Cyrène

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cyrène (homonymie).
Site archéologique de Cyrène *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Ruines du temple de Zeus à Cyrène
Ruines du temple de Zeus à Cyrène
Coordonnées 32° 49′ 30″ nord, 21° 51′ 30″ est
Pays Drapeau de la Libye Libye
Subdivision Al Jabal al Akhdar
Type Culturels
Critères (ii) (iii) (iv)
Numéro
d’identification
190
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 1982 (6e session)
Classement en péril 2016
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
(Voir la carte topographique)
Cyrène
Cyrène
Localisation de la Libye en Afrique
(Voir la carte administrative)
Cyrène
Cyrène
Localisation de la Libye en Afrique
Voir l’image vierge
Localisation du site archéologique de Cyrène en Libye.

Cyrène était une ville de Cyrénaïque, la plus ancienne et la plus importante des cinq colonies grecques dans la région. Elle a donné le nom de Cyrénaïque à sa région, nom encore utilisé. Ancien évêché, elle se situe dans la vallée de Djebel Akhdar.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cyrène est fondée par des Grecs venus de Théra[1] (Santorin) sur les conseils de l'oracle de Delphes[2]. Conduits par Aristotélès - ou Battos Ier - après plusieurs essais infructueux, ils s'installent en un lieu aux terres riches « où le ciel est percé » (signe de pluies abondantes)[3],[4]. Deux dates sont présentes pour l'année de fondation de Cyrène : -631 pour Suzanne Amigues[1], ou vers -644[réf. nécessaire] pour Maurice Sartre[Où ?][5], jusqu'à l'assassinat d'Arcésilas IV en −440 et l'établissement de la démocratie. La fondation de la ville est racontée dans le Livre IV des Histoires d'Hérodote. La Cyrénaïque devient une partie de l'empire des Ptolémées (vers 321 av. J.-C.) depuis Alexandrie puis de l'Empire romain en 96 av. J.-C..

Dotée d'une constitution démocratique, Cyrène fut, avec son port Apollonia, une ville importante de l'Antiquité pendant mille ans. La ville est le lieu de naissance de savants comme Ératosthène, de poètes comme Callimaque, de philosophes comme Carnéade, Arété et surtout Aristippe de Cyrène, fondateur d'une hédoniste dite Cyrénaïque. Les habitants de Cyrène à l'époque de Sylla (vers −85) sont divisés en quatre classes : citoyens, fermiers, étrangers résidents et Juifs, minorité agitée. Lucullus est envoyé par Sylla pour mettre fin aux troubles des Juifs en Cyrénaïque. En -74, Cyrène devient une province romaine et les Juifs, qui avaient disposé d'une égalité des droits sous les Ptolémées, sont dès lors opprimés par la population grecque. Ils se révoltent une première fois en 88. En 117, sous Trajan, les Juifs de Cyrène se soulèvent en même temps que leurs coreligionnaires d'Égypte et de Chypre. La révolte est réprimée par Quintus Marcius Turbo : Dion Cassius parle de plus de 200 000 morts[6]. La Libye est tellement dépeuplée qu'on installe de nouveaux colons selon Eusèbe de Césarée. Quant à la population d'origine juive, elle disparaît presque totalement. On ne relève en effet à Cyrène que quelques inscriptions juives très isolées jusqu'à la fin de l'Antiquité après cette révolte.

La principale exportation de Cyrène à travers son histoire, l'herbe médicinale silphium (ou silphion), que les Grecs considéraient comme panacée[7], est représentée sur les monnaies de Cyrène jusqu'à sa disparition complète et tardive. Bien que souffrant de la concurrence de Carthage puis d'Alexandrie, Cyrène demeure un centre urbain important avec son port d'Apollonia (Marsa Susa) jusqu'au tremblement de terre de 365. Ammien Marcellin la décrit au IVe siècle comme une ville déserte. L'évêque Synésios de Cyrène la décrit au siècle suivant comme une vaste ruine à la merci des nomades.

Cyrène est mentionnée dans le deuxième Livre des Maccabées, que son auteur dit avoir abrégé à partir d'un livre en cinq volumes, dû à un Juif hellénistique nommé Jason de Cyrène. Cyrène est aussi mentionnée dans les Évangiles. Simon de Cyrène porte la croix pendant la Passion[8]. Voir aussi les Actes des Apôtres[9].

Histoire de l'exploration, des recherches et des fouilles de Cyrène[modifier | modifier le code]

Portique grec.

La méthode des voyages[modifier | modifier le code]

Avec la conquête arabo-musulmane de la Libye dans les années 640, la région devint pour douze siècles inaccessible à tout visiteur occidental. Claude Le Maire (mort le 24 février 1722), consul de France à Tripoli de Libye de 1701 à 1708, fut le premier voyageur européen à reconnaître les ruines de Cyrène. Il rapporta notamment la copie d'une inscription. Le récit de son aventure fut publié par Paul Lucas en 1712, un voyageur et écrivain français[10]. Le professeur de botanique et d'histoire naturelle génois Paolo Della Cella parcourut la Cyrénaïque en 1817 et publia deux années plus tard un ouvrage dans lequel il rassembla l'ensemble de ses observations[11]. Celles-ci furent très utiles à Jens Peter Thrige pour rédiger en 1828 la toute première histoire savante de la cité de Cyrène, de sa fondation jusqu'à la période de domination romaine[12]. En 1821 et 1822, deux frères, Frederick et Henry Beechey, le premier, officier de la marine britannique, le second, peintre, réalisèrent un relevé de toutes les ruines qu'il était possible d'apercevoir à l'époque[13]. Durant l'hiver 1824 et 1825, Jean-Raymond Pacho, en partant d'Egypte, longea la côte de l'actuelle Libye et explora toute la région du Djebel Akhdar, la Montagne verte. L'ensemble de ses relevés, descriptions et dessins de nombreux monuments et inscriptions furent publiés dans un ouvrage posthume[14]. Il fut le premier à identifier les principaux sites antiques qu'il visita. En 1848, une mission scientifique française fut conduite par Joseph Vattier de Bourville.

Cyrène est aujourd'hui un site archéologique près du village de Shahat. Il abrite le Temple d'Apollon qui fut construit dès le VIIe siècle av. J.-C.. Parmi les structures anciennes, on compte aussi un temple de Déméter et un temple encore en partie enfoui de Zeus qui fut intentionnellement détruit lors de la révolte juive de 117. Dans le temple de Zeus, envahi par les chevaux et les vaches des élevages voisins, l'archéologue Abdul Rahim Sharif veille sur les vestiges ouverts à tous les vents. À l'en croire, Kadhafi n'aimait pas Cyrène, restauré sur ordre de Mussolini. Le Duce y voyait un symbole de cet « Imperium Romanum » qu'il s'était juré de ressusciter en dominant la Libye. « Kadhafi considérait les antiquités comme des symboles de l'impérialisme italien, explique le chercheur. Sous son règne, l'histoire de l'Antiquité n'était pas enseignée aux écoliers. Jamais il n'est venu visiter le site. Sans l'UNESCO, qui l'a classé au patrimoine mondial en 1982, il l'aurait probablement détruit. »[réf. nécessaire]

Une grande nécropole de près de 10 km2 se trouve entre Cyrène et son ancien port d'Apollonia. Cette nécropole est l'une des plus importantes de l'Antiquité. Elle a été utilisée du VIe siècle av. J.-C. jusqu'au IVe siècle.

La nécropole[modifier | modifier le code]

La vaste étendue qui entoure le centre urbain antique est marquée par la présence de milliers de tombes composant l'une des plus vastes nécropoles du monde méditerranéen antique[15]; elle s'étend vers le nord jusqu'à rejoindre le port, Apollonia, qui possède sa propre nécropole.

Cette immense nécropole fut étudiée et explorée à plusieurs reprises par les Français (Pacho, Vattier de Bourville), les Américains (Norton, Burton-Brown), les Britanniques (Smith et Porcher, Rowe) et les Italiens[16], mais jamais intégralement.

Menacée par l'expansion urbaine de Shahat, et malgré son classement par l'Unesco, la nécropole offre pourtant une très grande diversité typologique et stylistique en termes d'architecture funéraire : tombeaux excavés, maçonnés, tholos, sarcophages en plein air...

De plus, une partie des tombes étaient accompagnées à l'époque grecque, de la fin du VIe siècle au Ier siècle av. J.-C. de sculptures originales funéraires représentant la partie supérieure de corps féminins, dont certaines ont la particularité d'être « aprosopes », le visage n'étant volontairement pas sculpté[17]. La majorité est simplement voilée, bien que parfois ce voile recouvre une partie du visage, et dans de très rares cas la totalité de celui-ci. Diversement présentées, certaines sont accompagnées de bases inscrites portant probablement le nom du défunt qu'elles accompagnaient. L'interprétation de telles œuvres est encore sujette à caution, quant à savoir s'il s'agit d'une représentation d'une divinité formelle ou informelle, du défunt ou de son âme. À l'époque romaine, la pratique du portrait individuel l'emporte, parfois installés dans des niches ou sur la façade des tombes[18]

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b 2010 Amigues, p. 227.
  2. Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne] 4e Pythique (vers 6 et passim).
  3. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] Livre IV
  4. Hérodote visita la Libye (voir document joint p. 3/8) André Laronde, « Cyrène à travers la littérature grecque », sur documents.irevues.inist.fr, (consulté le 29 octobre 2016)
  5. Maurice Sartre Histoires Grecques, Le Seuil 2006., p. 30
  6. LXVIII, 32
  7. Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, Livre XIX, 15 ; J.L.Tatman, (October 2000) Silphium, Silver and Strife : A History of Kyrenaika and Its Coinage Celator 14 (10): 6-24
  8. Marc 15:21.
  9. 6:9; 11:20; 13:1
  10. Lucas 1712, p. 110.
  11. Della Cella 1830.
  12. Thrige 1940.
  13. Beechey et Beechey 1828.
  14. Pacho 1827.
  15. François Chamoux, Cyrène sous la monarchie des Battiades, Paris,
  16. (en) J.-C. Thorn, The Necropole of Cyrène: Two Hundred Years of Exploration, Rome, L'Erma di Breitschneider,
  17. (it) Luigi Beschi, « Divinità funerarie cirenaiche », Annuario della scuola archeologica di Atene e delle Missione italiani in Oriente, no 47-48,‎ , p. 133-341
  18. (it) Luigi Beschi, "Un supplemento «cretese» ai ritratti funerari della Cirenaica", in Cirene e la Grecia, cit., pp. 285-397, Rome, L'Erma di Breitschneider,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Simon de Cyrène

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions anciennes[modifier | modifier le code]

  • (en) Frederick Beechey et Henry Beechey, Proceedings of the Expedition to explore the Northern Coast of Africa from Tripoli eastward in 1821 and 1822 : Comprehending an Account of the Greater Syrtis and Cyrenaica ; and of the ancient cities composing the Pentapolis, Londres, (lire en ligne).
  • (it) Paolo Della Cella, Viaggio da Tripoli di Barberia alle frontiere occidentali dell'Egitto fatto del 1817, Naples, (1re éd. 1817) (lire en ligne).
  • Paul Lucas, Voyage du sieur Paul Lucas fait par ordre du roy dans la Grèce, l'Asie Mineure, la Macédoine et l'Afrique : contenant la description de Jérusalem, de l'Egypte, & du Fioume : avec un Mémoire pour servir à l'Histoire de Tunis, depuis l'année 1684, t. II, Paris, (lire en ligne).
  • Jean-Raymond Pacho, Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque et les oasis d'Audjelah et de Maradeh : accompagnée de cartes géographiques et topographiques et des planches représentant les monuments de ces contrées, Paris, (lire en ligne).

Éditions de référence[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]
  • Callimaque (trad. du grec ancien par Émile Cahen), Les origines - Réponses aux Telchines - Élégies - Épigrammes - Iambes et pièces lyriques - Hécalé - Hymnes, Paris, Les Belles Lettres, (1re éd. 1922).
  • Hérodote (trad. du grec ancien par Philippe-Ernest Legrand), Histoires, t. IV : Melpomène, Paris, Les Belles Lettres, (1re éd. 1945).
    • (it) Hérodote (trad. du grec ancien par Augusto Fraschetti), Le Storie, t. IV : La Scizia e la Libia, Rome - Milan, Fondation Lorenzo Valla - Éditions Arnoldo Mondadori, .
  • Pindare (trad. du grec ancien par Aimé Puech), Œuvres, t. II : Pythiques, Paris, Les Belles Lettres, (1re éd. 1922).
    • (it) Pindare (trad. du grec ancien par Franco Ferrari), Pitiche, Milan, Biblioteca universale Rizzoli, .
  • Théophraste (trad. du grec ancien par Suzanne Amigues, préf. Paul Bernard), Recherches sur les plantes : à l’origine de la botanique, Paris, Belin, , 432 p. (ISBN 978-2-7011-4996-7). 
Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]
  • Claude Calame, Mythe et histoire dans l'Antiquité grecque : la création symbolique d'une colonie, Lausanne, Payot, , 185 p.
  • François Chamoux, Cyrène sous la monarchie des Battiades, Paris, Éditions de Boccard, , 420 p.
  • Catherine Dobias-Lalou, Le dialecte des inscriptions grecques de Cyrène, Paris, Centre d'études archéologiques de la Méditerranée, , 340 p.
  • (de) Richard George Goodchild, Kyrene und Apollonia, Zurich, Raggi, , 200 p.
  • André Laronde (préf. François Chamoux), Cyrène et la Libye hellénistique, Libykai Historiai : de l’époque républicaine au principat d’Auguste, Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique, , 540 p. (lire en ligne)
    • André Laronde et Jean-Jacques Maffre, Cités, ports et campagnes de la Cyrénaïque gréco-romaine, Actes de la journée d'études sur la Cyrénaïque, Paris, 21 novembre 1992, Paris, Centre d’Études archéologiques de la Méditerranée, , 195 p.
  • Lucien Naville, Les monnaies d'or de Cyrénaïque de 450 à 250 avant J.-C. : Contribution à l'étude des monnaies grecques antiques, Genève, Atar, , 123 p.
  • Robert Polidori, Antonino Di Vita, Ginette di Vita et Lidiano Bacchielli, La Libye antique, Éditions Mengès, (ISBN 2-8562-0400-7).
  • (en) Edward Stanley Robinson, British Museum (Department of coins and medals), Catalogue of the Greek coins of Cyrenaica, Londres, The Trustees, , 157 p.
  • (it) Pietro Romanelli, La Cirenaica Romana, Rome, L'erma di Bretschneider (réimpr. 1971) (1re éd. 1943), 296 p.
  • Maurice Sartre, Histoires grecques, Éditions Points, , 464 p. (ISBN 978-2757814772). 
  • (it) Jens Peter Thrige (trad. du latin par Silvio Ferri), Storia di Cirene, Verbania, Ambrogio Airoldi, , 317 p.
  • (it) Luisa Vitali, Fonti per la storia della Religione cyrenaica, vol. 1, Padoue, Université de Padoue, , 165 p.
Articles[modifier | modifier le code]
  • (en) John Boardman, « Evidence for the Dating of Greek Settlements in Cyrenaica », Annual of the British School at Athens, vol. 61,‎ , p. 149 - 156 (lire en ligne).
  • Claude Calame, « Mythe, récit épique et histoire : le récit hérodotien de la fondation de Cyrène », dans Claude Calame, Métamorphose du mythe en Grèce antique, Genève, Labor & Fides, , 105 - 125 p.
    • (en) Claude Calame, « Narrating the Foundation of a City: The Symbolic Birth of Cyrene », dans Edmunds Lowell, Approaches to Greek Myth, Baltimore & Londres, , 277 - 341 p. (lire en ligne)
  • François Chamoux, « Le théâtre grec en Libye », Cahiers de la Villa Kérylos, vol. 8 « Le théâtre grec antique : la tragédie. Actes du 8e colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer les 3 & 4 octobre 1997 », no 1,‎ , p. 129 - 142 (lire en ligne).
  • André Laronde, « Cyrène à travers la littérature grecque », Mémoires de l'Académie Nationale de Metz, Académie Nationale de Metz, vol. 22,‎ , p. 25 - 31 (lire en ligne).
  • Jean Machu, « Cyrène : la cité et le souverain à l'époque hellénistique », Revue historique, vol. 205,‎ , p. 41 - 55 (lire en ligne).
  • Jean-Jacques Maffre, « Cyrène et la Cyrénaïque grecques, aux époques archaïque et classique », Clio,‎ (lire en ligne [en ligne]).
  • (it) Claudio Parisi-Presicce, « Le raffigurazioni della ninfa Kyrana e l'identità etnica della communità cirenea », Studi Miscellanei, Rome, vol. 29 « Scritti di Antichità in memoria di Sandro Stucchi »,‎ , p. 247 - 258.
  • Pascal Payen, « Colonisation et récits de fondation chez Hérodote », Dialogues d'histoire ancienne. Supplément, vol. 4 « Jeux et enjeux de la mise en forme de l'histoire : recherche sur le genre historique en Grèce et à Rome », no 2,‎ , p. 591 - 618 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :