Contre-pouvoir

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Le contre-pouvoir est un pouvoir qui arrête un pouvoir en place. Ce peut être par la puissance politique, économique ou sociale. Son rôle a pour effet de restreindre l'exercice du pouvoir en place et de proposer une alternative aux décisions d'une autorité. Par exemple : les citoyens les élus d'un parti d'opposition, des associations et notamment des syndicats, les médias, des cultes.

Les démocraties reposent toutes sur l'idée de la séparation des pouvoirs, qui a été théorisée par le philosophe anglais John Locke et le philosophe francais Montesquieu.

Ainsi, si le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire ne sont pas concentrés dans les mains d'un seul homme ou d'un seul petit groupe, les abus peuvent être limités ou évités.

Dans la plupart des démocraties, les pouvoirs coopèrent mais ils peuvent aussi se critiquer, voir même se confronter[1]. La presse indépendante, de par sa capacité à exposer les abus de la justice, des élus et des gouvernements, est parfois qualifiée de quatrième pouvoir.

Pouvoir et Contre-Pouvoir[modifier | modifier le code]

La notion de Contre-Pouvoir est théorisée au 18ième siècle par le philosophe Montesquieu dans son livre De l'Esprit des lois (1748). Selon lui, on ne peut pas rédiger des lois (légiférer), les mettre en œuvre (gouverner), et condamner les contrevenants aux lois (juger).

« Tout serait perdu si le même homme ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire les lois, celui d'exécuter les résolutions publiques et celui de juger les crimes »

Pour Montesquieu, il faut donc une séparation du pouvoir législatif, pouvoir judiciaire et pouvoir exécutif  :

« Pour que on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Les idées de Montesquieu ont inspiré les constitutions de très nombreux pays démocratiques.

Chaque démocratie organise par ses institutions les relations entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. L'existence d'une presse libre, aussi qualifié de quatrième pouvoir, est une condition indispensable de la démocratie.

France[modifier | modifier le code]

Dans le système politique francais, le Président de la République est élu par le peuple francais.

Il dirige le pouvoir exécutif. Il nomme le premier ministre qui forme le gouvernement.

Il contrôle de fait l'État francais, la diplomatie française, les services de renseignement, la police nationale, la douane, la gendarmerie, et l'armée.

Aussi puissant soit-il, le Président francais n'est pas un Pharaon ou un Tsar.

Son pouvoir est limité, qu'il le veuille ou non.

Ces institutions forment des contre-pouvoirs[2].

Seuls leurs pouvoirs ont la capacité de freiner ou de neutraliser le pouvoir francais en cas d'abus.

La justice française et les parlementaires élus du peuple francais peuvent ainsi convoquer un Ministre[3], convoquer les plus proches collaborateurs du Chef de l’État[4], lancer des poursuites judiciaires[5], visiter toute prison sur le territoire francais [6], voir faire destituer le Chef de l’État [7].

Limites[modifier | modifier le code]

L'équilibre des différents pouvoirs fait l'objet d'importants débats. En France, on juge souvent que le Président de la République a trop de pouvoirs par rapport au Parlement. On le qualifie souvent de Monarche Républicain.

Par ailleurs, l'exercice réel des contre-pouvoirs nécessite une conscience politique forte des élus, ce qui n'est pas toujours le cas. Certains parlementaires sont ainsi qualifiés par la presse de députés godillots[8] ou de députés playmobiles[9], car ils sont naturellement soumis au pouvoir exécutif.

Cependant, si les contre-pouvoirs sont trop nombreux ou mal structurés entre eux, alors un système politique peut devenir paralysé. C'est notamment le cas aux Etats-Unis, où certains spécialistes appellent à réformer la constitution américaine, qui est la plus ancienne au monde [10].

Absence de contre-pouvoirs.[modifier | modifier le code]

Si les contre-pouvoirs sont faibles ou même inexistants (Chine, Arabie Saoudite, Iran, Corée du Nord), alors c'est la voie ouverte aux pires dérives comme la corruption ou la violence.

Un dirigeant sans contre-pouvoir est comme une voiture sans frein.

Si il peut mettre en œuvre des décisions rapidement, il n'y a plus personne pour l’arrêter en cas d'erreur.

Il peut ainsi massacrer sa population (Ayatollah Khamenei), opprimer les minorités religieuses (Xi Jinping), découper des journalistes en morceaux (Mohamed Bin Salman), ou déclencher des guerres (Vladimir Poutine).

Approche théorique[modifier | modifier le code]

La notion de contre-pouvoir a ces dernières années fait l’objet de différentes théories néo-révolutionnaires. La première approche est celle de John Holloway dans son fameux livre Change the world without taking power. Pour lui, l’objet révolutionnaire n’est pas de lutter pour le pouvoir mais contre le pouvoir. Chacun peut changer le monde par des actes de résistance ancrés dans le quotidien (le pouvoir-action). Chercher à prendre le pouvoir institutionnel revient pour Holloway à une impasse, car il s’agit seulement de la substitution d’un pouvoir-domination par un autre. Évidemment, cette approche est une rupture avec la démarche révolutionnaire classique. John Holloway a été très critiqué, car certains lui reprochent de prôner le désengagement politique.

Miguel Benasayag et Diego Sztulwark considèrent dans leur ouvrage « Du contre-pouvoir » que le pouvoir institutionnel, l’État, a un rôle de gestionnaire qui constate surtout ce qu’il ne peut pas faire en se confrontant au réel. Pour eux « le politique », c'est-à-dire la capacité à imaginer le monde demain, est tenu par les contre-pouvoirs. Ils ont un rôle fondamental par le biais d’actions militantes (« le militantisme situationnel ») dans l’évolution des aspirations de la société.

Pour Ludovic François et François-Bernard Huyghe, les contre-pouvoirs sont le pouvoir, car celui-ci se caractérise par l’interconnexion de différents acteurs qui vont influer par l’information. Pour eux, ce qu’ils nomment les organisations de la société civile ont le pouvoir d’agir sur les esprits et les représentations du monde et ainsi de faire évoluer la société dans un sens ou dans l’autre. Ils considèrent que l'humanité est passée « d’une société d’autorité », dans laquelle la notion de chef avait du sens, à « une démocratie d’influence », dans laquelle la puissance est essentiellement fondée sur la capacité à faire adhérer et à diffuser.

Exemples dans les médias[modifier | modifier le code]

  • Les différentes campagnes contre des organisations internationales, des gouvernements ou des entreprises. Citons par exemple la campagne contre l'accord multilatéral pour l'investissement (l'AMI), la campagne de Greenpeace contre Brent Spar de la société Shell, les actions de la Confédération paysanne contre les OGM, etc.
  • La revue Presse-Actualité (Bayard Presse), aujourd'hui disparue, créait un contre-pouvoir à l'ensemble de la presse en documentant chaque mois les grandes manœuvres internes à ce milieu (rachat de journaux par Axel Springer, Robert Hersant ou des groupes privés, exigences des NMPP), ainsi que par des études stylistiques comparées, analyses de contenu, etc.
  • Aux États-Unis, la revue Brill's Content, disparue également[11], se fixait le même rôle.
  • L'émission Arrêt sur images remplissait aussi ce rôle sur France 5, mais pour la télévision, avant d'en être évincée, ce dont elle s'est remise en étant hébergée sur Internet, favorisant par là même son indépendance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]