Solécisme

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Un solécisme est une erreur de langage qui enfreint les règles de la syntaxe (la forme existe), non celles de la morphologie (c'est alors un barbarisme : la forme n'existe pas). Le mot, issu du latin soloecismus, dérive du nom de la ville ancienne de Soles, en Asie Mineure, parce que, dans l'Antiquité, ses habitants étaient connus pour estropier la langue grecque.

Employé volontairement, par exemple de manière plaisante, le solécisme peut être une figure de style ; en général, au quotidien, c'est une erreur.

Exemples linguistiques[modifier | modifier le code]

  • « Se rappeler de quelque chose », pour « se rappeler quelque chose » (le verbe « se rappeler » est transitif direct).
  • « Il y a trop de circulation que pour pouvoir circuler facilement ». Le « que » est de trop et viole la syntaxe. « Pour » signifie « afin de ». « Que pour » dans ce contexte est donc l'équivalent de « qu'afin de ».
  • « J'habite sur Paris ». « Sur » signifie « dessus », mais dans cet exemple, il est improprement utilisé dans le sens de « à » [1]. Ce solécisme est surtout répandu en France.
  • « Après que » suivi du subjonctif là où l'indicatif, mode du réel, s'impose, puisque sont exprimés des faits déjà réalisés dans la temporalité du verbe principal : solécisme très répandu par attraction de la construction syntaxique de « avant que », locution qui elle demande le subjonctif, mode de l'irréel, les faits étant encore non réalisés.
  • Le non-respect de la concordance des temps, comme dans « Je voulais / voudrais qu'il vienne » au lieu de « qu'il vînt », relève aussi du solécisme, même s'il est aujourd'hui largement répandu, à l'oral comme à l'écrit, et qu'il n'est plus guère ressenti comme une faute de syntaxe. C'est au contraire l'emploi du subjonctif imparfait et plus-que-parfait qui, lorsque ses formes ne sont pas respectivement homonymes à celles du présent et du passé, suscite souvent l'interrogation ou l'amusement (d'autant plus aux deux premières personnes, exemple que je prisse) face à ce qui peut paraître un pédantisme [2].
  • L'emploi du conditionnel présent ou passé au lieu de l'indicatif imparfait ou plus-que-parfait dans une proposition conditionnelle introduite par si : « Si je serais riche, je serais heureux » au lieu de « Si j'étais riche ». Ce solécisme a été immortalisé dans le film de 1962 La Guerre des boutons par la phrase « Si j'aurais su, j'aurais pas venu ».

En philosophie[modifier | modifier le code]

Il existe une forme de sophisme appelée solécisme. Tous les solécismes au sens philosophique sont des solécismes au sens grammatical, mais l'inverse n'est pas vrai.

Sextus Empiricus, par exemple, décrit ainsi le solécisme dans ses Esquisses pyrrhoniennes (II, 22) :

« [Les dialecticiens disent] qu'un sophisme est un discours plausible et artificieux qui fait en sorte que l'on admet une conséquence fausse ou semblable au faux ou obscure ou inacceptable d'un autre manière. [...] Inacceptable d'une autre manière comme les raisonnements appelés solécismes (σολοικίζοντες) : « Ce que tu regardes existe ; mais tu regardes délirant ; donc délirant existe » ; « Ce sur quoi tu portes les yeux existe ; mais tu portes les yeux sur un endroit enflammé ; donc un endroit enflammé existe. »

[...] Pour les derniers raisonnements, ceux qui ont des solécismes, certains [dialecticiens] disent qu'ils sont proposés de manière absurde et contraire à l'usage.[3] »

Sur ce passage, qui peut sembler obscur à un locuteur français du fait de la difficulté de traduire les jeux grammaticaux du grec ancien, Pierre Pellegrin écrit : « Le solécisme consiste en ce que « endroit enflammé », qui est régulièrement à l'accusatif avec « tu regardes », devrait être au nominatif avec « existe ». » Autrement dit, les exemples donnés par Sextus Empiricus jouent sur des ambiguïtés grammaticales afin d'exécuter des déductions logiquement erronées.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier | modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine »,‎ 1989, 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel,‎ 1557 (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain,‎ 1816, 362 p. (ASIN B001CAQJ52)
    Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux. Disponible en ligne.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion,‎ 1977 (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français »,‎ 2003, 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres »,‎ 2010 (1re éd. Nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires »,‎ 1998 (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin,‎ 2001, 16 cm × 24 cm, 228 p. (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle »,‎ 1991, 15 cm × 22 cm, 256 p. (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion,‎ 2005, 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage »,‎ 1970.
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin,‎ 2003, 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir par exemple le site de l'Académie française : Sur Paris ?
  2. Définition du Wiktionnaire de pédantisme.
  3. Esquisses pyrrhoniennes, II, 22, traduction Pierre Pellegrin, Paris, Seuil, 1997, p. 337 et 339.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Si le mot ou groupe de mots n'existe pas ou est déformé, on parle de barbarisme. L'anacoluthe peut être un solécisme si elle est erronée.