Orly (chanson)

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Orly est une chanson de 1977, écrite, composée et interprétée par Jacques Brel, parue dans son dernier album Les Marquises. Elle relate la difficile séparation d'un couple dont l'homme prend l'avion à l'aéroport d'Orly.

Narration[modifier | modifier le code]

Dans cette chanson d'amour, le narrateur est spectateur de la scène. Il met en évidence l'unité de ce couple en privilégiant tantôt leur dualité (« tous les deux »), tantôt ce qui les unit (« ils »), tout en employant des termes forts (« soudés », « encastrés »)[1]. Il isole le couple du reste de la foule (« ils sont plus de deux mille et je ne vois qu'eux deux »).

La fin de la chanson laisse entrevoir que ce moment est fugace et que la femme (restée dans le terminal, tandis que lui embarque pour une destination inconnue), rejoindra bientôt cette foule dont elle se démarque pour quelques instants encore.

Le refrain fait référence à la chanson Dimanche à Orly de Gilbert Bécaud en 1963 : « La vie ne fait pas de cadeau / et nom de Dieu c'est triste Orly le dimanche / Avec ou sans Bécaud »[2]. On peut voir dans la chanson de Brel une « anti-version » de celle de Bécaud[3] (la première est triste, la seconde est joyeuse : « Dimanche à Orly / Sur l'aéroport ... / Y'a de quoi rêver »). Claude Lemesle, qui qualifie cette allusion d'« inutile », raconte que Bécaud lui a avoué que Brel s'en était excusé par téléphone[4].

Analyse[modifier | modifier le code]

Brel aurait intégré dans cette chanson des éléments biographiques, peut-être la fin de sa relation avec Monique, qu'il a vue pour la dernière fois à l'aéroport de Nice en septembre 1974[5].

Plusieurs auteurs citent cette chanson comme contre-exemple de la misogynie que l'on prête souvent à Brel[6],[7],[8]. Contrairement à la plupart de ses chansons d'amour, il n'y prend pas le point de vue masculin et y ressent le déchirement du personnage féminin[9].

Plusieurs critiques proposent une deuxième lecture de la chanson. Selon eux, on peut également interpréter le couple qui se sépare comme symbolique de l'auteur qui, se sachant atteint du cancer, se sépare de son corps, représenté par la femme[3],[10]. Cette interprétation est confirmée par Brel lui-même à Paul-Robert Thomas, à qui il demande de bien écouter les paroles : « Il s'agit de deux amants qui se séparent, mais surtout d'une métaphore de la Vie et de la Mort. D'un être qui sent sa vie lui échapper ; le jour où, par exemple, il décide de partir se faire soigner. Et l'avion se pose à Orly ! Dernier aéroport, pour un dernier voyage... »[11].

Postérité[modifier | modifier le code]

Reprises[modifier | modifier le code]

Un site consacré à Brel recense une trentaine de reprises d'Orly[12].

La chanson a été interprétée dans plusieurs albums de reprises de Brel, notamment :

Autres[modifier | modifier le code]

Orly est l'une des trois chansons (avec Jef et Ne me quitte pas) qui ont inspiré à la dessinatrice Monique Martin des illustrations parues en 1993 dans Moi, je t'offrirai des perles de pluie[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Carl Boileau, « Orly de Jacques Brel (analyse de la chanson) », sur CarlBoileau.com, .
  2. Ian Pickup, « La chanson française et la critique littéraire », dans Ian Pickup (dir.) et Philippe Baron (dir.), Aspects de la critique : Colloque des Universités de Birmingham et de Besançon, Besançon, Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté, coll. « Centre Jacques Petit - CNRS », , 149 p. (ISBN 2-251-60638-6), p. 137–150 (145).
  3. a et b Denis Bégin, André Gaulin et Richard Perreault, Comprendre la chanson québécoise : Tour(s) d'horizon, analyse de vingt-sept chansons célébrées, documentation, GREME, Département des sciences de l'éducation, UQAR, coll. « Monographie », , 440 p. (ISBN 2-89241-112-2), p. 24.
  4. Claude Lemesle, Plume de stars : 3000 chansons et quelques autres, Paris, L'Archipel, , 282 p. (ISBN 978-2-8098-0138-5).
  5. Eddy Przybylski, Jacques Brel : La valse à mille rêves, Paris, L'Archipel, , 765 p. (ISBN 978-2-8098-0086-9), p. 583 et 663.
  6. Marc Robine, Grand Jacques : Le roman de Jacques Brel, Paris, Anne Carrière et Éditions du Verbe (Chorus), , 670 p. (ISBN 2-84337-066-3), p. 542.
  7. Martin Monestier, Brel, le livre du souvenir, Paris, Sand, , 282 p. (ISBN 2-7107-0711-X), p. 245.
  8. (en) Sara Poole, Brel and Chanson : A Critical Appreciation, Dallas, University Press of America, , 117 p. (ISBN 0-7618-2919-9), p. 27.
  9. Bruno Hongre et Paul Lidsky, L'univers poétique de Jacques Brel, L'Harmattan, , 126 p. (ISBN 2-7384-6745-8), p. 60.
  10. Aurélien Boivin (dir.), Gilles Dorion, Roger Chamberland, Gilles Girard et Maurice Lemire, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, vol. 7 : 1981-1985, Montréal, Fides, , 1229 p. (ISBN 2-7621-2424-7), p. 225.
  11. Paul-Robert Thomas, Jacques Brel : J'attends la nuit, témoignage, Paris, Le Cherche midi, coll. « Documents », , 155 p. (ISBN 2-86274-842-0), p. 151.
  12. « Orly - Covers' List », sur Brelitude.
  13. Mol, je t'offrirai des perles de pluie, Duculot, (ISBN 2-8011-0940-1).