Roger Vercel

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Roger Vercel
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Nom de naissance Roger Delphin Auguste Cretin
Naissance
Le Mans (France)
Décès (à 63 ans)
Dinan (France)
Activité principale
Distinctions

Roger Vercel, pseudonyme, puis patronyme officiel (décret du 25 septembre 1936) de Roger Delphin Auguste Cretin, né le au Mans et mort le à Dinan, est un écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Roger Vercel suit des études de lettres à la Faculté des lettres de Caen[1]. Au début de la Première Guerre mondiale, en 1914 il est mobilisé. En raison de sa mauvaise vue, il est affecté comme brancardier sur les champs de bataille du Nord et de l'Est de la France. Il prend ainsi part aux batailles de l'Yser, de Champagne, de la Somme. Gazé à l'yperite, blessé au bras gauche, titulaire d'une citation, il recevra la croix de guerre, avec étoile de bronze. L'armée manquant de gradés, il est incité à suivre une formation d'élève-officier, en juillet 1917, à Saint-Cyr d'où il sort aspirant. Puis, sous-lieutenant, il termine la guerre sur le front d'Orient, en Roumanie, chargé de la propagande, puis magistrat-instructeur à la prévôté. Il ne sera démobilisé qu'en octobre 1919, un an après l'Armistice, titulaire de la médaille commémorative de Roumanie.

Ayant passé une licence ès lettres en 1920, mais souffrant toujours des poumons, il sollicite un poste d'enseignant dans une ville au climat maritime, sur les conseils de ses médecins. Il rejoint alors Dinan, où il est nommé, en octobre 1920 professeur de lettres au collège municipal de garçons. En 1927, il soutient une thèse de doctorat en lettres dont le sujet est : Les Images dans l'œuvre de Corneille. La thèse complémentaire est un lexique des images de Pierre Corneille et de Racine. L'Académie française lui attribue pour ce travail le prix Saintour d'histoire littéraire.

Ses souvenirs de guerre lui inspirent quelques-uns de ses premiers livres (Notre père Trajan, Capitaine Conan, Léna), mais c'est le monde maritime qui est au cœur de son œuvre. En effet, Roger Vercel était passionné par la mer et la vie des marins, et bien que n'ayant pratiquement jamais pris la mer lui-même, la plupart de ses romans se déroulent dans un cadre maritime. En 1934, Roger Vercel rencontre Louis Malbert, capitaine du remorqueur Iroise, qui l'inspire pour l'écriture du roman Remorques. Remorques est aussi le titre du film tiré de ce roman par Jean Grémillon en 1941 dans lequel le rôle du capitaine Malbert est tenu par Jean Gabin.

Au Large de l'Eden lui vaut le prix du Comité Fémina France-Amérique en 1932. Il obtient le prix Goncourt en 1934 pour Capitaine Conan, un roman partiellement autobiographique.

Dans Roger Vercel, l'écrivain qui aimait la mer, Jean-Yves Ruaux écrit : « Le héros – rarement une héroïne – de Vercel est un homme de terrain, pas un intellectuel, un taciturne que les circonstances acculent à la grandeur. Il s’étiole en temps de paix et d’inaction comme Conan. Philippe Torreton en a campé la veulerie, retour au pays, dans le film que Bertrand Tavernier a tiré du roman. Comme les premières œuvres du romancier, Capitaine Conan tire sa substance de son expérience de commissaire-rapporteur au conseil de guerre sur le front d’Orient. Macédoine, Roumanie, Bulgarie, Ukraine… Le jeune homme fait un an de rab. Pour lui, la guerre de 14-18 s’arrête en 19. »

Vercel sera mobilisé d'août 1939 à juillet 1940, date à laquelle il reprendra sa chaire de Première au collège de Dinan. Un article violemment antisémite[2], publié par Vercel le 16 octobre 1940 et exhumé des archives du journal L'Ouest-Éclair (futur Ouest-France) en 2011, jette un voile sombre sur cette période de la vie de l'écrivain. Après la guerre, il est mis à la retraite d'office, par arrêté du ministre de l'Éducation nationale en date du 19 septembre 1945, sur avis du Conseil académique d’enquête de l'Académie de Rennes du 1er mai 1945, pour avoir « publié plusieurs articles où il soutient la politique du maréchal Pétain et de l'amiral Darlan, articles de nature à détruire l'esprit de résistance ». Une décision qui sera sans effet, puisque Vercel, depuis 1941, obtenait chaque année un congé d'inactivité pour ses publications littéraires. En revanche, à la Libération, aucune charge contre Vercel n'émanera du comité FFI de Dinan, ni du Comité national des écrivains, ni de la commission d'épuration de la Société des gens de lettres. L'article du 16 octobre 1940 sera le seul texte antisémite de Vercel, qui refusera toujours de publier dans la presse collaborationniste. Cette prise de position sera oubliée, et ne subsistera de Roger Vercel que l'auteur reconnu de Capitaine Conan. Décoré de la légion d’honneur en 1938, et n'en ayant pas été privé à la Libération, il a été promu au grade d’officier par décret du 30 août 1949[3].

Le nom de Roger Vercel a été donné en 1966 au collège de Dinan, où il a enseigné pendant vingt-et-un ans, et au collège de la rue Prémartine au Mans, sa ville natale. L'écrivain est le père de Simone Roger-Vercel (1923-2015), écrivaine, et de Jean Vercel (1929-2011), artiste peintre et photographe. C'est à Dinan, ville où il sera inhumé, que Roger Vercel s'éteint, âgé de 63 ans, en 1957, d'une pleurite, conséquence de son intoxication à l'ypérite pendant la Grande Guerre, dont il aura gardé des séquelles pendant toute sa vie.

Publications[modifier | modifier le code]

La villa de Roger Vercel à Dinard.
Romans
  • Notre père Trajan, Albin Michel, 1930.
  • En dérive, Albin Michel, 1931 ; réédition, Éditions Pascal Galodé, 2009.
  • Au large de l'Eden, Albin Michel, 1932.
  • Le Maître du rêve, Albin Michel, 1933.
  • Capitaine Conan, (réimpr. 1996) (lire en ligne)
  • Remorques, Albin Michel, 1935. Bibliophiles de France, 1957, édition illustrée par René Genis de lithographies en couleurs.
  • Léna, Albin Michel, 1936 - rééd. Les Éditions du Sonneur, 2012.
  • Sous le pied de l'archange, Albin Michel, 1937.
  • Jean Villemeur, Albin Michel, 1939.
  • La Hourie, Albin Michel, 1942.
  • Aurore boréale, Albin Michel, 1947.
  • La Caravane de Pâques, Albin Michel, 1948. (illustrations par Frédéric Back) ; réédition, Éditions Pascal Galodé, 2010.
  • La Fosse aux vents :
    • I. Ceux de la Galatée, Albin Michel, 1949.
    • II. La Peau du diable, Albin Michel, 1950.
    • III. Atalante, Albin Michel, 1951.
  • Visage perdu, Albin Michel, 1953.
  • Le Bateau qui pleure, Tallandier, 1953.
  • L'Île des revenants, Albin Michel, 1954.
  • Été indien, Albin Michel, 1956.
Nouvelles
  • Rencontrées sur l'épave, NRF Gallimard, 1936.
  • Le Vœu de Quintin in Cinq histoires de France, Roger Dacosta pour le laboratoire de l'Hépatrol, 1937.
  • La Clandestine, Albin Michel, 1941.
  • Mer Blanche in Lectures de Paris no 3, S.E.PE., 1945.
  • Rafales, Albin Michel, 1946 (recueil contenant aussi «Rebelles», «Le Passager», «Enfances», «A la cime», «Langoz», «Nadia Zagoska»).
  • La Mauvaise Passe in Trio no 1, éd. Colbert, 1946.
  • Au bout du môle, Albin Michel, 1960.
  • La Tête d'Henri IV, N.R.F. Gallimard, 1960 (réédition de Rencontrées sur l'épave sous un nouveau titre).
  • Vent de Terre, Albin Michel, 1961.
  • Goar et l'Ombre, recueil comprenant « La « Gorgone » et l'« Évohé » », « La Main », « Le Vœu de Quintin », « Cambriolages », « L'Île », « La Noce », « Floating vampire », « Le Naufrage de la « Sylvie » », Albin Michel, 1962.
Récits
  • Petits miroirs de la mer, avec Abel Bonnard, Claude Farrère, Maurice Guierre, Jean Painlevé et André Savignon, Biomarine ; Perceval, 1934.
  • Croisière Blanche, Albin Michel, 1938.
  • À l'assaut des Pôles, Albin Michel, 1938.
  • Ange-Marie, négrier sensible, Albin Michel, 1938.
  • Visages de corsaires, Albin Michel, 1943.
  • La Rance, éd. Arc-en-ciel, 1945.
  • Fleuve rouge, dans Les Œuvres libres, no 8, Arthème Fayard, 1946.
  • Le Fleuve : Les Grandes Heures de la vie de Francis Garnier, éd. de la Nouvelle France, 1946 (contient « Fleuve rouge »).
  • Du Saint-Malo d'aujourd'hui à la Rance d'hier, dans Les Œuvres libres no 14, Arthème Fayard, 1946.
  • « Il y a dix ans disparaissait Charcot », dans Historia no 1, 6 p., Tallandier 1946.
  • Trois pots de fleurs dans la pièce d'eau, éd. Arc-en-ciel , 1947.
  • Saint-Malo et l'âme malouine, Albin Michel, 1948.
  • Un troisième centenaire : Jean Bart, corsaire, dans Historia no 47, 8 p., Tallandier 1950.
  • Francis Garnier à l'assaut des fleuves, Albin Michel, 1952.
  • En Bretagne, la Côte d'Emeraude (du Mont-Saint-Michel à Paimpol), Arthaud, 1952.
  • Le Grand Pavois, (avec Jean Raynaud), France Empire, 1952.
  • Boulogne, grand port de pêche, Comité d'entraide des familles des marins péris en mer lors du naufrage du chalutier Colbert, Imprimerie Beuchet et Vanden Brugge, Nantes, février 1956. Illustrations de Mathurin Méheut
  • « À l'assaut du pôle sud », dans Historia no 111, 9 p., Tallandier 1956.
  • « Un homme : Charcot », dans Historia no 118, 3 p., Tallandier 1956.
  • Les Îles anglo-normandes, Albin Michel, 1956.
  • Pêcheurs des quatre mers, L'Imprimerie moderne de Nantes, 1957. Illustration Mathurin Méheut; Albert Brenet, Marin Marie
  • Il y a cinquante ans : Peary vainqueur du pôle Nord ? in Historia no 149, 6 p., Tallandier 1959
  • Bretagne aux cent visages, Albin Michel, 1959.
  • Le roman d'Agrippine, Albin Michel, 1965.
  • Le centenaire de Nansen in Historia no 179, 8 p., Tallandier 1961.
Biographies
  • Du Guesclin, Albin Michel, 1932 ; Éditions Arc-en-ciel, 1944 (illustrations par Frédéric Back); Éditions de la Nouvelle France, 1944 (illustration de Jacques Lechantre).
  • Le Bienheureux Charles de Blois, Albin Michel, 1942.
  • Nos vaillants capitaines, Impr. de Curial-Archereau, 1945.
Études
  • Les Images dans l'œuvre de Corneille, thèse pour le doctorat ès-lettres, A. Olivier, 1927.
  • Lexique comparé des métaphores dans le théâtre de Corneille et de Racine, thèse complémentaire pour le doctorat ès-lettres, A. Olivier, 1927.
  • Un programme d'éducation générale in Disciplines d'action, Vichy, Paris, Commissariat général à l'éducation générale et aux sports, 1942.

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs de ses œuvres ont été portées à l'écran :

Élèves[modifier | modifier le code]

  • Pierre Rochereau (1910-1992)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Simone Roger-Vercel, « Roger Vercel, mon père », article paru dans l'Humanité du 19 septembre 1996.
  • Erwann Letilleul, « Roger Vercel, écrivain maritime », Le Chasse-marée no 142, p. 24-35, avril 2001.
  • Jacques Georgel, Roger Vercel, biographie, éditions Apogée, 2006, 189 p.
  • Martine Urvoy, Histoire d'une amitié:Roger Vercel et Jean Urvoy, dans Le Pays de Dinan , 1999, p. 79-86.
  • André Sevin, "Roger Vercel (1894-1957)", dans La Province du Maine, année 1957, p. 233 à 240
  • Archives nationales de France : dossier de carrière de Roger Vercel (fonds F/17)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Roger Vercel », dans Le Point, 25 janvier 2007, consulté sur www.lepoint.fr le 22 septembre 2013
  2. « Lectures pour demain », L’Ouest-Éclair, 16 octobre 1940 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k662130j/f1.item.zoom
  3. Jacques Georgel, Roger Vercel, Apogée, , 189 p., p. 26

Liens externes[modifier | modifier le code]