Ali Benflis

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Ali Benflis
علي بن فليس
ⴰⵍⵉ ⴱⴻⵏⴼⵍⵉⵙ
Ali Benflis en 2014.
Ali Benflis en 2014.
Fonctions
Chef du gouvernement algérien

(2 ans, 8 mois et 9 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Gouvernement Benflis I, II et III
Prédécesseur Ahmed Benbitour
Successeur Ahmed Ouyahia
Ministre de la Justice algérien

(2 ans, 8 mois et 16 jours)
Président Chadli Bendjedid
Premier ministre Kasdi Merbah
Mouloud Hamrouche
Sid Ahmed Ghozali
Gouvernement Merbah
Hamrouche I et II
Ghozali I
Prédécesseur Mohamed Chérif Kherroubi
Successeur Hamdani Benkhelil
Biographie
Date de naissance (72 ans)
Lieu de naissance Batna[1]
Nationalité algérienne
Parti politique FLN (1988-2004)
Indépendant (2004-2015)
Avant-garde des libertés (depuis 2015)
Profession Magistrat
Religion Islam[2]

Ali Benflis
Chefs du gouvernement algérien

Ali BenflisPrononciation du titre dans sa version originale Écouter (en arabe علي بن فليس et en berbère ⴰⵍⵉ ⴱⴻⵏⴼⵍⵉⵙ) est un homme politique algérien, né le à Batna[1].

Ancien ministre de la Justice, il a été chef du gouvernement de 2000 à 2003. Ali Benflis a été candidat aux élections présidentielles de 2004 et 2014. Ali Benflis est le président du parti Talaie El Houriat qu’il a créé en 2015.

Origines familiales, enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Ali Benflis est né dans une famille d’agriculteurs nationalistes à Batna, la cinquième ville d’Algérie et capitale des Aurès. Il est le sixième d’une fratrie de douze enfants[3]. En 1957, en pleine guerre de libération algérienne et alors qu’Ali Benflis a 13 ans, son père Touhami Benflis et son frère aîné Amar sont enlevés par l’armée française puis portés disparus[3]. La famille Benflis n’apprendra qu’à la fin de la guerre que son père est mort sous la torture et que son frère a été exécuté par les Français[3].  

Ali Benflis fait ses études au Lycée Hihi El Mekki (ex-lycée franco-musulman) de Constantine de 1954 à 1964, où il étudie l’arabe et le français[4]. Il obtient son baccalauréat en 1964, puis une licence de droit de l’université d’Alger en juin 1968[4].

Parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Juriste[modifier | modifier le code]

Après avoir obtenu une licence en droit de l’université d’Alger en 1968, il devient à 24 ans juge au tribunal de Blida, puis procureur de la République en 1969 et enfin procureur général auprès de la cour de Constantine de 1971 à 1974. Il s'inscrit par la suite au barreau et ouvre son cabinet d’avocat à Batna. Il est élu bâtonnier de l’ordre des avocats de la région Est (Constantine) en 1983, puis de la région de Batna en 1987[5].

En 1987, il est l'un des membres fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’Homme[6], membre de son comité directeur et responsable de la Ligue au niveau de l'est algérien.

Ministre de la Justice[modifier | modifier le code]

Après avoir été magistrat, avocat et bâtonnier, il est nommé ministre de la Justice le au sein du gouvernement Merbah. Il sera reconduit au sein des gouvernements Hamrouche I et Hamrouche II puis dans le gouvernement Ghozali I.

En tant que Garde des Sceaux, il contribue aux grandes réformes de la période d’ouverture démocratique du pays qui suit les événements du 5 octobre 1988. Il fait ainsi adopter un nouveau Statut de la Magistrature consacrant, pour la première fois, l’indépendance du pouvoir judiciaire[7]. Dans le même temps, il fait adopter la loi qui régit la profession d’avocat, renforçant les droits de la défense, ainsi que les lois relatives aux professions de notaire, d’huissier de justice, et les textes relatifs au greffe. Il fait également adopté des textes en faveur des libertés et des droits de l’homme, comme la suppression de la peine de la relégation[7] et la suppression de la Cour de Sûreté de l’Etat[7].

En 1991[8], il exigeait du gouvernement des garanties judicaires, tel que le droit de recours et le droit à la défense au profit des personnes faisant l’objet d’une mesure d’internement administratif, en application du décret 1991 instaurant l’état d’urgence[9]. Devant le refus de la prise en charge de ses observations, il démissionne du gouvernement le 21 juillet. 

Retour sur la scène politique[modifier | modifier le code]

Il revient sur la scène politique en tant que député du FLN lors des législatives de 1997. Deux ans après, en 1999, il dirige la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika pour l'élection présidentielle de 1999. Il occupe ensuite successivement les postes de Secrétaire général de la Présidence de la République, puis Directeur de cabinet de la Présidence et chef du gouvernement, après la démission d'Ahmed Benbitour le .

Chef du gouvernement (2000-2003)[modifier | modifier le code]

Un an après sa nomination en tant que chef du gouvernement, Ali Benflis est élu, le , secrétaire général du FLN, en remplacement du Dr Boualem Benhamouda.

Il est ensuite reconduit en juin 2002 dans ses fonctions de chef du gouvernement, ses collaborateurs mettant en avant ses qualités de dialogue et de concertation dans ses initiatives législatives et ses réformes économiques et sociales[5]. Il est remplacé le 5 mai 2003 par Ahmed Ouyahia.

Certains évoquent le fait que le Président Bouteflika aurait écarté Ali Benflis, en raison de sa popularité grandissante, et suite au refus de ce dernier de le soutenir pour son second mandat, condition sine qua non, imposée par Bouteflika, pour le maintien de Benflis à la tête du FLN[10]. D’autres, en revanche, mentionnent le désaccord entre les deux hommes sur le vote de la loi sur les hydrocarbures, impliquant la privatisation de la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach[11].

Élections présidentielles de 2004 et 2014[modifier | modifier le code]

Il est candidat à l'élection présidentielle de 2004, où il arrive en deuxième position derrière le président sortant, avec 6,42 % des voix.

Le , il annonce à nouveau sa candidature pour l'élection présidentielle de 2014. D'après les résultats officiels, il obtient 12,18 % des voix et arrive deuxième du premier tour derrière le président sortant, Abdelaziz Bouteflika. Cependant, Ali Benflis dénonce un grand nombre de fraudes et d'incidents, en particulier dans les deux dernières heures du scrutin[12]. Le , il annonce la création prochaine de son nouveau parti[13]. Le 20 avril, il affirme avoir recueilli la majorité des suffrages[14].

Le 30 septembre 2014, Ali Benflis présente un livre blanc sur les fraudes électorales pratiquées lors de l’élection présidentielle de 2014. Le document répertorie, preuves à l’appui, les nombreux mécanismes de fraude mis en place en faveur du président-candidat Abdelaziz Bouteflika (fichier électoral gonflé, faux procès-verbaux, …)[15].

Président du parti Talaie El Houriat[modifier | modifier le code]

Annoncé le 19 avril 2014[16], le nouveau parti politique d’Ali Benflis est officiellement agréé par le ministère de l’Intérieur le 8 septembre 2015[17]. Ali Benflis est élu président du parti lors du congrès constitutif le 13 juin 2015[18].

En 2016, les hospitalisations fréquentes et les nombreuses spéculations des medias algériens sur l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika mènent Ali Benflis à dénoncer à de multiples reprises la « vacance du pouvoir »[19] et à dresser une ébauche de programme politique.

Prises de positions[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

Ali Benflis qualifie le régime de la période Bouteflika d'hyperprésidentialiste en ce que la totalité des pouvoirs politiques, judiciaires et économiques seraient concentrés dans les mains du président Bouteflika et de ses proches, sans qu’aucune sorte de contrôle et de contre-pouvoir ne puisse exister indépendamment[20].

Ali Benflis dénonce aussi l’illégitimité et la non-représentativité du système politique algérien[21], notamment du fait des fraudes massives aux élections[22], mais surtout à cause de l’incapacité d’Abdelaziz Bouteflika à gouverner personnellement étant donné son état de santé et donc de l’existence d’intérêts privés extraconstitutionnels agissant dans l’ombre à Alger[23].

Il se prononce pour « la naissance de l'Etat de droit où la citoyenneté serait réhabilitée, où la souveraineté populaire serait respectée, où les libertés et les droits seraient protégés, où le gouvernant serait responsable et comptable de ses actes, où la Constitution et les lois seraient inviolables et où l'Etat serait garant de l'intérêt général et non celui d'intérêts particuliers »[20].  

Economie[modifier | modifier le code]

Ali Benflis accuse le régime en place en 2016 de n’avoir pas su faire bon usage de la manne financière issue de l’exportation des ressources pétrolières et gazières du pays et d’avoir privilégié une redistribution clientéliste des richesses, plutôt que le développement et la diversification de l’économie algérienne ou l’investissement à long terme[24].

Pour lui, la création de richesse suppose l’existence de droits et de libertés garantis, le respect des lois et des normes de transparence et la lutte contre l’informel et la corruption. Un ensemble qu’un régime bâti sur l’opacité et le favoritisme ne pourra pas mettre en place[24].

Sociale[modifier | modifier le code]

Avec la chute des revenus pétroliers débutée en 2014 et les nouvelles contraintes budgétaires qui pèsent sur le gouvernement d’Alger, Ali Benflis dit redouter une inquiétante déstabilisation sociale en Algérie[25]. Le gouvernement ne serait plus en mesure de poursuivre sa politique de subventions afin d’acheter la paix sociale.

L’ancien premier ministre n’estime possible la réforme sociale qu’en luttant contre les injustices politiques, économiques et sociales persistantes sous le régime du Président Bouteflika. Il propose de mettre fin à « une société fonctionnant à deux vitesses où une minorité a accès à tout et peut tout se permettre et une majorité est sommée d’accepter son sort immérité et de se contenter du peu qui lui est arbitrairement concédé »[26].

Autres[modifier | modifier le code]

Démocratie[modifier | modifier le code]

Ali Benflis se montre concerné par la période de transition post-Bouteflika. Il appelle à une transition démocratique consensuelle, ordonnée, graduelle et apaisée[27] craignant pour la stabilité du pays dans un contexte de menace budgétaire et sécuritaire. Il souhaite aussi s’inspirer de la transition démocratique tunisienne[28].

Le point de départ de la transition serait une "relégitimation" des institutions algériennes au moyen de processus électoraux réguliers et transparents qu'une instance indépendante préparerait, organiserait et surveillerait[29].

Liberté de la presse[modifier | modifier le code]

Notamment à l’occasion de l’affaire El Khabar, il dénonce le recul de liberté de la presse dans le pays[30] et une politique de harcèlement et d’épuration contre les médias indépendants[31].

Lutte contre le terrorisme[modifier | modifier le code]

L’ex-Premier ministre appelle à cesser d’ignorer la grave menace terroriste qui pèse aux frontières de l’Algérie et à développer un front intérieur qui inciterait les algériens à la vigilance.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Ali Benflis est marié et père de quatre enfants.

Itinéraire[modifier | modifier le code]

Fonctions de Ali Benflis
Fonction[32] Début Fin
01 Ministre de la Justice (Gouvernements: Merbah, Hamrouche I, Hamrouche II et Ghozali I)
02 Directeur de Cabinet du Président de la République [33] [34]
03 Chef du Gouvernement (Gouvernements: Benflis I, Benflis II et Benflis III)
04 Secrétaire Général du Parti du Front de Libération Nationale (FLN) 2003 2004
05 Président du Parti de Talaie El Houriat (1er Congrès) (en cours)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Roger East et Richard Thomas, Profiles of People in Power : the World's Government Leaders, Londres, Europa Publications, , 635 p. (ISBN 978-1857431261, lire en ligne), p. 9.
  2. Ali Benflis ne revendique pas publiquement sa religion, mais le simple fait qu'il ait été candidat à l'élection présidentielle algérienne de 2004 prouve qu'il est musulman puisqu'une des conditions pour être candidat est alors d'être de religion musulmane : Boubker Belkadi (AFP), « Le Front pro-Bouteflika s'organise », sur aujourdhui.ma, (consulté le 29 septembre 2012)
  3. a, b et c « Touhami Benflis, vie et mort d'un nationaliste dans les Aurès » (consulté le 23 septembre 2016)
  4. a et b Le Soir d'Algérie, « http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/05/08/article.php?sid=148625&cid=3 », sur www.lesoirdalgerie.com (consulté le 23 septembre 2016)
  5. a et b « Benflis - l'ancien premier ministre & député » (consulté le 23 septembre 2016)
  6. http://www.tsa-algerie.com/actualite/item/3625-portrait-ali-benflis-a-la-conquete-d-el-mouradia
  7. a, b et c « L'Expression - Le Quotidien - ALI BENFLISLe justicier des hautes plaines », sur www.lexpressiondz.com (consulté le 23 septembre 2016)
  8. « Le portail du Premier Ministère | Premier Ministre | Archives gouvernementales | Biographie : SID-AHMED GHOZALI », sur Le portail du Premier Ministère (consulté le 23 septembre 2016)
  9. Le Point, magazine, « Archives - Le Point.fr », sur Le Point.fr (consulté le 23 septembre 2016)
  10. Algeria-Watch, « Benflis: «J’ai refusé le chantage» », sur www.algeria-watch.org (consulté le 23 septembre 2016)
  11. « Algérie: Le projet de loi sur les hydrocarbures continue de susciter des commentaires », sur AllAfrica.com, (consulté le 23 septembre 2016)
  12. Yves Bourdillon, « Algérie : le camp Benflis dénonce des fraudes », sur lesechos.fr, (consulté le 18 avril 2014).
  13. http://www.lepoint.fr/monde/algerie-ali-benflis-va-lancer-son-parti-politique-19-04-2014-1814605_24.php
  14. Armin Arefi (propos recueillis par), « Ali Benflis : « C'est moi qui ai été élu ! » », sur Le Point.fr, (consulté le 21 avril 2014).
  15. « Livre blanc d'Ali Benflis: La fraude électorale est un "système hautement sophistiqué" », sur Al Huffington Post (consulté le 23 septembre 2016)
  16. Le Point, magazine, « Algérie : Ali Benflis va lancer son parti politique », (consulté le 23 septembre 2016)
  17. « Le parti de Benflis officiellement agréé », sur Al Huffington Post (consulté le 23 septembre 2016)
  18. « Ali Benflis élu président de Talaiou El Houriyet », sur Impact24.info, (consulté le 23 septembre 2016)
  19. « Ali Benflis pointe la vacance du pouvoir et la révision constitutionnelle » (consulté le 23 septembre 2016)
  20. a et b « L'Expression - Le Quotidien - "L'Algérie attend sa modernisation politique" », sur www.lexpressiondz.com (consulté le 23 septembre 2016)
  21. François Clemenceau, « Ali Benflis : "En Algérie, le gouvernement et le Parlement ne sont pas légitimes" - leJDD.fr » (consulté le 23 septembre 2016)
  22. « Ali Benflis démonte les vices et les visées de la réforme constitutionnelle | Presse-dz », sur www.presse-dz.com (consulté le 23 septembre 2016)
  23. « Ali Benflis dénonce « l’accaparement par des forces extraconstitutionnelles » du centre de décision | Info & Actualités depuis 2007 », sur www.tsa-algerie.com (consulté le 23 septembre 2016)
  24. a et b « ‘‘L’Algérie fait face à une crise économique d’une rare acuité’’ - L'Est Républicain », sur lestrepublicain.com (consulté le 23 septembre 2016)
  25. adm@_impatcs24_in, « Ali Benflis: « Tous les ingrédients d'une déstabilisation sociale sont réunis » - impact24.info », (consulté le 23 septembre 2016)
  26. « Benflis ne croit pas à l'Etat civil défendu par Saâdani : "Il faut plutôt un etat de droit" », sur LeTempsdz.com, (consulté le 23 septembre 2016)
  27. adm@_impatcs24_in, « Benflis appelle à « une transition démocratique apaisée » - impact24.info », (consulté le 23 septembre 2016)
  28. « Pour Ali Benflis, l'Algérie doit s'inspirer de la Tunisie - Algérie Focus », (consulté le 23 septembre 2016)
  29. « L'Expression - Le Quotidien - Benflis plaide pour un dialogue national inclusif », sur www.lexpressiondz.com (consulté le 23 septembre 2016)
  30. « Ali Benflis : "La liberté d ela presse et en recul constant" », sur LeTempsdz.com, (consulté le 23 septembre 2016)
  31. « Ali Benflis: «Le Groupe El Khabar est victime d'une épuration médiatique» | DZAYER24 », sur dzayer24.com (consulté le 23 septembre 2016)
  32. http://www.cg.gov.dz/index.php?option=com_content&task=view&id=439&Itemid=
  33. http://www.joradp.dz/FTP/Jo-Francais/1999/F1999094.pdf
  34. http://www.joradp.dz/FTP/Jo-Francais/2001/F2001040.pdf

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles

  • Nadia Mellal, « Ali Benflis, une autorité morale à Batna », Liberté,‎ (lire en ligne)

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