Agrippine la Jeune

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Agrippine la Jeune
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Buste en marbre d’Agrippine la jeune, provenant de la ville d'Emerita Augusta (aujourd’hui Merida, en Espagne), daté de la seconde moitié du Ier siècle ap. J.-C.

Naissance ap. J.-C.
Ara Ubiorum
Décès mars 59 ap. J.-C.
villa près de Baies
Ascendants
Conjoint
Descendants

Julia Agrippina dite Agrippine la Jeune (née le ap. J.-C. à Ara Ubiorum - morte assassinée dans sa villa de Baule près de Baies sur ordre de Néron entre le 19 et le 23 mars 59) est la sœur de Caligula, empereur de 37 à 41, l’épouse de Claude, empereur de 41 à 54, et la mère de Néron, empereur de 54 à 68.

Elle est en outre la descendante directe d’Auguste, empereur de 27 av. J.-C. à 14, et petite-nièce et petite-fille adoptive de Tibère, empereur de 14 à 37.

Petite-fille d'Agrippa et également petite-fille de Drusus, Agrippine la Jeune est la fille de Germanicus, tous trois généraux romains ayant commandé en Germanie Inférieure.

Biographie[modifier | modifier le code]

La fille de Germanicus[modifier | modifier le code]

Statue d'Agripppine la Jeune trouvée à Orante en 1885

Agrippine la Jeune (Agrippina minor), fille du général Germanicus, est née le [1] en Germanie inférieure après que sa mère, Agrippine l’Aînée (Agrippina maior), eut trouvé refuge avec ses trois enfants à Trèves. Redoutant les mutineries qui avaient accueilli l’annonce de la mort d’Auguste et l’accession de Tibère au pouvoir, la famille de Germanicus s’était repliée auprès d’alliés moins incertains, les Trévires. Le lieu de naissance d’Agrippine la Jeune semble pourtant être un camp militaire d’Ara Ubiorum, qui devint Cologne[2]. En 50, sous le Principat de Claude, la ville prit le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium ou CCAA en l’honneur de Claude et à l’initiative d’Agrippine ; ses habitants furent appelés Agrippinenses[3].

En 17, Germanicus est rappelé à Rome où l’on célèbre son triomphe le 26 mai. Selon l’historien Tacite, « ce qui ajoutait encore au spectacle [du triomphe], c’était la beauté de Germanicus et son char, sur lequel se trouvaient ses cinq enfants[4] ». Germanicus est chargé d’une mission d’inspection en Orient, apparemment dans le but de le séparer de ses troupes, en raison des craintes et de la jalousie de Tibère. Il semble qu’Agrippine la Jeune soit restée à Rome pendant ce voyage. À Antioche, Germanicus meurt opportunément en octobre 19, probablement empoisonné sur ordre de Tibère.

Dès lors, Agrippine l’Aînée et ses enfants sont ballotés entre les rivalités personnelles et les affaires d’État. Au moment de la conspiration de Séjan, Tibère interdit à la veuve de Germanicus de se remarier. Après la mort de son fils Drusus, Tibère se renferme de plus en plus et les descendants de Germanicus en font les frais : les deux aînés Nero Iulius Caesar et Drusus Iulius Caesar sont déportés ou enfermés, et leur mère, Agrippine l’Aînée, est condamnée à l’exil. Tous trois moururent dans des conditions atroces et sans avoir retrouvé la liberté.

En 28, Agrippine la Jeune a 13 ou 14 ans, et épouse Cneius Domitius Ahenobarbus, sur le choix de Tibère : « Cependant Tibère, après avoir accordé, en sa présence, à Cn. Domitius sa petite-fille Agrippine, fille de Germanicus, ordonna que le mariage fût célébré dans la ville. En la personne de Domitius, il avait, outre l’ancienneté de la race, choisi un sang proche de celui des Caesars ; car il pouvait se vanter d’avoir pour aïeule Octavie et, par elle, Auguste comme grand-oncle[5] ».

En 32, Cneius Domitius Ahenobarbus est consul.

La mère de Néron[modifier | modifier le code]

Pièce romaine représentant Agrippine la Jeune.

À Antium, le au lever du soleil[6], Agrippine accouche d’un fils, Lucius Domitius Ahenobarbus, le futur Néron. C'est son seul enfant. Les historiens évoquent une longue stérilité psychologique d'Agrippine avant cette naissance (ou une stérilité physique de son mari, le géniteur de Néron pouvant être Sénèque, ce qui expliquerait pourquoi Agrippine le fait revenir d'exil en 49 et le nomme tuteur de Néron), Néron ayant été conçu, à quelques jours près, au moment de la mort de Tibère[7]. Probablement selon une légende, elle consulte des mages chaldéens (pratique interdite mais en usage chez les aristocrates) qui lui prédisent que son fils régnerait mais qu'il tuerait sa mère. Elle leur aurait répondu : « Qu'il me tue, pourvu qu'il règne »[8].

Selon les historiens romains, Caligula entretenait à cette époque des relations incestueuses avec ses trois sœurs, et n’hésitait pas à les prostituer à ses favoris catamites ou mignons. Au début du règne, les sœurs de l’empereur sont entourées d’honneurs à la cour, mais en 39, accusées d’adultère et de complicité dans le complot de Marcus Aemilius Lepidus contre l’empereur, Agrippine et sa sœur Julia Livilla sont condamnées à l’exil sur les Îles Pontines, exil qui dura jusqu’au principat de Claude en 41.

Sur l'ordre de Claude, Agrippine et Livilla retournent à Rome. Elle ne profite pas longtemps de sa liberté retrouvée. Elle est exilée en même temps que Sénèque accusé d’être son amant. Après la mort de son premier mari, Agrippine se remarie avec l'orateur Caius Sallustius Crispus Passienus, un homme immensément riche qui servit deux fois comme consul. En 47 il meurt en laissant un héritage colossal à son beau-fils et des rumeurs accusent Agrippine de l'avoir empoisonné[9].

À la mort de Messaline en 48, Claude souhaite se remarier. Plusieurs candidates s'affrontent, Ælia Pætina soutenue par Narcisse, Lollia Paulina soutenue par Calliste et surtout, soutenue par Pallas son amant, Agrippine, seul parti réellement digne de la maison impériale car issue de la dynastie des Julio-Claudiens[10].

Agrippine l’emporte, la liaison est d’abord officieuse par crainte que l’opinion condamne un inceste : Claude est en effet l’oncle d’Agrippine. Le mariage est officialisé en 49 grâce à un subterfuge. Vitellius fait voter une motion par le Sénat obligeant l’empereur à se remarier[11]. Aussitôt, Claude se hâte de se conformer à la demande pressante du Sénat et du peuple romain. Mais il ordonne aussi des sacrifices expiatoires par les pontifes pour l’inceste (« ce qui fit rire tout le monde », précise Tacite).

Agrippine obtient alors le retour d’exil de Sénèque qui avait été le précepteur de Lucius, et parvient à fiancer son fils avec Octavie, la fille de son propre époux. Mariage conclu en 53, mais jamais consommé. Par son influence auprès de l’empereur et ses manœuvres, Agrippine élimine ses rivales passées (Lollia Paulina, Domitia Lepida) ou potentielles (Calpurnia) et s’empare des richesses de plusieurs notables (Statilius Taurus).

Elle est alors la maîtresse de Pallas, un affranchi richissime, proche conseiller de Claude. Toujours en 49, poussant son époux à imiter Auguste (mais aussi Tibère qui avait adopté Germanicus), elle obtient que son fils soit adopté par Claude et passe de la famille des Domitii à celle des Claudii : il prend alors le nom de Nero Claudius Caesar Drusus (abrégé en français en Néron) et devient le rival (plus âgé) de Britannicus, le fils de Claude et de Messaline. Britannicus est peu à peu isolé : tout est fait pour amener Néron au pouvoir.

En 50 elle obtient le titre d'Augusta.

Finalement, se sentant elle-même en danger et profitant de l’absence de Narcisse, l’un des conseillers les plus fidèles de Claude, Agrippine fait empoisonner l’empereur le 13 octobre 54.

Pendant cinq ans, Néron, devenu empereur grâce à elle, supporte son autorité. Mais elle a décidé de régner : en tant que petite-fille et fille de généraux romains, elle compte de nombreux partisans dans l'armée et parvient à placer des hommes à elle à des postes importants. Devant l'omnipotence de sa mère, Néron, appuyé par Sénèque et le préfet du prétoire Burrus, choisit de l'écarter du pouvoir. Si elle choisit de s'opposer à Néron, c'est un risque de guerre civile, mais elle prend malgré tout le parti de s'allier avec sa belle-fille Octavie menacée de répudiation et de s'opposer au mariage de son fils à sa maîtresse Poppée. Au printemps 59, Néron décide de l’assassiner en camouflant le meurtre en naufrage car à Rome le matricide est un crime suprême[12]. Selon le récit romancé de Tacite[13], Néron et sa suite se trouvent dans sa villa impériale de Misène, dans la baie de Naples, où il a invité sa mère à l'occasion des fêtes de Minerve. À l'issue de ces fêtes, il la raccompagne ensuite au port où il lui prête une galère avec sa dame de compagnie Acerronia Pollia  (en). Selon la tradition tacitéenne, le navire se disloque dans la baie mais elle parvient à rejoindre le rivage et se faire débarquer au lac Lucrin d'où elle rejoint sa demeure. Néron consulte Sénèque et Burrus qui le convainquent de la faire assassiner en pleine nuit dans sa villa par des soldats (non des prétoriens, fidèles au souvenir de Germanicus), des marins, peut-être sous le commandement d'Anicetus, ancien précepteur de Néron devenu ennemi juré d'Agrippine[14]. Au centurion tirant son glaive pour lui donner la mort, elle aurait déclaré : « Frappe au ventre ! » (ventrem feri)[15].

Selon Tacite, Néron vient contempler le cadavre de sa mère avant sa crémation sur un lit de table. Après la mort de Néron, un tumulus en mémoire d'Agrippine aurait été érigé sur le chemin de Misène[16].

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

Agrippine la Jeune était :

  • la première fille et cinquième enfant de Germanicus et d’Agrippine l’Aînée ;
  • l’arrière-petite-fille de l’empereur Auguste par sa mère et de l’impératrice Livie par son père ;
  • l’arrière-petite-fille de Marc Antoine ;
  • la sœur de l’empereur Caligula ;
  • la petite-nièce de l’empereur Tibère ;
  • la nièce et la quatrième (et dernière) femme de l’empereur Claude ;
  • la mère de l’empereur Néron ;
  • Germanicus, le père d’Agrippine la Jeune, a été adopté (sans bienveillance) et sur ordre d’Auguste par Tibère en 4 ap. J.-C.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Historiographie latine.
  • Virginie Girod, Agrippine la Jeune, sexe, crimes et pouvoir dans la Rome impériale, Paris, Tallandier, 2015, 300 p. (ISBN 979-10-210-0491-7)
  • Gérard Minaud, Les vies de 12 femmes d’empereur romain - Devoirs, intrigues et voluptés, Paris, L’Harmattan, 2012, ch. 3, La vie d’Agrippine, femme de Claude, p. 65-96. (ISBN 978-2-336-00291-0)
  • Tacite, Annales [lire en ligne].
  • Suétone, Vie des douze Césars, livre VI : « Néron ».
  • Jean-Michel Croisille, 59. Néron a tué Agrippine (coll. « La Mémoire des siècles »), Éditions Complexe, 1994. (ISBN 978-2-87027-506-1)
  • (en) Anthony A. Barrett, Agrippina. Sex, Power and Politics in the Early Empire, Routledge, 2005. (ISBN 978-0-415-20867-3)

Postérité culturelle[modifier | modifier le code]

Le prétexte du roman de Grimal est intéressant en ce sens qu’il prétend nous restituer les Mémoires écrits par Agrippine elle-même. Or, ces mémoires, aujourd’hui perdus, ont une existence historique attestée par Tacite : « Ce fait qui n’a pas été rapporté par les auteurs d’ouvrages historiques, je l’ai découvert dans les mémoires de sa fille Agrippine, qui, devenue la mère de l’empereur Néron, a raconté à la postérité sa vie et la vicissitude des siens[18]. »

Au théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le personnage d'Agrippine apparaît dans la pièce de Jean Racine, intitulée Britannicus, qui s'appuie sur les écrits de Tacite. Racine y fait des adaptations personnelles afin de créer un contexte plus tragique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Miriam T. Griffith, Néron ou la fin d’une dynastie, Infolio, p. 20.
  2. Helmut Schoppa, L'art romain dans les Gaules, en Germanie et dans les îles britanniques, Office du Livre,‎ 1959, p. 27
  3. Dictionnaire Gaffiot.
  4. Tacite, Annales [lire en ligne], II, 41-3.
  5. Tacite, IV, 75.
  6. Suétone, Néron, VI. Anthony Barret (op. cit. page 234) fait une intéressante comparaison des sources relatives à la naissance de Néron, qui pour la plupart confirment la date de Suétone.
  7. Virginie Girod, Agrippine. Sexe, crimes et pouvoir dans la Rome impériale, Tallandier,‎ 2015, p. 37
  8. Max Gallo, Les Romains. Néron, le règne de l'Antichrist, Fayard,‎ 2006, p. 233
  9. Catherine Salles, « Agrippine, la beauté vénéneuse », Historia, no 22,‎ , p. 18
  10. (en) Gérard Walter, Nero, Allen & Unwin,‎ 1957, p. 78
  11. Tacite, XII, 5-7.
  12. Roger Caratini, Néron : le poète ensanglanté, Lafon,‎ 2003, p. 93
  13. José Mambwini Kivuila-Kiaku, « Histoire et rhétorique dans la textualité de la mort d'Agrippine (TACITE, Annales, XIV, 1-13) », Revue d'études latines, no 4,‎ 2004, p. 87-101
  14. Xavier Darcos, Tacite, ses vérités sont les nôtres, Plon,‎ 2007, p. 136
  15. Tacite, XIV, 8.
  16. Tacite, Annales, XIV, 9
  17. Édition de Fallois, 1992. (ISBN 9782877061520) - L’ouvrage a été republié en 1994 au Livre de Poche no 13508.
  18. Tacite, Annales IV, chapitre LIII-2.
  19. Murena présente l'histoire d'Agrippine et Néron dans ses quatre premiers volumes et la suite de l'histoire de Néron, avec son épouse Poppée dans les quatre suivants. Voir Notice de Murena, Éditons Dargaud.