Adynaton

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L'adynaton (substantif masculin ; pluriel : adynata), du grec ἀδύνατον adynaton (« impossible »), est une figure de style qui consiste en une hyperbole inconcevable. Elle est proche de l'hyperbole et de l'exagération, au moyen d'une accumulation irréaliste. On désigne par le nom d'adynata plusieurs adynatons mis en relation.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Ne pas se laisser condamner à défaire des chignons de bronze » (Henri Michaux)
  • « Aussi facilement pourrais-tu marquer / De ton glaive tranchant l'air impalpable / Qu'égratigner ma peau » (Macbeth, Shakespeare)
  • « On tue un homme : on est un assassin. On en tue des millions : on est un conquérant. On les tue tous : on est un Dieu. » (Jean Rostand, Pensées d'un biologiste)

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'adynaton opère une transformation sémantique par répétition à l'identique : le locuteur accumule les arguments ou idées afin d'exagérer un fait ou une situation. Elle appartient à la figure de l'exagération, qui propose un décalage de sens avec une réalité de référence. On oppose dans cette classe de figure l'hyperbole, dite exagération sérieuse à l'adynaton, exagération impossible ou contre nature. Ces deux figures fonctionnent néanmoins sur la base d'une accumulation, marquée souvent par une ponctuation spécifique et des procédés d'emphase (superlatifs, comparaisons).

L'adynaton peut aussi définir une association de faits incompatibles (acception proche de la première, mais sans intentionnalité comique de la part du locuteur).

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'effet visé par l'adynaton est souvent l'humour : il s'agit de proposer une alternative au réalisme en formant un décalage. L'ironie se fonde souvent sur l'adynaton (lorsque le fait exagéré est consciemment employé). Un adynaton employé en soi conduit à un effet de décalage total qui marque la subjectivité du locuteur et renseigne sur sa fuite hors du réel (cas des romans évoquant la folie par exemple). Globalement, il permet la mise en évidence du caractère absolu d'une affirmation, proche d'un raisonnement par l'absurde ; le plus souvent d'ailleurs, l'adynaton se fonde sur une impossibilité de nature[1].

L'adynaton est couramment employé à l'oral, à l'instar de l'hyperbole, afin d'insister sur un fait ou une qualité (de l'interlocuteur par exemple). Le verlan et le langage populaire l'emploient beaucoup (« on a marché mille kilomètres! »).

En publicité, son emploi permet d'exagérer les qualités vantées d'un produit, qui sort ainsi du cadre réaliste, ainsi le publicitaire marque la mémoire du récepteur. C'est surtout dans les dessins animés, comme Tex Avery, qu'il est utilisé (exemple de l'arbre qui, en tombant, écrase un personnage, qui se relève ensuite sous forme de crêpe, ou des yeux du loup qui sortent de leurs orbites). La peinture et le cinéma utilisent ses ressources également (explosions incroyables de véhicules, portraits impossibles comme chez Francis Bacon). De même dans le tableau de Magritte La reproduction interdite, l'homme, de dos, se reflète de dos dans le miroir devant lui.

Genres concernés[modifier | modifier le code]

L'adynaton est susceptible d'être employé dans tous les genres littéraires : en poésie (chez les surréalistes notamment, ou dans le dadaïsme), au théâtre (pièces tragiques montrant les faits grandioses de héros mythologiques, mais aussi comiques comme chez Alfred Jarry avec Ubu) et dans le roman (romans fantastiques, de science-fiction…). Pour être évalué, l'adynaton doit être distingué néanmoins des références voulues comme cadre du discours par le narrateur : certains genres l'emploient de manière essentielle, d'autres y ont recours sous forme de figure de style. Néanmoins dans tous les cas l'effet recherché est le même.

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Les adynata de Virgile sont les premiers connus comme dans ce célèbre cas : « Que maintenant le loup fuie devant les moutons, que les chênes portent/ Des pommes d'or, que les hiboux rivalisent avec les cygnes ». Les auteurs médiévaux y ont recours souvent afin de renforcer la portée de leurs vers. Les surréalistes en font l'une de leurs figures favorites, intégrée à leur postulats littéraires comme dans leur Dictionnaire du Surréalisme avec l'exemple : « J'ai vu une anguille/ Qui coiffait sa fille » (Entrée « Possible »). Le roman fantastique également fonde son univers sur l'adynaton, de même qu'en science-fiction. Des romanciers modernes comme Frédéric Dard et son personnage San-Antonio sont de fervents utilisateurs de cette figure.

Pour Mazaleyrat et Molinié (voir bibliographie) : « Le mécanisme de l'adynaton n'est pas seulement celui d'un raisonnement par l'absurde. Il n'est pas réductible simplement non plus à une forme particulière de l'hyperbole. Il met en jeu simultanément les ressorts de l'apodioxe (rejet de l'absurde), de l'hyperbole et de la comparaison, et c'est la subtilité de leurs actions combinées qui fait son caractère original, parfois sa valeur fantastique dans l'évocation et toujours sa force opératoire » ; acceptation qui permet de conserver l'adynaton comme figure autonome, différente de l'hyperbole.

Figures proches[modifier | modifier le code]

Figure mère Figure fille
exagération aucune
Antonyme Paronyme Synonyme
aucune non-sens, apodioxe hyperbole, amplification

Débats[modifier | modifier le code]

La polémique naît de l'intégration de l'adynaton à la classe des hyperboles[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest Dutoit, Le Thème de l'adynaton dans la poésie antique, Paris, Les Belles Lettres, 1936

Bibliographie des figures de style[modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine », , 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel, (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain, (réimpr. Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux.), 362 p. (ASIN B001CAQJ52, lire en ligne)
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion, (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets », , 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français », , 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres », 2010 (1re éd. nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui », , 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires », (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin, , 228 p., 16 cm × 24 cm (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle », , 256 p., 15 cm × 22 cm (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion, , 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage », .
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin, , 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche, , 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).