Babar

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Babar
Personnage de fiction apparaissant dans
Histoire de Babar (1931).

« Mariage et couronnement du roi Babar et de la reine Céleste », aquarelle extraite d'Histoire de Babar, le petit éléphant (1931).
« Mariage et couronnement du roi Babar et de la reine Céleste », aquarelle extraite d'Histoire de Babar, le petit éléphant (1931).

Sexe Masculin
Espèce Éléphant
Activité Roi
Famille Céleste (son épouse et cousine), Pom, Flore, Alexandre et Isabelle (ses enfants), Arthur (son cousin et petit frère de Céleste), Badou et Lulu (ses petits enfants)
Ennemi de Rataxès (le roi des rhinocéros)

Créé par Cécile de Brunhoff
Jean de Brunhoff

Babar est un personnage de fiction, qui a la forme d’un éléphant, héros de la littérature d'enfance et de jeunesse créé par Cécile de Brunhoff et illustré par Jean de Brunhoff.

Historique[modifier | modifier le code]

Cécile de Brunhoff est à l'origine de Babar[1]. Elle a coutume de raconter des histoires à ses deux fils, Laurent et Mathieu. Parmi celles-ci, celle qui décrit les aventures d'un petit éléphant qui s'enfuit de la forêt pour échapper au chasseur et arrive dans une ville où il s'habille comme un homme. Revenu chez lui en voiture, il y rapporte les bénéfices de la civilisation et est couronné roi des éléphants.

Selon la légende familiale, la genèse de Babar trouverait sa source dans la famille Bunau-Varilla. La grand-mère de Laurent et Mathieu, Ida de Brunhoff, avait en effet épousé Philippe Bunau-Varilla, directeur général de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama. Leur fille, Gisèle Bunau-Varilla, s'était mariée avec Mario Rocco, un aventurier. Ensemble, ils avaient chassé l'éléphant au Congo belge en 1928 avant de s'installer au Kenya. C'est dans ce pays qu'un éléphanteau blessé par des chasseurs d'ivoire, et recueilli par la femme de l'ambassadeur belge, serait devenu la coqueluche de leurs enfants[2].

C'est en lisant une lettre de Gisèle envoyée du Kenya que Babar aurait germé dans l'imaginaire de Cécile. Quoi qu'il en soit, le récit de leur mère pianiste leur plaît tellement qu'ils le racontent à leur père, Jean de Brunhoff, artiste peintre. L'idée lui vient alors d'en faire un livre illustré pour un usage familial. Son frère Michel de Brunhoff et son beau-frère Lucien Vogel, enthousiasmés, le publient en grand format aux Éditions du Jardin des Modes sous le titre L'Histoire de Babar le petit éléphant (1931), à l'époque de l'Exposition coloniale.

Les albums connaissent un succès inouï avec quatre millions d'exemplaires vendus avant 1939, après que la maison Hachette a racheté en 1936 les droits aux Éditions du Jardin des Modes. Babar rencontre également un grand succès aux États-Unis et en Grande-Bretagne. La salle de jeux /nursery pour les enfants (privilégiés) de la première classe du Paquebot Normandie lancé à la fin des années 30 par les Chantiers de l'Atlantique sera entièrement décorée avec des fresques et des silhouettes découpées de Babar et de ses compagnons, d'après des dessins originaux de Jean de Brunhoff.

De 1940 à 1946, Francis Poulenc en réalise une mise en musique pour récitant et piano, plus tard orchestrée par Jean Françaix. À la disparition de son père en 1937, c'est Laurent de Brunhoff qui poursuit les aventures de Babar et les adapte pour la télévision française en 1969. Laurent de Brunhoff s'installe en 1985 aux États-Unis et confie en 1987 à la Clifford Ross Company la charge de choisir les sociétés à qui accorder les licences de produits dérivés. La société Nelvana, détenant la franchise au Canada et voulant multiplier ces produits dérivés, entre en conflit avec la Clifford Ross Company, la bataille judiciaire ne s'achevant qu'en 2000[3].

La famille Brunhoff ayant fait don de dessins préparatoires de trois des premiers albums à la Bibliothèque nationale de France, 2006 voit la consécration de Babar en France, avec son entrée dans les collections de cette bibliothèque[4].

En 2011, 13 millions d'exemplaires des 75 albums sortis ont été vendus dans le monde et traduits en 27 langues[5].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Babar, éléphanteau, pleurant sur le corps de sa mère abattue par un chasseur.

Après que sa mère a été tuée par un chasseur, Babar l'éléphanteau quitte sa jungle et arrive épuisé dans une grande ville[6], où il se lie d'amitié avec la Vieille Dame qui pourvoit à son éducation. Après peu de temps, il retourne finalement dans le clan des éléphants fuyant le chasseur. À la suite de la mort du roi ayant mangé des champignons vénéneux, et pour avoir déjoué les plans du chasseur et libéré les siens, Babar est couronné roi (royaume de Babar (en)), se marie avec sa cousine Céleste[7], restaure la paix et fonde la ville de Célesteville[8] dans laquelle chaque peuple animal construit sa maison avec son architecture particulière et vit selon ses propres coutumes.

La mort de sa maman, qui débute la première aventure de Babar en langue française, est absente de la version américaine.

Autres personnages[modifier | modifier le code]

  • Céleste : la cousine et épouse de Babar, elle est reine
  • Pom, Flore, Alexandre et Isabelle : les quatre enfants de Babar et Céleste
  • Zéphir : un des plus anciens amis de Babar (c'est un singe)
  • Arthur : le jeune beau-frère malicieux de Babar (petit frère de Céleste)
  • Christelle, la vieille dame : une amie (humaine) de Babar. C'est elle qui lui a enseigné la vie en ville.
  • Cornélius : le plus vieil éléphant et le conseiller de Babar
  • Pompadour : l'autre conseiller de Babar
  • Poutifour : le jardinier de Babar
  • Rataxès : le roi des rhinocéros
  • Dame Rataxès : l'épouse de Rataxès
  • Basil : le conseiller de Rataxès
  • Victor : le fils de Rataxès et Dame Rataxès
  • Podular : le sculpteur de chaises
  • Badou : le fils de Pom et petit-fils de Babar et Céleste
  • Rhudy : le fils de Victor et petit-fils de Rataxès et Dame Rataxès
  • Professeur Grifaton : spéléologue (humain)

Symbolique[modifier | modifier le code]

Babar en costume, s'adressant aux animaux de sa cour, avant son mariage avec Céleste.

Babar introduit chez les éléphants une forme très française de civilisation occidentale (entre autres il les fait s'habiller en costume occidental), certains y ayant pu voir une apologie de la colonisation par Jean de Brunhoff[9]. La Vieille Dame comme les peuples animaux peuvent symboliser des Républiques, alors que Babar représente une monarchie pacifiée. En passant du statut de l'enfant à celui d'adulte et du statut d'animal à celui d'homme (anthropomorphisation qui permet à l'enfant de s'identifier), le héros marque des rites de passage classiques du ressort[10].

Apport de Babar à la littérature de jeunesse[modifier | modifier le code]

Le format choisi par la famille Brunhoff pour éditer les histoires de Babar est une révolution. Avant cela, les albums illustrés pour la jeunesse étaient de petite taille et les images ressemblaient plutôt à des vignettes. Avec Babar, c'est l'avènement de l'album grand format aux doubles pages illustrées[11].

La technique de dessin employée par Jean Brunhoff est également une innovation dans le domaine : en premier lieu tracés à l'encre de chine, les dessins sont ensuite colorés par de riches aplats d'aquarelle. En résultent des couvertures et des illustrations aux couleurs lumineuses et éclatantes[11].

Lieux[modifier | modifier le code]

Babar a été créé à Chessy, petite bourgade de Seine-et-Marne, qui a baptisé l'une de ses rues (entre le coude de la rue du Petit Champ et celui de la rue Charles de Gaulle) du nom de "Place Jean de Brunhoff", le créateur de Babar. La maison qui a été le berceau de Babar existe toujours. La famille de Brunhoff a en effet habité la villa Lermina construite en 1802, actuelle "Muscadelle" qui se situe 83 rue Charles de Gaulle. Chessy, fier de cette histoire, a même donné le nom de Cornélius, précepteur et sage conseiller de Babar, a l'un des groupes scolaires de la commune (maternelle et élémentaire), rue Charles de Gaulle, juste en face de la "Muscadelle". Devant l'entrée de l'école, la municipalité a fait édifier une statue de Cornélius [12]. Le centre de loisirs situé 2 rue Pasteur à Chessy et associé à l'école Cornélius porte le nom de "L'île aux oiseaux", titre d'une aventure de Babar publiée en 1952 et se trouve sur une parcelle du terrain qui appartenait à la villa de la famille Brunhoff et cédé à la ville[13].

La chanson des éléphants[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la vieille chanson des mammouths. Le vieux Cornélius lui-même ne se rappelle plus la signification des paroles. Selon August A. Imholtz Jr. il s'agit, pour la première strophe, d'un texte sanskrit[14].

Patali Dirapata, Cromda Cromda Ripalo, Pata Pata, Ko Ko Ko
Bokoro Dipoulito, Rondi Rondi Pepino, Pata Pata, Ko Ko Ko
Emana Karassoli, Loucra Loucra Nonponto, Pata Pata, Ko Ko Ko.

Le roi Babar[15]

Publication[modifier | modifier le code]

Par Jean de Brunhoff[modifier | modifier le code]

Histoire de Babar, couverture
(cliquez l'image pour lire l'histoire complète en format DjVu).
  • Histoire de Babar — Paris : Éditions du Jardin des Modes, groupe de publications Condé Nast, 1931
  • Le Voyage de Babar — Paris : Éditions du Jardin des Modes, groupe de publications Condé Nast, 1932
  • Le Roi Babar — Paris : Éditions du Jardin des Modes, groupe de publications Condé Nast, 1933
  • A.B.C. de Babar — Paris : Éditions du Jardin des Modes, groupe de publications Condé Nast, 1934
  • Les Vacances de Zéphir — Paris : Hachette, 1936
  • Babar en famille — Paris : Hachette, 1938
  • Babar et le Père Noël — Paris : Hachette, 1941

Par Laurent de Brunhoff[modifier | modifier le code]

  • Babar et ce coquin d'Arthur, 1948
  • Pique-nique chez Babar, 1949
  • Babar dans l'Île aux oiseaux, 1952
  • La fête de Celesteville, 1954
  • Babar et le professeur Grifaton, 1956
  • Le château de Babar, 1961
  • Babar en Amérique, 1965
  • Je parle anglais avec Babar, 1966
  • Je parle allemand avec Babar, 1966
  • Je parle espagnol avec Babar, 1966
  • Babar fait du ski, 1966
  • Babar à New York, 1966
  • L'anniversaire de Babar
  • Babar sur la planète molle
  • Babar et le Wolly-Wolly
  • Babar et les 4 voleurs
  • Babar et le fantôme, 1981
  • Babar et sa fille Isabelle, 1988
  • La victoire de Babar, 1992
  • Babar et la cité perdue, 1995
  • Coup de foudre aux Jeux de Célesteville, 2011
  • L'île du Paradis, 2014
  • Babar à Paris, 2017

Postérité[modifier | modifier le code]

Babar a fait l'objet de 1 000 ouvrages, albums périodiques, livres, documents et thèses. Il a été traduit dans 17 langues et est connu dans plus de 150 pays où il s'est vendu plus de 8 millions de livres. Au niveau des produits dérivés, la marque Babar, multi-générationnelle, a généré plus de 100 titulaires de licence dans le monde, et 500 objets (peluches, figurines, jeux de sociétés) à son effigie. Au Japon, 15 magasins sont dédiés à Babar[16],[17].

Les sociologues Ariel Dorfman[18] et Herbert Kohl (en)[19] dénoncent dans le personnage de Babar des aspects réactionnaire, anti-démocratique, colonialiste, raciste et sexiste[20], qui s'expliquent par la création du personnage en 1931 (époque de l'Exposition coloniale internationale).

Adaptations[modifier | modifier le code]

Disques[modifier | modifier le code]

Ces adaptations de 1957, composées par Maritie et Gilbert Carpentier et interprétées par plusieurs artistes dont François Périer et Jean Desailly, ont reçu le Grand Prix du Disque de l'Académie Charles-Cros.

  • N°1: Histoire de Babar, le petit éléphant
  • N°2: Le voyage de Babar
  • N°3: Le Roi Babar
  • N°4: Babar en famille
  • N°5: Babar et le père Noël
  • N°6: Babar et le professeur Grifaton
  • N°7: Babar et ce coquin d'Arthur

Des adaptations sont également sorties en 1970, composées par Antoine Duhamel, racontées et interprétées par Jean-Marc Bory.

  • Babar dans l'île aux oiseaux
  • Babar au cirque
  • Babar musicien

En 1970 (également), sort le disque L'histoire de Babar, raconté par Jacques Brel sur une musique de Francis Poulenc (le texte est de Jean de Brunhoff, l'orchestre des Concerts Lamoureux est dirigé par Jean Laforge).

Musique[modifier | modifier le code]

Films d'animation[modifier | modifier le code]

Séries télévisées[modifier | modifier le code]

Jeu de société[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

Droits et domaine juridique[modifier | modifier le code]

C'est le que les productions de Jean de Brunhoff sont entrées dans le domaine public français[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. lemonde.fr, 8 décembre 2011
  2. Dorothée Charles (dir.), Les histoires de Babar, BNF et Arts décoratifs, , p. 43-44.
  3. Myriam Bahuaud, Droits dérivés - Le cas Babar, L'Harmattan, 1999, 191 p.
  4. Paul Fournel et Maurice Sandak, De mémoire de Babar, Hachette, 1998
  5. D'après Christine Foulquiès, éditrice de Babar chez Hachette, in lemonde.fr, 8 décembre 2011
  6. Elle a été parfois identifiée à Paris bien qu'aucun bâtiment caractéristique ne permette de l'affirmer.
  7. « La femme de Babar est… sa cousine », sur Tu savais que ?,
  8. L’historien de l’art Laurent Grison a étudié les représentations de la ville dans L’Histoire de Babar et Le Roi Babar dans Les Stries du temps. L’artiste, le lieu et la mémoire, Éditions Champ social, « Les collections Théétète. Esthétique », 2005, chapitre « Babar urbaniste », pages 95 à 107.
  9. Myriam Bahuaud, op. cité, p. 73
  10. Nicholas Weber, L'Art de Babar - L'œuvre de Jean et Laurent de Brunhoff, Nathan, 1991
  11. a et b Marion Point "Un éléphant qui ne trompe pas", le 2 janvier 2011. Article à lire sur L'Intermède.
  12. [1]
  13. [2]
  14. (en) August A. Imholtz, « Sanskrit verses in a Babar book », Children's Literature in Education, vol. 12, no 4,‎ , p. 207--208 (ISSN 1573-1693, DOI 10.1007/BF01142765, lire en ligne, consulté le 24 mars 2016).
  15. Histoire de Babar, Paris, Hachette, 1931
  16. Jean-Noël Jeanneney, « Babar est-il immortel ? », émission Concordance des temps sur France Culture, 20 avril 2019, 39 min 40 sec.
  17. « Babar, une marque qui a de la défense », sur lesechos.fr, .
  18. (en) Ariel Dorfman, The Empire's Old Clothes: What the Lone Ranger, Babar, and Other Innocent Heroes Do to Our Minds, Pantheon Books, , 225 p..
  19. (en) Herbert R. Kohl, Should We Burn Babar ? Essays on Children's Literature and the Power of Stories, New Press, , 224 p. (lire en ligne).
  20. Kohl perçoit dans Babar « une authentique figure patriarcale, tenant d'une main de fer raciste et impérialiste son petit monde qui ne connaît pas le suffrage universel : Babar est colonialiste, mais il est aussi antidémocratique, sexiste et raciste ». Cf Dorothée Charles, Les histoires de Babar, Arts décoratifs, , p. 110.
  21. « Composer Raphael Mostel on 'The Travels of Babar: Return to the Land of the Elephants' », sur www.cbc.ca (consulté le 1er juin 2016)
  22. Article de 20 minutes
  23. Archives des musées nationaux direction des musées de France, Répertoire numérique n° 20150333, 2015, p. 320
  24. Site du Musée des Arts décoratifs
  25. Site de la BNF
  26. Miriam Phillips, « Bienvenue dans le domaine public », Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, (consulté le 23 mai 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Le Jardin des Gogottes, jardin public situé à Guyancourt dans les Yvelines. Le jardin est organisé autour des sculptures de quatre Gogottes inspirées par l'album Les Vacances de Zéphir. Le jardin est une œuvre du sculpteur Philolaos.
  • Babar : série télévisée
  • Babar : magazine

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]