Apollonie de Cyrène

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Apollonie de Cyrène
Plan d'Apollonia
Plan d'Apollonia
Localisation
Pays Drapeau de la Libye Libye
Coordonnées 32° 54′ 00″ N 21° 58′ 00″ E / 32.9, 21.96666732° 54′ 00″ Nord 21° 58′ 00″ Est / 32.9, 21.966667  

Géolocalisation sur la carte : Libye

(Voir situation sur carte : Libye)
Apollonie de Cyrène
Apollonie de Cyrène

Apollonie de Cyrène est un site archéologique situé en Cyrénaïque, en Libye actuelle. Cité fondée par les Grecs, elle devint un centre important du commerce du sud de la Méditerranée comme port de Cyrène, située 20 km au sud-ouest.

Géographie, géologie[modifier | modifier le code]

Apollonia se trouve sur la partie la plus au nord de la Cyrénaïque, au milieu d'une baie de 40 kilomètres de large, orientée est-ouest et faisant face à la partie occidentale de la Crète, située à moins de 300 kilomètres. La côte constitue une plaine étroite d'environ 2 kilomètres, avant les premiers escarpements du plateau calcaire de Cyrène. Un ancien cordon de dunes solidifiées en grès forme un relief de quelques mètres parallèle au rivage et constitue un support pour les remparts et l'acropole du port. Dans l'antiquité, un second cordon de grès à 350 mètres plus au nord émergeait des eaux par endroits et formait des baies propices à abriter des bateaux[1].

La lente subsidence qui touche le littoral cyrénéen a entrainé l'immersion partielle de la cité, dont la partie portuaire se trouve au XXe siècle engloutie sous plusieurs mètres d'eau, jusqu'à 3,8 mètres de profondeur en certains points[1] .

Histoire[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Cyrénaïque antique.

La cité n'est guère mentionnée par les auteurs antiques : Diodore de Sicile mentionne la prise de contrôle du port, sans en donner le nom, lors de expédition de Thibron contre Cyrène (323-322 av. J.-C.)[2]. L'existence d'Apollonia n'est signalée que par une inscription et une mention du géographe Strabon[3]. En revanche Synésios de Cyrène, évêque de Ptolémaïs (Cyrénaïque) au IVe siècle, ne fait aucune mention de la cité portuaire, que ce soit sous son ancien nom d'Apollonia ou sous le nom de Sozousa qu'elle prit par la suite[4].

Probable lieu de débarquement des premiers colons grecs entre les VIIe et VIe siècles av. J.-C., le site offre un mouillage bien abrité grâce à ses deux criques. Dans la seconde moitié du IIe siècle av. J.-C., la zone portuaire est protégée par l'édification d'un rempart parallèle au rivage[5].

Le port de Cyrène ne devient une cite autonome nommée Apollonia que vers la fin de la période hellénistique. Interprétant un passage de Plutarque[6], André Laronde suggère que la sécession vis-à-vis de Cyrène a été provoquée par l'intervention romaine de Lucullus, envoyé en Cyrénaïque par Sylla en 85 ou 86 av. J.-C.[7]. La Cyrénaïque est intégrée dans l'Empire romain en 74 av. J.-C., et rattachée administrativement à la Crète sous Auguste pour constituer la province de Crète et Cyrénaïque. Comme les autres cités cyrénaïques, Apollonia connaît une période prospère durant le premier et le second siècle, marquée par le développement de ses monuments publics. À une date non connue vers le milieu du Ve siècle[8], la cité remplace Ptolémaïs comme capitale de la province de Libya Seconde, et prend le nom de Sôzousa, « ville du Sauveur »[9], moins connoté qu'Apollonia, évocation de l'Apollon de l'oracle de Delphes. Cette promotion voit un regain de construction, avec plusieurs églises et un palais considéré comme la résidence du dux, commandant militaire de la province[10]. L'enceinte est renforcée sous Justinien Ier, mais n'empêche pas Sôzousa, abandonnée par sa garnison, de passer sous la domination arabe en 643[11].

Des indices archéologiques trouvés sur le site prouvent que l'activité de la cité et ses relations avec le reste de l'empire byzantin ont perduré quelque temps après la conquête arabe : un solidus de Constant II (641-668) découvert dans la zone submergée du port, une activité d'extraction dans les carrières, la production de céramiques tardives. Néanmoins, la cité finit par être abandonnée de ses habitants[12].

Redécouverte et fouilles[modifier | modifier le code]

La Cyrénaïque reste terre inconnu des Occidentaux pendant des siècles. Une première mission de reconnaissance est menée par la marine anglaise de 1821 à 1822, au cours de laquelle les frères Henry William Beechey et Frederick William Beechey réalisent des relevés du littoral et des principaux sites de Cyrénaïque, dont un plan du rivage d'Apollonia[13]. Une autre mission menée par le niçois Jean-Raymond Pacho entre 1824 et 1825 réalise de nombreuses observations archéologiques et ethniques sur les régions, publiées en 1829. Les relevés des Beechey et de Pacho décrivent le site dans son état du début du XXe siècle et présentent encore pour les archéologues modernes un intérêt documentaire comme situation d'origine avant les fouilles[14].

Réléve général du site, vers 1958-1959

L'effort soutenu de recherche archéologique qui accompagne la présence italienne en Libye à partir de 1912 néglige le site d'Apollonia, au détriment de sites plus importants. Plus de mille ans d'occupation continue ont superposé les niveaux archéologiques, et les vestiges les plus accessibles datent de l'époque byzantine : ainsi, Ettore Ghislanzoni se borne à relever les colonnes de l'église orientale, sans publier de compte-rendu de ces travaux. Après la deuxième guerre mondiale et sous la présence anglaise, les recherches plus importantes commencent sous la direction de Richard George Goodchild, et portent encore sur les monuments de l'Antiquité tardive, les trois églises et le palais du dux. De 1953 à 1956, le français Pierre Montet dégage en partie le niveau romain, avec les thermes et plusieurs quartiers d'habitation, et fait établir le premier plan d'ensemble du site. De 1957 à 1959, les plongeurs de l'anglais Nicolas Fleming effectuent les premières explorations sous-marines, et dressent un plan général de la partie submergée. À partir de 1956, les fouilles sont autorisées par intermittence, au bon vouloir des autorités libyennes : mission américaine de D. White de 1965 à 1967, mission française de François Chamoux à partir de 1976, dont la direction est reprise à partir de 1981 par André Laronde, qui impulse les fouilles sous-marines de 1985 à 1998[15],[16].

Site archéologique[modifier | modifier le code]

Le développement de l'agglomération moderne de Susah s'est fait à l'ouest et au sud du site archéologique d'Apollonia, ce qui l’a laissé dégagé et accessible aux archéologues[17].

Port[modifier | modifier le code]

Vue de la zone du bassin occidental. Vestiges d’une tour-phare sur l’îlot est

Remparts[modifier | modifier le code]

L'enceinte d'Apollonia est une des mieux conservées de la Cyrénaïque. Ses vestiges sont visibles en continu sur près de 1 200 m[18].

Thermes[modifier | modifier le code]

Vestiges de la partie est de l'édifice thermal, péristyle et piscine en plein air.

Dégagé en grande partie en 1955 et 1956, l'ensemble est dans un premier temps désigné sous l'appellation d'édifice à péristyle, en raison de vestiges de colonnades, qui sont arbitrairement disposées en ligne sur un des murs pour dégager l'emplacement des fouilles. Il est ensuite reconnu comme des thermes romains, caractérisés par l'hypocauste d'une salle chaude dont on retrouve en 1956 des briques de pilettes de soutènement. En 1976, l'exploration est reprise et complétée, avec la réalisation de sondages aux niveaux inférieurs pour déterminer la chronologie de l'édifice[19]. Un premier sondage effectué dans la cour à péristyle a atteint le sol rocheux à la profondeur de 3,5 mètres. Il a montré un épais remblai terreux de 2,85 m soutenant les thermes et renfermant de nombreux tessons de céramique italienne et attique, qui permettent de situer la construction des thermes à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle. Sous cette couche de remblai, de multiples débris de céramique attique au vernis noir proviennent d'un dépotoir de la fin du IVe siècle av. J.-C. ou du début du IIIe siècle av. J.-C.. Au niveau le plus bas, de gros blocs de pierres taillées sont encastrés dans la roche. Contre un des blocs, se trouvait un dépôt d’une cinquantaine de vases miniatures, des skyphoi (gobelets) et des hydries[20]. Ces blocs et ce dépôt sont interprétés comme les vestiges d’un autel monumental datant du IVe siècle av. J.-C.[21].

Un autre sondage est effectué en 1979 sous la salle cruciforme à côté de la cour à péristyle. Il a conduit à la découverte des restes d’un pressoir à huile au-dessous des fondations des thermes[22].

L'édifice thermal a été précédé au tout début du Ier siècle par l’édifice à péristyle doté d’un grand bassin, inséré au sud d’une voie de circulation est-ouest, [23]. Les thermes qui l’ont agrandi entre les années 75 et 125 se divisaient en deux parties : du côté ouest et du nord au sud, une salle froide avec deux bains, une salle tiède, une grande étuve sèche sur hypocauste, de plan cruciforme, et une salle chaude ; du côté est, une cour à portique entoure une piscine en plein air, plus petite que l’ancien bassin. Au nord de cette cour, un local avec un canal d'évacuation abritait les latrines, équipement annexe classique des thermes[19].

Les thermes ont été transformés à l'époque tardive, l'ancienne salle chaude a été creusée par deux grandes citernes, tandis que le canal d'évacuation des latrines devient un dépotoir encombré d'amphores brisées ou parfois entières[19].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Théâtre à Apollonia

Le théâtre est situé à l'extérieur de l'enceinte, adossé au rempart et à la colline de l'acropole. La Cavea de vingt-huit gradins est en partie creusée dans la roche, en partie construite. Le bâtiment date de la période hellénistique, et a été transformé sous Domitien (81-96) par un décor de colonnes et un parapet entre la cavea et l'orchestre[24].

Stade[modifier | modifier le code]

Un stade a été identifié en 1976 dans une ancienne carrière à environ un kilomètre à l'ouest d'Apollonia[25].

Églises[modifier | modifier le code]

Basilique centrale

Apollonia compte les vestiges de trois basiliques byzantines, désignées selon leur emplacement dans l’enceinte de la ville comme basilique orientale, basilique centrale et basilique occidentale, et une quatrième hors les murs, associée à la nécropole, toutes construites entre le Ve et VIe siècles. Ces édifices ont été dégagés avant et après la seconde guerre mondiale, selon les méthodes assez rapides de l’époque et au grand regret des archéologues des générations suivantes, car sans étude des fondations ni sondage profond pour déterminer leur implantation par-dessus un tissu urbain vieux de plusieurs siècles. Les colonnades des nefs ont été remontées et les murs cimentés peu après leur dégagement[26]. Si ces anastyloses offrent aux visiteurs un aperçu assez suggestif de ces églises antiques[27], faute de relevés détaillés préalables, elles ont limité pour les spécialistes la connaissance précise de leur état précédant les fouilles, nécessaire à l’étude fine de la chronologie de construction des bâtiments et de leur évolution[26].

Les trois basiliques d’Apollonia suivent un plan de principe assez homogène, qu’on retrouve sur la plupart des églises antiques de Cyrénaïque : elles s’inscrivent dans un rectangle et comportent trois nefs délimitées par une double colonnade[28], la nef centrale se prolonge derrière le chœur par une abside non saillante vers l’extérieur. De part et d’autre de l’abside, deux pièces d’usage annexe, parfois interprétées comme des sacristies, complètent la forme pour former le périmètre rectangulaire d’ensemble. Les absides des églises centrale et orientale d’Apollonia sont orientées vers l’est, cas fréquent mais non systématique en Cyrénaïque : en effet, l’abside de l’église occidentale est dirigée vers l’ouest[29]. A l’opposé de l’abside, chaque église est prolongée par un narthex, vestibule aussi large que les trois nefs[30]. Le chœur, espace sacralisé au centre duquel se trouve l’autel, est délimité par une barrière, le chancel, construite en plaques de marbre sculptées soutenues par des poteaux. On accède au chœur par un couloir plus ou moins long dans l’axe de la nef ou par deux ouvertures latérales du chancel[31]. Le revêtement du sol du chœur est plus riche que celui du reste de la nef : dallage en opus sectile pour l’église occidentale, mosaïque dans l’église orientale[32].

Ces églises possèdent chacune un atrium, local annexe et contigu constitué par un péristyle carré autour d’une cour centrale, selon une architecture peu courante en Cyrénaïque. L’implantation de l’atrium par rapport à l’église varie selon les cas, probablement pour insérer cette extension dans l’espace disponible du tissu urbain : il est dans l’axe de la nef de l’église centrale, mais latéral sur le flanc nord de l’église orientale. Celui de l’église occidentale est complexe et irrégulier, avec deux cours intérieures et a été plusieurs fois remanié[33].

La basilique orientale est la plus ancienne et la plus grande. Elle a été dégagée et ses colonnes redressées par Ettore Ghislaneoni en 1922[17]. Elle présente la particularité d’avoir un transept[34]. Elle comporte des éléments de remploi, colonnes de différentes hauteurs et chapiteaux, récupérés sur un temple antérieur, dont les fragments architectoniques ont été retrouvés sous les eaux[27]. Les archéologues la datent unanimement du Ve siècle en raison de son plan et du style de ses mosaïques du chœur et de l’abside[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sintes 2004, p. 115
  2. Diodore de Sicile, XVIII, 19
  3. Strabon, Géographie, XVII, 837
  4. Sintes 2004, p. 114
  5. Polidori et al. 1998, p. 228
  6. Plutarque, Vie de Lucullus, 2
  7. Chamoux 1977, p. 7
  8. Sintes 2004, p. 94
  9. Sintes 2010, p. 240
  10. Polidori et al. 1998, p. 231
  11. Polidori et al. 1998, p. 232
  12. Sintes 2004, p. 93
  13. Sintes 2004, p. 17
  14. Sintes 2004, p. 18-20
  15. Sintes 2004, p. 35-36
  16. Laronde 1996, p. 3
  17. a et b Chamoux 1977, p. 9
  18. Chamoux 1977, p. 19
  19. a, b et c Chamoux 1977, p. 13-15
  20. Chamoux 1977, p. 17-18
  21. Laronde 1985, p. 96
  22. Laronde 1985, p. 96-97
  23. Laronde 1985, p. 98
  24. Polidori et al. 1998, p. 228 et 232
  25. Chamoux 1977, p. 21-22
  26. a et b Duval 1989, p. 2747
  27. a et b Sintes 2010, p. 258
  28. Duval 1989, p. 2764
  29. Duval 1989, p. 2755, 2757-2758
  30. Duval 1989, p. 2763-2764
  31. Duval 1989, p. 2769, 2771
  32. Duval 1989, p. 2772
  33. Duval 1989, p. 2761
  34. Duval 1989, p. 2768
  35. Duval 1989, p. 2747, 2749

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Chamoux, « Campagne de fouilles à Apollonia de Cyrénaïque (Libye) en 1976 », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, no 1 (121e année),‎ , p. 6-27 (lire en ligne).
  • Noël Duval, Les monuments d'époque chrétienne en Cyrénaïque à la lumière des recherches récentes, Actes du XIe congrès international d'archéologie chrétienne. Volumes I et II. Lyon, Vienne, Grenoble, Genève, Aoste, 21-28 septembre 1986., Rome, École Française de Rome, coll. « Publications de l'École française de Rome, 123 »,‎ (lire en ligne), p. 2743-2796 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • André Laronde, « Apollonia de Cyrénaïque et son histoire. Neuf ans de recherches de la mission archéologique française en Libye », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, no 1 (129e année),‎ , p. 93-116 (lire en ligne)
  • André Laronde, « Apollonia de Cyrénaïque : Archéologie et Histoire », Journal des savants, no 1,‎ , p. 3-49 (lire en ligne).
  • Robert Polidori, Antonino Di Vita, Ginette Di Vita-Evrard et Lidiano Bacchielli, La Libye antique : Cités perdues de l'Empire romain, Editions Mengès,‎ (ISBN 2-8562-0400-7)
  • Claude Sintes, La Libye antique, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard Archéologie »,‎ , 128 p. (ISBN 2-07-030207-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Sintes, Libye antique, un rêve de marbre, Paris, Imprimerie nationale,‎ , 280 p. (ISBN 978-2-7427-9349-5)
  • Yvon Garlan, « L'enceinte fortifiée d'Apollonia de Cyrénaïque », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, no 2 (129e année),‎ , p. 362-378 (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]