Bithynie et Pont

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La province de Bithynie et Pont au début du IIe siècle ap. J.-C.

La Bithynie et Pont (lat. Bithynia et Pontus) est une province romaine située en Asie mineure, le long de la côte du Pont-Euxin (mer Noire). Elle a été constituée par la réunion de l'ancien royaume de Bithynie, annexé en 74 av. J.-C., et d'une partie de l'ancien royaume du Pont, annexé en 63 av. J.-C. La capitale de la province était Nicomédie (aujourd'hui Izmit), ancienne capitale des rois de Bithynie, à l'extrémité orientale de la mer de Marmara.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 74 av. J.-C., le dernier roi de Bithynie, Nicomède IV, ami des Romains, légua en mourant son royaume aux Romains[1]. Au moment de son annexion, la Bithynie fut rattachée à la province d'Asie. Après l'annexion du royaume du Pont, à la suite de la défaite de Mithidate, la Bithynie fut unie à la partie occidentale du Pont pour constituer la nouvelle province de Bithynie et Pont. Elle fut organisée par Pompée, le vainqueur de Mithridate[2] ; la lex Pompeia était, avec diverses modifications, encore en vigueur au IIe siècle et Pline le Jeune la mentionne à plusieurs reprises.

Le classement comme province sénatoriale[modifier | modifier le code]

En 27 av. J.-C., lors du partage des provinces entre Auguste et le Sénat, la Bithynie et Pont, qui n'avait pas de rôle militaire important, devint province sénatoriale. Elle fut jusqu'en 111 gouvernée par des proconsuls émanant du Sénat[3].

Les procès des gouverneurs Julius Bassus et Varenus Rufus[modifier | modifier le code]

En 103 ou 104, les Bithyniens, représentés par le consilium provinciae (conseil de la province) et son envoyé Théophanès et défendus par Varenus Rufus, engagent un procès contre l'ancien gouverneur Caius Julius Bassus (proconsul vers 98), défendu par Pline le Jeune[4]. Bassus est condamné au remboursement, mais n'est pas exclu du Sénat. Le Sénat casse les jugements de Bassus et donne à ceux que Bassus avait condamnés le droit de demander un nouveau jugement dans les deux ans[5].

Varenus Rufus, avocat des Bithyniens dans le procès contre Julius Bassus, devient à son tour proconsul de la province (105-106) ; à sa sortie de charge, il fait l'objet d'une plainte de ses anciens administrés (107). Il est défendu par Pline. Le procès est interrompu par l'arrivée d'une nouvelle délégation du consilium provinciae chargée de demander l'arrêt des poursuites[6].

Les deux procès n'ont pas donné une bonne image des Bithyniens : l'insolence de Théophanès à l'égard du Sénat dans le procès de Bassus a choqué[7] ; leurs tergiversations dans le procès de Varenus Rufus ont agacé. Pline exprime cette mauvaise opinion, qui devait être partagée par l'empereur.

Le gouvernement de Pline le Jeune[modifier | modifier le code]

Pline (Caius Plinius Caecilius Secundus) est nommé par Trajan gouverneur de la province avec le titre de legatus pro praetore Ponti et Bithyniae consulari potestate[8]. À partir de divers indices, les historiens datent la légation de Pline des années 111-113. Il arrive en Bithynie le 17 septembre 111, après avoir débarqué à Éphèse et pris la route pour Pergame ; de là, partie en bateau, partie par voie de terre, il rejoint Pruse, puis la capitale, Nicomédie.

Trajan prend donc, avec l'accord du Sénat, le contrôle direct de cette province sénatoriale. Les raisons qui poussent Trajan à le faire sont certainement multiples : nécessité de remettre de l'ordre dans les finances locales et l'administration des villes – Pline a une mission de corrector qui est l'une de ses principales préoccupations[9] – ; l'attention de Trajan a été attirée sur cette province à l'occasion des deux procès d'anciens gouverneurs, qui ont révélé des dysfonctionnements dans l'administration romaine, mais aussi une certaine turbulence ou insubordination des Bithyniens ; on peut penser que Trajan souhaitait reprendre en main cette province qui avait une position stratégique, puisqu'elle contrôlait le Bosphore, surtout s'il avait déjà en tête le projet d'une campagne contre les Parthes.

Pline était bien armé pour cette mission par sa connaissance des affaires de Bithynie et Pont, acquise dans les deux procès des anciens gouverneurs, et par son expérience antérieure dans des postes financiers. Sa correspondance avec Trajan, qu'il consulte pour les moindres détails de son administration, a été conservée[10]. Elle est extrêmement précieuse non seulement pour comprendre les affaires locales, mais plus généralement sur l'administration des provinces au début du IIe siècle.

Après Trajan[modifier | modifier le code]

Médaillon de l'empereur Constantin frappé à Nicomédie à l'occasion du trentième anniversaire de son règne

À la suite de Pline, la Bithynie-Pont fut administrée par un autre légat impérial, Caius Julius Cornutus Tertullus, avant qu'Hadrien n'en restitue le contrôle au Sénat[11]. Elle devint définitivement une province impériale sous Marc-Aurèle, en 165[3]. L'histoire de la province de Bithynie-Pont se termine avec la réforme territoriale de Dioclétien (284-305), qui la divise en deux petites provinces – Bithynie et Paphlagonie – relevant du diocèse du Pont[12]. Mais Nicomédie reste une ville très importante dans la première moitié du IVe siècle, avant d'être supplantée par Nicée à la suite des séismes de 358 et 363.

Principales villes de Bithynie et Pont[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tite-Live, Epit., XCIII ; Cicéron, De lege agraria, II, 15, 40.
  2. J. Van Ooteghem, Pompée le Grand, 1954, p. 245 et suiv.
  3. a et b Léa Zuckermann, « Essai sur les fonctions des procurateurs de la province de Bithynie-Pont sous le Haut-Empire », Revue belge de philologie et d'histoire, 46, 1968, p. 42-58 (en ligne). Léa Zuckermann montre que les procurateurs qui ont exercé dans la province avant le début du IIe siècle n'avaient pas la fonction de gouverneur, contrairement à ce que pensait, par exemple, Otto Hirschfeld.
  4. Pline, Lettres, IV, 9, 2 ; 5 ; 7 ; 14 ; 16-18.
  5. Pline, Lettres, X, 64-65.
  6. Pline, Lettres, VII, 6 ; 10.
  7. Pline, Lettres, IV, 9.
  8. Son titre de légat « à pouvoir consulaire » lui permet de ne pas être en situation d'infériorité par rapport aux proconsuls antérieurs.
  9. Pline examine les budgets et contrôle les comptes municipaux, s'intéresse aux travaux publics, comme le projet de canal reliant le lac Sophon (Sapanca Gölü (en)) au fleuve Sangarius, près de Nicomédie.
  10. Lettres, X, comprenant les réponses de l'empereur.
  11. Ponctuellement cependant, en 134, Hadrien envoya Caius Julius Severus comme légat propréteur.
  12. Par la suite, sous Théodose Ier ou Théodose II, la partie orientale de la Bithynie fut encore détachée pour constituer la province d'Honoriade.
  13. Byzance faisait partie de la Bithynie, mais dépendait d'un point de vue militaire du gouverneur de Mésie, qui en assurait la protection. Pline, Lettres, X, 42, 2 ; 77, 1.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean Gaudemet, « La juridiction provinciale d'après la correspondance entre Pline et Trajan », Revue internationale des droits de l'Antiquité, XI (1964), p. 335-354.
  • (fr) Jean Colin, « Pline le Jeune et les cités grecques dans la province Pont-Bithynie (Plin. J., Epist., lib. X) », Historia. Zeitschrift für Alte Geschichte, Bd. 14, H. 4 (Oct. 1965), p. 455-459.
  • (fr) Ladislav Vidman, Étude sur la correspondance de Pline le Jeune avec Trajan, Rome, 1972.
  • (fr) Maurice Sartre, Le Haut-Empire romain, les provinces de Méditerranée orientale d'Auguste aux Sévères, Seuil, 1997.
  • (en) Stanley Jonathon Storey, Bithynia: history and administration to the time of Pliny the Younger, Ottawa, National Library of Canada, 1999. (ISBN 0-612-34324-3)
  • (de) Christian Marek, Pontus et Bithynia : Die römischen Provinzen im Norden Kleinasiens, Mayence, 2003. (ISBN 3-8053-2925-3)
  • (fr) Maurice Sartre, article « Province romaine du Pont », in Jean Leclant dir. Dictionnaire de l’Antiquité, PUF, Paris, 2005, collection Quadrige, 2464 pages, (ISBN 2-13-055018-5)..
  • (en) T. Bekker-Nielsen, Urban Life and Local Politics in Roman Bithynia: The Small World of Dion Chrysostomos, 2008.

Liens externes[modifier | modifier le code]