Épanaphore

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Une épanaphore (substantif féminin) (du grec ancien ἐπαναφορά / epanaphorá (« reprise, rapport »)) est une figure de style consistant en la répétition d'une même formule au début de phrases ou de segments de phrase successifs, dans la même structure syntaxique. Proche de l'anaphore et de l'épanode, elle s'en distingue néanmoins dans le sens où elle reproduit la structure syntaxique à l'identique.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « On tue un homme : on est un assassin. On en tue des millions : on est un conquérant. On les tue tous : on est un Dieu. »

    — Jean Rostand

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'épanaphore répète un mot ou d'un groupe de mots positionnés uniquement en début de proposition, comme l'anaphore (qui elle appartient à la versification), au sein d'un texte en prose. La condition pour que l'épanaphore soit consommée est que ces mots ou groupes de mots répétés doivent avoir la même structure syntaxique, même si les éléments les composants varient en nature grammaticale. Dans l'exemple de Rostand le groupe de mots répétés varie, cependant la structure syntaxique demeure semblable (sujet+verbe).

En somme, l'épanaphore consiste en ce qu'un même terme est repris en tête de plusieurs syntagmes.

Il existe dans l'épanaphore une construction symétrique:

« Tout le bas, tout le faible et tout l'indigne s'y trouvent » (La Bruyère)

En effet, à l'origine la notion provient de la poésie qui y voyait une figure de répétition syntaxique respectant les limites de la période (rhétorique). Ici, la répétition de la structure initiale "Tout le" marque chaque période de cette phrase, qui en abrite trois.

Pour Georges Molinié : c'est « la reprise exacte, en la même place syntagmatique absolument initiale, des mêmes éléments ».

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

La répétition de tels mots ou groupes de mots-ou syntagmes- est très souvent employé comme procédé comique, en particulier dans les pièces de théâtre du genre.

Chez Molière, par exemple, dans Le Tartuffe, le personnage d'Orgon interrompt sans cesse le discours de Dorine par une épanaphore comique de « Et Tartuffe? », toujours suivie d'une exclamation (car en fin de vers): « Le pauvre homme! »

Son recours peut aussi animer un discours, de ce fait l'épanaphore est très employée en art oratoire. Le but est de marteler son raisonnement d'un point argumentatif que l'on veut faire comprendre à l'interlocuteur.


Figures proches[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie des figures de style[modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine », , 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel, (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain, (réimpr. Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux.), 362 p. (ASIN B001CAQJ52, lire en ligne)
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion, (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets », , 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français », , 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres », 2010 (1re éd. nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui », , 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires », (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin, , 228 p., 16 cm × 24 cm (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle », , 256 p., 15 cm × 22 cm (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion, , 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage », .
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin, , 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche, , 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).