Coudée royale égyptienne

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Coudée royale étalon provenant du World Museum (en) de Liverpool

La coudée royale (translittération : mḥ nsw) appelée également grande coudée est la mesure utilisée par les architectes égyptiens dans leurs calculs pour l'élaboration des monuments. Il s'agit de la mesure de référence du système de mesures égyptien. Elle mesure entre 52 cm et 54 cm. Elle est à distinguer de la petite coudée égyptienne qui mesure seulement environ 45 cm.

Écriture hiéroglyphique[modifier | modifier le code]

Le mot coudée s'écrit en hiéroglyphes :

mḥ :
V22
D42
[1]

On trouve également dans les textes les abréviations suivantes :

D42
ou
D36
[2]

et la coudée royale s'écrit :

mḥ ní-swt :
M23X1
N35
V22
D42
[3]

Système de mesure digital[modifier | modifier le code]

La coudée royale est l'étalon d'un système de mesure, appelé système digital, se déclinant en doigt, palme (quatre doigts), main (cinq doigts), petit empan (trois palmes), grand empan (trois palmes et demi)[4]. Il existe deux systèmes de mesure avant et après la réforme métrologique de la XXVIe dynastie. Avant cette date, la coudée vaut vingt-huit doigts alors qu'après cette date, elle passe à vingt-quatre doigts, on parle alors de coudée royale réformée[3]. La longueur effective de la coudée royale ne changeant pas significativement entre ces deux périodes, ce sont toutes les sous-unités qui voient leur longueur augmenter d'un facteur de 7/6[5].

Schéma d'une coudée royale étalon construit à partir de la coudée royale du Musée égyptologique de Turin

Subdivisions[modifier | modifier le code]

Avant la réforme, les divisions les plus courantes étaient les suivantes.

  • la coudée est divisée en sept paumes[6] (ou palmes) (environ 7,5 cm) :
šsp :
O42Q3
N11
[3]
  • Paumes elles-mêmes divisées en quatre doigts (environ 1,86 cm par doigt) :
ḏbȜ :
I10
D58
D36D50
[3]

Les longueurs inférieures au doigt sont exprimées en fractions.

nbjw :
N35
D58
M17Z7T19
Son nom a donné en grec naubion (pluriel, naubia).

Multiples[modifier | modifier le code]

  • Le khètennouh (litt. bâton de corde[7]), en abrégé, le khèt, mesurait cent coudées (environ 52,3 m)[8] :
ḫt-n(y)-nwḥ :
M3
X1 Z1
N35N35
U19
W24
V28
ḫt :
M3
X1 Z1
  • L'itérou (litt. fleuve, mesure fluviale), de 20 000 coudées (environ 10,46 km)[8] :
jtrw :
M17X1
D21
G43N35AN36
N21 Z1
À partir du Moyen Empire, les Égyptiens estimèrent la longueur de leur pays, d'Éléphantine à Béhédet, à 106 itérou (environ 1 108,76 km), dont quatre-vingt-six (environ 899,5 km) pour la Haute-Égypte, d'Éléphantine à Per-Hâpy, et vingt (environ 209,20 km) pour la Basse-Égypte, de Per-Hâpy à Béhédet[8].
L'itérou est parfois appelé itérou de navigation[9]:
jtrw n(y) sqdw.t :
M17X1
D21
E23
Z7
N35AN36N35S29Aa28D46
W24
G43X1
P1
D54

Formules générales[modifier | modifier le code]

1 khèt = 100 coudées = 700 paumes = 2 800 doigts

ou

1 coudée = 7 paumes = 28 doigts

Longueurs[modifier | modifier le code]

On peut évaluer la longueur de cette unité de mesure sur les monuments eux-mêmes. Un exemple souvent cité, est celui d'Isaac Newton qui, se servant des mesures de l'intérieur de la grande pyramide publiées en 1646 par John Greaves[10] et attribuant à la chambre du roi les dimensions de vingt coudées sur dix coudées[11], évalue la coudée royale, ou coudée de Memphis, à 1,719 pieds, soit environ 52,4 cm, tout en précisant qu'il faudrait examiner davantage la pyramide et multiplier les mesures pour déterminer avec une meilleure exactitude la longueur de celle-ci[12]. Ce que fit par exemple Flinders Pétrie à l'issue d'une campagne de mesure sur le plateau de Gizeh. Ce dernier évalua la coudée royale à 52,375 cm[13]. L'architecte Gilles Dormion l'évalua quant à lui à 52,35 cm lorsqu'il publia les plans de la grande pyramide de Khéops sans son livre[14]. On en trouve aussi la trace dans des blocs de pierre, les « talatates » servant à la construction de monuments à Karnak. Ces blocs de pierre semblent être construits selon l'étalon de la coudée royale, faisant une coudée de long sur une demi-coudée de large[15], ce qui place la coudée selon les auteurs à 54 cm[16] (cette mesure de 54 cm est identique à celle de la coudée Nilométrique de l'Ile de Rhoda au Caire[17],[18]) ou 52 cm.

La coudée royale apparaît aussi dans les tombes sous forme de règles sur lesquelles figurent toutes les graduations du système digital égyptien. Certaines de ses règles semblent usées par la pratique mais d'autres semblent n'avoir qu'une vocation votive[19].

Il n'existe à ce jour qu'une seule coudée royale qui fut découverte en bon état de conservation[réf. nécessaire] et qui fut mesurée avec soin par les savants italiens du musée de Turin Georges Bidone et Giovanni Antonio Amedeo Plana. Elle est exposée au Musée royal de Turin (it) et fut découverte par Drovetti. La longueur de la coudée étalon est donnée à 52,3524 cm par les savants italiens[20].

La valeur métrique d'une coudée royale a donné lieu à de nombreux débats, mais il semble acquis maintenant que sa longueur a varié dans le temps et l'espace. Toutes les valeurs ou presque de cette coudée se trouvent situées entre 52 cm et 54 cm. Au Nouvel Empire, une valeur de la coudée royale située entre 52,3 cm et 52,5 cm semble être observée avec une certaine constance[5].

Les archéologues ont observé des proportions exprimables en coudée royale de 52,5 cm sur les tours et les murs des remparts d'Apollonie de Cyrène, construits durant la période lagide[21].

Certains voient dans la coudée royale une mesure faisant partie d'un système ésotérique reliant le mètre, la coudée et le nombre Pi. Effectivement, en prenant comme longueur de la coudée royale 52,36 cm, le mètre serait égal au diamètre d'un cercle de circonférence six coudées avec une erreur relative inférieur à 2,5 × 10−6. C'est le cas par exemple de Charles Funck-Hellet dans son essai de métrologie sur la coudée royale[22],[23]. Mais cet essai est critiqué par l'égyptologue Jean-Philippe Lauer[24] estimant que Funck-Hellet est parti de données inexactes et s'est fondé sur des coïncidences pour aboutir à des « conclusions hasardeuses auxquelles on ne saurait souscrire »[25].

Coudée royale et autres coudées[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la XXVIe dynastie[26], existe aussi une coudée naturelle, ou petite coudée correspondant à six palmes. Elle apparait sur les règles étalon de la coudée royale, ce qui prouve que son usage est concomitant à celui de la coudée royale. Sa longueur d'environ 45 cm est plus proche de la longueur anatomique d'une coudée (longueur du bras prise du coude jusqu'au majeur). Son découpage en six palmes de quatre doigts permet un repérage plus facile des premières fractions 1/2, 1/3, 1/4, 1/6, 1/8. Cette coudée semble être réservée à un usage domestique alors que la coudée royale serait destinée à l'architecture et à la mesure des terres[27].

Les égyptologues émettent diverses hypothèses concernant l'origine de ces deux coudées et l'existence de la septième palme de la coudée royale, moins pratique en termes de fraction, mais aucune d'entre elles ne recueille l'unanimité. On a pensé qu'il était possible que les architectes, pour des grandes longueurs, aient pris l'habitude de mettre bout à bout des petites coudées en intercalant une palme qui leur servait de repère pour déplacer la coudée[28]. A également été évoqué le fait que la coudée royale pourrait être issue de la mise bout à bout de deux « sandales royales »[29]. John Legon émet également l'hypothèse qu'aurait perduré une division de la grande coudée en six parties et que sa division en sept parties aurait une signification religieuse[29]. Il juge comme possible que la petite coudée soit en fait de longueur variable et pourrait être égale aux 5/6 d'une coudée royale. C'est également lui qui développe l'idée selon laquelle le canon esthétique égyptien serait fondé sur la coudée royale qui correspondrait alors au tiers de la hauteur d'un homme du pied jusqu'à la racine des cheveux[30].

On trouve également, sur les règles étalon, la coudée sacrée valant quatre palmes qui correspond au pied grec[26] et la coudée-remen de cinq palmes qui pourrait correspondre à la diagonale d'un carré d'une demi-coudée (5/7 est proche de 2/2)[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Mathieu, Pierre Grandet, p. 289.
  2. Bernard Mathieu, Pierre Grandet, p. 289-290.
  3. a b c et d Carlotti 1995 b, p. 129
  4. Carlotti 1995 b, p. 129-130
  5. a et b Carlotti 1995 b, p. 138
  6. La paume est la largeur de la main sans le pouce prise au niveau de la première phalange
  7. À l'origine, une mesure d'arpentage : la longueur d'une corde de 100 coudées tendue entre deux piquets
  8. a b et c Grandet et Mathieu 1997, p. 290
  9. K. Sethe et W. Helck, p. 1659,18 ; W. Helck, p. 200
  10. (Legon 1994)
  11. Saigey 1834, p. 15
  12. St. John Vincent Day, Henry James (sir.), « Papers on the Great pyramid, including a critical examination of sir Henry James », Notes on the Great pyramid of Egypt, Edmonston and Douglas, 1870, p. 54
  13. (en) W. M. Finders Pétrie, The Pyramids and temples of Gizeh., (lire en ligne)
  14. Gilles Dormion, Nicolas Grimal, La chambre de Chéops, analyse architecturale., , 311 p. (ISBN 978-2286009199)
  15. Sur la hauteur d'une « talatate », les avis diffèrent, certains lui attribuent une hauteur d'une demi-coudée (Jésus Lopez, « Inscriptions hiératiques sur les Talâtât provenant des temples d'Akhenaton à Karnak », Cahiers de Karnak, 8, 1995, p. 248, note 13), d'autres, comme Robert Vergnieux([http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1996_num_140_3_15635 Les premières années du règne d'Aménophis IV (ou le « proto-amarnien ») (information) p. 813, note 2), une dimension inférieure.
  16. Dieter Arnold, The Encyclopaedia of Ancient Egyptian Architecture, I.B.Tauris, 2003 p. 238
  17. Edme-François Jomard, Description de l'Egypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l'expédition de l'armée française, C.-L.-F. Panckoucke, (lire en ligne)
  18. E Jomard, Description de l'Egypte, Tome 20, (lire en ligne), p. 351
  19. Règle de Maya, ministre des finances de Toutânkhamon sur le site du Louvre
  20. Jean Plana et Georges Bidone, Miscellanea Philosophico-Mathematica Societatis Privatae Taurinensis, Volume 30, Turin, (lire en ligne), p. 173
  21. André Laronde, « Apollonia de Cyrénaïque : Archéologie et Histoire », Journal des savants, no 1, 1996, p. 26 [1]
  22. C. Funck-Hellet, La Coudée royale égyptienne, essai de métrologie, Revue du Caire, février mars 1952 no 147/148 volume XXVII p. 1/17.
  23. Bibliographie égyptologique annuelle, volume 24, numéro 2332
  24. Jean-Philippe Lauer, À propos du prétendu mètre ésotérique dans la grande pyramide, la Revue du Caire, février - mars 1952, vol. XXVII, no 147-148 p. 202-209.
  25. Bibliographie égyptologique annuelle, volume 41, numéro 2439
  26. a et b Carlotti 1995 b, p. 131
  27. C'est l'opinion d'Erik Iversen et Gay Robins (Legon 1996, Les origines de la coudée égyptienne)
  28. Saigey 1834, p. 6
  29. a et b Legon 1996, Les origines de la coudée égyptienne
  30. Legon 1996, Le canon de proportion
  31. Rossi 2004, p. 88

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Mathieu et Pierre Grandet, Cours d'Égyptien Hiéroglyphique, Khéops,  ;
  • Kurt Heinrich Sethe et Hans Wolfgang Helck, Urkunden des Ägyptischen Altertums, vol. IV : Urkunden der 18. Dynastie;
  • Hans Wolfgang Helck, Urkunden der 18. Dynastie : Übersetzung zu den Heften 17-22;
  • Jean-François Carlotti, « Quelques réflexions sur les unités de mesure utilisées en architecture à l'époque pharaonique », Les cahiers de Karnak, no 10,‎ (lire en ligne);
  • Jean-François Carlotti, « Contribution à l'étude métrologique de quelques monuments du temple d'Amon-Rê à Karnak », Les cahiers de Karnak, no 10,‎ (lire en ligne);
  • Jacques Frédéric Saigey, Traité de métrologie ancienne et moderne : suivi d'un précis de chronologie et des signes numériques, Hachette, ;
  • John Legon, « Unités de mesure en Égypte Ancienne », Discussions in Egyptology, no 30,‎ (lire en ligne);
  • John Legon, « La Coudée Royale et le canon de l'Art Égyptien (The Cubit and the Egyptian Canon of Art) », Discussions in Egyptology, no 35,‎ (lire en ligne);
  • (en) Corinna Rossi, Architecture and Mathematics in Ancient Egypt, Cambridge University Press, ;
  • (en) Somers Clarke, Ancient Egyptian Masonry: The Building Craft, Wildside Press LLC, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]