Asclépios

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Statue d'Asclépios du sanctuaire d'Épidaure, copie d'un original du IVe siècle av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes

Dans la mythologie grecque, Asclépios (en grec ancien Ἀσκληπιός / Asklêpiós, en latin Aesculapius) est dans l'épopée homérique un héros thessalien puis, à l'époque classique, le dieu de la médecine. Fils d'Apollon, il meurt foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité les morts, avant d'être placé dans le ciel sous la forme de la constellation du Serpentaire.

Il correspond à l'Esculape romain, dont le nom est une traduction en alphabet latin du dieu grec, et à l'Imhotep égyptien. Son attribut principal est le bâton d'Asclépios, autour duquel s'enroule un serpent, aujourd'hui symbole de la médecine.

Son principal lieu de culte est situé à Épidaure, où il guérit les pèlerins par incubation. Il est invoqué dans le serment d'Hippocrate aux côtés de son père Apollon et de ses filles principales Hygie et Panacée. Il est l'ancêtre mythique des Asclépiades, une dynastie de médecins exerçant à Cos et Cnide, dont Hippocrate est le plus illustre membre.

Mythe[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

Asclépios est déjà mentionné par l'Iliade, où il est qualifié de « médecin irréprochable[1] » et où l'on évoque des remèdes que le centaure Chiron lui a remis[2]. Asclépios n'intervient pas personnellement, mais ses fils Machaon et Podalire prennent part à la guerre de Troie à la tête du contingent de Tricca en Thessalie[3]. Selon le géographe Strabon, Asclépios est né sur les bords du Léthée, un cours d'eau des environs de Tricca.

Les légendes relatives à sa naissance sont assez confuses. Dans la version principale[4], Asclépios est le fils d'Apollon et de Coronis[5]. Alors qu'elle est enceinte du dieu, elle trompe ce dernier avec le mortel Ischys[6]. Apollon, maître de la divination, perçoit la vérité, qui lui est également rapportée par une corneille[6]. Il envoie alors sa sœur, Artémis, pourfendre l'infidèle de ses flèches, mais pris de pitié pour l'enfant à naître, Apollon arrache ce dernier du ventre de sa mère qui se consume sur le bûcher[6]. Il porte le jeune Asclépios chez le centaure Chiron, qui l'élève et lui enseigne l'art de la guérison[6]. Selon une autre version, Asclépios est le fils d'Apollon et d'Arsinoé, fille de Leucippe[7].

Mort[modifier | modifier le code]

Asclépios meurt foudroyé par Zeus en colère[8]. Son crime est d'avoir tenté de ressusciter les morts grâce à du sang de la Gorgone que lui a remis Athéna : le sang coulé du côté gauche est un poison violent, mais celui du côté droit est un remède merveilleux[9]. L'Ériphyle, pièce perdue de Stésichore nomme comme ressuscités Lycurgue et Capanée, deux des Sept contre Thèbes ; Phérécyde mentionne « ceux qui meurent à Delphes », sans plus de précision ; Pindare se borne à mentionner qu'Asclépios accomplit cet exploit moyennant d'importants honoraires[10]. Des auteurs tardifs citent également Hippolyte, fils de Thésée[11], Tyndare, Hyménée et Glaucos[12].

Furieux, Apollon massacre les Cyclopes[13]. Zeus s'apprête à jeter Apollon dans le Tartare puis, sur l'intercession de Léto, condamne simplement le dieu à servir un mortel pendant un an ; ainsi Apollon se met-il au service d'Admète comme bouvier[14]. Dans une autre tradition, Apollon se venge sur les fils des Cyclopes et non sur les Cyclopes eux-mêmes[15].

Se rendant compte par la suite du bien qu'Asclépios avait apporté aux hommes, Zeus le place parmi les étoiles sous la forme de la constellation du Serpentaire[9].

Autres mythes associés[modifier | modifier le code]

Des traditions tardives lui donnent pour épouse Épione[16] ainsi que des filles : Hygie, Panacée, Acéso,Méditrine, Iaso (la Guérison) et Églé[9] et des fils Machaon, Podalire, Télesphore.

Certaines traditions l'associent à la chasse du sanglier de Calydon et à l'expédition des Argonautes, mais dans l'ensemble Asclépios est absent des grands cycles mythologiques.

Culte[modifier | modifier le code]

Ex-voto consacré à Asclépios pour la guérison d'une jambe, vers 100–200 ap. J.-C., British Museum.

Dès l'âge classique, Asclépios est vénéré comme un dieu. Ses deux principaux centres de culte sont Trikka et Épidaure en Argolide, où son culte éclipse celui d'Apollon. Dans son sanctuaire d'Épidaure, il pratique une médecine par les songes : l'incubation. Les patients, dûment purifiés, doivent passer la nuit dans le temple ; pendant leur sommeil, le dieu leur dicte l'ordonnance nécessaire ou guérit directement l'organe malade en le touchant[17]. Les guérisons miraculeuses (ἰάματα / iámata) donnent lieu à des ex-votos décrits par Pausanias[18].

Asclépios et Hygie possèdent un temple à Corinthe depuis au moins le milieu du VIe siècle av. J.-C.[19]. Il semble y être associé à Apollon, avant que les Cypsélides ne fassent du guérisseur la principale divinité de la cité[20]. On trouve également un Asclépéion à Titane, voisine de Corinthe ; selon la légende, le sanctuaire et la statue de culte, d'aspect archaïque, sont l'œuvre d'Alexanor, fils de Machaon et petit-fils du dieu[21].

Asclépios est également vénéré à Delphes dès le Ve siècle av. J.-C. et à Athènes après la « peste » de 430-429 av. J.-C. : une statue de culte est importée d'Épidaure dès la paix de Nicias, qui met fin à la guerre du Péloponnèse. Sophocle, déjà prêtre d'un héros guérisseur, Amynos, joue un rôle important dans l'implantation du fils d'Apollon à Athènes : le tragique est même réputé avoir accueilli le dieu dans sa demeure. Asclépios est ensuite initié aux Mystères d'Éleusis, et les Asclépeia (ou Épidauria) sont positionnées à proximité de la célébration des mystères dans le calendrier attique.

À l'époque hellénistique, le culte d'Asclépios est répandu dans tout le bassin méditerranéen. En Phénicie, le dieu est assimilé au guérisseur Eshmoun ; une inscription dans son temple à Sidon montre qu'Asclépios y est vénéré dès le IVe siècle av. J.-C.[22]. Son culte est attesté en Palestine à partir du Ier siècle ap. J.-C., en association avec les sources chaudes de Tibériade, réputées pour leurs vertus médicinales[23] : une monnaie de bronze frappée par la cité en 99 ap. J.-C. représente sur son revers Hygie (sa fille) tenant dans la main gauche un serpent représentant Asclépios, assise sur un rocher dont s'écoulent des eaux jaillissantes[24]. Le culte d'Asclépios et Hygie est également attesté à Néapolis, actuelle Naplouse, à partir du IIe siècle ap. J.-C.[25], et à Ascalon à partir du Ve[26].

À Pergame, le sanctuaire d'Asclépios est construit autour d'une fontaine miraculeuse censée redonner la parole aux muets.

Représentations[modifier | modifier le code]

Les sources littéraires, principalement Pausanias, attribuent des statues d'Asclépios à une quinzaine de sculpteurs :

  • Dionysios d'Argos, auteur de statues d'Asclépios et d'Hygie consacrées par Micythos à Olympie[27] ;
  • Colotès, auteur d'une statue en ivoire d'Asclépios à Cyllène[28] ;
  • Alcamène, auteur d'une statue d'Asclépios à Mantinée[29] ;
  • Thrasymédès de Paros, auteur d'une statue chryséléphantine d'Asclépios dont les dimensions sont la moitié de celles de la statue de Zeus à Olympie[30] ;
  • Timothéos, auteur d'une statue d'Asclépios à Trézène, également interprétée comme un Hippolyte fils de Thésée[31] ;
  • Scopas, auteur de statues d'Asclépios imberbe et Hygie en marbre du Pentélique dans l'Asclépéion de Gortyne d'Arcadie[32], et de statues d'Asclépios et Hygie, également en marbre du Pentélique, entourant Athéna, dans le temple d'Athéna Aléa à Tégée[33] ;
  • Bryaxis, auteur de statues d'Asclépios et Hygie à Mégare[34].

Des sculpteurs plus récents ont également réalisé des représentations d'Asclépios comme William John Coffee au début du XIXe siècle.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie de son nom est inconnue[35]. On a suggéré qu'il était un dieu taupe en rapprochant son nom de celui de l'animal, σκάλοψ / ἀσπάλαξ (skálops / aspálax) ; la structure du tholos d'Épidaure serait également comparable aux galeries de la taupe[36]. L'hypothèse n'est pas démontrable[35].

De son nom dérive celui des Asclépiades, qui désigne ses fils Machaon et Podalire, puis la famille noble qui prétend en descendre, et par extension l'ensemble des médecins. « Asclépiade » est également un nom de personne, porté notamment par le poète alexandrin Asclépiade de Samos ou encore le médecin Asclépiade de Bithynie. Les Grecs donnent le nom ἀσκληπιάς / asklêpiás (« herbe d'Asclépios ») à différentes plantes aux vertus médicinales, dont le dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria)[35]. À l'époque moderne, Carl von Linné nomme la famille Asclepiadaceae et le genre Asclepias en l'honneur du dieu.

Épithètes, attributs et sanctuaire[modifier | modifier le code]

  • Ses animaux favoris : le coq, le chien et le serpent
  • Ses attributs : le bâton

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « ἀμύμονος ἰητῆρος », Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 194.
  2. Iliade, IV, 219.
  3. Iliade, II, 729-733.
  4. Grimal, p. 53.
  5. Première mention de sa parenté : Hymnes homériques [détail des éditions] [lire en ligne] à Asclépios (Gantz, p. 91)
  6. a, b, c et d Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], Pythiques, III, 8 et suivants.
  7. Hésiode frag. 50 MW, version mentionnée par Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] III, 10, 3.
  8. Hésiode frag. 51 MW, Stésichore 194 PMG = Bibliothèque III, 10, 3 ; Acousilaos 2F18, Phérécyde 3F35 et Pindare, Pythiques, III, 55-58 ; Gantz, p. 91.
  9. a, b et c Grimal, p. 54.
  10. Stésichore, Phérécyde et Pindare, loc. cit. ; voir aussi Eschyle, Agamemnon [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 1023) ; Euripide, Alceste [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 122).
  11. Pseudo-Ératosthène, Catastérismes, 6 et Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne] XLIX. Si l'on en croit Apollodore (Bibliothèque, III, 10, 3), cette tradition remonte aux Naupacties.
  12. Apollodore, Bibliothèque, III, 10, 3 citant respectivement Panyasis, les Argonautiques orphiques et Mélésagoras.
  13. Hésiode, frag. 54 MW et Acousilaos 2F19.
  14. Apollodore, Bibliothèque, III, 10, 4. Peut-être le vers II, 766 de l'Iliade, qui mentionne deux juments dressées par Apollon, propriété d'Eumèle, fils d'Admète, y fait-il allusion.
  15. Phérécyde, 3F35.
  16. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], II, 29, 1.
  17. Hérondas (IV, 17).
  18. Pausanias, II, 27, 3.
  19. De Waele, p. 420.
  20. Hérodien, III, 52 ; De Waele, p. 420.
  21. Pausanias, II, 11, 5-6.
  22. McCasland, p. 222.
  23. McCasland, p. 223.
  24. McCasland, p. 224.
  25. McCasland, p. 225.
  26. McCasland, p. 226.
  27. Pausanias, V, 26, 2.
  28. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], VIII, 334.
  29. Pausanias, VIII, 9, 1.
  30. Pausanias, II, 27, 2.
  31. Pausanias, II, 32, 4.
  32. Pausanias, VIII, 28, 1.
  33. Pausanias, VIII, 47, 1.
  34. Pausanias, I, 40, 6 ; Pline, XXXIV, 73.
  35. a, b et c Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article « Ἀσκληπιός ».
  36. R. Goossens et H. Grégoire, Asclépios, Apollon Smintheus et Rudra, Mémoires de l'Académie royale de Belgique, classe des lettres, 2e série, 45, Bruxelles, 1949.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Margarete Bieber, « A Bronze Statuette in Cincinnati and Its Place in the History of the Asklepios Types », Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 101, no1 (15 février, 1957), p. 70-92.
  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press,‎ 1993 [détail de l’édition], p. 51-52.
  • Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands dictionnaires »,‎ 1999 (1re éd. 1951) (ISBN 2-13-050359-4)
  • (en) S. Vernon McCasland, « The Asklepios Cult in Palestine », Journal of Biblical Literature, vol. 58, no3 (septembre 1939), p. 221-227.
  • (en) Ferdinand Joseph de Waele, « The Sanctuary of Asklepios and Hygieia at Corinth », American Journal of Archaeology, vol. 37, no3 (juillet-septembre 1933), p. 417-451.
  • (de) Carl Kerényi, Der Göttliche Arzt. Studien über Asklepios und seine Kultstätte, Ciba, Bâle, 1947.