Andrée Borrel

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Andrée Borrel (-) fut un agent secret français, pendant la Seconde Guerre mondiale. D'août 1940 à fin 1941, elle utilisa sa maison de Canet-Plage comme maison sûre pour le réseau d'évasion Pat Line. Contrainte de fuir, elle passa quelques mois à Lisbonne, où elle travailla dans un bureau de la France libre. Parvenue en Angleterre, elle fut recrutée par le SOE, section F, puis entraînée et envoyée en mission en France, où elle fut la première femme à être parachutée par le SOE, en même temps que Lise de Baissac. Elle assura alors, auprès de Francis Suttill, la fonction de courrier du réseau Prosper-PHYSICIAN basé à Paris. Après neuf mois d'action clandestine, lors de l'effondrement du réseau fin juin 1943, elle fut arrêtée par les Allemands. Déportée au camp de Natzweiler-Struthof, elle y fut exécutée à l'âge de 24 ans.


Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

1919. Le 18 novembre, naissance d’Andrée Borrel à Louveciennes[1].

Scolarité à Bécon-les-Bruyères

Enfance. Ses passe-temps favoris sont les sports : marche, cyclisme, escalade. Sa sœur la décrira comme un garçon manqué.

1933. Âgée de 14 ans, elle quitte l'école et commence un apprentissage de vendeuse dans une boutique de textile, le Salon de mode Maryse. Sa formation terminée, elle obtient de ses parents de pouvoir s'installer à Paris, où elle trouve un travail à la boulangerie Pujo, avenue Kléber Elle y reste deux ans.

1935. Elle est embauchée comme vendeuse au Bazar d'Amsterdam, un grand magasin de la rue d'Amsterdam. Ses horaires lui permettent de s'adonner à se sports favoris, la marche à pied et le cyclisme.

1939.

  • Faisant partie de la Fédération Cyclo Féminine de France, elle se classe 5e de la course Pontoise – Meru – Pontoise[2]. Sa mère, malade, veut aller vivre dans le midi. Andrée décide de l'accompagner. Elles emménagent à Toulon.
  • Octobre. Quand éclate la guerre, elle s'inscrit à la Croix-Rouge et reçoit une formation d'aide-soignante au sein de l'Association des Dames de France (ADF).
  • Pendant plusieurs mois, elle soigne des soldats français blessés dans les hôpitaux de Beaucaire et de Nîmes.
  • À Nîmes, elle rencontre Maurice Dufour, un lieutenant de l'armée française, avec lequel elle noue une relation.

La résistante[modifier | modifier le code]

1940.

  • Juin. Après la défaite, l'ADF passe sous le contrôle du Régime de Vichy. Andrée et Maurice n'acceptent pas la défaite de leur pays.
  • Juillet. L'hôpital nîmois où elle travaille ferme. Elle rejoint Maurice qui a intégré la ligne d'évasion Pat O'Leary[3], la première filière d'évasion vraiment organisée pour les pilotes abattus et les soldats alliés qui se trouvaient là depuis l'évacuation de Dunkerque et la reddition de la Highland 51st Division à Saint-Valery-en-Caux, et qui voulaient regagner la Grande-Bretagne.
  • Août. Le couple loue une villa à Canet-Plage - près de Perpignan et de la frontière espagnole - qui va servir de maison sûre aux réfugiés qui cherchent à rentrer en Angleterre et sont hébergés le temps de trouver le moyen de leur faire passer les Pyrénées.

1941.

  • Décembre. De nombreux agents du nord de la ligne d’évasion sont arrêtés, apparemment trahis par le courrier anglais Harold Cole « Paul » après son arrestation par les GFP à Lille. Andrée Borrel et Maurice Dufour fuient à temps avant l'arrestation. Ils traversent les Pyrénées à pied, passent les contrôles espagnols et parviennent à Lisbonne au Portugal. Ils se séparent : rapidement, Maurice part en Angleterre. Andrée reste quelques mois à Lisbonne, où elle travaille au Bureau de propagande de la France libre.

1942.

  • Avril. Le 24, elle se rend à Londres en avion. À l'arrivée, elle est soumise à l'interrogatoire du MI-5, dont le rapport est très positif à son égard. Au bureau de la France libre, on se méfie d'elle car elle ne cache pas ses sympathies de gauche et parce qu'elle a travaillé pour les Britanniques : on renonce à la recruter.
  • Mai. En revanche, au vu du rapport du MI5, la section française du Special Operations Executive, la Section F, prend contact avec elle et l'accueille le 20. Elle est la première femme enrôlée par la section F. Aussitôt, elle commence l'entraînement.
  • Juin. Le 21, elle reçoit son certificat de fin d'entraînement. Officiellement elle fait partie du First Aid Nursing Yeomanry (FANY), un corps d'infirmières qui est également sollicité pour des tâches extrêmement secrètes exigeant des compétences élevées (codage des messages, gestion des agents, soutien technique et administratif des centres de formation des services spéciaux). Sa très bonne connaissance de Paris convainc le SOE de la choisir comme courrier du réseau Prosper-PHYSICIAN, que Francis Suttill « Prosper » est chargé de créer et d'organiser en zone occupée, autour de Paris.
  • Septembre. Dans la nuit du 23 au 24, première tentative de parachutage d'Andrée Borrel et de Lise de Baissac « Odile », mais le pilote du bombardier Whitley n'autorise pas le parachutage car les lampes au sol ont été mal placées par le comité de réception dirigé par Raymond Flower. Dans la nuit suivante, du 24 au 25 septembre, Andrée Borrel « Denise » puis Lise de Baissac « Odile » sautent enfin, et deviennent ainsi les deux premières femmes parachutées en France par le SOE. Elles se trouvent au lieu-dit Boisrenard, près de la Loire, au nord-est de Chambord, en face de la ville de Mer (Loir-et-Cher). Le comité de réception, qui comprend Pierre Culioli et ses deux beaux-frères Jean et Guy Dutems, les aide à enterrer leurs parachutes et les cache dans une grange, située non loin de là. Le lendemain, elles sont transférées à Avaray, où une famille les héberge pendant deux jours en les faisant passer auprès des voisins pour des cousines éloignées. Le 27, leurs routes se séparent : tandis que Lise de Baissac part pour Poitiers, Andrée Borrel part vers Paris, où elle va préparer l'arrivée de Francis Suttill, le chef du réseau Prosper-PHYSICIAN, en compagnie d'Yvonne Rudellat. On lui a désigné comme premier contact à Paris un certain couple Tambour, habitant 38 avenue de Suffren. En s'y rendant, elle découvre qu'en réalité, il s'agit de sœurs, Germaine et Madeleine Tambour.

1943.

  • Mars. Elle devient second dans le commandement du réseau. Suttill informe Londres : « Elle montre un parfait entendement de la sécurité et un calme imperturbable. Tous ceux qui travaillent avec elle sont d'accord avec moi pour dire qu'elle est la meilleure d'entre nous. Merci beaucoup de me l'avoir envoyée ».

Aux mains de l'ennemi[modifier | modifier le code]

  • Juin. Dans la nuit du 23 au 24, peu après minuit, Andrée Borrel et Gilbert Norman « Archambaud » sont arrêtés par la Gestapo, au domicile de ce dernier, 75, boulevard Lannes (voir le récit détaillé de leur arrestation dans l'article Gilbert Norman). Quelques heures plus tard, vers 10 h du matin, le 24, ce sera le cas également du chef du réseau Francis Suttill « Prosper » à son hôtel de la rue Mazagran, près de la porte Saint-Denis. C'est le début de l'effondrement du réseau. Elle est interrogée au quartier général parisien du Sicherheitsdienst (SD), au 84 Avenue Foch, puis incarcérée à la prison de Fresnes.

1944.

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Andrée Raymonde Borrel
  • Comme agent du SOE, section F :

Parcours militaire (Royaume-Uni) :

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Louis Jean Borrel (mort en 1930) ;
  • Sa mère : Eugénie Marie Françoise, née Fayollas ;
  • Une sœur : Léone Borrel, épouse de Robert Henri Arend (né le ) [7]. Leur domicile (23 rue Caumartin, Paris) est une « maison sûre ».

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Monuments[modifier | modifier le code]

Œuvres d'art[modifier | modifier le code]

  • Brian Stonehouse, agent SOE et peintre, qui a vu Andrée Borrel et les trois autres femmes au camp de concentration de Struthof juste avant leur mort, a peint une aquarelle poignante des quatre femmes, accrochée au Club des Forces spéciales à Londres le 12 juillet 1958.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ou à Paris, selon Siedentopf, p. 48.
  2. Retrouvé par Pierre Wecksteen et Frédéric Girard, historiens du cyclisme.
  3. Nom de guerre d'Albert Guérisse, un médecin de l'Armée belge, qui dirige la ligne d'octobre 1941 jusqu'à son arrestation en mars 1943. La ligne allait de la frontière belge à la frontière espagnole.
  4. La présence de Sonia Olschanezky dans le groupe est à vérifier : Siedentopf (2008) la mentionne, mais Odette Sansom, qui faisait partie du groupe, ne la mentionne pas dans son récit rapporté dans Tickell (1950).
  5. Source : Harrap's New Standard, 1980.
  6. Siedentopf, p. 10.
  7. Sources John Vader, p. 75 ; Siedentopf, p. 56. Selon une autre source, le nom de la sœur serait Germaine Aigrain [Bob Maloubier, Triple Espion, p. 172.]

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

  • Photographies d'Andrée Borrel sur le site Special Forces Roll of Honour
  • Dossier personnel d'Andrée Borrel aux National Archives britanniques. Le dossier HS 9/183 est accessible depuis le 6 mars 2003.
  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version « officielle » britannique de l’histoire du SOE en France. Une référence essentielle sur le sujet du SOE en France.
  • Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, 1976 ; éd. revue et complétée, Crémille & Famot, 1982.
  • Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit... Les atterrissages secrets de la RAF en France 1940-44, 1978 ; :5e éd. revue et augmentée, Vario, 2004, (ISBN 2-913663-10-9)
  • Anthony Cave Brown, La Guerre secrète, le rempart des mensonges, Pygmalion/Gérard Watelet, 1981, (ISBN 978-2857048855).
  • John Vader, Nous n'avons pas joué, l'effondrement du réseau Prosper 1943, traduction, notes et annexes de Charles Le Brun, Le Capucin, 2002. C'est la traduction en français du livre (en) Prosper double-cross, Sunrise Press, 1977.
  • Jacques Bureau, Un soldat menteur, Robert Laffont, 1992. (ISBN 978-2221073124), Témoignage direct d'un membre du réseau.
  • Jean Lartéguy et Bob Maloubier, Triple jeu, l'espion Déricourt, Robert Laffont, 1992, (ISBN 978-2221068366).
  • (en) Rita Kramer, Flames in the Field, Story of Four SOE Agents in Occupied France, Michael Joseph Ltd, 1995, (ISBN 978-0718138813).
  • Richard Seiler, La Tragédie du Réseau Prosper, Pygmalion, 2003, (ISBN 978-2857048046).
  • Monika Siedentopf, Parachutées en terre ennemie, préface d'Olivier Wieviorka, Perrin, traduit de l'allemand par Amélie de Maupeou, Perrin, 2008, (ISBN 978-2-262-02784-1).
  • Bob Maloubier, Les Secrets du Jour J : Opération Fortitude, Churchill mystifie Hitler, Les Éditions la Boétie, 2014, (ISBN 978-2-36865-033-2).