denis de Kergorlay
Quelques membres célèbres
[modifier | modifier le code]Parmi les 3 300 membres, sont ou ont été membres :
- Philippe Depoux
- Pierre Assouline[21]
- Édouard Balladur[21]
- Jacques Barrot[21]
- Dominique Bazy (UBS France)[22]
- Claude Bébéar[21]
- Jérôme Bédier[21]
- Bélasco
- Stéphane Bern[21]
- Laurence Boone
- Jean-Pierre Bouyssonnie[21]
- Peter Boyles (HSBC)[22]
- Jean-Denis Bredin[21]
- Maurice de Broglie (vice-président)
- Laurent Burelle (Plastic Omnium)[22]
- Jérôme Cahuzac[23]
- Jules Cambon[21]
- Hélène Carrère d'Encausse[21]
- Jean-Charles de Castelbajac[21]
- François Ceyrac[21]
- André Citroën[21]
- Bernard Comolet[21]
- Gaston Doumergue[21]
- Horace Finaly, banquier
- Pierre-Étienne Flandin (vice-président)
- Ferdinand Foch[21]
- Philippe Germond (Atos Origin)[22]
- Valéry Giscard d'Estaing[21]
- Armand de Gramont (1879-1962)
- Serge Groussard[21]
- Jacques de Gunzbourg
- Patrice Vuillard (Kelyum Group)
- Comte Xavier de La Rochefoucauld-Montbel
- Henri-Robert, avocat
- Philippe Houzé (Galeries Lafayette)[22]
- Isabelle Juppé[24]
- Théodore Laurent, industriel
- Pierre Lellouche[21]
- Jean Mattéoli[21]
- Arthur Meyer[21]
- Robert Mitterrand[21]
- Pierre Mongin[21]
- Pierre Perrin[22]
- Augustin de Romanet (Caisse des dépôts)[22]
- Nadine de Rothschild[21]
- Yves-Thibault de Silguy (Vinci)[22]
- Guy Sorman[21]
- Jean-Louis Thiériot
- Boris Vukobrat[21]
- Lazare Weiller
- Serge Weinberg (Accor)[22]
- Orace Wirlpool[21]
Le Cercle aujourd’hui : entre tradition et modernité
[modifier | modifier le code]Avec 3 300 membres, le Cercle reste un symbole de pouvoir discret, où se croisent PDG, hauts fonctionnaires, aristocrates et artistes. Son caractère élitiste et ses règles strictes en font un lieu à part dans le paysage des clubs parisiens. Son rôle dans les réseaux d’influence reste un sujet de spéculation, en raison de la discrétion de ses membres. Malgré son ancrage dans la tradition, le Cercle continue d’attirer les élites contemporaines, tout en maintenant des critères d’admission exigeants.
Références
[modifier | modifier le code]- Sébastien Le Fol, Les lieux du pouvoir, une histoire secrète et intime de la politique, Paris, Perrin, , 384 p. (ISBN 2262101167)
- Le Cercle de l'Union Interalliée, Un siècle dans l'histoire, éditions Cherche Midi, page 76 (ISBN 978-2-7491-2647-0).
- https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/sur-les-docks-14-15/collection-sur-les-lieux-de-a-l-hotel-particulier-d-henri-de-rothschild-le-cercle-de-l-union-interalliee-6617439
- ↑ Ambassades et consulats, 1er avril 1930
- ↑ https://union-interalliee.fr/fr
- ↑ Der Deutsche Wegleiter für Paris,
- ↑ Le Cercle de l'Union Interalliée, Un siècle dans l'histoire, éditions Cherche Midi, page 145 (ISBN 978-2-7491-2647-0).
- ↑ Le Cercle de l'Union Interalliée, Un siècle dans l'histoire, éditions Cherche Midi, page 154 (ISBN 978-2-7491-2647-0).
- ↑ Site du cercle, Livre du centenaire
- ↑ https://www.lexpress.fr/podcasts/laloupe/dans-lintimite-de-linterallie-lhotel-particulier-ou-a-lieu-le-diner-du-siecle-65LA2LEMKVCDFAHN53LGZDYR74/?auth=b0d08f1202
- ↑ Le Cercle de l'Union Interalliée, Un siècle dans l'histoire, éditions Cherche Midi, page 158 (ISBN 978-2-7491-2647-0).
- https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-reportage-de-la-redaction/le-cercle-de-l-union-interalliee-un-club-tres-elegant-et-tres-prive-9222863
- ↑ Clubs et Cercles en Europe, Les Éditions du Palais, page 24 (ISBN 979-10-9011-983-3).
- ↑ Clubs et Cercles en Europe, Les Éditions du Palais, page 32 (ISBN 979-10-9011-983-3).
- ↑ Clubs et Cercles en Europe, Les Éditions du Palais, page 27 (ISBN 979-10-9011-983-3).
- « Le cercle de l'Union Interalliée, un club très élégant et très privé : épisode 5/11 du podcast Les lieux cachés du pouvoir », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach, « Entre Eric Zemmour et une partie de l’élite économique et intellectuelle, une étrange bienveillance », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Eric Zemmour "écoeuré" : ce club huppé qui l’a viré pour mauvais comportement », sur Gala, (consulté le )
- ↑ « Cercle de l'Union Interalliée : Historique », sur union-interalliee.fr via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ Ambassades et consulats, 1er août 1930, Comoedia, 20 février 931
- Le Figaro Magazine, no 20449, 30 avril 2010.
- « International et prestigieux : l'Interalliée », série « Cercles et clubs des élites et grands patrons », Le Journal du Net.
- ↑ « Jérôme Cahuzac, l'accroc », Le Monde, 8 décembre 2012.
- ↑ Sophie des Déserts, « La part secrète de Juppé », Vanity Fair n°41, novembre 2016, pages 96-101.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Le Cercle de l'Union Interalliée, Un siècle dans l'histoire, éditions Cherche Midi (ISBN 978-2-7491-2647-0).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Site officiel
- Document datant de 1920, sur The World War I Document Archive
- Les Annales politiques et littéraires, 12 juillet 1925: présentation du Cercle ( textes et photographies )
