Théodora (femme de Justinien)

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Théodora
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Théodora représentée sur une mosaïque de la Basilique Saint-Vital de Ravenne, 547 de notre ère.

Titre

Impératrice byzantine

5 août 527 — 28 juin 548

Prédécesseur Euphémie
Successeur Sophie
Biographie
Naissance vers 500
Chypre
Décès
Constantinople
Sépulture Église des Saints-Apôtres
Père Acacius
Mère Théodora (?)
Conjoints Justinien
Enfants une fille
Religion Christianisme

Théodora (en grec Θεοδώρα, vers 500 - 548) est une impératrice de l'Empire byzantin, femme de Justinien. D'humble origine, elle est, semble-t-il, la fille d'un dresseur d'ours et belluaire, nommé Acacius, qui était attaché à l'hippodrome de Constantinople. Sa mère, dont le nom ne nous est pas parvenu, était une danseuse et actrice[1]. Avant de devenir la maîtresse du futur empereur Justinien, Théodora est, selon Procope de Césarée, danseuse et courtisane.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Les principales sources historiques sur la vie de Théodora sont les œuvres de son contemporain Procope de Césarée, secrétaire du général Bélisaire. L'historien offre trois représentations contradictoires de l'impératrice. Son premier ouvrage historique, intitulé Histoires ou Discours sur les Guerres, dresse le portrait d'une impératrice courageuse et des plus influentes. Il dénote en particulier ses ressources culturelles et morales lors des moments difficiles « quand les hommes ne savent plus de quel côté se tourner »[2].

Son deuxième ouvrage Sur les monuments loue la beauté de l'impératrice et est un panégyrique qui décrit Justinien et Théodora comme un couple pieux. Son troisième ouvrage l'« Histoire Secrète », probablement une publication posthume, révèle un auteur qui est devenu profondément déçu par le couple impérial et même par son maître Bélisaire. Justinien est dépeint comme cruel, vénal, prodigue et incompétent. Procope rappelle que Théodora est une parvenue et va jusqu'à l'appeler « cette ruine publique de l'espèce humaine »[3].

Son contemporain Jean d'Éphèse écrit sur Théodora dans les Vies des bienheureux orientaux et mentionne qu'elle eut une fille illégitime avant d'épouser Justinien[4].

D’autres auteurs syriaques appartenant au courant monophysite (Zacharie, le Scolastique, l’évêque Jean d’Amide ou le patriarche d’Antioche Michel le Syrien) la présentent comme une « pieuse », une « sainte », ou comme la « dévote » impératrice[5].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La fille de l'hippodrome[modifier | modifier le code]

À l'image de ses deux sœurs, Comito et Anastasie, Théodora reçoit un prénom à consonance chrétienne. Les radicaux grecs théou dôron peuvent ainsi se traduire par « don de Dieu ». La mortalité infantile étant de l’ordre de cinquante pour cent à l’époque, on peut supposer qu’il s’agit également d’un remerciement pour une grossesse réussie[6].

Née vers 500 à Constantinople, en Paphlagonie ou sur l'île de Chypre selon les auteurs, elle devient vite orpheline de son père, Acacius, qui meurt brutalement laissant la famille sans ressources. Après la mort d’Acacius vers 503, la mère de Théodora trouve, semble-t-il, un nouveau compagnon qui reprend la fonction de gardien des ours pour la faction des Verts et est responsable devant un certain Astérios[7]. Dès leur plus jeune âge, Comito et Théodora sont autorisées à quitter régulièrement la maison pour se rendre au Kynêgion où leur père puis leur beau-père leur montre les fauves. Là-bas, elles apprennent à dompter des ours, des chevaux, des chiens ou encore des perroquets colorés importés d’Orient. Pour Théodora, ces visites ressemblent à une formation théâtrale, durant laquelle elle apprend à maîtriser sa posture, ses gestes ou encore à montrer son autorité, des qualités qui lui serviront par la suite. Mais cette relative tranquillité est de courte durée. Astérios, le choreographos des Verts de l'hippodrome de Constantinople, les « démet de cette charge »[8], ayant apparemment trouvé quelqu’un qui avait de meilleurs appuis et crédits au sein des Verts pour la fonction de gardien des ours[9].

La mère de Théodora, que l'historien Paolo Cesaretti présente comme une femme de caractère, décide de réagir. Le jour de la fête, elle pénètre dans l'hippodrome de Constantinople avec ses filles. Elles vont devant la tribune des Verts et s'agenouillent, suppliant la foule de les aider. Astérios demande alors le silence mais contre toute attente ne prononce aucune parole, leur signifiant ainsi qu’elles ne sont pas dignes d’intérêt. Lorsqu'il est clair qu'aucune réponse ne viendra de la part du chef des Verts, des huées commencent à monter de la tribune opposée, celle des Bleus. Les filles et leur mère se relèvent et vont alors trouver les Bleus. L'équivalent d'Astérios chez les Bleus demande alors le silence. Contrairement à son homologue, il prend la parole. Il fait remarquer qu’elles sont trois, comme la Trinité chère aux Bleus orthodoxes, et que le blanc de leurs robes reflète la pureté. Sous les acclamations de la foule, il accède à leur requête. La famille de Théodora intègre la faction des Bleus et le nouveau compagnon de sa mère trouve un poste, « même si ce n’était pas nécessairement son poste »[10]. Pour Paolo Cesaretti, la scène de l'hippodrome constitue un tournant à double titre dans la vie de Théodora. L'exemple de sa mère, qui avait su résister dans des conditions difficiles, la marqua profondément, tout comme l'attitude méprisante d'Astérios et des Verts à leur égard. Pour l'historien, ce fut le début d'une profonde aversion pour cette faction. Les décisions politiques que Théodora allait prendre envers eux, une fois au pouvoir, seraient le fruit d'une vengeance obstinée de leur refus de porter assistance à sa mère[11].

Danseuse et actrice[modifier | modifier le code]

Lorsque les trois sœurs deviennent adolescentes, leur mère leur fait découvrir progressivement le monde du théâtre, « à mesure que chacune lui semblait mûre pour la tâche[12]». Théodora accompagne ainsi, Comito, l’aînée, lorsque celle-ci fait ses premiers pas. Ensemble, elles montent un petit théâtre de variétés, avec peu de paroles, beaucoup de gestes et d’intervention physique. Pour Paolo Cesaretti, il est probable que les deux sœurs aient proposé de petites interventions dans lesquelles la petite Théodora joue le rôle du serviteur, et sa sœur Comito celui de la maîtresse[13].

En 512, Théodora est âgée de 12 ans et n’est pas encore mûre sexuellement. Procope n’hésite pourtant pas à lui accorder une activité sexuelle très précoce. Dans les Anecdota, il note que Théodora « se laissait aller à de répugnants accouplements d’hommes avec certains misérables, esclaves de surcroît, qui, suivant leurs maîtres au théâtre, trouvaient dans cette abomination un soulagement à leur malheur – et elle consacrait aussi au lupanar beaucoup de temps à cet usage contre nature de son corps[14]. ». Pour Paolo Cesaretti, ses accusations sont à prendre avec précaution. Il note que lorsque Théodora sera au pouvoir, des lois très sévères seront promulguées contre l’homosexualité et contre certaines pratiques présentées comme des spécialités de la jeune fille par Procope[15]. D’autre part, le théâtre était un art blâmé par la culture officielle de l’époque, ce qui expliquerait l’identification entre l’actrice et la prostituée[16].

La mère n'hésite pas ensuite à faire de ses filles des danseuses nues et des courtisanes[17]. Il est probable que la petite Théodora fut ainsi présentée par sa mère, non pas à n’importe qui, mais à des personnes bien placées, fiables et ayant de sérieux moyens financiers[18].

Théodora entre ensuite dans une compagnie de mime. Ce rôle semble la mettre en lumière, à tel point que son premier détracteur, Procope, lui reconnaît certaines qualités : « Elle était on ne peut plus spirituelle et salace, de sorte qu’elle sut bientôt se mettre en évidence. […] jamais personne ne la vit se dérober. »[19].

Durant cette période, Théodora rencontre Antonina, la future femme de Bélisaire, avec laquelle elle restera amie tout au long de sa vie[20].

Voyage autour de la Méditerranée[modifier | modifier le code]

À l’âge de 16 ans, elle devient la maîtresse d'un haut fonctionnaire syrien, nommé Hecebolus[21], avec qui elle restera pendant quatre années. Elle part avec lui en Afrique du Nord, lorsque celui-ci prend ses fonctions de gouverneur de la province libyenne de Pentapolis. Le couple s'installe à Apollonia, la capitale de la province, au nord-est de l'actuelle Libye. Loin de son cercle de connaissances de Constantinople, Théodora semble s'y ennuyer. De plus, elle supporte de plus en plus mal d'être cantonnée au rôle de concubine. Alors qu'elle espérait devenir l'épouse officielle d'Hecebolus, celui-ci la présente comme son « accompagnatrice » voire comme sa « domestique ». Quelle que soit la teneur de leurs disputes à ce sujet, Hecebolus prit une décision radicale : il la « chassa »[22].

Maltraitée et abandonnée par Hecebolus, elle décide de repartir pour Constantinople[23]. Elle s’adresse d'abord à l’Église en invoquant le droit d’asile. Elle est alors interrogée par un prélat, dont le rôle est de recevoir son repentir et de vérifier la sincérité de ses projets. Ne voyant rien de « païen », il l’interroge sur le nombre de natures du Christ, sujet brûlant à l’époque en raison de la division entre monophysites et dyophysites. La jeune femme contourne la difficulté en lui posant à son tour des questions. Le prélat l’invite alors à se rendre au siège du patriarcat, à Alexandrie[24], afin d’approfondir ses connaissances. C’est ainsi qu’elle se rend dans la cité égyptienne, en ayant avec elle une lettre de présentation pour un couvent féminin. Comprenant que sa beauté seule ne suffirait pas à son ascension sociale, elle y apprend à lire et à écrire, et acquiert une culture philosophique. Grâce à des réseaux religieux et ecclésiastiques, elle approche le patriarche Timothée III, un monophysite, qui restera son père spirituel, lui qui savait faire vibrer « le métal de son cœur ». C’est à l’occasion de cette rencontre qu’elle se serait convertie à l'Église monophysite[25], même si pour l’historien Paolo Cesaretti, cette conversion s’explique plus par des éléments personnels que par pure conviction[26].

Elle s’arrête ensuite à Antioche[27], où elle rencontre Macedonia, une danseuse devenue voyante, qui a dans ses relations Justinien, le neveu de l'empereur, dont elle est en fait un informateur. Celle-ci semble avoir une certaine influence au sein de la métropole syrienne, pouvant coopter certaines personnes ou au contraire les signaler comme dangereuses à la cour impériale. En effet, d'après Procope, « il suffisait d'une lettre de sa part à Justinien pour supprimer aisément tel notable d'Orient et faire confisquer ses biens »[28]. « Abattue et découragée » par son long voyage, Théodora la rencontre par l'intermédiaire de la faction des Bleus[29]. Entre les deux femmes, le courant passe rapidement. Même s'il n'est pas certain que Macedonia ait signalé Théodora dans un de ses rapports à Justinien, elle lui accorde son appui, si bien que Théodora peut accélérer son retour dans la capitale byzantine.

Rencontre avec Justinien[modifier | modifier le code]

Elle rentre à Constantinople en 522, où elle s’établit dans une maison près du palais. Elle bénéficie alors de l’aide de Macedonia, qui avait sympathisé avec elle, pour s’ouvrir les portes de la citadelle impériale[30]. Munie d'une lettre de Macedonia, Théodora est admise au palais pour y rencontrer le nouveau consul, qui n'est autre que Justinien (magister militum praesentalis depuis 520), qui vient d'inaugurer sa prise de fonction par de somptueux jeux à l'hippodrome[31].

Peu de détails existent concernant leur rencontre. On peut néanmoins supposer qu'ils ne parlaient pas la même langue, Justinien pratiquant le latin, Théodora le grec. Courtois, Justinien consent à ce qu'ils échangent en grec. Consciente que ses connaissances du grec restent malgré tout inférieures à celles des autres membres de la cour, Théodora lui explique qu'elle n'a pas étudié autant qu'elle l'aurait aimé. Justinien lui répond : « vous en êtes maîtresse de façon innée »[32].

Justinien tombe sous le charme de la beauté, de l'esprit, et du caractère fantaisiste de l'ancienne actrice. Cesaretti rapporte qu'elle enflamme « de son feu érotique » le coeur de Justinien[33]. C'est ainsi qu'elle devient la maîtresse du futur empereur[34]. Théodora a alors 22 ans, Justinien 40.

Impératrice[modifier | modifier le code]

Mariage et couronnement[modifier | modifier le code]

L'empereur romain d'Orient Justinien, mosaïque de la basilique Saint-Vital de Ravenne, avant 547.

Sous le charme, le futur empereur ne songe plus qu'à une chose : l'épouser. Néanmoins, il sait que la tâche ne sera pas facile. Une ancienne loi interdit aux hauts fonctionnaires d'épouser d'anciennes courtisanes. Il doit également faire face à l'opposition de son entourage. Sa tante, l'impératrice Euphémie (de son nom de naissance Lucipina), bien qu'elle soit elle-même d'origine modeste, ainsi que sa mère, Vigilance, s'y opposent[35].

Justinien avance donc progressivement ses pions. Il obtient d'abord de son oncle l'empereur Justin Ier, que soit accordé à Théodora le rang de patricienne, puis fait abroger le 19 Novembre 524 l'interdiction pour les anciennes actrices de contracter un mariage[29].

Sa mère et l'impératrice étant mortes à quelques jours d'intervalle, Justinien fait ensuite le forcing auprès de son oncle pour obtenir son accord[35]. Face à l'obstination de son neveu, le vieil empereur accepte. Dès lors, plus rien ne s'oppose à leur union. Ni le sénat, ni l'armée pas plus que l'Eglise ne s'y opposent ouvertement[31]. Le mariage est célébré en 525[36]., probablement le 1er Août[35].

Lorsque Justin meurt à 77 ans en 527, Justinien est couronné empereur. Privilège rare, Théodora revêt la pourpre en même temps que lui dans la basilique Sainte-Sophie, ce qui l'associe pleinement à l'Empire et fait d'elle une impératrice pleine et entière. Elle prend également le titre d'« Augusta ».

Rôle politique et religieux[modifier | modifier le code]

Une fois sur le trône, elle conseille souvent Justinien, en particulier dans le domaine religieux. Elle partage ses plans et ses stratégies politiques, participe à ses conseils d'état. Justinien la désigne comme son «partenaire» dans ses délibérations[37]. Symbole de cette complémentarité au sein du couple impérial, Procope rapporte qu'« ils ne faisaient rien sans l'autre»[38]. Même s'il est peu probable que Justinien ait consulté Théodora sur des aspects techniques de ses affaires militaires, comme le note Cesaretti, elle le conseille dans le choix de ses collaborateurs et de ceux qui l'entourent[39]. Elle a sa propre cour, son entourage officiel et son propre sceau impérial[40].

Désirant donner un nouveau statut pour la femme dans le cadre familial, elle a une influence certaine sur les dispositions concernant les femmes du Code justinien : mesures de protection à l'égard des comédiennes et des courtisanes, loi contre la « traite des blanches », possibilité pour les épouses de demander le divorce[41]. Elle fait également en sorte que les filles puissent faire valoir leur droit à l’héritage et fait passer des mesures de protection de leur dot en faveur des veuves[35].

Cette ancienne courtisane fait également prendre à Justinien des mesures énergiques contre les propriétaires de maisons de tolérance, dépense de fortes sommes pour aider les prostituées, rachetant certaines d'entre elles et fonde une maison pour pécheresses repenties. Elle fait également adopter une loi qui interdit le proxénétisme, ce qui n'empêchera pas celui-ci de perdurer[35].

Théodora est moins heureuse dans le choix de ses favoris et certaines de ses interventions sont pour le moins maladroites. Ainsi, après avoir couvert les débordements d'Antonina, la femme de Bélisaire, elle se brouille avec elle après avoir forcé sa fille Jeanne à se marier avec Anastase et fait rappeler Bélisaire d'Italie à un moment critique. Elle privilégie les hommes qui lui sont dévoués même s'ils sont incompétents. Elle marie sa nièce Sophie au neveu de Justinien, le futur Justin II[42].

Dans le domaine religieux, alors que Justinien penche pour l'orthodoxie et un rapprochement avec Rome, Théodora reste toute sa vie favorable aux monophysites et réussit à infléchir, du moins jusqu'à sa mort, la politique impériale. Par exemple, elle fit tout pour faire nommer Vigile pape à la place de Silvère qui luttait contre l'hérésie monophysite.

Selon Procope de Césarée, elle n'apprécie pas les thèses d'Origène qu'on accusait d'avoir soutenu la croyance en la réincarnation et la pré-existence de l'âme avant la naissance. Aussi, avant de mourir, Théodora pousse Justinien à convoquer le Deuxième concile de Constantinople de 553, qui condamne l'origénisme[43].

Révolte de Nika[modifier | modifier le code]

Elle démontre ses qualités de leader en sauvant la situation en janvier 532 lors de la sédition Nika grâce à une attitude courageuse et énergique, qui tranche avec celle de Justinien, préférant « mourir dans la pourpre » que de céder face à la populace.

Cette année-là, les deux factions politiques de l'hippodrome, Les Bleus et Les Verts, déclenchent une émeute lors d'une course de chars et assiègent le Palais[44]. Alors que l’Empereur et la plupart de ses conseillers envisagent déjà la fuite devant la propagation de l’émeute, Théodora les interrompt et déclare :

« Mes Seigneurs, la situation actuelle est trop grave pour que nous suivions cette convention qui veut qu’une femme ne parle pas durant un conseil d’hommes. Ceux dont les intérêts sont menacés par un danger d’une extrême gravité ne devraient penser qu’à se tenir à la ligne de conduite la plus sage et non aux conventions. Quand il ne resterait d’autre moyen de salut que la fuite, je ne voudrais pas fuir. Ne sommes-nous pas tous voués à la mort dès notre naissance ? Ceux qui ont porté la couronne ne doivent pas survivre à sa perte. Je prie Dieu qu’on ne me voie pas un seul jour sans la pourpre. Que la lumière s’éteigne pour moi lorsqu’on cessera de me saluer du nom d’impératrice ! Toi, autokrator (en désignant l’Empereur), si tu veux fuir, tu as des trésors, le vaisseau est prêt et la mer est libre ; mais crains que l’amour de la vie ne t’expose à un exil misérable et à une mort honteuse. Moi, elle me plaît, cette antique parole : que la pourpre est un beau linceul ! »

L’éloquence virile de Théodora ranime le courage des officiers restés fidèles à l’Empereur[45]. Avec l'aide de Narsès et de Bélisaire, la sédition est écrasée.

Article détaillé : Sédition Nika.

Rivalité avec Jean de Cappadoce[modifier | modifier le code]

Parmi les adversaires politiques de Théodora, le plus connu est Jean de Cappadoce, le préfet du prétoire d’Orient (sorte de premier ministre de l’époque), qui avait gagné la confiance de Justinien grâce à ses compétences financières et ses capacités de réformateur. Il avait néanmoins commis l'imprudence de prendre Théodora de haut, et d’essayer de la discréditer auprès de l'Empereur. Ambitieux, il espérait également pouvoir élargir ses attributions et faire de la préfecture du prétoire un contre-pouvoir[31]. Percevant la menace, l’impératrice organise alors une machination pour le discréditer.

Le gouverneur étant quelqu’un de méfiant et de difficile à approcher, elle décide de lui tendre un piège. Elle demande à son amie d’enfance, Antonina, d’approcher la fille de Jean de Cappadoce, Euphémie, et de gagner sa confiance. Jouant la comédie, Antonina fait croire à Euphémie qu’elle partage sa haine de l’impératrice. Elle lui affirme également que son mari, Bélisaire, estime avoir été mal récompensé par Théodora et Justinien, et qu’il soutiendra la première initiative qui permettrait de les renverser. La jeune fille rapporte tout à son père et le convainc de rencontrer discrètement Antonina dans sa maison de campagne[46]. Ce rendez-vous est en fait un piège, car Théodora a caché dans la maison deux hommes de confiance, dont l’un deux n’est autre que Narsès, chef des eunuques du palais. Théodora lui demande de supprimer purement et simplement Jean de Cappadoce si celui-ci se rend coupable de trahison.

Jean de Cappadoce se présente comme convenu au rendez-vous fixé par Antonina. Habile manipulatrice, celle-ci lui fait prendre des engagements démontrant sa volonté de renverser le pouvoir[46]. A ce moment-là, les deux hommes de Théodora font irruption dans la pièce. Après une courte lutte, Jean de Cappadoce parvient à s’enfuir mais commet l’erreur de demander l'asile dans une église voisine. Celle-ci étant hors du périmètre de la justice impériale, ce geste est perçu comme une preuve de culpabilité[31].

Les soupçons sur un prétendu complot pour renverser Justinien étant malgré tout insuffisants pour faire tomber Jean de Cappadoce, Théodora l’accuse d’avoir également fait assassiner un évêque avec qui il était en conflit. En mai 541, Jean de Cappadoce est arrêté et emprisonné, avant d’être envoyé en exil en Egypte. Il ne reviendra à Constantinople qu’à la mort de Théodora, mais ne jouera plus aucun rôle politique[31].

Malgré les qualités que Justinien reconnaissait à Jean de Cappadoce, sa popularité lui faisait de l’ombre. Il est donc probable qu’il ait laissé les mains libres à Théodora afin de le débarrasser d’un ministre, certes compétent mais trop indépendant à son goût[31].

Décès[modifier | modifier le code]

Théodora meurt le 28 juin 548, 17 ans avant Justinien, d'une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux d'un cancer du sein. Son corps fut enterré dans l'église des Saints-Apôtres à Constantinople[47]. Profondément affecté, Justinien ne se remit jamais de la mort de sa femme. Durant les dernières années de son règne, l’empereur s’enferma dans la solitude, ne se montrant en public que lors de rares cérémonies officielles[31].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Elle n'a pas d'enfant de Justinien mais a eu avant leur rencontre une fille qui donne trois enfants, Anastase, Jean et Athanase[48].

Personnalité et traits physiques[modifier | modifier le code]

Malgré ses critiques acerbes, Procope reconnait à Théodora un charme indéniable : « Elle était à la fois belle de visage et gracieuse, quoique petite, avec de grands yeux noirs et une chevelure brune. Son teint n’était pas tout à fait blanc mais plutôt mat ; Elle avait le regard brûlant et concentré[49]». Décrivant une de ses statues en pied, il écrit : « La statue a bel aspect mais n’égale pas en beauté l’impératrice, car il était absolument impossible, du moins pour un mortel, de rendre l’harmonieuse apparence de cette dernière[50]».

À l’égard de sa beauté, son talent « spirituel et salace » était reconnu de tous, y compris par ses détracteurs. « Elle était extrêmement vive et moqueuse » écrit Procope. Outre sa volonté et son ambition, Théodora disposait de qualités innées telles que la mémoire et le sens de l’opportunité, qualités qu’elle affinera au cours de sa carrière d’actrice. Sa spécialité consistait à dédramatiser les conflits et les heurts violents par l’ironie[51].

L'auteur Jean Haechler la décrit comme une impératrice rusée et sans scrupule, d’une habileté rare, qui impose sa détermination et démontra sa profonde patience.

Elle ne se ménage pas lorsqu'il s’agit d’aider ceux à qui elle a accordé son amitié, ce qui lui vaut le surnom de « la fidèle impératrice». Elle vient en aide à son amie Antonina, mariée à Bélisaire, lorsque celle-ci se compromet dans une relation extra-conjugale avec un jeune Thrace. Un jour, lorsqu'Antonina lui apprend que son amant a été emprisonné suite aux révélations d'un eunuque, elle le fait rechercher et libérer pour le rendre à Antonina[35].

Peu de critiques lui sont faites sur sa conduite et ses mœurs en tant qu’impératrice. Procope lui reproche seulement une chose : avoir fait mettre à mort un intendant, après que celui-ci ait propagé la rumeur, fondée selon lui, selon laquelle elle était amoureuse de lui[29].

Les principales critiques que lui adresse Procope concernent les années qui ont précédé son arrivée au trône, et durant lesquelles elle aurait menée une vie de débauche. Dans son Histoire secrète, Procope fait notamment de Théodora une véritable érotomane et une femme à l'appétit sexuel débordant : « Jamais il n'y eut de personne plus dépendante de toutes les formes de plaisir ; [...] ; Elle passait tout la nuit à coucher avec ses commensaux et, quand tous étaient épuisés, elle passait à leurs serviteurs, [...] mais même ainsi, elle ne parvenait pas à satisfaire sa luxure.»[52] Lorsqu'elle démarre sa carrière d'actrice, il décrit ses prestations comme étant "plus qu'inpudiques" et lui décerne le titre de "suprême créatrice d'incédence"[53]. Il lui reproche enfin sa gourmandise et ses caprices alimentaires. D'après lui, elle se serait volontiers "laissée tenter par toute espèce de nourriture et de boisson"[54].

Cependant, les exagérations de Procope, si tant est que l'œuvre soit réellement de lui, sont certainement à mettre sur le compte d'une opposition politique envers une femme qui, selon une rumeur probablement exagérée, gouvernait son mari et par là-même tout l'empire. Selon Procope, "l'émancipation des femmes sous quelque forme que ce soit, est un mal absolu" et voir une femme d'origine modeste, gouverner de manière indépendante était difficilement acceptable. Attaquer une femme sur sa vertu était un moyen commode de la discréditer. Cette thèse est notamment défendue par l'historien Pierre Maraval. La malveillance de Procope serait, selon lui, le reflet de la haine de l'élite envers une impératrice qui n'était pas issue du milieu aristocratique, et qui était une ancienne actrice, une profession considérée comme déshonorante à l'époque.[29]

Postérité[modifier | modifier le code]

Sarah Bernhardt dans le rôle de Théodora, en 1884.

Son influence sur Justinien fut telle qu'il continua, après sa mort, à s'efforcer de préserver l’harmonie entre monophysites et dyophysites au sein de l'Empire, et il respecta sa promesse de protéger la petite communauté de réfugiés monophysites dans le palais Hormisdas[55].

Après sa mort, la ville d’Olbia en Cyrénaïque (région de l’actuelle Libye) a été rebaptisée « Theodoria », en l’honneur de l’impératrice. La ville, aujourd’hui appelée Qasr Lybia, est connue pour ses splendides mosaïques datant du VIe siècle[56].

Tout comme son mari Justinien, elle est une sainte de l'Église orthodoxe et est commémorée le 14 novembre.

Tous deux sont représentés sur les mosaïques de la basilique Saint-Vital de Ravenne en Italie, qui existent aujourd’hui et qui ont été complétées après leur mort.

Théâtre[modifier | modifier le code]

L'écrivain et dramaturge français Victorien Sardou lui dédie un drame en cinq actes intitulé Théodora en 1884. Lors de la représentation de la pièce, l'impératrice fut jouée par Sarah Bernhardt.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Plusieurs films relatent la vie de Théodora dès l'époque du cinéma muet. En 1912, le cinéaste français Henri Pouctal adapte au cinéma la pièce de Victorien Sardou. En 1921, l'Italien Leopoldo Carlucci réalise Théodora (Teodora), un film muet en noir et blanc.

Riccardo Freda lui consacre un film en 1952 : Théodora, impératrice de Byzance avec Gianna Maria Canale dans le rôle de Théodora et Georges Marchal dans celui de Justinien. Le film retrace la vie de l'impératrice, de sa rencontre avec Justinien à ses combats politiques contre l'aristocratie opposée aux réformes de Justinien.

Théodora est également un des personnages du film d'aventure Pour la conquête de Rome I de Robert Siodmak. L'impératrice est incarné par l'actrice italienne Sylva Koscina.

Littérature[modifier | modifier le code]

En littérature, Michel de Grèce a écrit un roman sur sa vie : Le palais des larmes. La princesse Bibesco a écrit un roman sur sa jeunesse :Théodora, le cadeau de Dieu (1953). Guy Rachet, archéologue et historien, a écrit un roman sur l'ascension de Théodora au trône de Byzance intitulé Théodora (1984). Odile Weulersse, agrégée de philosophie, a publié en 2002 le roman Théodora, impératrice et courtisane, réédité en 2015 sous le titre La poussière et la pourpre.

Jean d'Ormesson écrit une Histoire du Juif Errant en 1990, dans laquelle le héros rencontre Théodora à l'occasion de la sédition Nika et lui conseille de se battre.

Peinture[modifier | modifier le code]

Dans le domaine pictural, de nombreux hommages postérieurs lui furent rendues et plus particulièrement au XIXe siècle avec la veine orientaliste. C'est notamment le cas du peintre français Benjamin-Constant, ce dernier ayant réalisé en 1887 deux portraits fictifs de l'impératrice byzantine. D'autres artistes réalisèrent un portrait de Théodora par le prisme de l'actrice contemporaine Sarah Bernhardt, incarnant alors le rôle de cette dernière au théâtre. Des portraits du nom de Sarah Bernhardt en Théodora voient ainsi le jour au début du XXe siècle par le biais des peintres Georges Clairin, en 1902 et Michel Simonidy, en 1903.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • Maxence - La Sédition Nika, de Romain Sardou et Carlos Rafael Duarte (Le Lombard, 2014). Dans celle-ci, Théodora demande à Maxence à mener une enquête autour de mystérieux meurtres qui déclenchent la colère de la population.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Théodora, le cadeau de Dieu, de la Princesse Bibesco (1953)
  • Théodora, de l'archéologue et historien Guy Rachet (1984).
  • Histoire du Juif Errant, de Jean d'Ormesson (1990)
  • Théodora, impératrice de Byzance, de l'historien et enseignant en civilisation byzantine Paolo Cesaretti (2003)
  • Le palais des larmes, de Michel de Grèce (2005)
  • Les insoumises : 18 portraits de femmes exceptionnelles, de Jean Haechler (2007)
  • Les Grandes Courtisanes, de Joëlle Chevé (2012)
  • La poussière et la pourpre : Théodora, impératrice et courtisane, de Odile Weulersse (2015)
  • Les couples royaux dans l'histoire, de Jean-François Solnon (2016)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Théodora est le leader des Byzantins dans l'expansion Gods and Kings du jeu de stratégie Civilization V.
  • Théodora donne des missions à Bélisaire, le personnage principal du pack de campagne "Le Dernier Romain" dans l'extension du jeu Total War ™: ATTILA.

Radio[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • L'histoire de Théodora, racontée par Procope de Césarée est l’élément de fond de l'intrigue du roman policier de Jim Nisbet, The Syracuse Codex ou The Bottomfeeders (2004)

Publié en français sous le titre Le Codex de Syracuse, Paris, Rivages/Thriller, 2004, réédition Paris, Rivages/Noir no 753, 2009.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  4. Charles Diehl, Théodora, impératrice de Byzance, (lire en ligne), p. 62.
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  12. Ibid.
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  37. Diehl, Charles (1963). Byzantine Empresses. New York, NY: Alfred A. Knopf.
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  52. Procope, Histoire Secrète, 9, 15
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  54. Procope, Histoire Secrète, 15,8
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  56. Theodora (6th century), page wikipédia en anglais