Prothèse (linguistique)

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Ne doit pas être confondu avec Prothèse (stylistique).

En linguistique, la prothèse (du latin prothesis, à son tour du grec ancien πρόθεσις próthesis « mise devant ») est un changement phonétique consistant en l’ajout d’un phone au début d’un mot qui ne l’avait pas à l’origine. On peut parfois observer ce phénomène dans la parole courante, le mot n’étant pas isolé, mais intégré dans la chaîne parlée. Un exemple en est, en anglais, left turn « virage à gauche », prononcé [əleft təːn], avec prothèse de [ə] au mot left[1].

Dans l’évolution des mots[modifier | modifier le code]

Du point de vue de la phonétique historique, la prothèse est un changement qui peut se produire au cours de l’évolution de mots d’une langue mère à une langue fille. Par exemple, les groupes de consonnes [sp], [st] et [sk] initiales de mots latins ont reçu dans certaines langues romanes (espagnol, français), un [e] prothétique. En français, le [s] est tombé dans certains cas : (la) spiritus > (es) espíritu, (fr) esprit ; stella > estrella, étoile ; schola > escuela, école[2], spatula(m) > (fr) épaule, scutu(m)> écu[3].

En aroumain est fréquente, quoique non pas générale ni caractéristique pour toutes les variétés régionales, la prothèse de [a] surtout devant [r] : arău (cf. roumain rău) « mauvais », aratsi (cf. (ro) rece) « froid », arădătsină (cf. (ro) rădăcină) « racine », etc.[4] En roumain aussi, on trouve cette prothèse dans des variantes non standard de certains mots : alămâie vs. lămâie « citron », amiroase vs. miroase « il/elle sent, ça sent »[5].

Si, dans les langues romanes, il y a eu généralement prothèse d’une voyelle devant une consonne, dans certaines langues slaves, il s’est produit des prothèses de consonnes devant une voyelle, par exemple en biélorusse : вока [voka] (cf. (ru) oко) « œil », вуха [vuxa] (cf. (ru) ухо « oreille »)[6].

Dans le processus de l’emprunt[modifier | modifier le code]

Il y a prothèse dans certaines langues lors du processus d’intégration d’emprunts lexicaux. En basque, par exemple, il existe une prothèse comme en aroumain, celle de [a] devant le [r] initial d’emprunts d’origine latine et romane[7]. De même, le hongrois a gardé, à une certaine étape de son évolution, l’intolérance de la langue originaire finno-ougrienne aux groupes de consonnes initiales de mot : c’est pourquoi, dans les emprunts relativement anciens, il s’est produit la prothèse d’une voyelle devant ceux-ci : slave dvor > udvar « cour », (la) schola> iskola « école »[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Crystal 2008, p. 398.
  2. Bussmann 1998, p. 963.
  3. Dubois 2005, p. 388.
  4. Capidan 1932, p. 224.
  5. Constantinescu-Dobridor 1998, article proteză.
  6. Iartseva 1990, article Белору́сский язы́к (Langue biélorusse).
  7. Meyer-Lübke 1924, p. 171, cité par Capidan 1932, p. 224.
  8. A. Jászó 2007, p. 52–53.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]