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In-folio

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Appelé First Folio, le premier recueil des pièces de William Shakespeare (Londres, 1623).

L’in-folio est une forme de livre où la feuille imprimée a été pliée une fois, donnant ainsi deux feuillets, soit quatre pages. L’in-folio est plus ou moins grand, selon l’étendue de la feuille. Le terme in-folio désigne à la fois la manière dont la feuille est pliée et le codex qui est le résultat de l’assemblage[1].

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les in-folio sont généralement des ouvrages de référence, fort volumineux (couramment environ 10 kg par tome) et ont un format voisin de nos actuels papiers A3 (deux fois plus grand que la page habituelle des imprimantes de bureau).

On l'écrit en forme abrégée « in-f° »[2].

Pliage et format

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Le format d’impression répondait à des besoins spécifiques d’ordre soit créatifs, pratiques ou économiques. Le format d’un ouvrage renseigne aussi sur son origine géographique et temporelle[3].

Les développements de l’imprimerie entraînent une certaine standardisation dans la taille des ouvrages imprimés. Le format change selon la manière dont les feuilles qui composent un ouvrage sont pliées. La méthode qui crée le format in-folio fait une pliure unique centrée sur la longueur de la feuille de manière que les pages soient doublées, semblables et proportionnelles, rapport possible selon la racine carrée de deux. Plus on plie la feuille, plus les pages sont petites et nombreuses[3].

Pour le format in-folio, une seule pliure est effectuée, mais le nombre de plis ne détermine pas pour autant la taille de l’ouvrage. La grandeur du codex est déterminée par plusieurs facteurs du processus de production. La taille des feuilles utilisées est plus ou moins standardisée selon l’époque et le lieu de production et ont un incident sur la taille finale des pages. Les processus de reliure seront aussi déterminant de la taille finale de l'ouvrage[3].

Les formats in-plano, in-folio, in-quarto, in octavo, etc., sont bien des formats reconnus avec des dimensions qui se sont stabilisées avec le temps[4]. Plusieurs ouvrages ont fait des synthèses des méthodes et du vocabulaire utilisés dans le milieu du livre selon la langue et offrent des clarifications sur le format. Dans un contexte français, le terme pliage est préféré au terme format selon l'œuvre Vocabulaire codicologique de Denis Muzerelle (1985) pour éviter la confusion avec les autres facteurs qui influencent la taille physique de l’ouvrage. Lorsque le concept de format est utilisé, Muzerelle distingue plusieurs catégories[5]. Le sens du format dit bibliographique est celui que l’auteur identifie comme étant le plus usuel et inclut la manière dont le papier est plié et assemblé en volume[6].

Le choix de la pliure et du format d’impression d’un ouvrage n’était pas anodin, mais dépendait plutôt de la nature du contenu. Le type de texte, le contenu d’un volume, aura une influence, car l’utilisation de l’ouvrage en informera la forme. L’in-folio est prestigieux et plus coûteux et souvent réservé aux textes sacrés et savants[7] qui ne sont pas publiés ou très peu dans les formats plus populaires[8]. Alors que les plus grands formats pouvaient être étudiés en étant sur une table, les plus petits formats tels que l’in-quarto ou l’in-octavo se prêtaient plus facilement aux textes dramatiques, pouvant plus facilement être vendus à la sortie des théâtres[9]. De ce fait, le format d’impression d’un ouvrage peut à son tour avoir une influence sur la perception sociale du contenu ou du type d’ouvrage. En Angleterre, le théâtre était un genre populaire et banni de la Bibliothèque Bodléienne d’Oxford, comme l’étaient plusieurs genres décrits comme des «livres de bagage» (baggage bookes), soit des petits formats qui se transportent facilement par tous et qui étaient imprimés en grand nombre[10]. Or, un recueil de certaines œuvres de Shakespeare s’est retrouvé au sein de cette bibliothèque puisqu’il était paru au format in-folio, distinction qui semble avoir primé sur le contenu[11]. Bien que plusieurs raisons peuvent avoir entraîné l’existence de cet in-folio, il est possible de lire la situation comme étant une tentative d’anoblissement du genre[9].

Perception sociale

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Aujourd’hui et hier, la perception des formats influence notre connaissance du passé. L’in-folio est le format habituel des livres rares et offre son propre discours scientifique basé sur les particularités que l’on peut lui attribuer et qui peuvent nous informer[8]. Les collections des XVIIe et XVIIIe siècles, telles que celles présentées à l’exposition « Musées de papier : l’Antiquité en livres (1600-1800) » mis sur pied par Elisabeth Décultot, illustrent l'importance accordée au sujet et au livre et nous permettent aussi de construire une telle perception à notre tour[12].

La forme du contenu renforce la perception sociale de l’in-folio, qu’il s'agisse du contenu, de sa forme ou de ce qui l’accompagne. Le texte était souvent lourdement codifié et stylisé de manière à signifier à quel lecteur il s'adressait ainsi que sa relation à l’art visuel. De plus des sections de texte tel que les avants propos participe à fortifier la place du livre savant en tant que livre de prestige. On pouvait retrouver des illustrations accompagnant le texte d’un volume in-folio, témoignant encore une fois du prestige que pouvait avoir le format. Ainsi, les images pouvaient certes figurer parmi le texte, mais il était possible de faire usage de la surface doublée offerte par l’ouverture des pages séparées par la pliure[13].

Quelques éditions notables en in-folio

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Notes et références

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  1. « In-folio », sur Dictionnaire de l'Académie française (consulté le ).
  2. In-folio sur le site du dictionnaire Larousse en ligne.
  3. a b et c Walsby et 2021 77-80.
  4. Mortet 1925, p. 13.
  5. Mortet 1925, p. 9.
  6. Mortet 1925, p. 11.
  7. Jean-Louis Haquette, « Paradise lost in-folio : esquisse d’une enquête continentale, de Londres à Paris, en passant par Vérone », Actes des congrès de la Société française Shakespeare, no 42,‎ (ISSN 2271-6424, DOI 10.4000/137t0, lire en ligne, consulté le ).
  8. a et b Soulatges 2012, p. 130.
  9. a et b Line Cottegnies, « « L’Invention de Shakespeare : La révolution du First Folio de 1623 » », Europe. Revue littéraire mensuelle, no 1128,‎ , p. 122-136 (lire en ligne, consulté le ).
  10. (en) Tara L. Lyons, « “Baggage Bookes” and the Shakespeare First Folio: Towards a Critical Historiography of the Book », Shakespeare Quarterly, vol. 74, no 4,‎ , p. 394 (ISSN 0037-3222, lire en ligne, consulté le ).
  11. (en) Emma Smith, « Owning », dans Shakespeare's First Folio: Four Centuries of an Iconic Book, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-875436-7, lire en ligne), p. 70-71.
  12. Soulatges 2012, p. 129.
  13. Soulatges 2012, p. 135.

Bibliographie

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  • Malcolm Walsby, « Le format et le livre imprimé aux XVe, XVIe et XVIIe siècles », dans Le monde de l'imprimé en Europe occidentale (vers 1470 - vers 1680), Bréal, (lire en ligne), p. 77–91.
  • Charles Mortet, Le format des livres : notions pratiques, suivies de recherches historiques, Paris, Édouard Champion, , 60 p. (lire en ligne)
  • Magali Soulatges, « Les « musées de papier » ou le règne quasi sans partage de l’in-folio illustré », Anabases. Traditions et réceptions de l’Antiquité, no 15,‎ , p. 129–142 (ISSN 1774-4296, DOI 10.4000/anabases.3739, lire en ligne).

Articles connexes

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