Autocatégorème

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L'autocatégorème (substantif masculin), du grec autos (« le même ») et katêgoria (« accusation ») est une figure de style qui consiste à répéter une accusation envers soi délibérée, ou de le feindre, afin de susciter une dénégation de l'interlocuteur. Le locuteur feint souvent de reconnaître les défauts ou les vices qu'on lui attribue mais en les outrant, par une hyperbole généralement de façon telle qu'ils ne paraissent plus vraisemblables. L'effet visé est avant tout rhétorique, par un jeu sur le pathos (sur les sentiments de l'interlocuteur). L'autocatégorème appartient donc à la classe des répétitions visant l'ironie et l'atténuation. Il est proche du chleuasme et de la prospoièse.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable (...) Mais la vérité pure est que je ne vaux rien » (MolièreTartuffe tente d'amadouer Orgon, acte III, scène 6).
  • « Oui je reconnais mes torts et la pendabilité de mon cas. J'ai été trop honnête et trop naïf, j'ai payé les dettes en argent comptant et non en traites de cavalerie. C'était plus qu'un crime, une faute »

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'autocatégorème opère une transformation sémantique par répétition à l'identique (répétition des termes de l'accusation portée vers le locuteur). C'est une figure d'auto-apologie de nature rhétorique, fondée soit sur une antiphrase (d'où son emploi dans le mode ironique) soit sur une hyperbole. L'autocatégorème se remarque par l'emploi souvent immodéré des pronoms personnels de première personne (je) énonciatifs.

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'autocatégorème exploite les ressources rhétoriques de la feinte et de l'émotion, celle d'une argumentation contrée sur la mobilisation du pathos et sur la manipulation des valeurs[1]. Le sophisme peut parfois user de l'autocatégorème.

Son usage montre soit une volonté de persuasion par tous moyens y compris le jeu sur l'affectif, et dans ce cas il feint la confession, soit une incapacité du locuteur à assumer ses propos. L'ironie est souvent la figure recherchée au moyen de l'autocatégorème: l'utilisation conjointe de l'hyperbole et de l'antiphrase avec l'autocatégorème confine à un discours ironique qui est destiné à démontrer la faiblesse du propos de l'interlocuteur ou à une tourner en dérision ses propres paroles.

C'est une figure essentiellement orale: les conversations ordinaires en sont souvent ponctuées, au moyen de petites répliques à destination souvent phatique (le locuteur éprouve la qualité de la communication) telle que : « Suis-je sot! ».

Genres concernés[modifier | modifier le code]

L'autocatégorème est privilégié dans le genre dramatique surtout afin d'oraliser le discours (effet de réel) et dans les textes argumentatifs à démonstration convaincante (discours politique, apologie).

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Figures proches[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Le Livre de Poche, coll. « Usuels », 1992, p. 67-68

Bibliographie des figures de style[modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine », , 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel, (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain, (réimpr. Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux.), 362 p. (ASIN B001CAQJ52, lire en ligne)
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion, (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets », , 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français », , 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres », 2010 (1re éd. nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui », , 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires », (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin, , 228 p., 16 cm × 24 cm (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle », , 256 p., 15 cm × 22 cm (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion, , 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage », .
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin, , 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche, , 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).