Andrée Borrel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Andrée Borrel ( - ) fut un agent secret français, pendant la Seconde Guerre mondiale. D'août 1940 à fin 1941, elle utilisa sa maison de Canet-Plage comme maison sûre pour le réseau d'évasion Pat Line. Contrainte de fuir, elle passa quelques mois à Lisbonne, où elle travailla dans un bureau de la France libre. Parvenue en Angleterre, elle fut recrutée par le SOE, section F, puis entraînée et envoyée en mission en France, où elle fut la première femme à être parachutée par le SOE, en même temps que Lise de Baissac. Elle assura alors, auprès de Francis Suttill, la fonction de courrier du réseau Prosper-PHYSICIAN basé à Paris. Après neuf mois d'action clandestine, lors de l'effondrement du réseau fin juin 1943, elle fut arrêtée par les Allemands. Déportée au camp de Natzweiler-Struthof, elle y fut exécutée à l'âge de 24 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Andrée Raymonde Borrel naît le 18 novembre 1919 à Bécon-les-Bruyères en région parisienne[1],[2], quitte l'école à quatorze ans et travaille dans une boulangerie puis dans un bazar pour aider sa famille[3]. Sa sœur aînée la présente comme un « garçon manqué ». En 1939, membre de la Fédération française féminine de cyclisme, elle se classe 5e de la course Pontoise-Meru-Pontoise[4]. Elle s'engage peu après dans la guerre civile en Espagne et rentre à Paris au début de la Seconde Guerre mondiale[3].

Sa mère et elle déménagent à Toulon où elle devient membre de l'Association des Dames de France, soignant les soldats blessés dans un hôpital à Beaucaire. A l'armistice, elle rejoint le Réseau Pat O'Leary dirigé par le médecin belge Albert Guérisse[5]. Elle s'occupe d'un des derniers refuge avant les Pyrénées, près de Perpignan mais fin 1941, une partie de la filière est trahie et elle doit elle-même fuir à Lisbonne puis en Grande-Bretagne en avril 1942[3].

Arrivée à Londres, elle propose ses services aux Français libres mais elle est refusée lorsqu'elle refuse de donner des informations sur la filière d'évasion Pat. Le 15 mai 1942, elle rejoint la première session féminine du Special Operations Executive avec Yvonne Rudellat, Marie-Thérèse Le Chêne et Blanche Charlet. Elles sont formées sous la couverture des First Aid Nursing Yeomanry (FANY)[3].

Le 25 septembre 1942, elle est déposée avec une autre agente, Lise de Baissac, près de Bois Renard où elle est réceptionnée Pierre Culioli et Yvonne Rudellat[6]. Elle se dirige vers le nord de Paris pour organiser l'arrivée de Francis Suttill le 1er octobre dont elle devait devenir le courrier dans le réseau Prosper-PHYSICIAN. Avec le temps, elle prend un place importante dans le réseau, tenant les conversations pour Suttill dont le français n'est pas très bon. Sous leur commandement, le réseau devient le plus important de la Section F du SOE[7]. Sans que le réseau ne le découvre, une liste avec des membres du réseau tombe aux mains de l'Abwehr qui se met en action en avril 1943[8]. Le 21 juin, elle est arrêtée dans un appartement parisien avec Gilbert Norman, le radio du réseau, par la police allemande[9]. On raconte qu'elle resta muette aux interrogatoires, méprisant ses interrogateurs[10]. Elle est envoyée au centre pénitentiaire de Fresnes où elle reste pendant un an avant d'être envoyée avec sept autres femmes agentes du SOE dans la prison civile pour femmes de Karlsruhe[11].

Le 6 juillet 1944, elle est sortie de sa cellule et envoyée au camp de concentration de Natzweiler-Struthof pour un « traitement spécial » avec trois autres agentes, Sonia Olschanezky, Vera Leigh et Diana Rowden[12]. Le soir-même, elles sont emmenées une à une dans un baraque voisine où on leur injecte une dose mortelle de phénol avant de transporter leurs corps dans le four crématoires[11]. Lors du procès de Natzweiler, un ancien prisonnier qui s'occupait du chargement des four raconta qu'un des corps se débattit et cria lorsqu'on le mit dans le four[11],[13].

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Andrée Raymonde Borrel
  • Comme agent du SOE, section F :

Parcours militaire (Royaume-Uni) :

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Louis Jean Borrel (mort en 1930) ;
  • Sa mère : Eugénie Marie Françoise, née Fayollas ;
  • Une sœur : Léone Borrel, épouse de Robert Henri Arend (né le )[16].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Monuments[modifier | modifier le code]

Œuvres d'art[modifier | modifier le code]

  • Brian Stonehouse, agent SOE et peintre, qui a vu Andrée Borrel et les trois autres femmes au camp de concentration de Struthof juste avant leur mort, a peint une aquarelle poignante des quatre femmes, accrochée au Club des Forces spéciales à Londres le 12 juillet 1958[19].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. O'Conner, p. 162
  2. Siedentopf, p. 48.
  3. a b c et d Beryl E. Escott, p.67-68
  4. Retrouvé par Pierre Wecksteen et Frédéric Girard, historiens du cyclisme.
  5. La ligne d'évasion allait de la frontière belge à la frontière espagnole.
  6. a et b (en) « French female spies who worked for the British secret service », Mail Online,‎ (lire en ligne)
  7. Marcel Ruby, La guerre secrète, FeniXX réédition numérique, (ISBN 9782402248105, lire en ligne)
  8. Beryl E. Escott, p.69-70
  9. Vader, p.100
  10. Vader, p. 116
  11. a b et c Beryl E. Escott, p.71-72
  12. (en) The Journal of Intelligence History, Volume 6, Number 2, LIT Verlag Münster (lire en ligne)
  13. « Les filles du SOE », Bibliobs,‎ (lire en ligne)
  14. Harrap's New Standard, 1980.
  15. Siedentopf, p. 10.
  16. Sources John Vader, p. 75 ; Siedentopf, p. 56. Selon une autre source, le nom de sa sœur serait Germaine Aigrain [Bob Maloubier, Triple Espion, p. 172.]
  17. O'Conner, p. 195
  18. (en-GB) Ben Farmer, « Memorial to female WW2 secret agents », The Telegraph,‎ (ISSN 0307-1235, lire en ligne)
  19. (en) Bernard A. Cook, Women and War: A Historical Encyclopedia from Antiquity to the Present, ABC-CLIO, (ISBN 9781851097708, lire en ligne)

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

  • Photographies d'Andrée Borrel sur le site Special Forces Roll of Honour
  • Dossier personnel d'Andrée Borrel aux National Archives britanniques. Le dossier HS 9/183 est accessible depuis le 6 mars 2003.
  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version « officielle » britannique de l’histoire du SOE en France. Une référence essentielle sur le sujet du SOE en France.
  • Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, 1976 ; éd. revue et complétée, Crémille & Famot, 1982.
  • Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit... Les atterrissages secrets de la RAF en France 1940-44, 1978 ; :5e éd. revue et augmentée, Vario, 2004, (ISBN 2-913663-10-9)
  • Anthony Cave Brown, La Guerre secrète, le rempart des mensonges, Pygmalion/Gérard Watelet, 1981, (ISBN 978-2857048855).
  • John Vader, Nous n'avons pas joué, l'effondrement du réseau Prosper 1943, traduction, notes et annexes de Charles Le Brun, Le Capucin, 2002. C'est la traduction en français du livre (en) Prosper double-cross, Sunrise Press, 1977.
  • Jacques Bureau, Un soldat menteur, Robert Laffont, 1992. (ISBN 978-2221073124), Témoignage direct d'un membre du réseau.
  • Jean Lartéguy et Bob Maloubier, Triple jeu, l'espion Déricourt, Robert Laffont, 1992, (ISBN 978-2221068366).
  • (en) Rita Kramer, Flames in the Field, Story of Four SOE Agents in Occupied France, Michael Joseph Ltd, 1995, (ISBN 978-0718138813).
  • Richard Seiler, La Tragédie du Réseau Prosper, Pygmalion, 2003, (ISBN 978-2857048046).
  • Monika Siedentopf, Parachutées en terre ennemie, préface d'Olivier Wieviorka, Perrin, traduit de l'allemand par Amélie de Maupeou, Perrin, 2008, (ISBN 978-2-262-02784-1).
  • Bob Maloubier, Les Secrets du Jour J : Opération Fortitude, Churchill mystifie Hitler, Les Éditions la Boétie, 2014, (ISBN 978-2-36865-033-2).
  • Bernard O'Conner, Agents Françaises: French women infiltrated into France during the Second World War, 2016 (ISBN 978-1326-70328-8)